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mercredi, 30 avril 2008

En Méditerranée, M. Sarkozy, à cœur vaillant…

LA VISITE DE NICOLAS SARKOZY EN TUNISIE

NICOLAS SARKOZY a prononcé, lors d’une visite d’Etat, son discours de Tunis sur la Méditerranée. S’agit-il d’un tournant dans les rapports entre les deux rives? On peut en douter tant les changements promis, annoncés, sont marginaux au regard des principes démocratiques, qui n'y ont aucune place.

L’ambition du président français est claire : imprimer sa marque en relançant le processus euroméditerranéen initié à Barcelone. Au service du parachèvement d’une zone de libre-échange et de la construction de toujours davantage de barrières contre les migrants, l’Euromed prend ainsi le nouveau nom d’Union "de" ou "pour" la Méditerranée. Et sa finalité affichée est d’associer les peuples à l’édification d’un ensemble économique partagé. Les moyens d’y parvenir sont la concrétisation de projets communs aussi nécessaires que l’accès égal à un enseignement de qualité, la recherche d’énergies de substitution et la dépollution de la mer.

La démarche puise son efficacité prétendue dans l’expérience de l’édification de l’Europe. N’est-ce pas en effet la communauté du charbon et de l’acier qui avait frayé le chemin à l’Union européenne? Oui, mais une différence de taille sépare le Vieux continent de l’Afrique et du Moyen-Orient. Les accords commerciaux inter et intra-européens sont établis sous des régimes politiques comparables. Les relations euroméditerranéennes, en revanche, reposent sur des rapports entre des Etats démocratiques et d’autres qui ne le sont guère.

C’est pourquoi il est à craindre que l’impulsion de Nicolas Sarkozy en Méditerranée n’inscrive le changement dans la forme et la continuité dans le fond. Associées à la marge de leurs propres affaires, les populations risquent ainsi de rester sur leur faim.
La circulation des marchandises conserverait donc sa primauté sur celle des hommes et sur celle des idées. Il serait pourtant temps que la devise de Jacques Cœur, qui fit naguère de Montpellier le centre d’un commerce transméditerranéen florissant, s’applique non plus seulement aux finances, ni uniquement à l’enseignement et à l’écologie, mais aussi à la politique, par l’intermédiaire du respect des droits de l’homme et l’institution d’Etats de droit. Le président français peut y contribuer, en infléchissant son projet méditerranéen dans ce sens. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'ingérence, les pays riverains se sont eux-mêmes engagés à respecter ces principes politiques. Avec Nicolas Sarkozy, l'hypocrisie mercantile euroméditerranéenne a toutefois de beaux jours devant elle.
 
W.S.
 
Source Nouvelobs.com 

A lire

http://www.rue89.com/2008/04/30/sarkozy-chez-ben-ali-mais-ou-est-rama-yade

En Tunisie, le malaise de la génération Ben Ali

Envoyée spéciale en Tunisie NADIA HACHIMI ALAOUI
 
Petit à petit, ils s’organisent. A Tunis, à Sfax, ou Kairouan, devant les universités ou les ministères, leur voix, encore timide, se fait entendre. Depuis quelques mois, dans les rues propres et policées de Tunisie, les diplômés chômeurs bravent les interdictions. «Depuis novembre, nous avons organisé 146 manifestations», notent Cherif, 28 ans et Folla, 32 ans, tous deux membres fondateurs de la toute jeune Union des diplômés chômeurs. Avec sa maîtrise en sciences de la vie, Folla alterne, depuis sa sortie de l’université il y a cinq ans, stages et petits boulots pour à peine 150 dinars (82 euros) par mois, quand Cherif, bac + 6 en histoire, vit grâce au soutien financier de ses parents.

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Sarkozy en Tunisie : « un appui total à la dictature de Ben Ali »

86e64744df012491bb961e9336b66e47.jpgL’Etat tunisien est régulièrement critiqué pour ses nombreuses atteintes aux droits fondamentaux. Selon plusieurs organisations nationales et internationales, la torture, les arrestations et condamnations arbitraires sont monnaie courante dans le pays. Les libertés d’expression, de réunion et de manifestation, entre autres, sont bafouées. Mais le président Ben Ali a toujours réfuté ces critiques. C’est pourquoi les ONG ont beaucoup espéré de Nicolas Sarkozy, qui déclarait pourtant avoir préparé un chapitre des droits de l’homme pour sa visite. Sihem Bensedrine, présidente du Conseil national pour les libertés en Tunisie et farouche opposante au régime tunisien, a souhaité réagir.

