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dimanche, 04 mai 2008

Tunisie : Rama Yade en catimini


Tandis que les déclarations de Nicolas Sarkozy ont provoqué la stupéfaction chez les défenseurs des droits de l'homme, la secrétaire d’Etat ne s'est entretenue qu'avec une ONG.
 
 
Envoyé spécial de "Libération" à Tunis CHRISTOPHE AYAD

 
La rupture ? Quelle rupture ? De Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, les relations entre Paris et Tunis n’auront pas varié d’un iota. Oubliées les promesses de campagne de «mettre les droits de l’homme au cœur de la politique extérieure de la France». La Tunisie est à cet égard un cas particulier : modèle de stabilité et de développement par rapport à ses voisins algérien, marocain ou libyen, c’est l’un des seuls pays à compter une classe moyenne ; les atteintes systématiques aux droits de l’homme et à la liberté d’expression n’en sont que plus choquantes, au point que les militants tunisiens y voient désormais une entrave au développement. «La coopération entre Etats ne doit pas se limiter à l’économie, déclarait hier Khadija Chérif, la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD). Le développement, c’est aussi la démocratie. Il est dommage et regrettable que les libertés soient autant marginalisées.»
 
Or lundi soir, lors de son toast précédent le dîner officiel, Sarkozy n’a pas seulement ménagé son hôte tunisien, il lui a délivré un vibrant satisfecit en assurant que «l’espace des libertés progresse» en Tunisie. «Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais […] de m’ériger en donneur de leçons», a-t-il ajouté, pour le plus grand plaisir du Tunisien dont il a souhaité le «bonheur personnel». Grand prince, Ben Ali a même pu, le lendemain matin, déclarer qu’il comprenait les «critiques» sur les droits de l’homme et que son pays avait «des progrès à faire dans ce domaine».

Satisfaction. A Tunis, chez les défenseurs des droits de l’homme, c’est la stupéfaction. «Ces déclarations sont très décevantes et regrettables, déplore Khadija Chérif. J’attends de lui [Nicolas Sarkozy, ndlr] qu’il soit à l’écoute de toutes les composantes de la société tunisienne.» Justement, Khadija Chérif a de quoi être en colère. Elle devait recevoir hier la visite de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, Rama Yade, au siège de son association. Las, le rendez-vous, fixé samedi par un diplomate de l’ambassade de France à Tunis, a été annulé à la dernière minute. «Le même diplomate nous a simplement dit : "Mme Rama Yade a un programme chargé, elle a pris du retard et donc elle ne pourra pas se rendre à votre association", raconte Khadija Chérif. Ce geste est une manifestation de mépris pour la société civile. C’est une concession de plus pour marginaliser la demi-douzaine d’associations encore indépendantes du pouvoir. Et cela ne sert ni la Tunisie ni la France car ça va provoquer plus de rejet de l’Occident, honni par l’opinion parce qu’il soutient des régimes autoritaires.»

Surveillée. Tout avait pourtant été strictement encadré : l’ambassade de France avait fait préciser que Rama Yade ne discuterait que des violences faites aux femmes. «Pour nous, les droits des femmes et les droits de l’homme sont inséparables, et c’est ce qui nous vaut tous nos ennuis avec le pouvoir», précise la militante féministe, dont l’association est surveillée par des policiers et qui n’a plus accès à ses mails depuis dix jours. Le premier «geste fort» annoncé par l’entourage de la secrétaire d’Etat avant la visite est donc tombé à l’eau.

Le second s’est déroulé en catimini. La secrétaire d’Etat a en effet reçu pendant quarante-cinq minutes le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Mokhtar Trifi, en butte à un harcèlement judiciaire et administratif qui le paralyse. Le rendez-vous s’est passé à l’abri des regards, à l’hôtel de la ministre. A la sortie, Trifi a jugé la rencontre aussi «positive» que le discours de Sarkozy «décevant». Il aurait préféré que cette entrevue se déroule au siège de l’association mais le régime tunisien aurait pris ce geste pour un affront. Interrogé par Libération, Rama Yade a déclaré : «Ne voyez pas de problème là où il n’y en a pas. Attendez demain, la visite n’est pas terminée.» De plus en plus, il semble que son rôle consiste, non plus à faire du bruit pendant que d’autres font des affaires, mais à annoncer qu’elle en fera.

Sous les yeux approbateurs de ses invités, Serge Moati, Daniela Lumbroso et Frédéric Mitterrand, Nicolas Sarkozy a répondu hier, en recevant les clés de la ville de Tunis, aux critiques sur sa discrétion concernant les droits de l’homme : «Certains observateurs sont bien sévères avec la Tunisie qui développe sur tous les points l’ouverture et la tolérance», citant en exemple Ben Ali, qui s’arrête devant le grand rabbin Sitruk pour le saluer.

Nucléaire. Plus tard dans la journée, devant des hommes d’affaires, il a livré un argumentaire jusque-là inédit consistant à lier le nucléaire civil - qu’il a proposé à Tunis comme à Alger, Rabat, Tripoli, Abou Dhabi, etc. - et la lutte contre le terrorisme. En substance, le nucléaire est la seule énergie bon marché d’avenir, donc la seule à même d’assurer le développement de la Tunisie ; or sous-développement = chômage = misère = terrorisme. Conclusion : si on ne veut pas d’un «régime taliban (sic) au sud de la Méditerranée», il faut offrir l’accès au nucléaire civil. Réponse de Khadija Chérif : «Il y en a marre d’effrayer les gens avec ce genre d’arguments. Ce qui fait monter l’extrémisme et le radicalisme - et non pas les talibans, il ne faut pas exagérer quand même-, c’est l’absence de libertés et de démocratie.»

