vendredi, 25 juillet 2008

Aventure spatiale : Lancement réussit de la deuxième fusée expérimentale congolaise

La firme congolaise ‘‘Développement touts à Azimuts’’ (DTA) a réussi le lancement de sa deuxième fusée expérimentale le ‘‘Troposphère IV’’ qui a atteint en 47 secondes une altitude de 15 Km. L’essai concluant a été réalisé le jeudi 10 juillet 2008 à Menkao, banlieue kinoise située à 120 Km du centre ville. D’un diamètre de 16 cm, pesant 200 kg et d’une poussée d’une tonne, le ‘‘Troposphère IV’’ a atteint une vitesse mach de 2.7, c’est-à-dire deux fois la vitesse du son. La première fusée, ‘‘Troposphère II’’ avait atteint 1 500 mètres d’altitude en 35 secondes. Elle avait une masse de 15 kg et un diamètre de 5 cm.


Avec le lancement de ‘‘Troposphère IV’’, le DTA se dirige lentement mais sûrement vers la fin de son programme expérimentale. Il ne lui reste plus que le lancement d’une dernière fusée de type Troposphère V pour commencer le programme fusée sonde (entre le satellite et l’expérimental) qui mènera jusqu’à la satellisation.

Le lanceur est une fabrication à 100 % congolaise, conçue par Jean-Patrice Keka Ohemba Okese, ancien chercheur associé à l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA), diplômé en Sciences commerciales. Il est actuellement Administrateur-gérant de DTA, qui a son siège à Lubumbashi.

Lancement sur fonds propres

Comme pour la première fusée expérimentale, le concepteur et son équipe de 15 chercheurs, se sont servi des fonds propres et des matières locales nécessaires pour la fabrication, en deux mois seulement, de l’engin parmi lesquelles le sel de cuisine.

La Société prévoit à travers ce lancement de signer ainsi l’entrée de la RDC à l’heure de la conquête de l’espace. Le lancement de ‘‘Troposphère IV’’ a eu lieu en présence du ministre de l’enseignement supérieur, universitaire et recherche scientifique, Léonard Masuga, dont le gouvernement tarde encore à mettre la main dans la poche pour soutenir financièrement les efforts de ces chercheurs congolais. Acculé par la presse, Léonard Masuga a promis le soutien financier du gouvernement au ‘‘Troposphère V’’, une fusée à deux étages, dont le lancement interviendra sauf imprévu au mois d’octobre.

La population de Menkao n’a pas été indifférente par rapport au lancement. Tout Menkao a jubilé après le pari réussi du savant congolais, Jean-Patrice Keka. Cette aventure spatiale avait été essayée en vain par l’entreprise allemande OTRAG vers les années 1970 au nord du Katanga, sous le maréchal Mobutu.

L’échec de la phase expérimentale, des considérations géopolitiques ainsi que des susceptibilités dues peut-être aux tentations hégémoniques de l’Allemagne avait découragé la poursuite du projet. Aujourd’hui, avec l’expertise locale, c’est chose faite. Il lui faut du soutien et de la protection.

Olivier Sefu - lerevelateur.net - 15 juillet 2008 

La vidéo du lancement de Troposphère IV

mercredi, 25 juin 2008

Dans le bras de fer qui l’a opposé à la France - Le Président Laurent Gbagbo en sort gagnant

Après la visite de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères à Abidjan, un journal burkinabé estime que c’est une victoire pour le Président Gbagbo. “Une page est tournée dans les relations entre la Côte d`Ivoire et la France". Foi du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Koutchner, qui vient d`achever une visite de deux jours sur les bords de la lagune Ebrié.

L`heure est à présent au réchauffement des relations entre les deux pays, qui s`étaient littéralement dégradées avec la crise ivoirienne. A ce propos d`ailleurs, le président ivoirien ne s`était pas embarrassé de langage diplomatique pour dire qu`il dort mieux depuis que Chirac n`est plus à l`Elysée. Si, entre Paris et Abidjan, on se remet à se faire les mamours, c`est qu`il y a bien une leçon à tirer de cette nouvelle phase : il faut se garder d`intervenir entre les deux conjoints français et ivoirien. Malgré des scènes de ménage occasionnelles sur fond d`invectives, de douleurs, d`humiliations et de ressentiments de part et d`autre, ils sont si liés par le mariage d`intérêt que les projets de divorce ne vont jamais bien loin. Même s`il est vrai que la réconciliation entre les deux époux a été favorisée par l`arrivée d`une nouvelle équipe à l`Elysée qui s`emploie à réparer les "torts" causés par l`ancien locataire de l`Elysée. Reste à savoir qui a fait le premier pas pour négocier la réconciliation. "Une fois la date de l’élection [présidentielle] fixée et donc connue de tous", il était de bon ton que Bernard Koutchner allât à Abidjan pour un réchauffement effectif des relations. Un bel argument s`il en est, pour aller vers la Côte d`Ivoire, et espérer, dans le même temps, son pardon. Et pour en rajouter à l`argument, Paris affirme que Laurent Gbagbo a promis de "faire tout ce qui lui est humainement possible pour que la date du 30 novembre soit tenue". La France, pour sa part, a été tellement frappée par le cours heureux des événements qu`elle est disposée à accompagner la Côte d`Ivoire dans la préparation du scrutin de novembre prochain. Elle devrait apporter sa contribution à hauteur de 2 millions d`euros.

Reste que si la bonne "atmosphère politique" qui prévaut actuellement à Abidjan, pour reprendre les termes du french doctor, se raffermissait, la Côte d`Ivoire n`en serait pas la seule bénéficiaire. On sait combien la France et ses citoyens comptent d`intérêts multiformes dans ce pays qui demeure dans la sous-région ouest-africaine, l`Eldorado des milieux d`affaires français. A la faveur des tristes événements de novembre 2004, les opérateurs économiques français avaient dû regagner, la mort dans l`âme, leur pays d`origine. Puis, une fois que les choses semblaient revenues à la normale, ils se sont empressés de retourner dans leur "seconde patrie", toute chose qui n`est pas sans renseigner sur les nombreux intérêts qu`ils tenaient à sauvegarder en Côte d`Ivoire. Et que dire de ces Français qui, malgré tous les risques, avaient tenu à ne pas rentrer pour des raisons autres que celles affectives qu`ils nourrissaient à l`égard de ce pays ? Après donc les opérateurs économiques français, c`est au tour des politiques de l`Hexagone de montrer combien la branche des relations entre la Côte d`Ivoire et la France peut se tordre sans jamais se casser.

Quoi de plus normal en cela quand la France tient à marquer son territoire suite à l`intrusion de concurrents sérieux dans son pré carré. Si la Côte d`Ivoire demeure, comme le remarque Bernard Kouchner, un pays potentiellement riche de ses "énergies et de ses citoyens", la France peut-elle longtemps laisser s`échapper sa "poule aux oeufs d`or"? Dans le bras de fer qui l`a opposé à la France, Laurent Gbagbo en sort finalement gagnant. Non seulement la France marque son retour en Côte d`Ivoire, mais aussi Gbagbo est toujours au pouvoir et les élections se présentent pour lui, sous de bons auspices avec la quasi-assurance que les Forces impartiales (ONUCI et Forces Licorne) seront là pour sécuriser le scrutin présidentiel. Bien plus, Gbagbo se sera présenté aux yeux de son peuple en héros national, en montrant à la face de la France une intransigeance politique lucide, en se présentant sous les traits d`un président qui ne se laisse pas conter. Au total, Laurent Gbagbo peut savourer sa victoire, tout en se réjouissant du retour de l`Hexagone dans son pays, sur fond de changement de ton favorable à la préservation des intérêts mutuellement avantageux entre Paris et Abidjan…

source : lepays.bf

samedi, 21 juin 2008

Côte d'Ivoire : novembre 2004, les révélations du général Poncet

 par Hervé Gattegno

 

Officiellement, la réconciliation franco-ivoirienne est en marche. « Le plus dur de la crise est derrière nous », a lancé Bernard Kouchner au terme de sa visite à Abidjan les 14 et 15 juin-la première d'un dignitaire français auprès du président Gbagbo depuis quatre ans. Officieusement, bien des incertitudes entourent toujours le déclenchement des troubles de novembre 2004, quand le bombardement d'un camp militaire français à Bouaké par l'aviation ivoirienne tua 9 soldats et provoqua une escalade de violence.

