« Confirmation en appel de la condamnation de Slim Boukhdir : “une décision politique” | Page d'accueil | Amnesty International s'élève contre les expulsions en Libye »

samedi, 19 janvier 2008

Le nouveau syndicat tunisien tiendra-t-il ses promesses ?

L'Union Nationale des Journalistes Tunisiens vient de voir le jour. Elle supplante l'Association des Journalistes Tunisiens (AJT) dont personne ne va déplorer la disparition. Fondée il y a plus de quarante ans, l'AJT est connue pour ses liens étroits avec le régime tunisien liberticide. Le paysage médiatique tunisien serait-il en train de changer ?

« La résistance à un pouvoir hostile à la liberté de la presse est en train de gagner du terrain », a confié à APN Kamel Labidi, expert tunisien des médias.

La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ), qui siège à Bruxelles, a salué la création de ce nouveau syndicat. D'autant plus qu'il coïncide avec la fin de l'interdiction du site internet de la FIJ en vigueur depuis deux ans. « Il s'agit d'une réforme historique. Le journalisme tunisien a l'occasion d'un nouveau départ dans un pays où les journalistes ont trop longtemps souffert. » a déclaré Aidan White, le Secrétaire Général de la FIJ.

Faut-il partager cet optimisme ? Indubitablement parce que plus de la moitié des neuf membres du comité de direction du nouveau syndicat, élus le 13 janvier  par les 400 journalistes qui ont souscrit à sa création, faisant suite à la dissolution de l'AJT, sont réputés pour leur indépendance et leur courage. « Neji Bghouri est arrivé en tête avec 215 voix », a indiqué Rachid Khechana, rédacteur en chef du quotidien Al Mawkef, à APN.

« Un ancien de la défunte AJT, Neji Bghouri, journaliste au quotidien public Assahafa, avait été écarté en 2005 de sa direction pour avoir boycotté le rapport officiel sure l'état de la presse et proposé une version plus fidèle à la réalité », rappelle le rédacteur en chef du journal du Parti Démocratique Progressiste (PDP) tunisien.

« Visiblement, les jeunes journalistes tunisiens avaient besoin de nouveaux visages. Il s'agit en fait d'un vote sanction puisque les candidatures les plus proches du pouvoir ont été éliminées », commente Khechana. Et finalement, c'est peut-être là que résident la surprise et l'espoir d'un nouveau paysage médiatique en Tunisie.

«  La jeune génération de journalistes ne s'est pas laissée allécher par les vaines promesses d'améliorations des conditions sociales dont on la berce depuis un bon moment», a estimé Khechana.


Vote sanction

Les autorités avaient-elles prévu ce vote sanction ? Ne voulaient-elles pas simplement racheter une crédibilité à l'AJT en lui donnant un nouveau nom ? Et si le processus leur avait échappé ?

Pour Kamel Labidi, ce n'est pas la première fois que des jeunes journalistes tunisiens indépendants d'esprit créent la surprise en prenant démocratiquement le contrôle d'un syndicat ou d'une association professionnelle que les autorités croyaient pouvoir tenir en laisse à jamais.

« Nous avons assisté à la défaite cuisante des principales marionnettes chargées par le pouvoir de créer ce nouveau syndicat en vue de barrer la route à un autre syndicat, dont la naissance en 2004 a suscité une vague d'espoir passagère dans la profession. Elle rappelle que la résistance à un pouvoir plus hostile à la liberté de la presse que le pouvoir colonial français est en train de gagner du terrain», a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, si la volonté du régime est de mettre en place un véritable syndicat représentatif pourquoi ne pas avoir légalisé le syndicat autonome fondé en 2004 et qui reste interdit à ce jour ? Autant d'interrogations invitent à la plus grande vigilance.

 «Je crois savoir que des pressions sont exercées sur les membres du comité de direction pour que les postes clés ne reviennent pas aux personnalités les plus indépendantes » a poursuivi Khechana.

« La tâche qui attend la direction du nouveau syndicat n'est pas du tout aisée. Car le pouvoir qui a réussi au cours des deux dernières  décennies à transformer la défunte Association des journalistes tunisiens (AJT), naguère une des organisations professionnelles les plus indépendantes dans le monde arabe, en outil de délation et d'appui à la politique de Ben Ali fera tout pour transformer cette structure syndicale apparemment prometteuse en 'syndicat maison' » a ajouté pour sa part Kamel Labidi.

En outre, les préoccupations matérielles et légitimes des journalistes en Tunisie, certains gagnent un salaire mensuel inférieur à 100 euros, qui ont dominé le débat, ne devraient pas faire oublier les autres revendications notamment celle portant sur l'extension du champ de la liberté d'expression. « Le courant autonomiste au sein de ce syndicat méritera l'appui de tous les journalistes digne de ce nom s'il s'engage à défendre sérieusement les victimes des atteintes à la liberté de la presse, dont Slim Boukhdhir qui croupit actuellement en prison, et à oeuvrer pour la libération de la profession du joug moyenâgeux du pouvoir », a conclu Labidi.

The Arab Press Network, World Association of Newspapers, 18/01/08

Les commentaires sont fermés.