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lundi, 18 juin 2007
Le culte de la personnalité
Le journaliste Marocain Ahmed Reda Benchemsi vient d’être choisi comme lauréat catégorie «Journaliste» de la deuxième édition du Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse pour son article sur le roi Mohamed VI intitulé "Le culte de la personnalité". Publié le 29 juillet 2006 dans l'hebdomadaire francophone Telquel.
Agé de 33 ans, cet ancien correspondant de Jeune Afrique connu pour sa plume audacieuse a fondé en 2001 l'hebdomadaire francophone Telquel qui édite aussi le magazine Nichane (en arabe). Benchemsi s'était déjà distingué en remportant le Prix Lorenzo Natali 2004 pour la région monde arabe qui récompense les journalistes au service des droits de l'homme, de la démocratie et du développement.
Le portrait que dresse Ahmed Benchemsi du phénomène à partir de l’exemple Marocain n’est pas tellement différent de ses expressions dans d’autre pays comme on peut le constater en le lisant :
Le culte de la personnalité
Est-ce vraiment nécessaire ? Mohammed VI a déclaré, dès le début de son règne, ne pas en vouloir. Pourtant, ça continue (presque) comme avant : ses portraits partout, les foules massées au bord des cortèges royaux, les dépenses folles en apparat et en protocole, les journaux télévisés quasi staliniens… Pourquoi le roi ne fait-il rien contre tout cela ? Qui a intérêt à ce que persiste cette idolâtrie aussi inutile que surannée ?
C’est un psychiatre qui raconte. Il exerce dans l'une des polycliniques de la CNSS de Casablanca ; autrement dit, sa clientèle est plutôt populaire. Parmi ses patients, une jeune femme, la trentaine, souffre d'un mal assez classique : une fixation amoureuse obsessionnelle. Et impossible à satisfaire. Dans des cas pareils, il s'agit d'amener la patiente à réaliser, par elle-même, que l'homme qu'elle aime n'est pas aussi parfait qu'elle l'imagine. Qu'il a sans doute des défauts, comme tout le monde, et que le mieux à faire pour elle serait de l'oublier. Sauf que l'homme en question s'appelle Mohammed VI et qu'il est roi du Maroc. “A moins de l'interner - ce qui n'est pas envisageable, vu la nature de sa pathologie - je ne peux tout simplement pas guérir cette femme, déplore notre psychiatre. Comment voulez-vous ? Dès qu'elle sort de mon cabinet, elle le voit partout, à tout instant. Sa photo trône dans chaque administration, chaque magasin, chaque épicerie. Si elle veut acheter n'importe quoi, elle doit payer avec des pièces ou des billets de banque à son effigie. Tous les jours, il est en Une de presque tous les journaux, dès qu'elle allume la télé ou la radio, elle le voit ou entend parler de lui…”. Cette histoire vraie (dont le plus cocasse est que la principale qualité prêtée au roi par son amoureuse est… la modestie !) remonte à quelques années déjà. Depuis, la jeune femme n'a plus consulté son psychiatre, qui a perdu sa trace. Où en est-elle, aujourd'hui ? Imaginez-la, ces jours-ci, en pleine ambiance de fête du trône… Imaginez son calvaire quand le portrait géant de son inaccessible amour s'étale, à tous les coins de rue, sur des affiches de 4 mètres sur 3. Imaginez sa souffrance de voir des milliers de gens, massés sur le bord des avenues, brandissant le portrait de l'élu de son cœur et scandant des slogans à sa gloire… Imaginez sa détresse traversant l'avenue Mohammed VI, visitant des centres pour handicapés ou des institutions sociales qui portent son nom...
C'est évident, l'obsession de cette femme n'est pas “normale”. Mais cette idolâtrie collective d'un chef d'Etat l'est-elle plus ? Depuis le temps que nous autres Marocains y sommes exposés, nous avons fini par trouver cela tout à fait naturel. Ou, pour les plus lucides, “pas si grave que ça”… L'est-ce vraiment ? Ce phénomène a un nom : on appelle cela le culte de la personnalité. Oh, bien sûr, ce n'est pas une spécificité marocaine. L'expression elle-même a été inventée par Nikita Khrouchtchev quand, en 1956, il lui avait fallu justifier son programme de “déstalinisation” devant le parti communiste soviétique. Depuis, elle a fait tache d'huile, tellement les cas similaires étaient nombreux sur la planète. Selon la philosophe Chantal Delsol, il s'agit d'une “forme de dénaturation de l'autorité par excès. Une personne se trouve divinisée, c'est-à-dire rendue plus grande que nature, et traitée comme telle”. Comment ? Par une large utilisation des moyens de propagande, en particulier les mass média et les évènements collectifs, spontanés ou non. Au Maroc, cela se complique encore plus par la notion de “sacralité” du roi, qui a valeur constitutionnelle, et par son ascendance directe avec le prophète de l'islam. “Sidna” (notre seigneur) est-il un humain ou une divinité, un dirigeant infaillible par nature, à qui le peuple doit tout ?