Afrik.com : Quelles sont vos réactions à l’issue des déclarations de Nicolas Sarkozy lundi ?
Sihem Bensedrine :
Je considère cette visite comme un appui total à la dictature de Ben Ali. Je ne suis pas vraiment surprise de l’attitude de la France. Depuis que Sarkozy est arrivé au pouvoir, aucun signe fort n’a été envoyé sur la question des droits de l’homme en Tunisie comme dans d’autres pays. Il a prétendu qu’il y avait un chapitre des droits de l’homme pour sa visite ici mais c’était juste de quoi faire taire les journalistes et peut-être l’opinion.

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Tunisie : les livres sous la coupe de la censure

Syfia

28 avril 08 - Moins visible et reconnue que face à la presse, la censure touche aussi la littérature en Tunisie. Alors que la foire du livre de Tunis s’ouvre ce 24 avril, une cinquantaine de livres d’écrivains tunisiens sont bloqués chez les imprimeurs sur ordre du pouvoir. Seuls des exemplaires photocopiés circulent sous le manteau.

Fethi Djebali/Syfia Tunisie - Pour Jalloul Azzouna, rien ne justifie la censure de son livre. "La littérature est subversive par essence", s’époumone ce trublion de la littérature tunisienne, qui a fait sienne la défense de tous les livres interdits en Tunisie. Il compte parmi la trentaine d’écrivains du pays dont les ouvrages sont censurés. Il y a quelques années, il a créé la Ligue tunisienne des écrivains libres, qui n’est toujours pas reconnue par le pouvoir du président Ben Ali, car elle se pose en alternative à l’Union des écrivains tunisiens, instance aux ordres du régime.

Jalloul ne désespère pas de voir un jour son livre Littérature et liberté, même identité dans les rayons des librairies. Militant malgré lui, Le pain amer, Quand est-ce que j’étais vivant pour mourir ?, Dit en marge de l’interrogatoire, Un témoin a dit ou encore Les enfants d’Allah sont parmi la cinquantaine de livres interdits des librairies tunisiennes. Le dernier en date, Un capitaliste qui a réussi, d’Habib Hamdouni écrit en arabe, remonte à 2006. Des proches du pouvoir s’y seraient reconnus.

Fadhila Chebbi, qui édite à compte d’auteur depuis 15 ans, n’a cessé, depuis la censure de son dernier livre, de le relire comme si elle ne l’avait pas écrit, à la recherche du passage qui expliquerait cette décision. C’est souvent une phrase, une allusion ou un fait sans aucune corrélation directe avec des faits réels qui est à l’origine de la censure. Selon Azzouna, il est probable que l’histoire du livre de Fadhila, celle d’un général qui, par erreur, signe l’ordre de castrer toute l’armée, est à l’origine de l’interdiction de son livre, bien que l’auteure n’indique pas de pays.

D’autres livres sont ouvertement engagés pour une cause ou prennent le contre-pied de la politique menée par le pouvoir, comme Notre femme à travers les fatwa. Certains, interdits du temps de l’ancien régime de Bourguiba, le sont toujours sous Ben Ali, malgré le caractère obsolète de leurs critiques. "Certains livres sont interdits non pas à cause de leur contenu, mais à cause de l’engagement politique de leurs auteurs dans la vie publique et parfois même d’un de leurs proches", explique Jalloul Azzouna.

La machine de la censure

Pendant des années, Jalloul a essayé de remonter la chaîne de la censure. Qui en décide ? Pour quelles raisons ? À qui s’en remettre : à la justice, au ministère de la Culture, au ministère de l’Intérieur ? La plupart de ses questions sont restées sans réponse. L’écrivain est constamment renvoyé aux "services compétents", une expression qu’il abhorre aujourd’hui, censée désigner une instance invisible qui décide du sort des livres.