Dans le secret de son enquête, la juge du tribunal aux armées Florence Michon a recueilli, le 20 février, une déposition édifiante : l'audition du général Henri Poncet, dont la teneur-jusqu'ici inédite-corrige les premières impressions sur les responsabilités du raid de 2004. Ancien commandant du détachement français de l'opération Licorne (10 000 soldats sous mandat de l'Onu), le général a relativisé l'implication du président ivoirien et de son entourage : « J'ai le sentiment qu'il y a eu une désorganisation totale de l'état-major à Yamoussoukro, a-t-il dit. Je pense que Laurent Gbagbo n'était pas au courant non plus. Je pense qu'il a pris le train en route et qu'il l'a fait parce qu'il est un chef bété et que, dans la culture bété, le chef assume ce que fait son clan. »

Depuis son ouverture, l'enquête judiciaire avait nettement privilégié la thèse d'un coup monté au plus haut niveau du régime pour chasser les Français hors du pays. Le 6 novembre 2004, deux avions Sukhoi de l'armée ivoirienne avaient effectué un raid meurtrier sur une position française, dans des circonstances qu'un rapport du commissaire-commandant de l'opération Licorne avait estimées « imputables à l'Etat ivoirien ». Or, devant la juge, le général Poncet a mis en cause, lui, une « chaîne parallèle » de commandement qui aurait débordé le président ivoirien.

« Le président Gbagbo, raconte-t-il, ne nous avait pas caché, à l'ambassadeur et à moi-même, qu'il allait y avoir une offensive. Compte tenu de tous les signes annonciateurs d'une reprise de la guerre, nous sommes allés en effet tous les deux voir le président Gbagbo pour essayer de l'en dissuader, en lui faisant valoir les risques qu'il prenait vis-à-vis de la communauté internationale en agissant de la sorte. Le président Gbagbo nous avait répondu en substance : "Je ne peux plus les tenir." Le "les" visait ses militaires. » L'officier supérieur a même relaté à la juge que « deux ou trois jours » avant l'attaque un haut responsable de l'armée ivoirienne « avait fait passer le message qu'il fallait que nous nous tenions à l'écart si nous voulions qu'il n'arrive rien à nos ressortissants à Abidjan ». Un autre soldat ivoirien de haut rang, dit-il, lui avait aussi « lâché le morceau en [lui] disant qu'il n'avait aucune autorité sur la force aérienne ».

Une opération séditieuse

Ces nouvelles déclarations du général Poncet (deux ans et demi après sa première audition) accréditent donc l'hypothèse d'une opération séditieuse destinée à enflammer la situation du pays-et qui aurait visé au renversement de Gbagbo. Elles laissent dans l'ombre un autre point crucial de l'enquête : les arrestations de mercenaires ukrainiens, russes et biélorusses, le 7 novembre (lendemain du raid) à l'aéroport d'Abidjan, puis le 9 novembre à la frontière du Togo. La juge a établi que les pilotes du raid comptaient parmi ces supects, mais qu'ils furent vite relâchés.

« Je n'avais pas du tout envie de lâcher ces personnes », a assuré le général, précisant avoir « reçu très vite l'ordre de les libérer » -sans dire précisément de qui. « J'ai dit que je ne comprenais pas cette décision et on m'a répondu : tu exécutes », a-t-il simplement ajouté. L'enquête montre que l'interpellation à la frontière togolaise fut signalée aux services secrets français et au ministère de l'intérieur, mais là aussi en vain. Convoqué comme témoin le 7 février dans la plus grande discrétion, Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur au moment des faits, a certifié qu' « à aucun moment [son] cabinet n'avait été saisi de ce dossier ». Et le rapport de synthèse de l'ambassadeur que réclame la juge reste inaccessible : suivant l'avis négatif de la commission compétente, Bernard Kouchner a refusé de lever le secret-défense. Même pour la réconciliation franco-ivoirienne, toutes les vérités ne sont peut-être pas bonnes à dire...

source : lepoint.fr
enquête vidéo sur les évènements de Bouaké de novembre 2004

mardi, 03 juin 2008

La « malédiction du pétrole » en Afrique

Une analyse de Hicham El Moussaoui, docteur-chercheur en économie

Deux nouveaux pays, le Ghana et le Mali, vont bientôt rejoindre le club des pays africains producteurs de pétrole. La manne financière attendue leur ouvre de nouveaux horizons pour transformer leurs économies et sortir leurs populations de la pauvreté. Toutefois, il convient d’être prudent à cet égard. En effet, si l’on en croit le rapport 2008 sur les performances des compagnies pétrolières et gazières, publié par Transparency International, 60% des personnes les plus pauvres vivent dans des pays riches en ressources, particulièrement ceux de l’Afrique. Ce paradoxe est qualifié de « malédiction pétrolière ». Comment l’expliquer ? Et comment y remédier ?

Si de nombreux pays africains producteurs d’hydrocarbures ont adopté des régimes en apparence démocratiques, le principe de contrepouvoirs garant de la responsabilité des dirigeants n’est pas toujours respecté car ils sont dépourvus d’institutions capables de faire contrepoids, et de lutter contre la tendance autocratique des régimes politiques. Les dirigeants échappent donc souvent au contrôle des institutions démocratiques les obligeant à inscrire leurs actions dans le long terme d’une part, et à rendre compte à leurs citoyens d’autre part. La gestion de la manne pétrolière ne fait pas exception. L’opacité dans la gestion des ressources pétrolières traduit elle aussi une faiblesse du contrôle institutionnel, c’est à dire en l’espèce, l’ensemble des règles (budgétisation des revenus pétroliers par exemple) et d’institutions (cours des comptes et justice indépendantes) qui surveillent, évaluent et sanctionnent la gestion des revenus pétroliers. Dans la majorité des pays africains producteurs de pétrole, la déclaration et la gestion démocratique des revenus pétroliers sont donc quasiment absentes.

Aux origines du paradoxe de la malédiction pétrolière en Afrique

Or, dans ce contexte, la prépondérance de ces revenus pétroliers pose problème car elle est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires dans les pays africains producteurs d’hydrocarbures. Cette connivence entretient ainsi l’opacité et la banalisation de la corruption. Au Nigéria, au Congo Brazzaville et en Guinée-Equatoriale, pour ne citer que ceux-ci, la gestion des revenus pétroliers est une affaire privée entre les compagnies pétrolières et le Président. Celui-ci supervise personnellement toutes les transactions financières se rapportant à l’exploitation des hydrocarbures. Au Cameroun les recettes pétrolières n’ont jamais été budgétisées et en Algérie le Fonds de Régulation des Recettes, dont les ressources sont estimées à plus de 32 milliards de dollars à la fin 2007, n’est pas intégré au budget. Par ailleurs, il n’est pas rare en Afrique que les ressources pétrolières soient détournés afin de financer les régimes autoritaires (Nigeria, Tchad), et d’approfondir des tensions ou des conflits armés (Soudan, Angola, Congo Brazzaville).