Malgré l'évidence hurlante, les familiers du Palais royal à qui nous avons posé la question s'en sont unanimement montrés offusqués. “Culte de la personnalité ? Jamais ! Glorifier notre roi est une tradition marocaine immémoriale ; juste réadaptée aux moyens du 21ème siècle”. L'apparat et le protocole pharaoniques, selon eux, ne sont que des moyens d'entretenir la “hiba” royale, cette crainte révérencielle vaguement magique qu’inspirent les sultans du Maroc, depuis 12 siècles que l'Etat chérifien existe. La hiba, ces gens en sont intimement persuadés, est la meilleure forme de gouvernance possible. “Si elle disparaît, plus aucun contrôle n'est possible sur le peuple”. Le premier historien venu, pourtant, vous prouvera aisément le contraire. Nul ne l'ignore, le royaume du Maroc n'a été “pacifié”, pour la première fois de son histoire, que dans la première moitié du 20ème siècle - et c'est à l'occupant français qu'il le doit. Jusque-là, les Marocains oscillaient perpétuellement entre allégeance au makhzen (pouvoir central) et siba (dissidence). Et la hiba n'avait rien à y voir, puisque même les tribus siba vénéraient le sultan en tant que chef religieux… ce qui ne les empêchait nullement de lui faire la guerre un mois sur deux. Mieux : au 19ème siècle, le sultan Moulay Slimane, en campagne contre des tribus siba, a été fait prisonnier pendant une bataille. Grâce, probablement, à sa hiba, il a été traité avec les égards dus à son rang, avant d'être libéré trois jours plus tard. Le message, pour autant, était clair : “nous respectons notre sultan, mais nous n'acceptons pas son autorité”. Alors, la “tradition immémoriale” a bon dos… Les historiens sont tout aussi formels : le culte de la personnalité, s'il a été extraordinairement développé par Hassan II et hérité, sans l'avoir vraiment cherché, par Mohammed VI, a été initialement lancé sous Mohammed V. Par Mohammed V ? Non, et c'est là que ça devient intéressant…
À l'origine du culte…le parti de l'Istiqlal !
C'est le parti de l'Istiqlal qui est à l'origine de ce culte irraisonné du chef qui prendra, par la suite, des dimensions monstrueuses. Tout le monde a entendu parler de ce mythe selon lequel le visage de Mohammed V, exilé par les Français de 1953 à 1955, était apparu sur la lune à des millions de Marocains. Ce qu'on sait moins, c'est que des centaines de nationalistes sillonnaient les médinas, à l'époque, en distribuant des tracts à la population, et pas seulement des tracts militants appelant au retour du sultan exilé… Il s'agissait plutôt d'un “mode d'emploi technique” pour voir Ben Youssef (le nom usuel du sultan) sur la lune. Les gens qui avaient le tract en main étaient invités à fixer une concentration de points sur le bout de papier puis, une fois que leur rétine avait bien imprimé l'ordonnancement des points, de fixer l'astre lunaire. A tous les coups, le visage du sultan y apparaissait. Une technique oculaire classique, mais l'écrasante majorité des utilisateurs du tract étant analphabètes… En deux ans, le mythe du “Saint Ben Youssef”, pour reprendre l'expression de l'anthropologue américain Clifford Geertz, a pris un essor fantastique. Des milliers de gens n'avaient plus besoin du tract pour le voir sur la lune, en songe… Pourquoi l'Istiqlal, à la base, s'est-il prêté à une telle mystification ? Tout simplement par calcul politique. Les nationalistes comptaient sur la ferveur populaire pour faire pression sur les Français afin d'ouvrir des négociations. Et Ben Youssef ? Il fallait qu'il revienne d'exil, bien entendu. Mais les nationalistes pensaient que le symbole serait utile jusqu'à l'indépendance et puis qu'après, “on verrait”… Le 16 novembre 1955, on a vu. Le retour du sultan a été salué par des manifestations d'hystérie collective jamais vues jusque-là, dans toute l'histoire du royaume. Le culte de la personnalité royale avait commencé, il n'allait plus jamais s'arrêter.
Fine mouche, Mohammed V a tout de suite compris le parti qu'il pouvait tirer de la situation, à une époque où le maintien de la royauté était tout sauf acquis. Très vite, il est entré dans le rôle que les nationalistes avaient dessiné pour lui : celui d'un symbole absolu et incritiquable, qui n'entendait pas céder un pouce de ses prérogatives désormais sanctifiées. Ne voyant pas venir le danger, les jeunes loups de l'Istiqlal se sont enfoncés dans leur erreur, en instituant la “fête du trône” en guise de fête nationale principale. Et celle de l'indépendance ? C'est Hassan II, quelques années plus tard, qui la fixera au 18 novembre 1955. Ce qui est une déformation conséquente de la réalité historique. Ce jour-là, dans la foulée de son retour triomphal d'exil deux jours plus tôt, Mohammed V a bien discouru d'indépendance devant une foule électrisée. Mais le vrai propos de ce discours était d'annoncer, non pas l'indépendance officielle, mais le démarrage prochain de négociations irréversibles avec la France (chapeautées par lui, cette fois, même si l'essentiel du travail avait été fait à Aix-les-Bains par les nationalistes), en vue de signer un traité d'indépendance en bonne et due forme. Ce qui fut fait 3 mois et demi plus tard, le 2 mars 1956. La voilà, la vraie date de notre indépendance, consignée dans tous les livres d'Histoire du monde. Mais dans les nôtres, une unique vérité : l'indépendance est à mettre au crédit exclusif de Sa Majesté, “chef politique” des nationalistes et désormais “libérateur” de la nation.