Le mécanisme concret est efficace. L’imprimeur est tenu de déposer un nombre donné d’exemplaires auprès des ministères de la Culture et de l’Intérieur, ainsi que de la Bibliothèque nationale. En retour, il doit recevoir, selon la loi qui ne précise pas de délai, un récépissé de la part de l’administration, sans lequel il ne peut délivrer la totalité des exemplaires imprimés à l’éditeur. Mais il est rare que celui-ci lui parvienne.

En cinquante ans d’indépendance, certaines imprimeries tunisiennes sont devenues de vraies prisons à livres. Des maisons d’édition audacieuses ont fini par mettre la clé sous le paillasson après avoir pris le risque financier d’éditer plusieurs livres qui ont fini par être censurés. "Les éditeurs sont devenus frileux", témoigne Fadhila.

Aujourd’hui disparue, la maison Aloés, de Sihem Ben Sedrine, n’a vu aucun de ses livres passer entre les mailles du filet. Taoufik Ben Brik, l’écrivain qu’elle fut la première à éditer, a fini par se tourner vers les maisons d’édition françaises. A l’instar de Mohammed Talbi, Ben Brik compte parmi les quelques écrivains considérés aujourd’hui comme "totalement exportateurs" dont les oeuvres demeurent largement méconnues dans leur pays.

"Maquis de l’édition"

En attendant la levée officielle de l’embargo sur ces livres, Jalloul Azzouna les distribue sous forme de photocopies. "Nous le faisons dans un but de sensibilisation, par lot de cinquante exemplaires", explique-t-il. Une formule de distribution qu’il qualifie de "maquis de l’édition" et qui lui permet, pour le moment, de faire fi un tant soit peu de l’avis des autorités. Dans un Tunis avide de livres polémiques, ces exemplaires trouvent vite preneurs et leurs heureux possesseurs s’empressent de les photocopier à leur tour. D’autres initiatives ont permis d’exposer ces photocopies sur des stands, en marge des foires du livre de Paris ou de Berlin. Les appels à la libération du secteur de l’édition, comme celui lancé par l’organisation internationale des éditeurs, n’ont pas manqué ces dernières années, sans réelles avancées.

En 2007, le président Ben Ali avait promis de libérer tous les livres interdits. Aujourd’hui, une année après, les mots du Président sont restés lettres mortes. Jalloul, lui, continue son combat.

 

Source : Tribune des Droits Humains 

mardi, 29 avril 2008

Notre ami le despote

Puisque l'on ne peut pas se procurer le journal Libération en Tunisie pour cause de censure, nous nous permettons d'en  mettre une partie en ligne.

Nous invitons bien sûr ceux qui le peuvent à se procurer, moyennant finances, le journal papier.

Nous prions la rédaction de Libération de nous pardonner ce petit écart.

 

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Harragas : une nouvelle tentative d’immigration clandestine vers l’Italie se solde par une catastrophe, minimum 20 morts.

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Vingt jeunes tunisiens sont morts et d’autres sont portés disparus après le chavirage de leur bateau à 70 Km de Mahdia, ils tentaient d’atteindre l’île italienne de Lampedusa le week-end avant dernier. 

Cette catastrophe a été révélée par les médias suite à la découverte de trois cadavres accrochés dans les filets par des pécheurs opérant dans la région du sinistre dimanche 20 avril dernier. Selon le journal « Alousbouai» Les trois cadavres ont été identifiés comme étant ceux de Makrem Jbali (22 ans), Hamzi Ben Ahmed (21 ans) et Mohamed Dalhoum (24 ans), trois jeunes du village de M’hamdia, un faubourg pauvre  de la banlieue sud de Tunis. Un quatrième cadavre, celui de Atef El Kiri (27 ans), a pu être aussi repêché une semaine après. 

D’après les médias, les quatre victimes repêchées faisaient partie d’un groupe d’une vingtaine de jeunes de la même région. La nuit du samedi 19 avril, ils s’étaient donnés rendez-vous dans la forêt d’El Hmada. Forêt de la plage de Maloulech du gouvernorat de Mahdia. Vers deux heures et demi du matin, en pleine mer, leur voyage aurait tourné au cauchemar. L’un des sinistrés aurait appelé à cette heure là sa mère qui, sans pouvoir reconnaître sa voix, aurait entendu le moteur et le vacarme de la tempête avant d’être coupés. Un autre a pu joindre sa fiancée au même moment et a pu l’informer de la gravité de la situation avant que la communication ne soit à son tour coupée. Depuis,  cette dernière n’a pu le rappeler.

