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03/06/2008

Les dirigeants du P D P s’infligent un déni démocratique

Le débat au sein du comité de rédaction   du "le Maghrébin" n'a pas pris cette fois  beaucoup de temps. Autant  un consensus rapide s’est dégagé  pour soutenir le Parti Progressiste Démocratique (PDP) dans  son juste combat pour préserver la survie de son organe d'expression " Al Mawkif", (le Maghrébin du 19 mai 2008)  autant il y eut le même consensus pour  dénoncer  une grave dérive   qui trahit la perduration  de reflexes préhistoriques au  sein de ses instances dirigeantes.

Le 21  avril 2008,  un communiqué du Bureau Politique du parti  stigmatise avec des mots  dures la participation d'un de ses  plus éminents membres, Mr  Mohammed Goumani, pour avoir participé à un colloque  international organisé par l'Etat Qatari  et auquel a participé aussi la ministre israélienne des affaires  étrangères.  Le BE  a estimé que cette participation ne peut l'engager  en ce qu’elle cautionnait  implicitement  l'occupation par l'entité sioniste de la Palestine,   comme elle adoube  le  processus de normalisation actuellement en cours entre des Etats arabes et Israël, un processus que le PDP considère comme une trahison  des idéaux de la « oumma »

Monsieur Goumani a réfuté dans un communique en date du 24  avril  point par point ces accusations, rappelant que Mr  Nejib Chebbi, premier Secrétaire Général du parti  s’est rendu à  un  colloque similaire et que, avant sa participation, il a bien reçu le feu vert de l’actuelle Secrétaire Générale, madame Maya Jerbi.   Et a appelé ses collègues du BP  à la  sagesse et  au réalisme. Les observateurs de la vie politique tunisienne  font remonter cette querelle

à la sournoise rivalité qui  a empoisonné  les relations entre MM  Chabbi et Goumani   depuis que ce le premier , craignant  une montée en puissance de son rival , a  manœuvré pour favoriser l’ accession au secréterait général du parti d'une militante sans charisme quoi que crédible  quand il décidé d’abandonner cette fonction  après  l'avoir occupé pendant  près de deux décennies au nom du principe de l'alternance. L’accession de Mr Goumani à la tête du parti lui aurait  porté un fatal ombrage.

Mais là  n’est pas l’objet de notre propos.  Il s'agit d'un débat qui traverse la plupart des mouvements politiques maghrébins s'agissant  de la très controversées et épineuse question des relations avec Israël.  L’objet a trait à une incidente de cette controverse mais qui présente à nos yeux un cratérisé déni démocratique dont les dirigeants du PDP   se sont malheureusement infligés à eux-mêmes.  L'organe du PDP   a bien publié  et  en exergue le communiqué condamnant Monsieur Goumani, mais  a refusé de publier  la  mise au point de ce dernier.

Inadmissible et inconcevable de la part d'un parti   qui a inscrit la liberté d'expression et  de pensée   sur le front de ses  revendications.  Quoi? Tomberait-il dans les mêmes travers du parti au pouvoir dont il ne cesse depuis sa création de dénoncer la dictatoriale magistrature?  Qu'est ce qui le différencierait  de cette culture despotique qu'il dénonce  s’il recourt aux mêmes procédés ?  De quelle culture démocratique peut-il   se prévaloir si un membre même du bureau politique ne peut avoir accès à l'organe de presse de son propre parti pour se défendre de graves accusations fussent-elles justifiés – ce qui reste à démontrer – dont-il est accablé?

Certes nos enquêtes nous ont instruit sur le parcours particulièrement  sinusoïdal de Mr Chabbi, actuel directeur  de « Al Mawkif » et candidat putatif aux élections présidentielles  tunisiennes de 2009 , tour à tour  nationaliste arabe, marxiste, maoïste, socialiste   et actuellement allié  aux islamistes tunisiens, mais cela ne nous autorise pas à lui  denier le droit à l'évolution, une évolution que rien ne peut  affirmer qu'elle ne fût pas sincère. Mais  une telle pratique liasse planer un doute  quant à l’authenticité de cette évolution.  A  travers  ce simple refus de publier une  mise au point d'un  membre de son propre parti, et à fortiori un adepte d’une autre ligne politique que la sienne,  il révèle l’enracinement de reflexes  staliniens qui vident ses  professions de foi démocratiques de toute substance.

