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jeudi, 24 juillet 2008
Le Parlement tunisien adopte un amendement à la Constitution qui désigne de fait les adversaires potentiels de Ben Ali aux élections de 2009
Dominée par une écrasante majorité du parti au pouvoir, la chambre des députés tunisiens a adopté jeudi en deuxième lecture un projet de loi qui introduit des "dispositions exceptionnelles" à la Constitution du pays en vue de l'élection présidentielle de 2009. Sur les 189 députés que compte l'institution parlementaire, cinq représentants de l'opposition ont voté contre le projet.
Cet amendement qualifié « d’exceptionnel » s’inscrit dans une tradition instaurée par le président Ben Ali de puis son reversement de son prédécesseur et qui consiste à recourir avant chaque élection présidentielle à un amendement de la constitution pour adapter la consultation électorale selon les circonstances de façon à garantir sa reconduction d’office en la vidant de tout aspect compétitif. Voir sur ce sujet notre article « Processus de 50 ans de restrictions du droit de candidature à la présidence de la république en Tunisie »
Inquiétude du parlement européen sur le véritable objectif de cet amendement
Dans une lettre datée du 10 juillet 2008 adressé par Hans-Gert Pöttering président du parlement européen à son homologue Tunisien Fouad Mébazzaâ président de la chambre des député, ce dernier écrit:
« La Tunisie se prépare actuellement aux importantes échéances électorales à venir, à savoir les élections présidentielles de 2009. Une élection présidentielle est toujours un rand moment politique pour une nation tout entière. Porteuse d’espoir, elle permet aux différents candidats de confronter démocratiquement des projets de société distincts. L’union européenne sera bien évidemment très attentive au déroulement de cette campagne au sein de ce pays partenaire essentiel qui est la Tunisie. Je crois savoir que la chambre des députés examine actuellement, sous votre auguste présidence, un projet de loi constitutionnelle visant à adapter au mieux les institutions tunisiennes aux échéances à venir, je formule ici le vœu que cette loi favorisera très nettement un processus électoral ouvert et transparent, dans e plein respect du droit électoral et de la démocratie pluraliste. »
Pasqualina Napolitano et Biéatrice Batri ont sévèrement dénoncés la volonté d’exclusion qui se dessine pour ces élections exigeant un amendement ouvert et démocratique permettant à toutes les parties politiques dans le pays de présenter leurs candidats à ces élections
Si elles permettent à la plupart des dirigeants des huit partis de l'opposition de se porter candidats au prochain scrutin, ces dispositions excluent automatiquement le chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP), Néjib Chebbi. Seul candidat annoncé à ce jour, cet avocat de 61 ans qui avait cédé en 2006 la tête de son parti à Maya Jribi considère cette réforme comme "une manoeuvre politique visant à l'écarter". Elles limitent aussi la compétition dans le cercle de l’opposition officielle tolérée par la dictature Tunisienne, une opposition en état de délitement avancés et qui ne dispose d’aucune assise réelle au sein de l’opposition
Au pouvoir depuis 1987 après avoir destitué le "père de l'indépendance" tunisienne, Habib Bourguiba, pour "sénilité", l'actuel chef d'Etat Zine El Abidine Ben Ali devrait annoncer sa candidature pour la cinquième fois à l'élection de 2009 lors du congrès du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir) prévu du 30 juillet au 2 août prochain, pour briguer un cinquième mandat de cinq ans. (TW,AP et agences, Jeudi 24.07.2008)
21:35 Publié dans 20 Ans de Dictature en Tunisie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, élection présidentielle de 2009, amendement de la Constitution
Appel d'offres international pour la réalisation du port en eau profonde à Enfidha d'ici la fin du mois!
10 sociétés européennes et golfiques en course
Selon une source bien informée, l'Appel d'offres international pour la réalisation du port en eau profonde à Enfidha sera lancé d'ici la fin du mois de juillet 2008. Une liste de dix sociétés européennes et du Golfe, parmi les plus connues dans le domaine du transport maritime, ont manifesté leur intérêt pour ce projet.