Le journal sans indiquer si les gardes côtes et les autorités ont été immédiatement alertés, précise que ces dernières n’ont entrepris des recherches qu’après la découverte des premiers corps.

Jusqu’à présent, les autorités officielles ont observé un mutisme complet malgré l’ampleur de la catastrophe.

الزمن الحرام

شاهد كل التونسيون لقطات الإستقبال الأسطوري الذي خص به الرئيس الفرنسي بمناسبة زيارته لتونس كما عانى كان العاصمة تبعات هذه المسرحية الضخمة التي سخرت لها مدينتهم لإبهار الضيف الكبير. ويمكن اليوم وحتى قبل انتهاء هذه الزيارة تقييم حصيلتها ومقابلة ما جلبته لتونس و ما أخذته منها.

 

الرئيس الفرنسي قال بصريح العبارة أنه جاء لتونس للتعبير عن تقديره و مساندته للرئيس بن علي و أضاف في كلمته خلال مأدبة العشاء أنه لم يأتي لتلقين دروس في احترام حقوق الإنسان أو غيرها. لذلك فإن نتائج الزيارة لم تخرج عن طبيعة العلاقات التقليدية بين دولة عظمى ديموقراطية متطورة و إحدى دول العالم الثالث المحكومة بالإستبداد من طرف سلطة يتلخص همها الأول في إحكام قبضتها عليها و فرض الخضوع على شعبها. لذلك لم تكن مساندة و تقدير الرئيس ساركوزي للرئيس بن على بالمجان إذ بلغت قامة تكلفتها حتى الآن ألف و سبعمائة مليون أورو و هو رقم لو ترجمناه بالحساب المحلي يساوي ضريبة مساندة فرنسية بمائتين و خمسين دينار على كل فرد من أفراد الشعب التونسي.

 

نحن في تونس ليس لنا مشاكل مع شراء طائرات أو مولدات نووية فرنسية و لو أننا اضطررنا في المرة الماضية إلى إعادة بناء محطاتنا حتى تتلاءم مع القاطرات التي باعوها لنا. كما أننا لسنا بالسذاجة لنحلم بمساندة مجانية من دولة عظمى مثل الدولة الفرنسية و لكننا كنا فقط نحلم أن لا يكون معلوم المساندة الذي سندفعه رغما عنا مقابل مواصلة اضطهادنا و تكميم أفواهنا و تشريد أبنائنا و تواصل احتجاز و تغريب الآلاف منا و التشجيع على زيادة احتكار خيرات بلادنا و حرماننا من أبسط الحقوق و أدنى الضمانات للمطالبة بحقوقنا.

 

الزمن الحرام هو هذا الزمن الذي يسخر من حالنا فنحتفل بمن جاء يعكر جراحنا و يعمق مآسينا. زيارة الرئيس ساركوزي جاءت لتقطع حدادنا. إنه غير الحداد الذي قد يذهب في ضنه أننا نشير إليه. و ربما يكفي أن نسأله فقط ليتبين حال بلده من حال بلدنا هل كان سيقوم بزيارته لو أن كارثة حلت ببلده ذهب ضحيتها ما يزيد عن العشرين من شبابه لا لذنب سوى أنهم لم يجدوا مجال للعمل وضاقت دونهم كل سبل الحياة فحاولوا الفرار منه.

 

المختار اليحياوي – تونس 29 أفريل 2008

Ces choses que l’on ne voudrait point exhiber !

Publication de l’enquête nationale sur le budget des ménages de 2005

Une si longue attente… des choses que l’on ne voudrait point exhiber 

Par Mahmoud Ben Romdhane

Sans effet d'annonce, dans la discrétion la plus absolue, avec un très grand retard, vient d'être publié et mis en vente le Rapport de l'Enquête nationale sur le budget, la consommation et le niveau de vie des ménages de 2005. 

