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mardi, 06 mai 2008

La diplomatie du chéquier

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En Tunisie ces jours-ci, en Chine, dans les pays du Golfe ou encore en Argentine, l'Elysée a ouvert tous azimuts la chasse aux grands contrats. Pour remporter ces marchés juteux, le gouvernement s'est mis en ordre de bataille.

Incorrigible! Ce matin du 29 février, dans le centre de conférences Clock Tower de la ville du Cap (Afrique du Sud), Nicolas Sarkozy n'écoute pas un mot du discours de bienvenue du ministre sud-africain de l'Industrie: il bavarde avec sa voisine, Christine Lagarde. Au point que son homologue, Thabo Mbeki, s'agace de ce conciliabule improvisé et demande à son ministre de recommencer son discours...

Mais il en faudrait davantage pour fâcher les deux présidents! Depuis son arrivée, la veille, Nicolas Sarkozy n'a cessé d'œuvrer pour réchauffer les relations entre les deux pays. Déclaration sur l'Afrique devant le Parlement, annonce de multiples accords de coopération, envoi prochain d'une mission de techniciens pour venir en aide aux électriciens sud-africains... Sans parler de la présence de Carla Bruni - sa première sortie officielle - très appréciée par le président Mbeki. Aussi, quelques minutes plus tard, quand Nicolas Sarkozy prend la parole, il peut dévoiler très ouvertement l'un des objectifs de son voyage. "On va se battre pour obtenir le marché des centrales - charbon comme nucléaire. Parce que nous, on est comme cela. On a compris que tout prendre, c'est plus facile que prendre à moitié." Ce jour-là, la délégation française repartira avec un contrat d'une centrale au charbon pour Alstom... Et l'espoir, pour la société Areva, d'être bien placée pour gagner l'appel d'offres pour deux centrales nucléaires.

Nicolas Sarkozy est comme cela. "Cash" et super-VRP. De Pékin à Abou Dhabi, du Cap à Moscou, et encore à Tunis, la semaine dernière, il déploie une nouvelle diplomatie commerciale, n'hésitant pas à se retrousser les manches pour conclure une négociation. "Il est capable de se transformer en véritable pitbull, accroché aux fesses de ses interlocuteurs", lance l'un de ses proches. Comme lors de ce coup de fil, en juillet 2007, avec le président Vladimir Poutine: ce jour-là, le chef de l'Etat convainc le maître du Kremlin d'accorder à Total la concession du gisement de Chtockman. Trois jours plus tard, le pétrolier français signera le contrat à Moscou au siège de Gazprom.

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17:45 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Tunisie, Nicolas Sarkozy

Tragique laxisme de l'Etat sur les conditions de travail au Maroc

Par Ahmed R. Benchemsi

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Des usines comme celle qui a brûlé, il y en a des centaines, voire des milliers, au Maroc. Et l’Etat ferme les yeux…

De mémoire de Marocain, on n’avait jamais compté autant de morts dans un accident industriel. À Lissasfa, dans la banlieue de Casablanca, 56 ouvriers ont brûlé vifs le samedi 26 avril, enfermés dans une usine de matelas dont les fenêtres étaient grillagées et l’unique voie de sortie, bloquée. Sciemment, pour éviter les vols, comme l’avance hardiment un commandant des pompiers ? Ce serait abominable, mais c’est encore loin d’être prouvé. De son côté, un parent du propriétaire affirme à TelQuel que ce qui a bloqué la porte, c’est le court-circuit qui est à l’origine de (ou qui a été provoqué par) l’incendie. Quoi qu’il en soit, il n’y avait pas d’issue de secours et le système de sécurité de l’usine présentait de nombreuses failles, voilà pourquoi le bilan est tellement lourd. De toute façon, le propriétaire n’est pas le seul responsable de cette tragédie. Dans son sillage, il y a divers agents de la mairie, de la Protection civile et quelques inspecteurs relevant de quelques ministères. Chargés de contrôler la conformité des normes de sécurité de l’usine, tous ces gens ont, à un niveau ou un autre, fait le lit de la tragédie de Lissasfa. Qui est coupable de quoi, exactement ? La justice aboutira à des conclusions que nous commenterons le moment venu (d’ici là, notre enquête, pp. 34 à 40, vous en dit plus).