Selon notre source, l'appel d'offres a été, au début, programmé pour le 25 juin 2008, puis pour le 30 du même mois. Ce retard est dû notamment à quelques problèmes dans la finalisation du cahier des charges. En effet, le bureau d'études hollandais « Royal Has-Koning » chargé, avec un partenaire tunisien qui est le bureau International Development Consultants (IDC), de l'étude de faisabilité technique du projet, a manifesté quelques réserves sur les modifications opérées par le ministère du transport (suite aux suggestions des différents ministères et établissements intervenants dans ce projet) sur la première version présentée par le Bureau d'études.
Le Cahier des charges
L'étude de faisabilité du projet a porté notamment sur l'étude de marché, l'analyse multicritère, ainsi que le choix d'un site en eau profonde, l'étude de réalisation du port de ce site et la définition de la forme de concession, le Business Plan ou plan d'affaires, le dossier de l'appel d'offres, ainsi que les actions de marketing, sans oublier le dépouillement des soumissions et des offres.
Il s'agit, entre autres, d'introduire une nouvelle clause. Elle concerne «l'intégration d'une zone d'activité logistique» qui est de nature à améliorer la rentabilité du projet et donner au projet une valeur ajoutée.
Quant aux premières caractéristiques techniques définies par le cahier des charges, il y a notamment la longueur des quais, le nombre des grues et des portiques, la profondeur de l'eau, les méthodes d'exploitation, la superficie des terre-pleins et le nombre des conteneurs.
Pour ne citer qu'un exemple, le port va avoir pour la première étape 800 m de quais, pour atteindre 1,5 km dans la 2ème étape et une zone d'activités logistiques, avec une réserve foncière de 3.000 hectares .
Le contrat inclus dans le cahier des charges, fixe également la responsabilité, les droits et les obligations des deux parties (l'Etat tunisien et la société qui remportera l'appel d'offres).
Il s'agit, en particulier de l'objet du projet : la réalisation d'un port en eau profonde, dans le cadre d'une concession de construction et d'exploitation, d'une durée de 50 ans non renouvelable, et dont le coût est estimé à près de 1400 millions d'euros.
En contre partie, la Tunisie recevra une redevance annuelle fixe par mètre carré, et une autre redevance variable selon le trafic du port mais doit tout d'abord fournir les terrains et l'infrastructure de base, ainsi que quelques équipements en relation avec l'infrastructure.
Les travaux d'aménagement, début 2009
Les travaux d'aménagement, qui devront démarrer à la fin de cette année ou au début de 2009, comportent la création d'un pôle portuaire de la deuxième génération, comportant un port en eau profonde près de la ville d'Enfidha, et une zone d'activités logistiques s'étendant sur 3000 hectares devant offrir des services de transport maritime des marchandises de qualité et au moindre coût, tout en tenant compte des critères de sécurité et de préservation de l'environnement.
La capacité d'accueil annuelle du terminal de conteneurs, s'élève à environ 5 millions de conteneurs, alors que la capacité de la station multidisciplinaire est de l'ordre de 4,5 millions de tonnes.
Ce projet constituera une excellente plate-forme pour le trafic international avec l'activité du transbordement et la desserte du marché tunisien. Pour l'activité internationale, l'étude donne une capacité de 1,2 million EVP (équivalent vingt pieds) en 2008 et sera portée en 2020 à 3,9 millions EVP.
Il contribuera à combler un déficit de capacité portuaire, dès 2009 en Méditerranée centrale, du fait de sa position dans un carrefour de transports maritime (entre les bassins occidental et oriental de la Méditerranée ), aérien (avec le futur aéroport d'Enfidha), routier (avec l'axe autoroutier Bizerte-Sfax), et ferroviaire Tunis-Gabès.
A signaler que ce projet grandiose aurait du être réalisé depuis les années 70, d'ailleurs une étude économique a été élaborée dans le temps, par des économistes et des experts tunisiens, et a été présentée aux autorités tunisiennes de l'époque, mais n'a eu aucune suite.