Après “le libérateur”, “le sauveur, le réunificateur et le rassembleur”
Parce que Mohammed V est mort trop tôt, moins de cinq ans après l'indépendance, le culte de la personnalité n'est pas allé très loin sous son règne. C'est Hassan II qui l'élèvera véritablement au rang d'art. Son père était “le libérateur” ? Il sera “le sauveur, le réunificateur et le rassembleur”. “Le culte de la personnalité, dit un sociologue, c'est comme l'amour : ça va de la pudeur à la pornographie”. En passant, sans doute, par l'onanisme. A son biographe Eric Laurent, Hassan II est allé jusqu'à déclarer : “Si chaque fois qu'un parti tenait son congrès, je me présentais dans la salle en disant : “Je me propose comme secrétaire général ou président”, je serais élu par ovation à l'unanimité”. Et il avait sans doute raison. Mais pas nécessairement, comme il l'a dit, parce que “[son] peuple [l]'aime”. D'après un rapport international sur la situation politique en Afrique après les indépendances, “le culte de la personnalité du chef et l'unanimisme officiel dépendent d'une violence d'État, appuyée sur une force armée plus ou moins hypertrophiée et sur une police politique omniprésente et plénipotentiaire. Trahissent cette violence la fréquence des complots fictifs ou réels, les tribunaux d'exception et les prisons mémorables, toutes choses dont les organisations humanitaires ont dénoncé les ravages”. Voila un condensé, très fidèle, de 38 ans de pratique de la “démocratie hassanienne”. Est-il vraiment nécessaire de rappeler Tazmamart, Derb Moulay Cherif, les multiples procès politiques pour “complots” qui ont émaillé tout le règne du défunt “rassembleur” ?
Mais la peur de la répression n'explique pas tout, et c'est ce qui faisait toute la différence entre Hassan II et les nombreux potentats africains de son époque. En dehors de sa poigne de plomb, rappelle le sociologue et historien Abdallah Laroui dans Le Maroc et Hassan II, un témoignage (PIU, 2005), “(il) avait un tel sens de la mise en scène qu'un sociologue l'appela un jour the performer” (homme de spectacle et de représentation). Sous le règne de Hassan II, le protocole et la mise en scène de sa propre grandeur ont atteint des sommets inégalés. Chansons à sa gloire diffusées en boucle à la télévision, poèmes laudateurs déclamés en public à chaque occasion officielle, portraits accrochés à tous les poteaux, festivités grandioses à chaque fête nationale, mais aussi à son anniversaire (!)… La règle protocolaire la plus visible sous son règne était, bien entendu, le baisemain obligatoire pour tout Marocain qui le rencontrait. Certes, ce n'est pas Hassan II qui avait inventé ce signe de respect patriarcal, pratiqué de tous temps au Maroc. Reste, comme l'explique Abdallah Laroui, qu'“à l'époque de la télévision, le baisemain royal a une fonction essentiellement politique : il sert à “distinguer”, à marquer publiquement à quel point telle ou telle personnalité est proche du pouvoir. C'est pourquoi il est autant voulu, exigé même, qu'imposé. C'est pourquoi aussi il n'est plus unique ; il est simple, double, triple, selon le message qu'on veut imprimer dans l'esprit des spectateurs, présents ou non”. Surtout les non-présents, d'ailleurs. A l'époque Hassan II, les reportages télé montrant de hauts dignitaires faisant assaut de servilité lors du baisemain royal était un spectacle très prisé par l'intelligentsia politique, qui le voyait comme un infaillible baromètre des grâces et des disgrâces. Sidna a retiré sa main avec brusquerie de la bouche de tel dignitaire ? Sa chute est proche. Il en a relevé tel autre, en lui posant la main sur l'épaule ? Celui-là va aller loin. Ainsi allait la chronique politique, à l'époque du monopole de la RTM…
Aux funérailles de Hassan II, le peuple pleurait “la mort de son père”
La maîtrise de la Radio Télévision Marocaine, seul et unique mass média accessible aux Marocains pendant près de 30 ans, a été la pierre d'angle du culte de la personnalité hassanienne. Un discours royal ? Non seulement il est retransmis en direct et en intégralité, quelle que soit sa longueur, mais il fait l'objet d'une rediffusion systématique (et intégrale, aussi) dans tous les journaux télévisés (JT) du jour, et parfois du lendemain. Personne ne peut dater avec précision l'ordonnancement du JT de la RTM, mais une loi s'est très tôt imposée, pour ne plus jamais être remise en question : la plus anodine des activités royales doit être intégralement retransmise, en ouverture du journal, et le jour même. Forcément, la longueur des JT, s'adaptait à cette contrainte.