 

Source "Libération" mercredi 30 avril 2008

Appel lancé à Son Excellence, Monsieur Zine Abedine Ben Ali, Président de la République Tunisienne

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par Dominique Dutilloy

J'espère que cette lettre ouverte, que j'adresse à Son Excellence, Monsieur Zine Abedine Ben Ali, Président de la République Tunisienne, permettra au Gouvernement tunisien de revenir sur sa décision irréfléchie de censurer come4news...

Je ne me fais aucune illusion... Cependant, la colère aidant, car je ne supporte pas qu'un état me dise ce que je dois écrire, lire, dire ou filmer, je ne pouvais que rédiger cette lettre au Président tunisien !

Que nous soyons Français, Tunisiens, Algériens, Marocains... nous sommes des journalsites responsables : nous n'avons besoin d'aucun pouvoir politique pour dicter nos écrits !

Merci à toutes et à tous de venir commenter et signer cet appel, que je compte bien envoyer au Gouvernement tunisien ! [.../...]

 

Monsieur le Président de la République,

En prenant la décision d’interdire notre Journal en ligne, come4news, vous vous déconsidérez...

 

Pire encore, vous déconsidérez l’esprit même du Président Habib Bourguiba, qui voulait amener la Tunisie, votre Nation, vers la voie de la modernité, de la démocratie, de l'Etat de Droit, du respect des Droits de l’Homme et du Citoyen !

 

 

N’est-ce pas le Président Habib Bourguiba, le Père de l'Indépendance de la Tunisie, qui donna aux femmes des droits qu’aucun pays arabe n’osait donner ?

N’est-ce pas lui qui permit à votre Peuple de s’émanciper en lui permettant d’entrer dans la modernité ?

 

 

Osons le dire ! Vous mettez en péril l’exercice même du journalisme !

Osons le dire ! Vous entraînez bon nombre de vos compatriotes dans la clandestinité en les muselant !

Osons le dire ! Vous enfoncez la Tunisie dans une Dictature de la pensée !

 

 

Le peuple tunisien, on l’a bien compris, est responsable… Il est maître de ses lectures, il est maître de ses écrits, il est maître de ses pensées… Aucun Etat ne pourra contrôler son cerveau !

 

Alors, pourquoi vouloir l’infantiliser ?

Alors, pourquoi vouloir lui ôter ce droit qu’il a de pouvoir commenter, écrire, lire… selon son bon vouloir ?

Alors, pourquoi vouloir lui interdire l’exercice de tout débat démocratique dans la transparence et dans l'alternance ?

 

 

Certes, Monsieur le Président de la République, vous menez une lutte acharnée contre les factions islamistes !

Nous vous donnons totalement raison dans cette guerre opiniâtre, que vous menez contre ces Fous de Dieu, qui n’ont qu’un seul et unique objectif : celui de restreindre les libertés individuelles et religieuses du Peuple tunisien !

 

Mais, pensez-vous, Monsieur le Président de la République, qu’en commettant, osons le dire, cette lâcheté, que vous arriverez à combattre l’insoutenable ?

Non… Nous n’en sommes pas persuadés !

Au contraire, vous obtiendrez l’effet inverse de celui que vous recherchez : cette publicité "involontaire" et "gratuite" va accroître de plus en plus la consultation de come4news, ce, au-delà des frontières !

Ce qui est un bien…

 

 

Mais, ne risquez-vous pas d’entraîner certains vers la consultation de sites extrêmement dangereux ?

 

Monsieur le Président de la République, beaucoup de vos compatriotes, qui sont des journalistes responsables, écrivent sur come4news ! Ils formulent des critiques et font des suggestions ! Il convient de débattre avec eux ! Il ne convient pas de les bâillonner…

 

Nous n'avons pas besoin d'un Ministère de l'Information pour nous dicter nos écrits, nos opinions ou nos lectures... 

Nous ne sommes pas des porteurs de stylos à bille !

Nous sommes tous des journalistes responsables !

 

Notre profession, au-delà des frontières, est le garant même de l’exercice de toute Démocratie dans un Etat de Droit !

De plus, notre Site n’est pas un site appelant à la sédition, à la révolte ou au désordre !

 

Monsieur le Président de la République, je tiens à vous informer que trois autres articles consacrés à votre ukase sont parus sur come4news :
- « COME4NEWS , "NOTRE SITE" censuré en Tunisie!!!!! », rédigé par SOPHY(
1
),
- « Come4News en Tunisie: une popularité qui dérange sur fond de CENSURE », rédigé par Michel(
2
),
- « Le site Come4news, censuré en Tunisie par les autorités », rédigé par Blaise(
3).

 

Aussi, Monsieur le Président de la République, je vous demande de revenir sur votre décret avant qu’il ne soit trop tard pour votre Pays, en mon nom propre, mais également aux noms de mes consoeurs, de mes confrères, de nos lectrices et de nos lecteurs, et, aux noms de come4news et de tous les sites censurés !

 

 

Vous remerciant pour toute l'attention que vous porterez à mon appel, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l'expression de ma très haute considération.

 

 

Dominique Dutilloy,

Journaliste