Le pétrole se transforme donc en « carburant » alimentant la corruption et les conflits armés avec pour conséquence une pauvreté endémique, d’où la malédiction pétrolière.

Comment prévenir la malédiction du pétrole ?

Pour échapper à la malédiction des ressources pétrolières, les pays africains producteurs et leurs partenaires doivent promouvoir la transparence au niveau de la déclaration et de la gestion des revenus pétroliers. Cela passe par la réhabilitation d’un contrôle institutionnel efficace incitant les dirigeants à une gestion responsable et performante de la manne pétrolière. L’amélioration de la transparence, et donc de la responsabilité des acteurs, implique que le gouvernement soit soumis au contrôle effectif du parlement et de la société civile. La transparence passe inéluctablement par la séparation des pouvoirs et par la neutralisation des mécanismes de connivence entre le monde de la politique et celui des affaires. Ceci permet de réduire les opportunités de corruption et d’abus offertes aux dirigeants et aux bureaucrates.

Si les gouvernements africains demeurent les premiers responsables, il n’en reste pas moins que les compagnies pétrolières sont souvent complices des détournements à l’image des scandales « Elf » et « Angolagate » respectivement au Congo et en Angola. Elles doivent être incitées à déclarer les paiements effectués en faveur des gouvernements hôtes (royalties, impôts et commissions). Cela implique non seulement la suppression de la clause de confidentialité dans les contrats pétroliers, mais aussi l’établissement de règles imposées par les gouvernements des pays d’origine et les autorités boursières, des règles obligeant les firmes pétrolières à publier ce qu’elles payent aux pays hôtes.

Lorsque l’on observe le classement des deux nouveaux pays producteurs de pétrole (le Ghana et le Mali) selon l’indice de perception de corruption 2007, il existe un grand risque qu’ils deviennent aussi victimes de la malédiction pétrolière : le Mali occupe en effet la 118ème place et le Ghana la 69ème. En conséquence, il est incontournable que ces deux pays entreprennent de manière urgente des réformes institutionnelles allant dans le sens de la transparence, condition sinon qua non pour conjurer la malédiction pétrolière dans la mesure où elles renforcent l’esprit de responsabilité nécessaire à toute bonne gouvernance et par conséquent, favorisent le développement.

 

source : unmondelibre.org

La malédiction du pétrole au Nigéria

mardi, 27 mai 2008

Zimbabwé, le cynisme des nations

Par Achille Mbembe

Il n'est pas certain que l'extrême personnalisation du conflit et la diabolisation de l'un des principaux protagonistes - Robert Mugabe en l'occurrence - aient aidé en quoi que ce soit à clarifier les enjeux de la lutte sociale et politique en cours au Zimbabwe.
D'une part, en faisant de cet autocrate un monstre absolu et le parangon de l'irrationalité, on se prive des moyens d'expliquer comment, pendant les quinze premières années de son règne, il est parvenu à bâtir un pays relativement moderne, doté d'infrastructures viables et d'une économie sans doute insuffisamment diversifiée, mais à plusieurs égards productive. On fait également l'impasse sur le fait qu'au cours de cette période, il a assuré à une bonne partie de ses citoyens un minimum de sécurité sociale.
Au passage, le Zimbabwe a enregistré d'importants progrès en matière de scolarisation et de santé, fructifiant ainsi son capital humain et portant celui-ci à des niveaux que n'avait jamais atteint le régime colonial. D'autre part, en faisant comme si Mugabe était à lui tout seul la cause de tous les malheurs du Zimbabwe, on oublie que jusqu'à la fin des années 1990, son pouvoir reposait sur une base sociale relativement élargie. Il bénéficiait en effet du soutien actif de groupes d'intérêt et d'une caste passablement bien organisée, bien représentée au sein de l'appareil d'État, de l'armée, de la bureaucratie et dans les entreprises en particulier, et profondément enracinée dans la société. Contrôlé par le parti dominant (Zanu-Pf), l'État décidait des avantages et des exemptions, accordait des faveurs, distribuait des subsides et garantissait la transmission des avantages acquis. En contrepartie des possibilités d'ascension sociale, de mobilité professionnelle et d'accumulation des richesses, cette constellation d'intérêts toléra plus ou moins, au cours de la même période, un modèle d'assujettissement fait de répression policière, de paternalisme et d'accommodement négocié. Auréolé de la légitimité forgée au cours de la lutte contre le régime raciste et minoritaire de Ian Smith, Mugabe était parvenu par ailleurs à instiller au sein de la population zimbabwéenne une sensibilité et une fierté patriotique, nationaliste et anticolonialiste.

 

Les affiliations partisanes nonobstant, cette sensibilité fait désormais partie intégrante de la culture politique de ce pays et contribue à en façonner l'identité sur la longue durée. Par assentiment, par peur ou par habitude, la contrainte avait été peu à peu internalisée même si la dissidence en tant que telle n'avait jamais été totalement étouffée. Dans les zones rurales, l'éthos du pouvoir était plus ou moins partagé par la population, et la répression, virtuelle, occasionnelle ou récurrente, n'explique pas à elle seule les formes d'adhésion culturelle dont bénéficia ce projet de domination.

Du reste, c'est la combinaison de ces facteurs qui explique qu'après 28 ans au pouvoir et malgré la défection de certains de ses soutiens historiques (syndicats, classes moyennes désormais appauvries, jeunes sans emploi des bidonvilles et cadres frappés par la clochardisation), Mugabe commande encore aujourd'hui près de 43% des suffrages, soit un peu moins de la moitié de la population en âge de voter. Le mélange d'hystérie et d'hypocrisie qui, à l'intérieur et hors du Continent accompagne la tourmente en cours ne contribue qu'à obscurcir davantage encore ce qui, n'eut été l'ampleur des souffrances inutiles endurées par la population et notamment par les plus démunis, ne serait qu'une banale crise d'une dictature essoufflée, dont la perversité n'a d'égale que la sénilité.