Qu'en serai-t-il si d'aventure il accédait à la magistrature suprême?

Fatima Kabba – Le Maghrébin – 03 Juin 2008

Le peuple des clandestins

par Smaïn Laacher

0f300229adeeede6ad00e57d60e8cda6.jpgIls sont aujourd'hui des millions de personnes à errer de par le monde à la recherche d'une vie meilleure. Dépourvus d'identité officielle, ces émigrés clandestins dérangent le droit, la législation nationale, les conventions internationales, la nation et les autres immigrés depuis longtemps installés dans leur pays d'adoption.

Partir de chez soi ne va jamais sans la conviction d'un retour au foyer. Se pose alors une question essentielle et encore très peu explorée : comment demeurer, à ses yeux et aux yeux des autres, une personne quand l'univers de l'étranger est régi par des normes d'exception et l'absence de droits ?

Ces parias, en nous prêtant leurs yeux et leurs mots, nous font aussi découvrir ce qui peut les fasciner dans nos pays.

Qu’est-ce que l’immigration ?

J’ai donc été invité ce soir à vous parler de mon dernier livre intitulé « Le peuple des clandestins » que j’ai publié en avril 2007 chez Calmann-Lévy. Pour dire les choses un peu comme Michel Foucault, terminer un livre c’est commencer à l’oublier ; et surtout un livre offre un excellent prétexte pour parler d’autres choses. Le rapport à ce qu’on l’on a écrit change au fil du temps. Mais rassurez vous je vais vous parler de l’immigration et cela ne sera pas sans rapport avec mon dernier livre.

Qu’est-ce que l’immigration ? Chaque jour, des personnes compétentes et d’autres moins, disent des choses sur l’immigration. S’il est si facile de parler de l’immigration, c’est que tout le monde est soit national soit étranger. Tout le monde a en effet une expérience pratique et juridique de ce que c’est qu’un étranger ou de ce que c’est d’être un étranger. Mais à l’inverse, tout le monde ne pourrait pas parler du Conseil d’État du Conseil constitutionnel ou du mode de fonctionnement institutionnel du Conseil européen et de ses relations avec le Parlement européen, par exemple. L’immigration et les thèmes qui lui sont liés offre cette particularité que tout le monde peut s’en emparer pour dire quelque chose qui n’est pas obligatoirement entaché d’illégitimité.

La première question que l’on doit se poser lorsque l’on parle de l’immigration c’est : « est-ce que parler de l’immigration c’est parler des immigrés ? » Et quand on parle des immigrés, parle t-on de l’immigration ?

En fait, ces deux mots renvoient à des univers différents qui ne sont pas dotés du même régime d’historicité.

L’immigration c’est d’abord un rapport historique de domination entre sociétés. Parler d’immigration c’est d’abord parler de processus historique, de système de relations entre des organisations sociales différentes, de choses qui se sont nouées au fil de l’histoire entre des sociétés.

Les immigrés, la condition d’immigré c’est d’abord une condition ontologique. C’est une manière d’être dans le monde, plus précisément une manière dans le monde des autres.

S’il y a bien un sujet où tous les mots posent problème, c’est bien celui de l’immigration. D’où l’importance d’être au clair sur la définition et l’objet de l’étude. Pas seulement par souci scientifique mais tout simplement pour éviter de dire n’importe quoi sous prétexte que le propos porte sur l’immigration.

Dans ce domaine, plus que dans beaucoup d’autres, les mots produisent des effets de réel considérables. Ne gagne t-on ou ne perd t-on pas les élections dès que l’on aborde ce sujet ? Dès que ces populations sont au centre de controverses publiques, c’est-à-dire politiques ?