Dans les démocraties développées, ce genre de drame fait sauter des ministres. Ici, ce serait probablement injuste, quand on sait à quel point l’absence de contrôle réel est généralisée… Un ministre ne peut endosser, tout seul, la responsabilité d’un demi-siècle de laxisme. Car le drame de Lissasfa, bien au-delà du non-respect des normes anti-incendie, repose, de la manière la plus dramatique, une problématique bien connue : celle de ces innombrables petits industriels évoluant (au moins pour partie) dans l’informel, qui fondent leur compétitivité sur des charges anormalement faibles. Le propriétaire de l’usine du drame n’était pas de ces “patrons voyous” dont les conditions de travail des ouvriers confinent à l’esclavage – comme l’ont vite annoncé quelques journalistes avides de sensations fortes. Il correspondait, bien au contraire, à une certaine “norme”. Des salaires inférieurs au Smig, de vrais-faux intérimaires en pagaille, une sécurité négligée, des matériaux hautement inflammables stockés de manière incroyablement imprudente, des contrôles de complaisance... Rien que de très habituel. Et de très inquiétant, quand on voit où ça peut mener.

La prolifération de l’informel est une tumeur cancéreuse qui dévore le tissu industriel marocain”, commente, dans un accès de colère lyrique, un industriel du textile. Elle décime aussi le pouvoir d’achat des ouvriers, payés au lance-pierre, sans parler des multiples drames personnels dus aux carences en termes de couverture sociale et d’assurance retraite… La logique des petits opérateurs industriels de ce type – ils se comptent par centaines, si ce n’est par milliers – est simple : rogner sur le maximum de charges (y compris celles relatives à la sécurité), pour proposer les meilleurs prix. Et la logique de l’Etat est encore plus simple : fermer les yeux sur tout ça, “pour encourager l’emploi”.

Oui, il faut encourager l’emploi. Mais pas en favorisant une industrie informelle qui porte les germes de toutes les dérives et – on le voit aujourd’hui – de tous les drames. Il faut promouvoir l’emploi, tout en faisant migrer les opérateurs clandestins vers l’économie formelle – régulée, contrôlée, qui offre des conditions de travail sécurisées. Et pour cela, il n’y a pas 36 moyens, mais deux : alléger la pression fiscale sur les entreprises (aujourd’hui énorme), et soutenir la compétitivité de ceux qui choisiront la légalité en se montrant impitoyable avec les fraudeurs, et les fonctionnaires corrompus qui les soutiennent. Titanesque chantier ? On peut au moins y réfléchir, en poser les bases. Ne serait-ce que pour honorer la mémoire des 56 victimes de Lissasfa…

Éditorial d’Ahmed Benchemsi - Tel Quel N°322 du 02 Mai 2008

17:25 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Maroc, drame de Lissasfa

Afrique : Président un jour, président pour toujours

21681995ad89cdce969e4cb27a8fb331.jpgSans aucune consultation populaire préalable, le Cameroun vient de modifier sa Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Une tendance qui gagne de nombreux pays d'Afrique. Paul Biya, 75 ans, au pouvoir au Cameroun depuis 26 ans, a finalement obtenu ce qu'il voulait. Le 10 avril dernier, il a fait modifier la Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels introduite en 1996. Il rejoint ainsi la liste des présidents africains qui ont changé leur loi fondamentale de leur pays pour se maintenir à leur poste : Idriss Déby (Tchad), Omar Bongo (Gabon), feu Gnassingbé Eyadema (Togo), Lansana Conté (Guinée), Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie), etc. En Algérie, Abdelaziz Bouteflika serait sur la même voie.

Au Cameroun, l'Assemblée nationale où le parti au pouvoir est largement majoritaire (85 % de sièges) à la suite des législatives contestées de juillet 2007, a facilement adopté les modifications proposées. Cette révision doit permettre au Président camerounais de briguer un mandat supplémentaire en 2011. En annonçant en décembre dernier son intention de modifier la Constitution, Paul Biya s'était justifié en arguant que l'article à réviser limitait la volonté populaire, "limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique".

Un avis loin d'être partagé par tous dans son pays… Pour John Fru Ndi, le leader de l'opposition camerounaise, "la limitation du mandat présidentiel sert à contrôler les démocraties qui ne sont pas encore bien assises et où les pratiques de la gouvernance tardent à s'installer, comme au Cameroun". "Le Cameroun ne saurait être une monarchie où une personne, quelle que soit sa compétence, peut prétendre rester à la tête de l'État indéfiniment", complète un membre de Plateforme de la société civile pour la démocratie qui regroupe plusieurs associations.