Comme souvent, les personnalités sujettes à culte de leur vivant se repentent confusément, quand elles sentent leur mort prochaine. C'est ainsi qu'un Hassan II rongé par la maladie a donné l'ordre, quelques mois avant son décès, qu'on l'enterre aux côtés de son père et de son frère Moulay Abdellah, décédé en 1983. Il était initialement prévu que sa dépouille repose à la mosquée casablancaise qui porte son nom, la plus grande du monde après celle de la Mecque. Un édifice qu'il voulait léguer pour l'Histoire, en guise de témoignage de sa grandeur éternelle (et qu'il avait d'ailleurs financé par un véritable racket d'Etat, orchestré par Driss Basri). Mais le 23 juillet 1999, c'est bel et bien au “modeste” mausolée Mohammed V que la tombe de Hassan II, d'une dimension étonnamment discrète, a pris place. Cette repentance de dernière minute n'a pas empêché des funérailles nationales grandioses, théâtralisées à l'extrême. Il est vrai que si les obsèques de Hassan II ont été aussi spectaculaires, c'est surtout à l'impressionnant débordement de douleur populaire qu'on le devait. Selon les estimations basses, un million de Marocains ont envahi Rabat, ce dimanche 25 juillet. Et encore, l'armée était intervenue pour contenir les masses en dehors de la capitale, qui était arrivée à saturation. Du chagrin authentique, des larmes abondantes et des scènes d'hystérie, on en a vu, ce jour-là, par milliers - ce qui n'a pas manqué d'impressionner les journalistes occidentaux venus couvrir les adieux du Maroc à son roi. Mustapha Alaoui, le présentateur tronc du JT de la RTM depuis 25 ans, s'est écroulé en larmes, en direct, en annonçant la mort de Sa Majesté. De là à en déduire un amour fou et général à l'attention du défunt monarque, il y avait un pas. Que les médias officiels, évidemment, n'ont pas hésité une seconde à franchir. La politologue Mounia Bennani-Chraïbi avançait, elle, une tout autre explication : tout cela était, en grande partie, le fruit de 38 ans de paternalisme politique. “Le peuple considérait Hassan II comme son père, et lui-même appelait les Marocains “mes enfants”. On peut avoir un mauvais père, on peut être terrorisé par son père. Mais quand il meurt, on le pleure, parce que c'est le père”.
À ses débuts, Mohammed VI entendait rester modeste
Le culte de la personnalité s'hérite-t-il ? Manifestement, à ses débuts, le jeune Mohammed VI ne voulait pas d'un tel legs. Très vite, il a encouragé l'image de “roi des pauvres” que des médias (nationaux comme internationaux) avides de qualificatifs ont complaisamment propagée. Mohammed VI ? Un jeune roi modeste “qui s'arrête aux feux rouges”, “tient à réduire le protocole” et qui veut, avant tout “véhiculer une image humaniste de son règne”. Les Marocains, évidemment, ont applaudi. Mais n'auraient-ils pas applaudi de toute façon, même si le nouveau roi avait fait preuve d'une disposition d'esprit diamétralement opposée ? La question mérite d'être posée, puisqu'un nouveau débat n'a pas tardé à surgir : le Maroc ne souffrirait-il pas, avec Mohammed VI à sa tête, d'un “déficit d'autorité” ? Il n'empêche. Un président de commune urbaine l'affirme avec conviction : “Pendant six mois à un an, les cérémonies officielles étaient plus 'light', il y avait nettement moins d'apparat, de tapis, de décorum”… “Mais très vite, ajoute-t-il comme à regret, les choses sont revenues à la normale”. Le protocole, réduit ? Fortifié après l'épreuve, plutôt !