S.E.M – Le Temps - jeudi 24 juillet 2008
21:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Port en eau profonde à Enfidha
Tunisie, terre de paradoxes: Au pays du sourire perdu
Le plus petit pays du Maghreb, la Tunisie, s’est incontestablement forgé un grand destin touristique. Pourtant, il suffit de traverser la rue pour rencontrer une Tunisie qui fait grise mine sous l’éclat d’un soleil qui fait courir des millions de touristes par an. Bassem a 24 ans, est technicien supérieur en informatique depuis le début de l’année.
Il est venu chercher du travail comme serveur dans un fameux palace. Il rentre bredouille, un petit classeur sous le bras. « Ce sont ceux qui ont des diplômes supérieurs qui trouvent du travail. Nous, on doit attendre jusqu’à deux ans pour travailler. Le chômage ? Ils disent qu’il est de 14%. Mais il doit être au moins de 20%. On cache tout en Tunisie. » Il parcourt du regard l’imposant hôtel qui barre la vue sur la mer. « Ils m’ont dit que ma formation ne correspond pas. Ce qui est vrai, mais il y a quelqu’un qui m’avait promis un emploi ici. »
Que cache-t-on donc en Tunisie ? Bassem avec une colère froide parle sans s’assurer de la qualité de son interlocuteur. Il détache son regard du palace blanc et nous lance : « Savez-vous à qui appartient cet hôtel ? C’est la propriété du beau-frère du Président (de la République). Il a d’autres hôtels de luxe et une compagnie aérienne. Il est concessionnaire automobile, il est dans les banques, il a une radio et beaucoup d’autres sociétés. Il y a dix ans, c’était un enseignant qui touchait 250 DA par mois (15 000 DA algériens, ndlr). » L’anti-self made man scandalise le pays profond. « C’est ce qui fait bouillir la population. C’est le seul tort du président », ajoute Bassem.
La fortune de l’entourage immédiat de Ben Ali n’échappe pas aux Tunisiens, le black-out de la presse locale n’y pouvant rien. Le jeune informaticien a-t-il voté en 2004 pour Zine El Abidin Ben Ali qui s’était représenté pour un 4e mandat ? « Oui, répond-il. Et je voterai pour lui en 2009 et en 2014. On votera pour lui tant qu’il respirera. » Impossible de décoder le sourire figé qui accompagne ces mots. Il tente d’argumenter. « Je vis, je suis nourri et je suis tranquille. Pourquoi je ne voterai pas pour lui ? », fait-il remarquer. Il y avait bien d’autres candidats à la présidentielle en 2004, des lièvres qui ont vite détalé dans la nature. « Il y avait d’autres candidats, mais je ne me souviens pas de leurs noms. On les a montrés deux ou trois fois à la télé. »
« Tout va bien »
Bassem finit par se poser des questions .« Et vous, vous êtes qui ? » « Journaliste algérien en formation », répondons-nous. Il s’exclame : « En formation en Tunisie ? Impossible ! C’est nos journalistes qui doivent venir se former en Algérie. Nos journaux disent tous les jours que tout va bien. D’ailleurs, moi aussi je dis tout va bien pour qu’un jour je trouve du travail. » La « misère » politique locale n’empêche pas le Tunisien de base d’avoir sa propre vision du monde. La situation en Algérie ne laisse pas indifférent. Le récalé à la réception du palace nous explique : « Les pays arabes ont, soit la richesse naturelle, soit la richesse humaine. Il n’y a que l’Irak et l’Algérie qui réunissent les deux atouts. Et regardez dans quel état ils se trouvent. Ce ne sont pas les Algériens qui ont plongé leur pays dans la guerre depuis dix ou quinze ans. Cela vient de l’étranger. Vos généraux sont manipulés par la France. » Ce sont les chaînes satellitaires arabes qui comblent le déficit en information des Tunisiens.