Et pour cause: ses résultats ne sont pas bons. Ils sont gênants à plus d'un titre: même en référence au seuil de pauvreté de 1980, devenu aujourd'hui anachronique, la pauvreté n'a, pour ainsi dire, pas reculé et la distribution des revenus (plus précisément des budgets des ménages) s'est détériorée.

Sur le front, de la lutte contre la pauvreté, la Tunisie a réalisé, dans le Passé, des percées remarquables. Jusqu en 1985, du moins. Car depuis que des enquêtes statistiquement significatives sont réalisées (la première étant celle de 1965-1968), le taux de pauvreté et le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté absolue ont baissé de manière spectaculaire : d'une enquête à l'autre, le taux est passé de 33,8 % en 1965-1968, à 22 % en 1975, 12,9 % en 1980, et 7,7 % en 1985 et l'effectif des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté absolue a reculé de 300 mille à chaque fois.

Depuis 1985, l'élan est brisé: le taux ne baisse plus que de manière imperceptible et l'effectif des très pauvres ne recule, pour ainsi dire, Plus: au cours des vingt dernières années, il est passé de 554 mille à 376 mille: soit une diminution moyenne de 9 mille par an contre 50 à 60 mille durant les deux décennies 

Evolution des principaux indicateurs relatifs à la pauvreté absolue en Tunisie
  Effectifs Taux de pauvreté Rapport du 9e au 1er décile
1965-68 1 533 000 33,8%  
1975 1 223 000 22% 7,3
1980 823 000 12,9% 7,0
1985 554 000 7,7% 6,6
1990 544 000 6,7% 6,2
1995 559 000 6,2% 6,7
2000 399 000 4,2% 6,2
2005 376 000 3 ,8% 6,7
Source : Enquête nationale sur le budget, la consommation et le niveau de vie des ménages. INS - Tunis
 

Entre 1985 et 1990, l'effectif des trés pauvres a pratiquement stagné et, entre 1990 et 1995, il a même augmenté. Pour cacher cette évolution, l'Institut National de la Statistique a reçu pour instruction de ne publier, ni les informations relatives à la pauvreté de 1995, ni les informations relatives à la distribution des ménages selon leur niveau de dépense. Ces informations, nous les connaîtrons quelque temps plus tard à travers une publication de la Banque mondiale. En 2000, parce que l'évolution est positive, la publication est complète: comme les précédentes (sauf celle de 1995), elle passe en revue toutes les dimensions: budget, structure de la consommation et distribution des ménages selon leur niveau de dépense. Sa présentation est faite en grande pompe: conférence de presse du Ministère du Développement Economique: reprise dans tous les médias, communiqués de presse, … et dans des délais très rapides.

L'enquête qui a été réalisée en 2005 ne connaît pas le même sort: ses résultats sont reportés de mois en mois. Et ce n'est que ce 11 avril, soit près de deux ans et demi après son achèvement que ses résultats sont publiés. Elle sera pratiquement amputée de tout ce qui concerne la distribution des ménages par niveau de dépense: aucune comparaison ne sera faite avec la situation des périodes précédentes et on ne fournira aucune analyse concernant l'évolution des indices relatifs à l'équité ou à l'iniquité de la répartition des revenus (plus précisément des budgets) comme l'indice de concentration ou le rapport du 9è  décile au 1er  décile. Mais ces informations, un économiste ou un statisticien un peu rodé peut les reconstituer et c'est ce que nous avons fait. Voici ce qu'on voulait cacher:

le rapport entre le  9è décile (le budget moyen des personnes situées dans les 10 % les plus riches) et le 1er décile (le budget moyen des personnes situées dans les 10 % les plus pauvres) a augmenté entre 2000 et 2005, passant de 6,2 en 2000 à 6,7 en 2005, ce qui signifie un accroissement des écarts entre riches et pauvres et un effacement des progrès accomplis sur ce front depuis 1980; la masse des dépenses réalisées par les 20 % de la population ayant les dépenses les plus faibles est tombée de 6,9 % à 5,9 %, tandis que celles réalisées par les 20 % de la population ayant les dépenses les plus élevées a augmenté, passant de 47,3 % à 48,0%. 