Absence de débats

En Afrique, un nombre grandissant de présidents s'accrochent au pouvoir, le plus souvent à coups d'élections contestées. Seul le verrou de limitation constitutionnelle des mandats semble alors pouvoir garantir l'alternance. À l'association Collectif des citoyens patriotes, on avance une explication : "En Afrique, quel que soit le régime et le pays, au bout de dix années de pouvoir et par le fait des nominations, toute l'administration est déjà totalement inféodée au dirigeant en place. On aboutit ainsi à la dictature de cet individu sur l'ensemble du personnel administratif, des hommes d'affaires, des artistes, etc". Comme cette même administration organise les élections, c'est tout 'naturellement' que le pouvoir en place reste majoritaire.

Pour éviter la voie parlementaire qui s'assimile souvent à une voie de garage, l'Union européenne, à la suite de l'ambassadeur des États-Unis, a souligné en mars dernier l'importance "de soumettre les propositions de révision constitutionnelle à un débat large, libre et ouvert, incluant toutes les composantes de la société camerounaise". Il n'en a rien été. Au contraire.

En février à Douala, un rassemblement de l'opposition contre la révision a fait deux morts tués par balle. Le même mois, la répression des jeunes qui manifestaient contre la hausse du prix du carburant et des produits de première nécessité et aussi contre la révision constitutionnelle a fait entre 40 et 100 morts. Lapiro de Mbanga, musicien auteur de "Constitution constipée", et Joe la Conscience, qui a chanté "Emmerdement constitutionnel" sont en prison, officiellement, pour avoir commandité des émeutes pour l'un et pour "Réunion et manifestation interdite" pour l'autre.

Dans les médias d'État, les avis défavorables à la révision constitutionnelle sont passés sous silence. Des radios et des télévisions privées sont par ailleurs fermées pour divers motifs. Avec la modification de la constitution, les grandes villes sont fortement militarisées.

Marche arrière

Le continent semble faire marche arrière. En 1990, les dirigeants africains avaient en effet accepté, à contrecœur il est vrai, le multipartisme à la suite de la conférence de La Baule où feu le président François Mitterrand avait lié l'aide à l'ouverture démocratique. Pour tenter de garantir l'alternance, dans de nombreux pays le pouvoir et l'opposition ont limité à deux le nombre de mandats consécutifs (de 5 ou 7 ans selon les pays).

Mais, de nombreux dirigeants n'ont plus voulu quitter leurs postes et sont revenus aux anciennes dispositions constitutionnelles. Certains parce qu'ils s'inquiètent aussi des possibles accusations pouvant les mener devant le Tribunal pénal international le jour où ils ne seront plus couverts par l'immunité présidentielle. Ce recul dans les pays francophones a même inspiré certains présidents de pays anglophones comme Yoweri Museveni, en Ouganda, qui, en 2005, a amendé la Constitution pour être reconduit à la présidence en 2006.

Au Bénin, l'ex-président Mathieu Kérékou s'est en revanche heurté à l'hostilité des députés et de la société civile, lorsqu'il a exprimé son intention de réviser la Constitution. Une exception qui confirme la règle. (Agence Syfia 06/05/2008)

Image de la France en Afrique : Les ambassadeurs français reconnaissent qu'elle se dégrade

Par Moustapha BARRY

C'est leur avis couché sur un document du Quai d'Orsay qui enquêtait sur la question. Ainsi, la France n'est plus la référence unique en Afrique. Plusieurs raisons ont été évoquées, dont l'intervention militaire intempestive, l'exploitation des richesses du continent et la fermeture des frontières françaises aux populations africaines.
(Correspondant permanent à Paris) - Ce n'était qu'un secret de polichinelle que refusaient de reconnaître les autorités françaises. Maintenant, c'est chose faite.