L’on ne voit guère un homme avec un journal sous le bras, ou parcourant les pages sur une terrasse de café. Nous rencontrons finalement un jeune buraliste qui a lu un article de presse relatif à l’Algérie Des femmes algériennes habitant la bande de Ghaza avaient manifesté, le 9 juillet dernier, demandant le droit de rendre visite à leurs familles en Algérie. « J’ai pleuré en lisant l’article sur ces femmes courageuses qui ont interpellé le président Bouteflika pour qu’il leur vienne en aide contre le blocus israélien », nous dit le buraliste. La paix est revenue en Algérie, croit-il savoir. « Votre Président en a fini avec les salafistes, tout comme notre Président. » Il nous conseille, à propos des journaux présentés dans sa boutique : « Achetez Le Quotidien, si vous voulez des informations du monde, ou Le Temps, pour les informations culturelles. »
Pour la chronique tunisienne, il faut aller dans la rue. Ammar a 48 ans, il est économe dans un établissement. Ce père de famille de 4 enfants a des fins de mois difficiles. « Vous n’êtes que de passage, vous ne pouvez pas remarquer que la vie est chère, ici », explique-t-il. Il est payé 400 dinars tunisiens par mois (25 000 DA). Le litre de lait vaut 1 DT (le même prix qu’une canette de bière), une visite médicale revient à 25 DT, soit deux journées de travail, et le loyer peut absorber jusqu’aux trois quarts d’un salaire moyen. La forte demande des touristes explique en partie la pression sur le marché de l’immobilier. 2,3 millions de personnes vivent à Tunis, sur une population totale de 10 millions d’habitants. Que pense Ammar de la réputation de « pays du sourire » en vogue dans les milieux touristiques ? Il est le dernier à connaître cette formule. « Il faut voir ce qu’il y a derrière le sourire.
Les touristes qui fréquentent les hôtels ne se rendent pas compte des difficultés que nous vivons. » Va-t-il voter l’année prochaine, quand un cinquième mandat pourra être brigué par l’actuel Président ? « Je n’ai jamais voté et je ne voterai pas », répond-il. Il n’a pas d’opinion concernant l’utilité d’une élection dans une société moderne, d’aspiration démocratique. Il n’avait jamais fait le lien entre l’acte de voter et un possible changement politique. « Le peuple tunisien a atteint un degré de maturité suffisant pour assumer la gestion de ses propres affaires. Certains ont pensé que je pourrais prendre en charge ses destinées (…) J’ai un tel respect pour le peuple tunisien que je ne lui souhaite pas de maître. » C’était Habib Bourguiba qui s’exprimait ainsi le 25 juillet 1957, devant l’assemblée constituante.
50 ans plus tard, les Tunisiens auront connu deux chefs qui n’ont rien contre la présidence à vie. Sur l’avenue Habib Bourguiba, les Champs Elysées de Tunis, ce sont les portraits de Ben Ali qui trônent. Les slogans sont incantatoires : « El ouafa li rajoul el ouafa (la fidélité pour l’homme de la fidélité) », « Mes ambitions au service de la Tunisie ». Aucune représentation du « père de la Tunisie moderne ». Le plus haut monument de l’avenue orne la place du 7 Novembre, correspondant au jour où Ben Ali déposait Bourguiba, en 1987. La place est bien gardée par des policiers en armes. Aucun banc aux alentours, de peur d’un regroupement assis. Il faut circuler ou se constituer client des cafés à terrasse, dans le pur style parisien.
« Un seul parti »
Le 7 novembre est la fête nationale, baptisée « Ettahaouel el moubarik (le changement béni) ». C’est le seul mot qui fait s’esclaffer les Tunisiens. « Moubarik ? ça se dit pour le Prophète, pas pour un homme ordinaire », remarque-t-on. En matière d’inspiration religieuse, l’on a vu mieux, ou pire. Saddam Hussein avait proclamé « El youm el adhim », en accédant au pouvoir en juillet 1979. Ce n’était pas d’ordre prophétique, mais divin. L’on est loin du dialecticien Boumediène et son « redressement révolutionnaire » de juin 1965. Le mot « ettahaouel » revient dans n’importe quelle discussion en Tunisie.