Quant au nouveau seuil de pauvreté, il rapproche le niveau communal du niveau non communal (ce qui est correct), mais sans prendre en considération le (plus que) doublement du niveau de vie des tunisiennes et des tunisiens et les nouveaux besoins devenus vitaux; il reproduit, pour ainsi dire, le seuil de 1980. Il est difficile de trouver un seuil si faible à l'échelle mondiale pour un pays ayant atteint le niveau de revenu de la Tunisie. Son utilité analytique est bien douteuse, sa capacité à éclairer la conduite de la politique sociale de lutte contre la pauvreté est bien faible; sa vertu est à rechercher ailleurs : la propagande 

Mahmoud Ben Romdhane - Attarik Al Jadid – Samedi 19 avril 2008

Droits de l'homme en Tunisie: Sarkozy déclenche la polémique

De Tunis à Paris, les réactions se multiplient pour dénoncer les félicitations du président français à son homologue tunisien Ben Ali. Pour beaucoup, les affaires ont pris le pas sur les libertés.

 

Ce mardi, un Tunisien a évoqué la question des droits de l’homme dans son pays. «Dans ce domaine, comme dans d’autres, nous sommes conscients que beaucoup reste à faire.» Il s’appelle Zine el-Abidine Ben Ali, il est président de la Tunisie. A croire que même lui n’a pu tenir sa langue face aux éloges lancés lundi sur ce dossier par Nicolas Sarkozy. Car ce mardi, c’est haro sur les déclarations du président français qui estime que «l’espace des libertés progresse» dans le pays.

Les défenseurs tunisiens des droits de l’homme d’abord s’insurgent. «Je suis déçue. Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s’intéresse pas à la réalité de ce pays», a déclaré Khadija Cherif, présidente d’une ONG féministe. Pour elle, les mots de Sarkozy sont «une marque de mépris pour la société civile tunisienne». Mokhtar Trifi, président de la Ligue de défense des droits de l’homme, lui, ironise: «Si des garanties ont été données à M. Sarkozy pour que les libertés progressent, tant mieux! C’est notre demande.»

«Un grand écart incompréhensible»

A Paris, Reporters sans frontières a qualifié d’«inadmissibles» les propos tenus par Sarkozy. Selon RSF, «la liberté d’expression reste une utopie en Tunisie. La presse n’y fait que glorifier le bilan du président Zine el-Abidine Ben Ali et les journalistes indépendants et leurs familles sont victimes d’un harcèlement continu». En 2007, rappelle l’organisation, lors de la précédente visite en Tunisie de Nicolas Sarkozy, l’Elysée s’était félicité d’avoir évoqué le cas du prisonnier politique Mohammed Abbou. Ce dernier avait en effet été libéré quelques jours plus tard. Aujourd’hui, «le président français, accompagné de dizaines d’hommes d’affaires, change radicalement d’approche. (...) Ce grand écart est incompréhensible».

La porte-parole des députés PS Aurélie Filippetti met elle aussi l’accent sur le poids des enjeux économiques qui semblent dicter sa conduite au chef de l’Etat. «Nicolas Sarkozy a encore une fois montré que sa politique en matière de droits de l’homme fluctue en fonction du tiroir-caisse», a-t-elle déclaré lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale. «Dès qu’il s’agit de contrats commerciaux, il oublie tout ce qu’il avait dit pendant sa campagne électorale sur sa volonté de lutter pour améliorer les droits de l’homme, pour en finir avec la politique menée jusque-là par Jacques Chirac.»

Sarkozy avec les entrepreneurs des deux pays

Ben Ali, lui, n’a pas poussé plus avant l’autocritique puiqu'il assure «accepter volontiers la critique». mais il n'oublie pas de vanter «les réalisations (...) déjà nombreuses et l’évolution réelle» en matière de droits de l’homme, dans un entretien au mensuel Afrique-Asie publié mardi à Tunis. Ce mardi, l’épineux dossier des libertés reste à l’ordre du jour de la visite de Sarkozy mais c’est la secrétaire d'Etat Rama Yade qui se chargera de rencontrer des opposantes au régime. Le chef de l’Etat, lui, participera à une rencontre entre entrepreneurs français et tunisiens.

 

 

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