Il est vrai que l'impératif protocolaire majeur, celui du baisemain royal, a enregistré plus d'une violation. Quelques audacieux, se retrouvant face au roi, s'en sont affranchis sans complexe en lui serrant la main vigoureusement, les yeux dans les yeux - au grand choc de millions de téléspectateurs. Sous Hassan II, ç'aurait été tout simplement impensable ! Mais l'exception, au désappointement des rares “progressistes” du royaume, n'est pas devenue la règle. Mohammed VI a fait savoir que la façon dont on le saluait lui était égale. Donc, en creux, que les embrasseurs de main pouvaient continuer à la lui embrasser, que ça ne le dérangeait pas non plus. Du coup, le spectacle télévisé des réceptions royales a changé de nature. Désormais, on ne mesure plus les grâces et les disgrâces à la gestuelle et aux mimiques du roi. Ce qu'on mesure, c'est plutôt l'audace comparée des dignitaires venus le saluer. Rares sont les officiels qui se sont tenus une fois pour toutes à la poignée de main. Nombreux, en revanche, sont ceux qui ont procédé à un curieux arbitrage entre le désir de recouvrer un peu de leur dignité perdue, et la crainte que trop d'audace ne nuise à leur position en Cour. Du coup, la majorité est restée dans le camp des embrasseurs… mais pas exclusivement de la main royale. Les plus émancipés visent désormais l'épaule, à la manière dont ils saluaient Sidi Mohammed du temps où il était encore prince héritier. Et les autres embrassent la zone de leur choix : coude, avant-bras, biceps… L'idée : plus ça monte, plus le sujet est audacieux - mais sans qu'on puisse l'accuser pour autant de rébellion contre les “traditions ancestrales”. Tous ces hauts dignitaires, l'élite de la nation, ont-ils conscience du ridicule de la situation ? Le baisemain royal, on l'a vu, est tout sauf un geste anodin sans conséquences. C'est un geste politique qui marque la soumission absolue - une attitude aux antipodes de cette “démocratie” que tout le monde, dans et hors du Palais, prétend vouloir instaurer.
On l'a bien compris les “traditions” protocolaires n'ont rien d'innocent. Elles participent à dessein du culte de la personnalité, érigé, en toute conscience, comme outil de gouvernance. On pourrait multiplier les “détails” de ce type, et tous nous renverraient au cœur d'une problématique éminemment politique : le roi est plus qu'un chef, c'est un demi-dieu qu'il faut révérer, sans faire de commentaires si possible. Comme le rappelle Abdallah Laroui, “toute correspondance officielle s'ouvre par la formule 'Paix totale grâce à la présence de notre Maître l'Imam'. Qui tient à savoir d'où viennent [de telles] formules, ce qu'elles désignent, quand et qui a décidé de les remettre à l'honneur ?”. De même, qui a, un jour, décidé qu'avant de faire lecture en public d'un dahir ou message royal, il fallait… l'embrasser - alors qu'il ne s'agit jamais que d'un bout de papier ? Pas Mohammed VI, en tout cas. Et pas Hassan II non plus, semble-t-il… Selon plusieurs proches du sérail, ce serait le défunt conseiller Ahmed Bensouda qui aurait, un beau jour, inauguré cette pratique quasi païenne. Sauf que depuis ce jour-là, un standard est posé. Quiconque ne s'y conforme pas est condamné à se faire remarquer, à ses risques et périls. Sous Mohammed VI, il est quasiment certain que si les concernés s'en abstenaient, personne ne leur en tiendrait rigueur. Nombreux, pourtant, sont ceux qui embrassent encore un dahir ou message royal avant d'en faire lecture devant les caméras - pour l'unique raison que la signature sacrée y est apposée…
Si certaines cérémonies saugrenues (comme celle qui consistait pour les gouverneurs à se masser au bord de la voie ferrée pour applaudir le passage du train royal) ont disparu avec Hassan II, d'autres subsistent encore. Ainsi de la cérémonie d'“insat” - littéralement, “écoute”, pendant laquelle les élus et notabilités de chaque province se réunissent pour suivre et applaudir les discours royaux… devant un poste de télévision ! (lire en page 43).
Des activités royales intégrales aux “télégrammes”
La télé reste et restera le vecteur n°1 du culte de la personnalité royale. La première chaîne, là-dessus, a toujours une longueur d'avance sur sa rivale casablancaise. La seule manifestation d'idolâtrie à laquelle Mohammed VI a opposé un veto formel, dès son accession au trône, est la diffusion de chansons à sa gloire. Pour le reste, rien n'a changé. On continue à lire religieusement au JT le moindre “télégramme” officiel envoyé ou reçu par le roi. Chaque jour, notre chef d'Etat souhaite bon anniversaire à l'un de ses pairs, envoie ses condoléances à un autre, félicite un troisième à l'occasion de sa fête nationale… Ce type d'activité protocolaire est commun à tous les chefs d'Etat du monde. Rares, en revanche, sont les directeurs du protocole qui, comme Abdelhak Lemrini, faxent systématiquement tout télégramme, même le plus anodin, à la télévision nationale avec la note manuscrite “toudaâ wa toubatt” (à radio et télédiffuser), qui sonne furieusement comme un ordre. Un ordre, évidemment, qu'aucun audacieux ne s'avise de contredire.