Après tout, la manière dont Mugabe aura colonisé la société zimbabwéenne et exercé le pouvoir depuis 1981 est loin d'être unique dans les annales des satrapies africaines. Si l'on écarte les massacres perpétrés dans le Matabeleland au début des années 1980 et qui, de l'avis de nombreux observateurs, vaudraient sans doute un passage devant le Tribunal Pénal de la Haye, il est responsable de bien moins de morts que de nombreux autres tyrans africains. Après tout, les coresponsables du génocide au Rwanda et les seigneurs des guerres d'Angola, du Mozambique, du Darfour, d'Éthiopie et d'Érythrée, du Burundi, d'Ouganda, de l'Est du Congo Démocratique, de la Sierra Leone ou de la Somalie portent bien sur leurs têtes - calcul macabre s'il en était - au minimum deux ou trois bons millions de victimes directes et indirectes.
La plupart jouissent pourtant d'une totale impunité et les chances de les assigner un jour en justice sont quasi-inexistantes. Sur un autre plan, Mugabe n'est pas le seul tyran sénile à vouloir, par tous les moyens, rester au pouvoir jusqu'à sa mort. Qu'il s'agisse de Paul Biya (Cameroun), Omar Bongo (Gabon), Idriss Deby (Tchad), Eduardo dos Santos (Angola), Denis Sassou Nguesso (Congo), Lansana Conté (Guinée), Ben Ali (Tunisie), Yahya Jammeh (Gambie), Hosni Mubarak (Égypte), Muammar Gaddaffi (Lybie), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Yoweri Museveni (Ouganda), Meles Zenawi (Éthiopie), Paul Kagame (Rwanda) ou Teodoro Obiang Nguema (Guinée Équatoriale), la durée au pouvoir de nombreux autocrates africains varie entre 20 et 40 ans.
La possibilité de renverser par la voie électorale les régimes établis n'existant pratiquement pas, seule la mort du despote sous sa forme naturelle (maladie) ou criminelle (meurtre, assassinat) est susceptible de mettre un terme (et encore) à la tyrannie. Finalement, en matière de " bonne gouvernance", le Zimbabwe n'est pas le seul pays africain à avoir fait l'expérience de fraudes électorales. Dans la plupart des pays francophones par exemple, la corruption électorale et la brutalité politique constituent, depuis l'époque coloniale, des rouages essentiels du maintien au pouvoir. Par ailleurs, en dépit de la confiscation de propriétés redistribuées ensuite aux hommes de main du régime, la fortune personnelle de Mugabe est de très loin inférieure au butin amassé des décennies durant par les kleptocrates du Kenya, du Nigéria, du Gabon, de Guinée ou du Cameroun où la privatisation des ressources publiques, la prédation et la vénalité constituent des modes à part entière de gouvernement. Misères du nationalisme anticolonial Comment se fait-il donc que dans un continent généralement livré au cynisme et à la perversité, cet ancien héros de l'indépendance, symbole d'une certaine idée de l'émancipation africaine, soit tombé si facilement dans la trappe du mépris et de l'opprobre et ait été si prestement désigné pour servir de bouc émissaire aux turpitudes de tous, Africains et non-Africains, alors que ses agissements relèvent de ce qui, ici, a fini par tenir lieu de norme ? Aux yeux de nombreux Africains, l'explication tient en un mot.
 
Mugabe est mis à l'index parce qu'il aurait attenté à la propriété des fermiers blancs. Se serait-il limité à brutaliser ses congénères noirs que ses agissements n'auraient suscité aucun cri de haine de la part de ceux qui, aujourd'hui, veulent sa tête sur le plateau d'argent des droits de l'homme et de la démocratie. Mais l'on peut également faire valoir que par-delà l'hypocrisie et le cynisme des nations, la raison principale de son échec tient à la faillite politique et morale d'une certaine idée de l'émancipation africaine héritée des nationalismes anticoloniaux de l'après-guerre. La présence de fortes minorités blanches a marqué d'une empreinte singulière l'expression des nationalismes africains en Afrique australe. Dans cette sous-région caractérisée dès le XVIIIème siècle par l'implantation de colonies de peuplement, des États racistes avaient été mis en place dans la foulée de la conquête européenne.
Dans la mise en œuvre de cette politique des races, ces États avaient érigé la ségrégation, la cruauté et l'expropriation économique des Africains en autant d'éléments décisifs de leurs modes de gouvernement. Pendant longtemps, l'Afrique du Sud constitua l'emblème paroxystique de cette perversité. Or, de l'idéologie coloniale et raciste, les nationalismes africains ont repris, sur un mode mimétique, deux éléments centraux. D'une part, ils ont adhéré à l'idée alors répandue au long du XIXème siècle selon laquelle la colonisation fut un processus de conquête, d'asservissement et de " civilisation " d'une race par une autre. Au demeurant, la plupart des mouvements armés luttant pour l'indépendance de l'Afrique ont internalisé la fable selon laquelle l'histoire elle-même se ramènerait à un affrontement des races. Dans cette lutte pour la vie, les conflits de race ne se superposeraient pas seulement aux conflits de classe. La race serait la matrice des rapports de classe et, à ce titre, le moteur de la guerre sociale. L'idéologie de la suprématie blanche (dont les nationalismes africains étaient la réponse) partait exactement du même postulat. Au sein des États racistes de l'Afrique australe, les indigènes n'étaient pas des citoyens. Ils étaient des sujets raciaux considérés comme des ennemis tant qu'ils ne se soumettaient pas sans conditions à un ordre politique gouverné par la violence. Politique et violence formaient, dans tous les cas, un seul et même faisceau, une distinction étant cependant établie entre la violence supposée pure des mouvements de résistance et la violence jugée immorale des colonisateurs. Dans le même esprit, les mouvements armés anticoloniaux considéraient que l'ennemi était toujours, par principe, d'une autre race. L'émancipation consistait, quant à elle, à purifier constamment la société de cette autre race, de préférence en inversant radicalement les rapports de propriété et en restituant aux Africains tout ce qu'ils perdirent au moment de l'affrontement initial (terres, traditions, dignité).
Déracialisation de la propriété Le deuxième élément que les nationalismes africains empruntèrent à l'idéologie coloniale avait trait à l'identification de la politique et de la guerre. Là où cette conflation de la politique et de la guerre fut poussée jusqu'au bout comme ce fut le cas en Angola et dans une moindre mesure au Mozambique, la conséquence fut la défaite militaire des colons blancs, leur départ massif et l'accaparement de leurs biens par les nouveaux régimes, l'instauration d'États nègres, l'avènement d'une nouvelle classe dominante suivi d'une guerre civile prolongée et opposant cette fois-ci les Noirs entre eux. Dans les cas où en dépit de la lutte armée, les conditions d'une victoire militaire nette ne furent jamais réunies, les mouvements de libération utilisèrent la violence en tant qu'élément complémentaire d'une stratégie de négociation et de compromis foncièrement politique. Au terme de tels compromis, ces États se sont retrouvés avec de substantielles minorités blanches. Défaites sur le plan politique, ces minorités ont néanmoins conservé l'essentiel de leurs biens après la décolonisation. Dans nombre de cas, ces minorités raciales continuent d'exercer une hégémonie culturelle sur la société. Il en est ainsi de l'Afrique du Sud et, dans une bien moindre mesure, de la Namibie et du Zimbabwe. Déracialiser le pouvoir et la propriété au bénéfice des Africains, tel a donc toujours été le moteur des nationalismes anticoloniaux en Afrique australe. En dépit des compromis passés au moment de la transition des " pouvoir pâles " aux " pouvoirs nègres", l'idée d'un renversement radical des rapports coloniaux de pouvoir et des rapports de propriété a continué de hanter l'imaginaire politique de ces pays longtemps après les indépendances. C'est ce qui est arrivé au Zimbabwe lorsque, sur fonds de crise économique au début du XXIème siècle, l'ancien mouvement de libération a été obligé de faire face à une opposition interne et structurée. Afin d'étouffer cette opposition, le régime au pouvoir a alors fait main basse sur l'extraordinaire gisement symbolique qu'a toujours représenté, dans la société et la culture, le rêve de déracialisation de la propriété. En même temps, il a réactivé la ressource imaginaire que fut, au moment de la mobilisation anticoloniale, la lutte des races. Mais cette fois-ci, la race en question est composée à la fois des fermiers blancs et de l'opposition noire. Dans un bouillonnement brouillon qui n'avait rien de révolutionnaire, la lutte pour le maintien au pouvoir a été assimilée à la lutte anticoloniale. Sous le couvert d'une réforme foncière menée dans une brutale improvisation, il a confisqué des fermes appartenant à des zimbabwéens blancs avant de les transférer à ses affidés, à la manière d'un butin de guerre. Puis, faute d'armer purement et simplement tous ses partisans, il s'en est pris aux structures de l'économie dans le but d'instrumentaliser le désordre et le chaos.
Il en a résulté une dégradation dramatique des conditions matérielles des populations et une paupérisation généralisée que les problèmes de ravitaillement, la dévaluation vertigineuse de la monnaie, le recours aux réquisitions et au contrôle des prix et des salaires n'ont fait qu'accélérer. La quasi-confiscation des élections ne constitue qu'un épisode de plus de ce long processus. Sortir de l'indigénisme Qu'il s'agisse de la colonisation ou de l'apartheid, l'expérience des " pouvoirs blancs " en Afrique a été désastreuse. Qu'il en ait été ainsi s'explique largement par le fait que ces pouvoirs étaient mus par la logique des races et l'esprit de violence qui en était le corollaire. Dans leur forme comme dans leur contenu, les nationalismes africains se sont malheureusement contentés de récupérer à leur profit et dans un geste purement mimétique et cette politique des races, et son esprit de violence. Au lieu d'embrasser la démocratie, ils ont mis cette logique et cet esprit au service d'un projet de perpétuation de leur propre pouvoir. C'est ce projet d'un pouvoir sans autre justification que lui-même qui, aujourd'hui, rencontre ses limites au Zimbabwe et ailleurs sur le Continent.
 