En réalité, lorsque l’on parle de l’immigration et de l’immigré, on parle de l’étranger.

L’étranger c’est d’abord l’État qui le désigne. Pas n’importe quel État : l’État national. Un étranger pour l’État et ses institutions c’est celui qui se définit par sa condition d’expulsabilité même si celui-ci n’est jamais expulsé. Tout le monde le sait. L’étranger c’est aussi celui qui n’était pas là depuis le début ; c’est celui qui n’a pas toujours compté et qui n’a pas toujours été compté dans la communauté nationale. Ici aussi, tout le monde sait et connaît celui qui n’était pas là depuis le début. Une des revendications de celui qui n’était pas là depuis le début c’est de demander à ceux qui étaient là depuis le début de faire partie de la communauté, de compter enfin pour quelque chose, d’être compté dans la totalité.

La mémoire n’est qu’une autre manière euphémisée de faire de la politique.

Une illustration concrète de ce que je suis en train de dire: tous les topos sur la mémoire depuis quelques temps (début des années 80) en France disent : « oui, nous n’étions pas là depuis le début, c’est vrai vous nous avez pas compté avec vous, oui, c’est vrai nous n’avons pas de passé en commun mais ce n’est pas parce que nous n’avons pas de passé en commun que nous ne pouvons pas avoir d’avenir en commun ». La mémoire n’est qu’une manière euphémisée de faire de la politique. Lorsque on regarde de près les travaux sur la mémoire, en particulier toutes les activités liées à ce thème financées par les institutions publiques, on s’aperçoit sans difficulté que la mémoire est principalement envisagée en tant qu’objet culturel (cinéma, littérature, théâtre, musique …), et qu’est ce que disent les producteurs de mémoire, et bien ils disent ceci : il faut dorénavant intégrer les immigrés et leurs enfants dans la communauté nationale pour que nous puissions bâtir ensemble un avenir commun. Et ils ajoutent : vous ne pouvez plus nous oublier car nous sommes inscrits dans l’histoire et le peuple de France, nous sommes constitutifs de l’histoire du peuplement de la nation française. L’histoire du peuplement de la France c’est l’histoire de ceux qui n’étaient pas là depuis le début et que l’on a inclus et qui se sont inclus au fil du temps.

Certains parviennent à se naturaliser socialement c’est à dire à disparaître comme un problème national dans l’espace national, tandis que d’autres posent des problèmes à l’ordre national. Ce n’est pas un hasard si ce sont ceux qui, à tort ou à raison, posent un problème à l’ordre national qui rappellent, non par la politique mais par la mémoire, par la culture et par l’histoire, qu’ils font partie de la communauté.

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Hassine Dimassi: Menace de crise alimentaire et question agraire en Tunisie

Le journal en ligne "Alternatives citoyennes" à publié dans sa dernière livraison un long entretien avec le Pr. Hassine Dimassi, en marge de la conférence des chefs d'État de la FAO,autour de la question: comment éviter à la Tunisie d'aller vers une crise alimentaire? Vu l'intérêt de la question, indépendamment de tout enjeux politiques, même si l'expert , comme le fait remarquer Nadia Omrane dans son introduction " semble demeurer dans la logique actuelle, celle d'une dépendance en matière d'importation céréalière et en aliments pour le bétail." est de fournir une présentation exhaustive de la question agraire en Tunisie en géneral qui peut servir à une approfondissement de réflexion.

Alternatives Citoyennes : Quelles sont les grandes orientations de la politique agricole tunisienne ? Favorisent-elles ou menacent-elles notre sécurité alimentaire ?

Hassine Dimassi : Vu ses multiples contraintes naturelles (pluviométrie très irrégulière, fertilité médiocre de la majorité des sols, ...), ou sociales (extrême émiettement des exploitations agricoles, faibles maîtrise du savoir cultural, ...), l'agriculture tunisienne ne peut pas tenir le coup sans le soutien de l'État. Or, depuis l'indépendance et jusqu'à nos jours, le comportement de l'État envers l'agriculture a connu trois principales étapes.