Quant au “must” du culte télévisuel de la personnalité, à savoir la couverture des sacro-saintes activités royales, rien n'a changé depuis l'arrivée de Mohammed VI. Les JT de la RTM continuent d'être follement élastiques, en fonction de la sortie royale du jour. Le mécanisme est simple : contrairement à tout le reste du JT, les activités royales échappent au contrôle de la direction de l'information. Elles sont filmées, commentées, montées et envoyées d'une seule pièce à la rédaction chaque soir, par un “trio d'or” qui en a la responsabilité exclusive : Mohamed El Moudden (ancien directeur de l'information de la RTM sous Basri), Mustapha Alaoui (l'homme-tronc qui s'est effondré en larmes devant des millions de gens, à la mort de Hassan II) et Mohamed Daoudi (celui qui a toujours été le remplaçant de Alaoui, à l'époque où il présentait le JT). Ajoutons à ce trio le caméraman Mohamed Reggab. Rappelons que ces quatre hommes sont en poste depuis 20 à 30 ans chacun, et on comprendra pourquoi les reportages sur les activités royales peuvent toujours durer jusqu'à 20 minutes et sont toujours saupoudrés des mêmes commentaires crypto-staliniens du style “wa ha houa sahibou l'jalala youhayi chaâbahou l'wafiyy bi yadaihi l'karimatayne, tahta houtafat al jamahir” (“Et voila Sa Majesté qui salue son peuple fidèle de ses mains généreuses, sous les acclamations des foules”)…
Le traitement télévisuel des activités royales, cela dit, est moins une question de système que de personnalité. Ainsi, 2M s'est-elle affranchie sans complexe de toutes les pesanteurs qui plombent encore la RTM. Enfin, presque toutes. Si l'obligation de couvrir toutes les activités royales demeure, la manière de le faire est laissée à la libre appréciation de la directrice de l'information, Samira Sitaïl, et de ses journalistes. En 2000, 2M a mis sur pied sa propre “équipe royale” alors que jusque-là, elle dépendait des images de la RTM. On a donc commencé à voir des “sujets” d'1 mn 30 à 2 mn, où l'activité royale du jour était commentée, certes sans aucune distance critique (ne rêvons pas), mais tout de même avec précision et concision. Et le Palais n'a rien dit ! Alors ça a continué… Désormais, les activités royales sont présentées soit sous forme de reportage (relativement court), soit “en off” (des images du roi défilent sur l'écran, couvertes par le commentaire du présentateur du JT), soit même en “info-plateau” (uniquement le présentateur ou la présentatrice qui parle, sans image du roi). Les activités royales, pour autant, font toujours l'ouverture des JT. Mais si un évènement majeur, national ou international, survient, l'activité royale est présentée en titre, avant de céder la place au reportage sur le fait du jour, puis de revenir à l'activité royale. La preuve que le changement (contrôlé) est possible…
Le peuple endosse le culte parce que… “on ne sait jamais”
Et le peuple, là-dedans ? Soit, les gens massés sur les trottoirs pour acclamer les cortèges royaux sont amenés là par des bus municipaux (lire en page 48). Soit, les fanions et drapeaux du roi et autres banderoles leur sont distribués par les autorités locales. Cela ne les empêche pas, pourtant, d'acclamer le roi avec ferveur, et sans qu'ils y soient forcés. Cela ne les empêche pas, si d'aventure on leur tend un micro, d'appeler toutes les bénédictions possibles sur la tête de “Sidna, Nassarahou Allah” (Notre seigneur, que Dieu le glorifie). Est-ce par pur amour du souverain ? Plutôt par “stratégie d'anticipation”, dit le sociologue Mohamed Tozy. C'est-à-dire par souci - quasi inconscient - de minimiser le risque qu'il ne leur arrive quelque chose de fâcheux, s'ils ne se montrent pas suffisamment zélés. Que pourrait-il bien leur arriver ? Si la situation des droits de l'homme n'est toujours pas brillante au Maroc, il est évident qu'elle a fait des pas de géant depuis la disparition de Hassan II. Mais pas suffisamment, semble-t-il, pour écarter ce sentiment persistant qu'“on ne sait jamais”… Autrement dit, si les gens chantent les louanges du roi et de la royauté presque par automatisme, c'est… à tout hasard. Autre élément d'explication, au risque que cela paraisse irrationnel : si un nombre impressionnant de Marocains perpétuent volontairement le culte de la personnalité royale, c'est qu'ils attendent quelque chose du roi, à titre individuel. C'est presque systématique, maintenant : à chaque fois que Mohammed VI, en visite sur le terrain, déborde son cordon de sécurité pour s'approcher de la foule qui l'acclame, il reçoit une pluie d'enveloppes sur la tête. Des doléances individuelles de tout ordre, de toute nature. Comment ces gens peuvent-ils croire qu'un chef d'Etat a le temps (et les moyens) de traiter leurs problèmes individuels au cas par cas ? Explication d'une proche du premier cercle royal : “Ce sont les attentes de la population qui forment ce que vous appelez le culte de la personnalité. Le roi a une forte politique de proximité, et ça se traduit comme ça”. On pourrait aussi dire que c'est ce qui arrive quand une institution, la royauté en l'occurrence, fait tout pour substituer sa seule légitimité à celle de toutes les autres (notamment la justice et l'administration territoriale). Une situation héritée par Mohammed VI, tout autant que le culte de la personnalité qui l'environne… Menée par un groupe de sociologues, une série d'enquêtes sur “le comportement politique de la population marocaine” a abouti à cette étonnante conclusion : les deux tiers des personnes interrogées estiment que le roi devrait avoir… plus de pouvoir ! Au vu de la Constitution marocaine et des clauses de l'acte d'allégeance, c'est tout simplement impossible.