Dans la crise au Zimbabwe se jouent par conséquent deux ou trois questions décisives pour l'avenir de l'Afrique. D'une part, si le rêve d'émancipation africaine n'a été que l'envers mimétique de la politique et de la violence de la race mise en branle par la colonisation, alors il est temps d'imaginer une sortie du nationalisme qui ouvre la voie à une conception afropolitaine et post-raciale de la citoyenneté, faute de quoi les Africains d'origine européenne n'ont aucun avenir en Afrique. D'autre part, les Africains d'origine européenne n'auront d'avenir en Afrique que si l'on procède effectivement à une déracialisation et une mutualisation de la propriété. Déracialiser la propriété ne signifie pas expropriation pure et simple des blancs, mais investissements multiformes en vue de la fructification de l'ensemble du capital humain disponible. Or, cette fructification de l'ensemble du capital humain disponible n'est guère possible dans un contexte de tyrannie. D'où l'inconditionnelle nécessité d'un véritable passage à la démocratie. Tel étant le cas, Mugabe - et tous les autres - doivent partir. Mais qui peut jurer aujourd'hui que leurs successeurs feront nécessairement mieux ?

Source : Quotidien Mutations

L'ancien dictateur éthiopien Mengistu condamné à mort par contumace

a8b5163efe3367e017c609fde500511c.jpgL'ancien dictateur éthiopien, le colonel Mengistu Haïlé Mariam, a été condamné à mort, lundi 26 mai, par contumace en appel, ainsi que dix-huit responsables de son régime. La Cour suprême éthiopienne a décidé de suivre les réquisitions du procureur de la République qui souhaitait que la peine d'emprisonnement à perpétuité soit commuée en peine de mort pour M. Mengistu et les autres accusés.

Jugé en 2006 par contumace, Mengistu, dit le "Negus rouge", avait été reconnu coupable de génocide pendant la période baptisée la "terreur rouge" (1977-1978) et condamné à la prison à vie. L'accusation a fait appel du verdict, pour que la condamnation à la perpétuité soit convertie en peine de mort. Le Zimbabwe, où Mengistu vit en exil, a rejeté plusieurs demandes présentées par l'Ethiopie pour son extradition.

Mengistu avait pris la tête du régime militaro-marxiste éthiopien, le 3 février 1977, lors d'un coup d'Etat sanglant qui lui avait assuré le contrôle du DERG, conseil militaire formé par des officiers dirigeant le pays depuis la chute de l'empereur Hailé Sélassié, en 1974. Les années suivantes (1977-1978) avaient été marquées par de nombreuses arrestations et des milliers d'assassinats dans le pays. (LEMONDE.FR avec AFP - 26.05.08)

Pour plus de détails Voir : TRIAL Watch : Mengistu Haïlé Mariam

lundi, 12 mai 2008

Les Casques bleus tunisiens au Congo décorés avant leur retour

9b3795a2246f8178cc981344a25021ce.jpgLe Contingent tunisien de la MONUC sur le départ ainsi que des observateurs militaires et officiers de l’État-major ont été décorés, le 09 mai 2008, de la médaille des Nations unies, pour bons et loyaux services rendus à la MONUC. Prenant part, pour la première fois à une telle cérémonie en RDC, Alan Doss, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies (RSSG) et Chef de la MONUC avait à ses cotés, le commandant des forces de la MONUC, le général Babacar Gaye, le commandant de la Brigade Ouest et le Chargé d’affaires de la République de Tunisie en RDC.

Le Commandant du contingent tunisien, a rappelé la tradition de maintien de la paix de son pays, avec 17 missions de l’ONU à son actif, et évoqué ses liens historiques avec la RDC. C’est en 1960 que la Tunisie participé à la première mission de paix en RDC, avec 2200 hommes déployés au Katanga.

Les Casques bleus tunisiens assurent, entre autres, la protection des installations onusiennes à Kinshasa et la conduite de patrouilles, tandis qu’une unité est actuellement dans la province du Bas Congo, suites aux récents incidents dans cette région.

M. Doss, réitérant la politique des Nations Unies en matière d’exploitation et d’abus sexuels, a félicité les soldats tunisiens pour leur comportement exemplaire: «votre digne comportement vous vaut d’avoir enregistré un niveau zéro en matière d’abus et d’exploitation sexuels, qui fait l’objet de nombreuses directives de ma part. Ce faisant, vous pouvez êtres fiers d’être de dignes représentants de votre pays».

Le Représentant spécial du Secrétaire général en RDC a saisi cette occasion pour remercier l’ensemble des militaires de la MONUC, qui œuvrent au quotidien sur le terrain, pour que la RDC et sa population vivent en harmonie, tout comme il a félicité les observateurs militaires et les officiers de l’État major, aussi honorés ce jour, et qui jouent un rôle important au sein de la MONUC.

 «Vous pouvez être fiers – leur a-t-il dit en concluant de porter cette médaille qui représente certainement pour chacun d’entre vous une période intense de votre vie, mais aussi et surtout la reconnaissance des Nations unies pour l’action que vous avez menée ici, en République Démocratique du Congo».

La remise des décorations a été suivie d’une parade militaire, d’une démonstration de danses tunisiennes et d’un repas offert par le commandant du contingent aux invités, pour clôturer la cérémonie.

Source : Mission de l’ONU en RDC Kinshasa, le 12 mai 2008

dimanche, 11 mai 2008

Quand la dette tue l'Afrique

Interview de Mahaman Laouan Gaya pour le Républicain du Niger

Le Républicain : Monsieur le ministre, vous avez pris part récemment à un colloque international en France, au cours duquel vous avez présenté une communication axée sur la dette. Le service de la dette du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Kenya, du Niger…représente de 33 à 40% de leur budget alors que les services sociaux n’en représentent à peine que 10%. Est-ce cela qui vous a amené à dire avec force que nous ne devons pas payer la dette ?


Mahaman Laouan GAYA: Aujourd’hui, tous les experts s’accordent pour reconnaître que l’endettement des pays africains constitue pour eux un goulot d’étranglement sur le chemin du développement. Les tentatives de juguler cette bulle de la dette n’ont pas fait défaut. Il y a eu en 1985 le plan BAKER, en 1989 le plan BRADY, en 1999 c’était au tour l’iPPTE, (l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés), et depuis 2006 l’IADM (l’initiative pour l’annulation de la dette multilatérale). Malgré cela, et selon « Les indicateurs du développement dans le monde – 2005 » de la Banque Mondiale et « Le rapport sur le développement de l’Afrique – 2006 » de la Banque Africaine de Développement, l’encours total de la dette extérieure des pays d’Afrique ne cesse de monter, passant de 165 milliards US$ en 1988, à 223,3 milliards US$ en 1995, et à 231,4 milliards US$ en 2003. Selon d’autres études, entre 1980 et 2002, l’Afrique a reçu 540 milliards US$ en prêts et en a remboursé 550 milliards US$. La dette de l’Afrique Subsaharienne a ainsi été multipliée par 4, passant de 45 milliards US$ en 1980 à 175 milliards US$ en 2003 et la dette extérieure publique de l’ensemble de l’Afrique quant à elle est passée de 89 milliards US$ en 1980 à 231 milliards US$ en 2003. Bien entendu, des facteurs endogènes, comme la corruption, la gabegie, les détournements de deniers, les principes de gouvernance démocratique mal ou pas du tout assimilés, et la gestion cahoteuse et ‘’amateuriste’’ des nouvelles classes politiques nées des conférences nationales ont joué un rôle important dans le développement de cette crise.

