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29/06/2008

Gros nuages sur le tourisme tunisien

Victime du bradage des prix découlant de la surcapacité d’une offre peu diversifiée, le secteur touristique tunisien est de plus en plus laminé par la concurrence égyptienne, marocaine et turque.

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A première vue, la destination, à moins de trois heures de vol des principales capitales européennes, séduit encore et toujours des visiteurs avides de soleil et des plages dorées. Pourtant, les professionnels du secteur sont loin de nager dans une douce euphorie. « L’embellie ne dure que trois mois par an tout au plus et les recettes par touriste ne dépassent pas désormais les 300 dollars », confie un hôtelier, fin connaisseur du secteur, qui s’inquiète de l’augmentation du nombre des touristes originaires d’Europe de l’Est attirés par les prix très bas et d’une baisse continue des visiteurs occidentaux.

Du côté des autorités, on préfère communiquer sur des « résultats positifs » en 2007 et des « perspectives prometteuses » pour 2008. Selon un bilan de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), le pays a reçu 6,7 millions de touristes en 2007, ce qui représente une hausse de 3,2% par rapport à 2006. Les recettes du secteur ont atteint un niveau sans précédent de 3, 05 milliards de dinars (1 dinar = 1, 16 dollar).

Des performances en baisse

« Le bilan global de l’industrie touristique tunisienne semble de prime abord positif mais les chiffres masquent d’autres réalités inquiétantes », indique une étude de l’agence de notation financière Fitch Rating rendue publique début 2008. Cette étude intitulée « l’industrie touristique tunisienne, un modèle à rénover » précise que l’évolution des recettes du secteur, exprimées en monnaie locale, cache l’impact positif de la dépréciation du dinar par rapport à l’euro de près de 32% depuis 2000. Selon l’agence, les recettes par lit étaient de 39,5 dollars en 2006. Un résultat nettement inférieur à ceux des principales destinations concurrentes : 116 dollars pour le Maroc et 84,8 dollars pour la Turquie.

L’étude a aussi conclu que la croissance annuelle moyenne des revenus entre 2000 et 2005 a été de 16,4% pour le Maroc, de 8,7% pour l’Egypte et de 4,6% seulement pour la Tunisie.

Au cours de la même période, la Tunisie a perdu 5,3% de ses parts du marché au sud de la Méditerranée alors que les parts de la Turquie ont augmenté de 9,9%. Entre 2000 et 2006, le taux d’occupation des unités hôtelières tunisiennes à longueur de l’année est passé de 50,6% à 43,5% et la durée moyenne du séjour est passée de 6,6 à 5,2 jours.

Fitch Rating a, par ailleurs, précisé que la Tunisie, naguère leader incontesté du secteur en Afrique, a été chassée au cours des sept dernières années des premières marches du podium, tour à tour, par l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Maroc.

Diversification du produit

Selon Fitch Rating, « Depuis les années 60, la Tunisie s’est concentrée exclusivement sur le développement des sites balnéaires. Cette stratégie de croissance a abouti à une surcapacité d’offre peu diversifiée qui rend les hôtels très dépendants des tours-opérateurs internationaux et favorise ainsi le bradage des prix ».

Contrairement à ses concurrents au sud de la Méditerranée, le pays n’a entrepris la diversification de son produit que depuis quelques années.

Selon Mohamed Belaâjouza, président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), l’endettement excessif des hôteliers oblige également plusieurs d’entre eux à offrir des prestations médiocres et à céder facilement aux pressions des tours-opérateurs, ce qui renforce l’image d’une destination à bas prix.

Fitch recommande aux autorités tunisiennes de repenser la politique de développement du secteur en vigueur à travers notamment l’encouragement de l’externalisation de la gestion des unités hôtelières aux principales sociétés de gestion internationales spécialisées (Accor, Iberostar, Melia...), la mise en place de nouvelles normes de classification des hôtels et l’augmentation du budget alloué aux actions promotionnelles estimé actuellement à moins de 12 millions de dollars par an, autant dire une enveloppe insignifiante en comparaison avec les destinations concurrentes. L’agence conseille en outre le gouvernement d’assainir la situation financière des hôtels endettés en encourageant leur cession à des fonds d’investissement pour limiter le recours au financement bancaire.

Pilier de l’économie tunisienne, le secteur touristique est le premier pourvoyeur de devises. Il représente 6,5% du PIB et génère plus de 380 000 emplois directs et indirects.

Walid Kéfi – Les Afriques - 29-06-2008

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