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mercredi, 14 mai 2008
Faut-il s'opposer à l'invitation de savants israéliens en Tunisie ?
Autour d'un appel au boycott du congrès méditerranéen de la santé de la reproduction
Le Dr Elyes Ben Miled, premier gynécologue tunisien à mener à son terme une fécondation in vitro le 21 mars 1988 [1], nous tend scandalisé le texte d'une pétition qui lui est parvenue. Elle est « anonyme », déplore le médecin, autant malheureux de cette lâcheté que du contenu du texte.
Démarrant par « chers confrères », elle doit émaner de médecins qui n'ont pas le courage de l'assumer publiquement. Des médecins tunisiens ? On ne saurait véritablement le dire, car les auteurs, dans une référence communautaire ethnique plus que scientifique, en appellent à la conscience de « médecins musulmans et arabes » qui ne sauraient souffrir que, pendant que les enfants palestiniens tombent sous les tirs sionistes, un médecin israélien soit invité au Congrès méditerranéen de santé de la reproduction qui doit se tenir du 15 au 18 mai à Hammamet, à l'initiative de la Société tunisienne de médecine de la reproduction. Les auteurs de la pétition appellent donc au boycott de ce congrès.
Le Dr Elyes Ben Miled nous explique qu'une sommité mondiale de la médecine reproductive, le Pr. Bruno Lunenfeld, éminent spécialiste de la physiologie ovarienne et grand innovateur de technologies reproductives, accessoirement de nationalité israélienne (« mais la science n'est pas affaire de nationalité ! » ) était en effet convié à ce congrès, mais que des problèmes de calendrier lui ont fait décliner l'invitation. Puis, le Dr Ben Miled déplore ce manque d'ouverture d'esprit, ou tout simplement d'intelligence, qui amène à refuser de débattre avec un savant de grande tenue, alors même que médecins israéliens et palestiniens se retrouvent parfois, côte à côte, à soigner des enfants palestiniens.
Ce genre d'attitude problématique est récurrent en Tunisie et mérite qu'on soulève la question clairement : où commence la compromission, où s'arrête la concertation ?
En 1998, il y a 10 ans, un sexologue sfaxien, le Dr Radhouane Mehiri, organisait à l'hôtel Mechtel, le premier congrès international de sexologie en Tunisie. Quelques participants israéliens portant kipas et longues tresses orthodoxes montèrent alors à la tribune, tandis qu'une bonne moitié de l'assistance, se levant comme un seul homme, quittât la salle. L'affaire fit grand bruit, d'autant que la rencontre sur un tel sujet était la première du genre.
Nous l'avons rapporté dans un article sur la question sous le titre « Vous saurez tout sur le zizi ! » (petit clin d'oeil à Pierre Perret), que le préposé aux bonnes moeurs langagières du journal concerné eut vite fait de reformuler, tout en censurant l'évocation de l'incident quasi diplomatique : car Israël tenait alors un semblant de représentation à Tunis, avec siège dans un hôtel de la capitale, disait-on alors.
Mais l'expression d'un tel désaccord peut conduire parfois à de graves débordements : ainsi, une manifestation consternante d'étudiants à la faculté des lettres de la Manouba protesta l'an passé contre un colloque à la mémoire du Pr. Paul Sebag, Tunisien de culture juive et laïc qui apporta une grande contribution à la sociologie tunisienne.
Tout récemment, à un autre propos et dans un tout autre contexte, des écrivains tunisiens refusèrent de participer à la Foire du Livre de Paris dont l'invité d'honneur était l'État israélien qui célèbre ses soixante ans d'existence - de Naqba, rectifient les Palestiniens. L'appel au boycott avait été lancé par des intellectuels arabes et musulmans, Tariq Ramadhan en première ligne.
Voilà des situations différentes qui ne doivent pas susciter forcément des réactions à l'emporte-pièce. Mais lorsqu'on voit assis à une même table de débat, l'ambassadeur israélien à Paris et le grand intellectuel palestinien Elias Sambar, Observateur permanent de la Palestine auprès de l'Unesco, on est appelé à moduler sa propre posture.
Notes
[1] Voir notre autre article publié ce jour : « Le premier « bébé-éprouvette » tunisien a 20 ans. L'autre façon d'être moderne (avec le Dr Elyes Ben Miled) ».
Nadia Omrane - Alternatives citoyenne - 14 mai 2008
Le professeur Mansour El Feki à proposé son commentaire sur ce texte qui s'est glissé sous un autre sujet et dont voici le contenu:
Bonjour,
J’ai été moi-même coorganisateur du Premier Congrès Arabe de Sexologie avec Mr. Redhouan M’hiri à Tunis en 1996. C’est avec regret et fierté que j’évoque le souvenir de l’invitation de collègues juifs d’Israël et d’ailleurs. Regret pour quelques-uns de mes compatriotes qui ont réagi d’une façon peu respectueuse de la Tunisie et de son histoire millénaire, de notre relation symbiotique avec les juifs depuis toujours. Fierté de nous être inscrits, nous, en invitant des juifs d’Israël, de France, de Belgique, du Maroc, d’Algérie et de Tunisie, dans la ligne honorable et glorieuse de la politique tunisienne depuis la nuit des temps.