Mais les facteurs exogènes également, comme l’augmentation de la facture pétrolière, la détérioration des termes de l’échange, l’augmentation des taux d’intérêt, sont également au nombre des causes de son déclenchement. Il faut quand même reconnaître et cela est une évidence que la dette a déjà été remboursée plusieurs fois: pour 1 US$ dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 US$ mais en doivent encore 2,5 ! Pour la majorité des États africains, le remboursement de la dette contractée depuis les années 1970 constitue le principal frein au développement socio-économique. Pour certains pays, le poids de cette dette correspond jusqu’à 35% de leur budget national chaque année contre 10% pour les services sociaux. Tant d’argent qui ne peut être investi dans les services de santé, d’éducation, d’hydraulique et de logement alors que les taux d’analphabétisme, de mortalité infantile, de chômage et de banditisme battent des records internationaux. Dans ces conditions, il est illusoire, relève la CNUCED, d’espérer que l’Afrique puisse réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015, conformément aux OMD fixés par l’ONU. Voilà le constat amer qui est fait de cette situation. Le principe de l’annulation de la dette fait l’objet d’intenses débats sur le plan international au point de devenir un plaidoyer contradictoire. Les arguments en faveur ou contre une annulation non conditionnelle de la dette ne manquent pas. Le risque est aujourd’hui de voir les partisans et les adversaires de l’annulation de la dette se neutraliser; mais une chose est sûre, la dette continue et continuera de faire ‘’boule de neige’’ au point de devenir définitivement non remboursable. Elle est désormais une composante fondamentale du ‘’risque systémique’’ qui menace la stabilité du système financier international. Depuis le début de la crise de l’endettement, ce sont des accommodements techniques (PAS, iPPTE, IADM) qui allègent momentanément le fardeau de cette dette. D’autres mécanismes vont certainement être créés (nous sommes aujourd’hui à l’heure de l’IADM) et ce ne seront certainement pas ces ‘’médicaments’’ qui empêcheront la dette de continuer à s’enfler et à demeurer insupportable. Dès 1986, la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique avait en réponse au rapport de la Banque Mondiale sur ‘’l’ajustement et la croissance de l’Afrique dans les années 80’’ élaboré le ‘’Cadre Africain de Référence pour les Programmes d’Ajustement Structurel’’ en vue du redressement et de la transformation socio-économique (CARPAS). La CEA donne sa conception des reformes économiques qu’elle juge nécessaires, et son interprétation des résultats de presque une décennie de politiques d’ajustement des Institutions de Bretton Woods. Le rapport qui anticipait déjà les problèmes que nous vivons aujourd’hui, mettait aussi l’accent sur le renforcement de la coopération régionale conformément à l’esprit du Programme d’Action des Nations Unies pour le Redressement Economique de l’Afrique 1986 – 1990 (PANUREA). Les africains eux-mêmes n’avaient pas rendu la tâche facile à la CEA pour la mise en exécution de ce rapport. Bien que favorable à l’annulation de la dette, je pense qu’elle ne doit pas servir à occulter l’historique de son accumulation mais doit au contraire être l’occasion de faire toute la transparence sur les opérations passées afin que les mécanismes de financement du développement soient revus et corrigés. J’ai parlé tantôt de facteurs endogènes qui sont entre autres à la base de l’endettement de nos pays. Force est de constater qu’à côté des investissements qui ont réussi et qui ont véritablement contribué à la réduction de la pauvreté et dont les populations ont largement bénéficié, une bonne partie de la dette contractée s’est tout simplement volatilisée. Ailleurs, certains parlent d’audit citoyen pour le traitement de cette crise. Les Philippines et certains pays latino américains comme l’Uruguay et le Brésil l’expérimentent. On peut s’en inspirer. L’issue à la dette n’est pas la dette elle-même; mais c’est peut être sortir de la logique de l’endettement qui peut apporter une réponse acceptable à l’impasse actuelle. Et sortir de la logique de l’endettement oblige à repenser les mécanismes et les politiques de la croissance et du développement; en un mot la gouvernance démocratique de nos Etats.

Le Républicain : Vous indiquez que l’annulation de la dette doit libérer des fonds pour financer le développement. Peut-on dire qu’à votre avis que la SRP ne présente pas de garantie suffisante pour les besoins de financements des pauvres ?

Mahaman Laouan GAYA : La stratégie de la réduction de la pauvreté inscrite dans les DSRP prévoit qu’à chaque niveau de satisfaction des conditionnalités (point de décision, point d’achèvement …) qu’une rétrocession de la dette soit faite au bénéfice du pays emprunteur. Sa philosophie est plutôt axée sur la réduction de la pauvreté alors que chacun de nous attend un développement socio-économique durable au sein duquel il n’y a pas de place pour la pauvreté. Référez vous à ce que je disais dans la réponse à votre première question. Imaginez un peu que les 30 à 40% du budget alloués au règlement de la dette et les 10% alloués aux services sociaux soient consacrés entièrement au financement des infrastructures de base. Je rêve me diriez vous, mais voilà qui peut dans le contexte d’une gouvernance démocratique lancer le développement. Nous devons être ambitieux et pour ce faire je pense que le développement de l’Afrique doit nécessairement passer par l’intégration économique régionale, le développement des ressources humaines (qui est le secteur le plus important mais malheureusement le plus abandonné) et aussi et surtout le financement de grosses infrastructures (barrages hydroélectriques, centrales nucléaires, chemins de fer, développement de l’industrie pétrolière, gazoducs et pipelines intra africains …). Avec ça, la pauvreté s’en ira d’elle-même. La philosophie de développement de la Banque Africaine de Développement (BAD) va aujourd’hui dans le sens du développement des infrastructures et nous devons saisir cette opportunité pour que nos pays dans un cadre communautaire et avec l’appui de certaines institutions multinationales de développement puissent mettre en œuvre les grands chantiers qu’ils ont élaborés, comme par exemple ceux du NEPAD.

Le Républicain : Vous êtes d’avis que le poids de la dette africaine est insoutenable et vous semblez aussi être convaincu de son annulation pure et simple.

Mahaman Laouan GAYA : Attention, ne soyons pas si extrémistes au point de jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut reconnaître quand même qu’une partie des fonds empruntés ont servi à réaliser des investissements qui ont été rentables. J’en veux pour preuve les nombreux projets d’infrastructures (routes, barrages, interconnections électriques, télécommunications,…) financés par nos partenaires au développement et qui ont substantiellement contribué au développement de nos économies et à la résorption du chômage. On ne peut donc pas soutenir que l’argent emprunté pour faire ces réalisations ne soit pas remboursé. Il faut par contre re-connaître que de nombreux projets ont été des éléphants blancs par la faute des responsables des pays débiteurs. Je disais aussi un peu plus haut que le montant cumulé de la totalité de la dette a été remboursé plusieurs fois et qu’au regard de cela logiquement nous ne devons plus rien maintenant. Cela m’amène donc à soutenir que les pays du Sud doivent discuter avec leurs créanciers de l’annulation du stock de la dette. Il faut alors situer les responsabilités sur les erreurs commises, faire le bilan de l’endettement, prendre des dispositions pour que la spirale d’endettement telle que nous la vivons, aujourd’hui, ne se répète plus jamais et enfin nous consacrer au développement économique et social de nos pays avec l’aide des institutions multinationales comme la BAD.