Au cours des années 60, l'État a tenté de prendre entièrement à sa charge, et de façon directe, l'agriculture tunisienne. C'est dans ce cadre qu'ont été créées les « coopératives de production agricoles » dans le nord du pays, et les « coopératives de polycultures » dans le centre et le sud. L'objectif de cette immense réforme des structures agricoles étant de créer des exploitations à dimensions optimales, de moderniser les méthodes culturales, de diversifier la production agricole, et d'assurer à la majorité des paysans des revenus stables et convenables. Pour différentes raisons, cette profonde réforme des structures agricoles a lamentablement échoué, et ce malgré ses nobles objectifs.

En termes d'indépendance, ou plutôt d'autonomie, alimentaire, la Tunisie a réussi jusqu'à présent le hors-d'oeuvre et le dessert (le maraîchage et l'arboriculture fruitière), mais elle a raté le plat de résistance (céréales et viandes).

  

Au cours des années 70, l'État a pris aussi entièrement en charge l'agriculture mais de façon plutôt indirecte. En plus des énormes investissements publics dans l'infrastructure agricole, et en particulier dans l'hydraulique agricole et les travaux de « conservation des eaux et des sols », l'État subventionnait très largement la quasi-totalité des intrants agricoles (eau d'irrigation, carburants, semences, engrais chimiques, pesticides et insecticides, aliments du cheptel). L'État soutenait aussi les investissements des exploitants agricoles privés, en leurs octroyant d'importantes subventions et crédits bonifiés, tout en les exonérant des impôts. Enfin, l'État révisait régulièrement à la hausse les prix à la production des principales denrées agricoles en fonction de l'évolution de leurs coûts de production. Cette politique de l'État s'est répercutée favorablement sur l'agriculture, et par conséquent sur le monde rural. Le meilleur indicateur de cette réussite résidait dans le sensible tassement de l'exode rural, par comparaison à d'autres pays similaires.

À partir du début des années 80, et avec l'instauration d'un « Programme d'Ajustement Structurel Agricole » (ayant d'ailleurs précédé le P.A.S), cette politique de l'État en matière agricole va subir de radicaux changements. Certes, l'État a continué à fournir de grands efforts dans l'infrastructure agricole. L'État finançait aussi d'importants programmes de promotion rurale, et en particulier le « Programme de Développement Rural Intégré ». Toutefois, l'État s'est progressivement désisté de la compensation des intrants agricoles. Aujourd'hui, sauf rares exceptions, les agriculteurs sont contraints d'acquérir ces intrants à leurs prix du marché en perpétuel renchérissement. Parallèlement, l'État a eu tendance à geler sur longues périodes les prix à la production des principales denrées agricoles. À titre d'exemple, le prix à la production d'un quintal de blé dur est demeuré figé à 26 dinars pendant 3 ans (1992-1994), à 28.5 dinars pendant 4 ans (1996-1999), et à 29.5 dinars pendant 5 ans (2000-2004). Pire encore, le prix à la production d'un quintal d'orge (denrée essentielle pour l'élevage) est demeuré inchangé à 15 dinars pendant 6 ans (1990-1995) et à 17 dinars pendant 9 ans (1996-2004). Un autre exemple non moins significatif est celui du prix plancher de cession aux industriels d'une tonne de tomates. Ce prix étant resté figé à 70 dinars pendant 5 ans (1989-1993), et à 95 dinars pendant 11 ans (1997-2007).

Cette tendance résulte du fait que la révision à la hausse des prix à la production des denrées agricoles, accomplie par l'État, ne se fait plus en fonction de l'évolution de leurs coûts de production mais plutôt en fonction de l'évolution de leurs prix mondiaux. Notons aussi qu'au cours des deux dernières décennies, la plupart des prix à la production des denrées agricoles, régulés non par l'État mais par le marché, n'ont souvent connu eux aussi que d'infimes augmentations. Parallèlement, les agriculteurs sont devenus soumis à de lourds prélèvements fiscaux et parafiscaux. Ces prélèvements se font en majorité à la source, soit par les Offices étatiques, acquéreurs des produits agricoles, soit par les marchés de gros. Enfin, la plupart des agriculteurs éprouvent depuis un certain temps de grandes difficultés à accéder aux crédits bancaires (renchérissement des taux d'intérêt, cumul des impayés, ...).