Autre explication au fait que le peuple endosse sans broncher, et même entretient, le culte de la personnalité royale : la servitude est chez nous un trait culturel, et même religieux. D'après Tozy, toujours, “la catégorie d'esclave de Dieu ('abd) est indissociable de celle d'homme. Au pouvoir absolu de Dieu correspond la servitude absolue de l'homme (…) La servitude volontaire est donc un accomplissement de l'impératif religieux”. Par ailleurs, le Prophète Mohammed aurait dit (c'est dans la déclaration d'allégeance au roi du Maroc) : “Ne foulez pas une terre sans autorité, car celui qui incarne l'autorité est comme l'ombre de Dieu et du Prophète sur terre”. Combinons ceci et cela, et qu'obtenons-nous ? La servitude est consubstantielle à notre situation de Marocains, sujets d'un monarque de droit divin. Si beaucoup de Marocains appellent le roi Sidna (notre seigneur) en privé, et y adjoignent Nassarahou Allah dès qu'on leur tend un micro, ce n'est pas par amour, ni par peur. C'est tout simplement par devoir. Ou du moins, c'est vécu comme tel.
Le matraquage propagandiste n'est pas étranger non plus à cette attitude. Si le Marocain lambda, quand on lui tend un micro, ânonne souvent des formules toutes faites à la gloire du roi, dans un langage ampoulé qui n'est pas celui qu'il utilise tous les jours, c'est parce qu'il voit faire ça tous les soirs à la télé, depuis qu'il est né. Après 38 ans de Hassan II et 7 ans de continuité de son système, le culte de la personnalité est inscrit, inconsciemment, dans notre dispositif langagier. Selon le sociologue et historien Abdallah Laroui, “ce n'est pas l'uniforme de l'idiome utilisé qui importe, mais l'attitude révérencieuse du locuteur. Quelle en est la cause ? L'éducation familiale puis scolaire ? Le taux élevé de l'analphabétisme ? (…) La pauvreté de l'imagination ? Personne ne le sait, car personne ne tient à en prendre conscience”. Au final, il n'y pas d'explication unique à cette question de fond : pourquoi le peuple perpétue-t-il le culte de la personnalité du leader ? Selon l'anthropologue Hassan Rachik, “les gens ont tout un stock de références comportementales : servitude, indifférence, rébellion… Ils puisent dedans en fonction des circonstances et des situations”. Et chacun a sa lecture, personnelle et pas toujours rationnelle, des “circonstances et des situations”. Pourquoi le chanteur de rythm’n’blues Ahmed Soultan a-t-il ressenti le besoin de préciser, sur la pochette de son album Tolérance, “remerciements spéciaux à Sa Majesté le roi du Maroc Mohammed VI, pour avoir permis à un humble citoyen d'être entendu” ? Pourquoi cet homme, recteur d'une mosquée à Fès, interrogé par 2M en marge d'une visite royale, a-t-il déversé un torrent de louanges sur le roi, d'une traite, pendant 50 bonnes secondes, sans reprendre son souffle… avant de regarder fixement le caméraman et d'ajouter : “nzidek nâam a sidi ?” (vous en voulez encore, Monsieur) ?
Les effets pervers du culte de la personnalité
Le culte de la personnalité est peut-être un “mode de gouvernance comme un autre”, mais il n'est pas exempt d'effets pervers. “Le culte de la personnalité se développe avec les mêmes mécanismes que le passage du polythéisme au monothéisme”, avance avec hardiesse l'anthropologue Hassan Rachik. Traduisez : il empêche l'émergence de toute individualité dont le prestige pourrait concurrencer celui du roi. Une anecdote illustre cet effet secondaire de manière particulièrement transparente. En 1986, le Maroc célébrait le “jubilé” de Hassan II, anniversaire de ses 25 ans de règne. Parmi les chansons à sa gloire diffusées ce 3 mars-là par la RTM, ce fameux tube de Tina Turner, We don't need another hero (“nous n'avons pas besoin d'un autre héros”). Et pour que le message soit cristallin, les techniciens de la RTM avaient jugé nécessaire d'insérer l'image de Hassan II à chaque fois que la mamy du rock entonnait son célèbre refrain… Plus près de nous, on ne s'explique pas autrement le fait que des cabales aient été régulièrement lancées, depuis le premier cercle royal, contre le premier ministre Driss Jettou. Coupable, simplement, d'être devenu populaire grâce à sa modestie et à sa bonhomie…
Le culte de la personnalité peut aussi voir pour effet… de ridiculiser involontairement l'objet du culte ! Ainsi pouvait-on lire le 9 juin dernier, en Une du Matin du Sahara, le titre suivant : “Grâce à l'intervention personnelle de Sa Majesté le roi Mohammed VI, les Marocains pourront suivre quatre matchs du Mondial de football 2006”. Sauf qu'on a appris le lendemain que le cheikh Salah Kamel, détenteur exclusif des droits du Mondial, avait fait le même deal… avec tous les Etats arabes. Et tant pis pour “l'intervention personnelle”…
Sur un mode plus sérieux, le culte de la personnalité a pour effet de bloquer les initiatives de développement. Combien de chantiers d'institutions sociales, arrivés à terme, sont-ils restés bloqués pendant des mois, en attendant que leur inauguration soit programmée sur l'agenda royal ? On a même vu un centre d'hébergement flambant neuf pour étudiantes défavorisées, ouvrir ses portes à ses jeunes pensionnaires… avant de les expulser sans sommation, le responsable du centre ayant appris que le roi comptait l'inaugurer. Hors de question, dans ce cas, de démarrer l'activité du centre tant que Sa Majesté n'a pas coupé le ruban. Et tant pis pour la centaine de jeunes filles qui se sont retrouvées, d'un jour à l'autre, à la rue. De manière générale, déplore un élu local, “les villes de province bougent de visite royale en visite royale”.