Le Républicain : Vous êtes aussi un spécialiste du pétrole. Le baril a connu une envolée hystérique sur le marché international. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

Mahaman Laouan GAYA : Le monde vit en effet son 3ème choc pétrolier après ceux de 1973 et 1979. La particularité du choc actuel, est qu’il est progressif c’est-à-dire que l’envolée des cours du pétrole a commencé en 2000 avec un baril de brent à 28,5 US$ et s’est poursuivie de façon linéaire et quelquefois légèrement discontinue pour atteindre 100 US$ le 2 janvier 2008 et le 21 février dernier à 101 US$ ce qui constitue d’ailleurs un niveau historique jamais égalé.

Les raisons de cette flambée sont nombreuses, mais ce qui est évident c’est que cette hausse des cours pétroliers, qui ont désormais très peu de chance de descendre substantiellement et durablement, a porté à son paroxysme la crise énergétique que traversent surtout les pays de l’Afrique de l’Ouest. Cette situation est assurément bénéfique aux pays producteurs, comme le Nigeria et la Côte d’Ivoire qui ont vu leurs revenus issus de l’exportation du pétrole quasiment tripler. Il en est autrement pour ceux qui sont comme le Niger importateurs nets. Non seulement leurs achats extérieurs en produits pétroliers augmentent en volume, de l’ordre de 20 à 30%, en réponse à la croissance des besoins des entreprises et des ménages, mais encore, le coût de ces importations est passé du simple au double, voire au triple, au cours de ces cinq dernières années. Le cours du pétrole comme je le disais tantôt est et restera encore cher pour un bon moment. Nous devons donc apprendre à vivre avec. La solution ne passe pas par des subventions de l’Etat ou encore une répercussion de l’ardoise sur le pauvre consommateur. Compte tenu de l’état de nos finances publiques, une baisse des taxes ne ferait que déplacer le problème au sein du budget et ce ne serait qu’un jeu à somme nulle. Nous devons donc et surtout faire appel à toutes les alternatives possibles: économies d’énergie, développement des autres sources d’énergie (solaire, nucléaire, biogaz, biocarburants,...), l’accélération de la mise en valeur de nos ressources pétrolières non seulement pour la consommation nationale mais aussi pour l’exportation (le pétrole brut nigérien est de très bonne qualité; donc pouvant coûter cher sur le marché international) et enfin développer la coopération énergétique sous-régionale. Le Niger est producteur exportateur net d’uranium depuis bientôt 40 ans et personne n’a songé un seul instant à ce que notre pays ‘’consomme’’ sa production nationale. Mais cette problématique est cependant posée dans le cadre de la Politique Energé-tique Commune de l’UEMOA. Au vu de l’avantage comparatif dont nous disposons dans ce domaine, le Niger doit s’approprier cette initiative et en être le chef de file. Nous ne devrons pas avoir peur de le dire et encore moins d’étudier la question avec nos partenaires. Techniquement et financièrement, nous pouvons et il est temps que nous nous dotions de centrale électrique nucléaire pour notre consommation nationale ou au mieux pour aussi celle des autres pays dans le cadre de la coopération énergétique sous-régionale comme j’aime tant le dire. Il y’a bien des responsables d’institutions multilatérales qui peuvent être attentifs à ce genre de projets, parce que économiquement rentables. Les effets combinés du futur barrage de Kandadji, d’une centrale électrique nucléaire, du développement de notre secteur pétrolier et très probablement du gazoduc Nigeria-Algérie qui doit traverser notre pays sur 841 kms feront très certainement descendre le prix du Kwh de façon considérable par rapport à son niveau actuel sans parler des autres effets directs et indirects sur l’économie nationale.

Le Républicain : On espère que dans les 3 à 5 années à venir, le Niger serait un pays producteur de pétrole. Comment peut-on valoriser la production quand on voit que tout autour de nous, les producteurs de pétrole sont aussi des pays pauvres ?

Mahaman Laouan GAYA : Certes le pétrole est un secteur dont je suis issu, mais ma longue absence du ministère des mines et de l’énergie ne me met pas en position d’être plus informé que tout autre citoyen nigérien sur le processus actuel du développement pétrolier dans notre pays. Toutefois, je peux me permettre d’affirmer que la mise en valeur de nos ressources pétrolières ne tardera pas aussi longtemps que nous l’avions attendue. Cependant, il est clair et évident que le Niger, étant entouré de pays gros producteurs de pétrole comme l’Algérie, la Libye, le Tchad, le Cameroun, et le Nigeria, ne peut pas ne pas disposer de ressources en hydrocarbures tant notre territoire national est à près de 90% constitué de bassins sédimentaires, c’est-à-dire susceptibles d’abriter des réserves d’hydrocarbures gazeux (le gaz naturel), liquides (le pétrole brut) ou solides (le charbon, la lignite, la tourbe, les schistes bitumineux ou les sables asphaltiques).

Là-dessus, il est évident que notre pays dispose aussi d’énormes ressources pétrolières et mieux le Niger connaîtrait inch’Allah les mêmes miracles que ses voisins susmentionnés. Pour revenir précisément à votre question, je ne dirais pas que les pays producteurs de pétrole qui nous entourent sont pauvres. Ce sont des milliards de dollars US qui rentrent chaque année dans les trésors de ces pays, mais c’est peut être l’utilisation qui en est faite qui est une autre question. Il faut noter que les rentes pétrolières sont créatrices d’excédents de bénéfices qui devraient jouer un rôle catalyseur dans le développement économique et social d’un pays s’ils sont gérés judicieusement par le gouvernement. Malheureusement, le pétrole et les mines ont été source de paupérisation, de développement de la misère, de conflits à répétition meurtriers et dévastateurs pour les pays africains qui vivent dans le paradoxe des ‘’pays pauvres, mais riches en ressources ‘’. Ces effets économiques pervers sont connus sous le nom de ‘’syndrome hollandais ‘’, et les impacts politiques et sociaux négatifs sont appelés la ‘’malédiction du pétrole’’. On peut bel et bien éviter ce mal mais jusqu’à ce jour, peu de pays africains ont réellement réussi à traduire les bénéfices excédentaires en développement durable et en bien-être pour leurs populations.

Par contre au Niger, au vu de l’engagement répété du président Mamadou Tandja, sa vision pour l’avenir de notre pays, son souci pour une bonne gouvernance pétrolière et minière, l’admission de notre pays à l’initiative sur la transparence des industries extractives (IETE) et la vigilance accrue des organisations nigériennes de la société civile, j’ai espoir que notre manne pétrolière serait une bénédiction pour les nigériens et ne se verrait certainement pas accaparée par les fonds vautours et autres marchands d’armes internationaux.

Propos recueillis par Oumarou Keïta - février 2008
  

mardi, 06 mai 2008

Afrique : Président un jour, président pour toujours

21681995ad89cdce969e4cb27a8fb331.jpgSans aucune consultation populaire préalable, le Cameroun vient de modifier sa Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Une tendance qui gagne de nombreux pays d'Afrique. Paul Biya, 75 ans, au pouvoir au Cameroun depuis 26 ans, a finalement obtenu ce qu'il voulait. Le 10 avril dernier, il a fait modifier la Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels introduite en 1996. Il rejoint ainsi la liste des présidents africains qui ont changé leur loi fondamentale de leur pays pour se maintenir à leur poste : Idriss Déby (Tchad), Omar Bongo (Gabon), feu Gnassingbé Eyadema (Togo), Lansana Conté (Guinée), Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie), etc. En Algérie, Abdelaziz Bouteflika serait sur la même voie.