Le renchérissement des intrants et des crédits agricoles, la très forte décélération des prix à la production des denrées agricoles, et l'alourdissement de la ponction fiscale, constituent tous des facteurs ayant contribué à appauvrir sensiblement la majorité des agriculteurs. Toutefois, cet appauvrissement n'apparaît avec sa vraie ampleur que dans un contexte marqué par deux évènements majeurs : une série d'années successives de disette, et/ou un renchérissement rapide et excessif des intrants agricoles importés ou produits localement, et en particulier les aliments du cheptel. Cette tendance à l'appauvrissement d'un nombre croissant de paysans se reflète à travers au moins trois indicateurs. D'abord l'exode rural massif qu'a connu le pays durant les dernières années. En effet, au cours du quinquennat 1999-2004, sept gouvernorats du pays ont subi une baisse absolue de leur population, phénomène jamais observé auparavant dans la Tunisie indépendante. Il s'agit de gouvernorats qui sont demeurés à dominante agricole, tels Béja, Jendouba, Kef, Siliana, Kairouan, Tataouine, et Gafsa. Évidemment, cet exode se dirige soit vers l'étranger, soit vers le littoral Est du pays, où il s'y entasse anarchiquement. Cet appauvrissement des paysans se dégage aussi à travers le cumul des crédits bancaires impayés, et ce malgré les multiples amnisties dont ont bénéficié les agriculteurs. Plusieurs de ces paysans n'honorent plus leur dette non parce qu'ils ne veulent pas la rembourser mais parce qu'ils ne peuvent plus la rembourser. Enfin, l'appauvrissement des paysans se reflète à travers l'abandon ou la liquidation du patrimoine exploitable. C'est le cas par exemple des minuscules champs non travaillés, d'une bonne partie des périmètres irrigables non exploités, ou du cheptel bovin reproducteur voué en masse à la boucherie.

À terme, ces tendances pourraient non seulement perturber gravement la distribution spatiale de la population sur le territoire national (dépeuplement tragique de certaines régions et surpeuplement intenable d'autres), mais mettre aussi sérieusement en cause la sécurité alimentaire du pays. Certaines pénuries alimentaires, longtemps ignorées dans la Tunisie indépendante, commencent déjà à se manifester (pénurie du lait, et bientôt des viandes, et même des dérivés des céréales).

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La « malédiction du pétrole » en Afrique

Une analyse de Hicham El Moussaoui, docteur-chercheur en économie

Deux nouveaux pays, le Ghana et le Mali, vont bientôt rejoindre le club des pays africains producteurs de pétrole. La manne financière attendue leur ouvre de nouveaux horizons pour transformer leurs économies et sortir leurs populations de la pauvreté. Toutefois, il convient d’être prudent à cet égard. En effet, si l’on en croit le rapport 2008 sur les performances des compagnies pétrolières et gazières, publié par Transparency International, 60% des personnes les plus pauvres vivent dans des pays riches en ressources, particulièrement ceux de l’Afrique. Ce paradoxe est qualifié de « malédiction pétrolière ». Comment l’expliquer ? Et comment y remédier ?