Les corbeaux qui se sont opposés à votre initiative, fort honorable, d’inviter un professeur en médecine leader dans son domaine, juif d’Israël, font preuve d’une amnésie qui n’a d’égal que leur lâcheté et leur ignorance de notre identité tunisienne. Les juifs sont un vecteur fondamental et un élément incontournable de l’histoire de cette terre qui est aujourd’hui « La Tunisie », depuis Ibn El Jazzar qui était l’élève puis le collègue d’Ishaq Ibn Souleiman El Israëli, qui était -pour ne rien vous cacher- juif et tunisien, en passant par Le Bey qui, dans son temps, a mis en avant ce que nous avons de commun et de plus cher, notre tunisianité, pour protéger les juifs des affres de l’horreur du nazisme. Aujourd’hui, encore, en Tunisie dans notre vie sociale et familiale, dans notre cuisine, dans notre musique, dans notre habit traditionnel, dans nos valeurs, dans nos comportements, dans notre façon d’apprivoiser la mort, la vie, l’amour, la fête, nos joies et nos tristesses nous avons plus a partager avec nos tunisien juif ou les sépharades en général qu’avec tout autres.
La Tunisie a toujours apporté son appui à la cause palestinienne. Sans la cécité de la ligue arabe des années soixante, la Palestine aurait été un état souverain, libre et moderne depuis plus de quarante ans, mais les frères arabes ont préféré l’arrogance de Nacer au pragmatisme de Bourguiba. Aujourd’hui, le président de la république Zine El Abidine Ben Ali ne rate aucun forum pour crier haut et fort le droit et la nécessité de garantir aux palestiniens la jouissance d’un état souverain et l’intégrité territoriale de tous les pays voisins, mais ceci ne doit pas nous soustraire de dire qu’Israël a aussi le droit à sa sécurité nationale, comme tous les pays de la région.
Mes très chers compatriotes, n’insultons pas l’avenir et ne nions pas l’histoire. La tunisianité est inclusive de fait. Soyons fiers de nos singularités, judaique comme nord africaine, méditerranéenne, arabe et musulmane. Sachez que dans l’état d’Israël il y a un peu de notre cœur qui bat : nos tunisiens qui étaient -ne nous le cachons pas- en partie obligés ou poussés à quitter leur pays, la Tunisie. Cette partie de nous-mêmes est aujourd’hui un peu partout dans le monde mais aussi en Tunisie, tel Roger Bismuth, sénateur et conseiller de son excellence monsieur le président de la république Zine El Abidine Ben Ali, en France, tel le Professeur David Khayat, leader mondial en cancérologie, Marc Ganem, gynécologue, ancien président de la World Association for Sexology et actuel président de la chaire de santé sexuelle à l’UNESCO, David Sitruk, grand Rabin de France, Sylvain Shalom, ancien ministre des affaires étrangères de l’état d’Israël, les levy, les Slama, les Chakroun, les Smadja, etc….
Mes très chers compatriotes, tendons la main à nos propres frères juifs de Tunisie, qu’ils soient français, belges, canadiens, israéliens, etc…. Il est temps de nous réconcilier avec nous-mêmes, il reste encore cette génération de Tuns natifs de Tunisie. Redonnons une chance à l’histoire, à l’amour et à la vie. Encourageons la coopération scientifique avec les juifs du monde entier, y compris ceux d’Israël, ne ratons aucune occasion de leur dire que nous tenons à l’existence d’un état palestinien souverain et à la sécurité de l’état d’Israël.Mansour EL Feki
Professeur Universitaire
Canada.
17:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, congrès méditerranéen de la santé de la reproduction, boycott, Pr Bruno Lunenfeld



Commentaires
Cher Mr El Feki,
Merci pour votre leche bottisme autant pour les israeliens que pour le regime de Ben Ali qui ne va surtout pas vous faire avancer dans votre carriere.
Les juifs Tunisiens n'ont jamais participe a la resistance contre les francais. Bien au contraire ils etaient avec les francais contre nous "Comme D'Hab.."
Si vous oubliez le raid de Hammam Chatt qui a fait couler le sang innoncent Tunisien, moi je n'ai pas oublie.
Vous oublier Abu JiHad qui a ete assassine par le mossad Israelien.
Tout ca, et Israel n'a jamais presente ses execuses pour l'etat Tunisie ni des indemnisations pour les familles victimes.
C'est un etat de terreur et de crime organisee. Au moins si on est incapable de faire qq chose ne baissons pas les pantalons.
Et on attend
Ecrit par : Garou | samedi, 17 mai 2008
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