Au Cameroun, l'Assemblée nationale où le parti au pouvoir est largement majoritaire (85 % de sièges) à la suite des législatives contestées de juillet 2007, a facilement adopté les modifications proposées. Cette révision doit permettre au Président camerounais de briguer un mandat supplémentaire en 2011. En annonçant en décembre dernier son intention de modifier la Constitution, Paul Biya s'était justifié en arguant que l'article à réviser limitait la volonté populaire, "limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique".

Un avis loin d'être partagé par tous dans son pays… Pour John Fru Ndi, le leader de l'opposition camerounaise, "la limitation du mandat présidentiel sert à contrôler les démocraties qui ne sont pas encore bien assises et où les pratiques de la gouvernance tardent à s'installer, comme au Cameroun". "Le Cameroun ne saurait être une monarchie où une personne, quelle que soit sa compétence, peut prétendre rester à la tête de l'État indéfiniment", complète un membre de Plateforme de la société civile pour la démocratie qui regroupe plusieurs associations.

Absence de débats

En Afrique, un nombre grandissant de présidents s'accrochent au pouvoir, le plus souvent à coups d'élections contestées. Seul le verrou de limitation constitutionnelle des mandats semble alors pouvoir garantir l'alternance. À l'association Collectif des citoyens patriotes, on avance une explication : "En Afrique, quel que soit le régime et le pays, au bout de dix années de pouvoir et par le fait des nominations, toute l'administration est déjà totalement inféodée au dirigeant en place. On aboutit ainsi à la dictature de cet individu sur l'ensemble du personnel administratif, des hommes d'affaires, des artistes, etc". Comme cette même administration organise les élections, c'est tout 'naturellement' que le pouvoir en place reste majoritaire.

Pour éviter la voie parlementaire qui s'assimile souvent à une voie de garage, l'Union européenne, à la suite de l'ambassadeur des États-Unis, a souligné en mars dernier l'importance "de soumettre les propositions de révision constitutionnelle à un débat large, libre et ouvert, incluant toutes les composantes de la société camerounaise". Il n'en a rien été. Au contraire.

En février à Douala, un rassemblement de l'opposition contre la révision a fait deux morts tués par balle. Le même mois, la répression des jeunes qui manifestaient contre la hausse du prix du carburant et des produits de première nécessité et aussi contre la révision constitutionnelle a fait entre 40 et 100 morts. Lapiro de Mbanga, musicien auteur de "Constitution constipée", et Joe la Conscience, qui a chanté "Emmerdement constitutionnel" sont en prison, officiellement, pour avoir commandité des émeutes pour l'un et pour "Réunion et manifestation interdite" pour l'autre.

Dans les médias d'État, les avis défavorables à la révision constitutionnelle sont passés sous silence. Des radios et des télévisions privées sont par ailleurs fermées pour divers motifs. Avec la modification de la constitution, les grandes villes sont fortement militarisées.

Marche arrière

Le continent semble faire marche arrière. En 1990, les dirigeants africains avaient en effet accepté, à contrecœur il est vrai, le multipartisme à la suite de la conférence de La Baule où feu le président François Mitterrand avait lié l'aide à l'ouverture démocratique. Pour tenter de garantir l'alternance, dans de nombreux pays le pouvoir et l'opposition ont limité à deux le nombre de mandats consécutifs (de 5 ou 7 ans selon les pays).

Mais, de nombreux dirigeants n'ont plus voulu quitter leurs postes et sont revenus aux anciennes dispositions constitutionnelles. Certains parce qu'ils s'inquiètent aussi des possibles accusations pouvant les mener devant le Tribunal pénal international le jour où ils ne seront plus couverts par l'immunité présidentielle. Ce recul dans les pays francophones a même inspiré certains présidents de pays anglophones comme Yoweri Museveni, en Ouganda, qui, en 2005, a amendé la Constitution pour être reconduit à la présidence en 2006.

Au Bénin, l'ex-président Mathieu Kérékou s'est en revanche heurté à l'hostilité des députés et de la société civile, lorsqu'il a exprimé son intention de réviser la Constitution. Une exception qui confirme la règle. (Agence Syfia 06/05/2008)

dimanche, 27 avril 2008

Où sont les intellectuels de l’Afrique et de ses diasporas ?

Après la disparition d’Aimé Césaire, la question devient plus urgente encore.La nouvelle était attendue. Cette fois-ci, depuis son hospitalisation à l’hôpital de Fort-de-France, l’issue fatale ne semblait plus être qu’une question de jours. Aimé Césaire s’est donc éteint ce 17 avril dans sa Martinique natale, cette île chère à son cœur, et qui lui avait inspiré l’une de ses œuvres majeures : « Cahier d’un retour au pays natal ». Avec cette disparition, le monde perd un homme au souffle intellectuel et spirituel immense, un homme politique véritablement au service du peuple et surtout, un phare pour tous les peuples opprimés. Après Mongo Beti en 2001, c’est l’une des dernières grandes figures intellectuelles noires qui disparaît à son tour ; rendant encore un peu plus orphelins, tous ceux qui au sein des diasporas, en Afrique, aux Etats-Unis et un peu partout ailleurs, s’enrichissent de ces nourritures de l’âme et de l’esprit, et ont besoin de repaires, voire de référents de la stature d’Aimé Césaire, de Franzt Fanon, de Mongo Beti ou encore de Cheikh Anta Diop. D’ailleurs, outre leur envergure, l’une des principales caractéristiques de ces intellectuels était leur engagement. Aujourd’hui, si l’époque est moins fournie sous tous les cieux en intellectuels démiurges, l’Afrique et ses diasporas semblent les plus mal loties.

Pourtant, en Afrique, dans la Caraïbe, aux Etats-Unis…, il n’y a jamais eu autant d’universitaires, d’écrivains, d’auteurs, d’artistes, bref, d’hommes et de femmes dotés de savoirs très pointus et de culture. Certes, quelques figures comme celles du Nigérian Wole Soyinka ou de l’Américaine Toni Morisson sont mondialement connues et respectées. L’on ne peut cependant pas dire que leur influence et leur aura soient exactement à la hauteur de celles d’un Césaire ou d’un Mongo Beti. Pourquoi donc un tel « vide » ? Alors que paraît ces jours-ci, dans la très controversée collection Continents noirs des éditions Gallimard, le troisième et dernier tome d’une trilogie consacrée à la vie Mongo Beti et intitulé « Le rebelle III », l’on est tenté de se demander où sont les rebelles de notre temps ? A l’heure où, en Afrique et ailleurs, les peuples sont confrontés aux pires difficultés politiques, sociales et économiques, il y a lieu de s’interroger sur le rôle des intellectuels, dans leurs espaces nationaux et bien sûr au-delà de ces derniers. Pourtant, régulièrement, notamment lorsque l’actualité du continent l’exige, des voix s’élèvent en Afrique et ailleurs. Ce fut le cas avant, pendant et après le génocide rwandais – malgré les effets nuls ou presque - , et ce fut encore le cas plus récemment, après le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, sous l’impulsion de l’historienne malienne Adame Ba Konaré, qui est aussi l’épouse de l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré.


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09:29 Ecrit par AFRICA Watch dans Afrique Sub-saharienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : africa watch

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