Si de nombreux pays africains producteurs d’hydrocarbures ont adopté des régimes en apparence démocratiques, le principe de contrepouvoirs garant de la responsabilité des dirigeants n’est pas toujours respecté car ils sont dépourvus d’institutions capables de faire contrepoids, et de lutter contre la tendance autocratique des régimes politiques. Les dirigeants échappent donc souvent au contrôle des institutions démocratiques les obligeant à inscrire leurs actions dans le long terme d’une part, et à rendre compte à leurs citoyens d’autre part. La gestion de la manne pétrolière ne fait pas exception. L’opacité dans la gestion des ressources pétrolières traduit elle aussi une faiblesse du contrôle institutionnel, c’est à dire en l’espèce, l’ensemble des règles (budgétisation des revenus pétroliers par exemple) et d’institutions (cours des comptes et justice indépendantes) qui surveillent, évaluent et sanctionnent la gestion des revenus pétroliers. Dans la majorité des pays africains producteurs de pétrole, la déclaration et la gestion démocratique des revenus pétroliers sont donc quasiment absentes.

Aux origines du paradoxe de la malédiction pétrolière en Afrique

Or, dans ce contexte, la prépondérance de ces revenus pétroliers pose problème car elle est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires dans les pays africains producteurs d’hydrocarbures. Cette connivence entretient ainsi l’opacité et la banalisation de la corruption. Au Nigéria, au Congo Brazzaville et en Guinée-Equatoriale, pour ne citer que ceux-ci, la gestion des revenus pétroliers est une affaire privée entre les compagnies pétrolières et le Président. Celui-ci supervise personnellement toutes les transactions financières se rapportant à l’exploitation des hydrocarbures. Au Cameroun les recettes pétrolières n’ont jamais été budgétisées et en Algérie le Fonds de Régulation des Recettes, dont les ressources sont estimées à plus de 32 milliards de dollars à la fin 2007, n’est pas intégré au budget. Par ailleurs, il n’est pas rare en Afrique que les ressources pétrolières soient détournés afin de financer les régimes autoritaires (Nigeria, Tchad), et d’approfondir des tensions ou des conflits armés (Soudan, Angola, Congo Brazzaville).

Le pétrole se transforme donc en « carburant » alimentant la corruption et les conflits armés avec pour conséquence une pauvreté endémique, d’où la malédiction pétrolière.

Comment prévenir la malédiction du pétrole ?

Pour échapper à la malédiction des ressources pétrolières, les pays africains producteurs et leurs partenaires doivent promouvoir la transparence au niveau de la déclaration et de la gestion des revenus pétroliers. Cela passe par la réhabilitation d’un contrôle institutionnel efficace incitant les dirigeants à une gestion responsable et performante de la manne pétrolière. L’amélioration de la transparence, et donc de la responsabilité des acteurs, implique que le gouvernement soit soumis au contrôle effectif du parlement et de la société civile. La transparence passe inéluctablement par la séparation des pouvoirs et par la neutralisation des mécanismes de connivence entre le monde de la politique et celui des affaires. Ceci permet de réduire les opportunités de corruption et d’abus offertes aux dirigeants et aux bureaucrates.

Si les gouvernements africains demeurent les premiers responsables, il n’en reste pas moins que les compagnies pétrolières sont souvent complices des détournements à l’image des scandales « Elf » et « Angolagate » respectivement au Congo et en Angola. Elles doivent être incitées à déclarer les paiements effectués en faveur des gouvernements hôtes (royalties, impôts et commissions). Cela implique non seulement la suppression de la clause de confidentialité dans les contrats pétroliers, mais aussi l’établissement de règles imposées par les gouvernements des pays d’origine et les autorités boursières, des règles obligeant les firmes pétrolières à publier ce qu’elles payent aux pays hôtes.

Lorsque l’on observe le classement des deux nouveaux pays producteurs de pétrole (le Ghana et le Mali) selon l’indice de perception de corruption 2007, il existe un grand risque qu’ils deviennent aussi victimes de la malédiction pétrolière : le Mali occupe en effet la 118ème place et le Ghana la 69ème. En conséquence, il est incontournable que ces deux pays entreprennent de manière urgente des réformes institutionnelles allant dans le sens de la transparence, condition sinon qua non pour conjurer la malédiction pétrolière dans la mesure où elles renforcent l’esprit de responsabilité nécessaire à toute bonne gouvernance et par conséquent, favorisent le développement.

 

source : unmondelibre.org

La malédiction du pétrole au Nigéria

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