Les quarante-deux ambassadeurs de la France en poste en Afrique soulignent, dans un document qui leur a été soumis, que l'image de la France s'est dégradée en Afrique. C'est l'information donnée par le journal Le Monde, qui a reçu le document, dans son édition de vendredi dernier. ‘Non seulement Paris perd pied sur le continent noir, mais son image se dégrade.
Objet de débat depuis quelques années, cette réalité est désormais officiellement reconnue et préoccupe le sommet de l'Etat. Multiforme, le constat est dressé dans un ensemble de télégrammes rédigés à la demande du Quai d'Orsay à l'automne 2007 par 42 ambassadeurs en poste en Afrique', écrit le quotidien du soir français. D'après le document consulté par Le Monde qui cite un télégramme de synthèse, l'image de la France ‘oscille entre attirance et répulsion dans nos anciennes colonies, au gré du soutien politique ou des interventions, militaires notamment, dont ont fait l'objet ces pays'.

Citant un diplomate qui a participé à l'enquête, Le Monde reconnaît avec lui que ‘la France n'est plus la référence unique ni même primordiale en Afrique. Les Français ont du mal à l'admettre'.
A l'origine de cette dégradation de l'image de la France, il y a les interventions militaires intempestives dans des pays considérés antidémocratiques, les réseaux économiques françafricains, notamment à travers Elf qui a défrayé la chronique il y a quelques années. D'autres raisons sont citées comme la rude concurrence que subit la France dans le continent. Avec des pays comme les Etats-Unis, l'Inde, la Chine, le Brésil et maintenant les pays arabes.

Pire, ‘loin de la pensée misérabiliste, (...) les progrès accomplis par l'Afrique sont importants et largement sous-estimés par l'opinion et les observateurs' français, estime le document. L'exploitation des richesses africaines ont également participé à ternir l'image de la France sur le continent. Selon Le Monde, ‘la voracité prêtée à la France en matière d'exploitation des ressources naturelles pèse aussi'. Avant de nuancer en disant que, ‘là encore, l'idée selon laquelle Paris tire toutes les ficelles dans ses ex-colonies relève du leurre, assurent les diplomates, puisque les principaux intérêts français se situent en Afrique anglophone.

Le Nigeria et l'Afrique du Sud concentrent la moitié des échanges français avec le continent'. Certes, mais l'on sait que ce renversement de situation est récent et que les facilités obtenues par les entreprises françaises dans ses ex-colonies en matière d'exploitation des ressources sont sans commune mesure. Ce que l'opinion française et certains spécialistes français du continent n'admettent pas.

La mobilité des personnes entre la France et l'Afrique francophone participe également à brouiller l'image de l'Hexagone. ‘Les Africains francophones ont l'impression d'être délaissés, voire de ne pas être payés en retour par une France en repli (immigration, visas, réduction de l'aide, traitement des anciens combattants)', assènent encore les télégrammes, pointant ‘le risque réel que les jeunes générations se détournent de la France', écrit Le Monde. Qui constate que ‘l'ennui est que la France n'a plus les moyens de ses ambitions.

Son immense réseau de coopérants a presque disparu et elle ne maîtrise qu'un tiers du volume de son aide, le reste se partageant entre la réduction de la dette et l'aide distribuée via l'Union européenne. En conséquence, les réalisations françaises sont mal identifiées et moins visibles que les immenses stades ou palais des congrès construits par les Chinois. Certaines ambassades vont jusqu'à plaider pour une dé-communautarisation des budgets'.

La plupart des autorités françaises refusent de reconnaître publiquement que la France n'est plus cette grande puissance d'avant la première guerre mondiale. Elle est devenue, depuis 1945, une puissance régionale, dont l'influence est limitée dans l'Afrique francophone où elle perd, d'ailleurs, de plus en plus de terrain.

Ce qui n'arrange pas les choses, c'est que les jeunes générations africaines ne considèrent plus la France comme une référence absolue en matière d'études, notamment universitaires. Même si la France reste, toujours en nombre d'étudiants africains, la destination privilégiée des jeunes Africains à cause de la langue. Mais de plus en plus, les Africains se dirigent vers les universités anglo-saxonnes.
En plus, c'est la génération des ‘soixante-huitards' qui prend, à la tête des pays africains, le relais des générations qui ont conduit le continent à l'indépendance, comme d'ailleurs en France depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Des dirigeants qui ne sont pas forcément encartés dans une Françafrique dévoyée. Il faut aussi noter que l'opinion publique africaine, de plus en plus forte, est de moins en moins ignorée par les dirigeants dans leur prise de décision à cause de la démocratisation progressive du continent.

Toutes choses que la France ne doit pas ignorer si elle veut encore peser dans ses relations avec ses anciennes colonies.


walf quotidien

00:12 Ecrit par AFRICA Watch | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa watch

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