Mais l'effet pervers le plus grave du culte de la personnalité, c'est qu'il confine l'objet du culte dans un total isolement. “Au cabinet royal, la stratégie de la hiba s'est muée, depuis longtemps, en mode de vie, soupire cet homme qui a eu accès, une brève époque, à ce monde particulier. Ses conseillers ont une peur bleue de déplaire au roi, donc ils n'osent remettre en question aucune de ses idées. Comment peuvent-ils le conseiller efficacement, dans ce cas ? Imaginez un brainstorming dans ces conditions…”. L'entourage royal bataille dur, pourtant, et contre le roi lui-même s'il le faut, pour maintenir vivace le culte de la personnalité qui l'environne. On ne peut expliquer autrement le fait que la volonté de réduire le protocole, exprimée par Mohammed VI à ses débuts, n'ait pas fait long feu. Pourquoi ces gens-là déploient-ils autant d'énergie pour perpétuer l’idolâtrie générale ? Parce que son abandon menacerait leur rente de situation. Qui perdrait, si le culte de la personnalité n'avait plus cours ? Les ordonnateurs du protocole, pour commencer. Et de manière générale, tous ceux qui sont proches du roi. “Dans un système de culte de le personnalité, explique un sociologue, la politique consiste à mettre en œuvre ce que le prince est supposé penser. Par conséquent, le pouvoir réel découle de la capacité d'interprétation et d'anticipation sur les désirs du prince”. Ceux qui détiennent ce pouvoir, par proximité avec le prince, auraient donc tout à perdre si le système du culte se délitait…
Comment peut-on en sortir ?
Le Maroc serait-il dans une impasse ? Pourrons-nous, un jour, tout en préservant le système monarchique, le ramener à des dimensions plus humaines ? Oui, estime Hassan Rachik, auquel répond, comme en écho, Mohamed Tozy. Mais à condition de proposer un système doctrinal alternatif. Il ne suffit pas, par exemple, de signifier aux Marocains “ça ne me dérange pas que vous ne m'embrassiez pas la main”. Parce que tant qu'il y en aura qui continueront à l'embrasser, et que ces gens-là continueront à bénéficier d'avantages et de faveurs, personne n'empêchera l'élite de penser - même à tort - que rien n'a changé. Et de penser que, comme avant, les faveurs s'acquièrent, ou du moins se conservent, par la perpétuation des attitudes d'allégeance servile. Pour rester dans l'exemple du baisemain, il faut l'interdire clairement, justification doctrinaire à l'appui. C'est ainsi qu'a procédé le roi Abdullah d'Arabie Saoudite. Il a suffi d'un édit royal pour que plus personne, dans tout le royaume wahhabite, n'embrasse la main de personne.
Mais la doctrine ne suffit pas. Il faut aussi, et surtout, changer le mode de gouvernance. Tant que le roi restera l'unique dispensateur des grâces et des honneurs, tant que tous les hauts fonctionnaires publics seront nommés par un dahir signé de sa main, personne n'empêchera les candidats aux honneurs de faire assaut de servilité et d'idolâtrie. C'est la nature humaine, que de lécher les bottes de celui dont on attend quelque chose ? Peut-être. Dans ce cas, autant réorienter l'allégeance vers les responsables politiques, en leur déléguant les nominations des hauts fonctionnaires. Eux ne sont pas “inviolables et sacrés”, et ne disposent pas des formidables outils de propagande au service du roi. La servilité à leur égard ne pourra donc jamais aller bien loin. Et au moins, les partis politiques commenceront à attirer des profils valables, au lieu que ces derniers continuent à faire la danse du ventre autour du premier cercle royal, espérant follement y être admis un jour… Au fond, le meilleur antidote contre le culte de la personnalité, c'est l'institutionnalisation des relations de pouvoir. Autrement dit, l'instauration de la démocratie. Une conclusion évidente, par laquelle on aurait pu commencer...
14:15 Ecrit par TUNISIA watch | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Maroc, culte de la personnalité
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