Fouad, 22 ans, est apprenti pâtissier et nous explique pourquoi il a désespéré de continuer ses études : « Ma cousine a 24 ans, elle a le bac + 4 et elle est animatrice dans une maison de jeunes. Ce qu’elle fait ? Elle s’occupe par exemple des chorales d’enfants pour la fête de Ettahaouel. » Fouad ne décolère pas. Son centre de formation professionnelle (public) ne l’a pas placé en stage pour cet été, ce qui lui aurait permis de gagner un peu d’argent. « Il faut être d’une famille aisée pour qu’on t’envoie en stage dans un hôtel. Je suis en train de chercher une place moi-même. C’est pourtant compris dans ma formation. Mais je ne peux pas faire de réclamation, mes amis m’ont dit que je peux être privé de certificat à la fin de la formation. »
Fouad est habité par la peur. Il habite à 10 km de la frontières algérienne, mais il n’a jamais passé la ligne. « Avec le cachet algérien sur mon passeport, je peux avoir des problèmes si je demandais un visa pour l’Europe », avoue-t-il. Mais il aime les Algériens. « Ce sont eux qui me prenaient en stop quand je partais au collège, qui était loin de 17 km de chez mois », dit-il. De son village, il voyait « les lumières de Tébessa ». Il s’est installé chez des proches dans la banlieue de Tunis pour pouvoir suivre sa formation. « J’ai moi aussi un calepin », fait-il, en tirant un petit bloc-notes de sa poche .
« Ce sont des recettes de pâtisserie. » Que signifie pour lui la démocratie ? « C’est quand les droits de chacun sont respectés. Personne ne viendra par exemple toucher à ta voiture », dit-il. Il y a combien de partis politiques en Tunisie ? Il réfléchit deux secondes : « Un seul, celui qui gouverne, il me semble », répond-il sans conviction. Fouad ne parle pas du Président, mais de son propre père, parti en France depuis avril dernier. Le père a averti son fils par sms : « Je prends l’avion demain matin à 9 h. Je te souhaite le courage et une bonne santé. » L’exil du père s’ajoute à celui du fils. Ce dernier n’a pas compris pourquoi il lui a souhaité du courage. « Il est installé au sud de la France, je le rejoindrai peut-être un jour », espère Fouad.
Les festivals et le foot
Dans ce pays qui paraît être en fête, où les festivals jalonnent les jours d’été, le climat général est compassé. L’exubérance est bannie. Pas un mot dans les bus. Dans les taxis, seul mot d’ordre : le football du début jusqu’à la fin de la conversation. Le sport fait d’ailleurs l’ouverture des quotidiens d’informations générales un jour sur deux. L’on marque un arrêt, un long silence, en apprenant la nationalité algérienne de son interlocuteur. Un respect muet, mêlé de tristesse. « Ces Algériens… Ils souffrent, mais aucune liberté ne leur est étrangère », devait-on se dire.
Le foisonnement des activités culturelles n’arrive pas à semer la joie dans les cités. « C’est pas pour nous. Pour aller au festival, il faut payer 25 DT. La fête, c’est pour les riches. Il y a quinze jours, Elyssa a chanté pour 500 DT la place, c’est deux fois mon salaire », nous dit un jeune de 30 ans, ouvrier dans le bâtiment. Son baladeur diffuse du raï algérien, assourdi dans l’écouteur. « Ma distraction, c’est aller à la plage. Je regarde aussi mbc action pour les films et Ennas Tv, pour la religion. Jamais la télévision tunisienne », lance-t-il. « Je ne fais rien d’autre. Tout est cher. Comment je vois l’avenir ? Il faut un changement de pouvoir », dit-il, en passant un doigt sur l’autre, pour signifier un changement radical. Soudain, son visage se crispe. Une alerte interne s’est déclenchée.
Il regarde sous l’abribus s’il n’y a pas de jambes qui traînent. Il se lève, il en fait le tour et revient. « Savez-vous que c’est un palais présidentiel qu’il y a derrière ? », dit-il, simplement. Il réajuste ses lunettes, visse l’écouteur et s’en va. Le lendemain, 1000 km plus loin, nous nous retrouvons dans un bus bondé de monde. Des discussions crèvent les tympans. Le chauffeur manque d’écraser une petite voiture contre la glissière de sécurité et reçoit une volée de bois vert par la vitre ouverte. Au loin, il est écrit sur un mur : « Pour un changement radical : votez MDS ». Nous sommes à Alger.
Djaffar Tamani – El Watan -23 juillet 2008
10:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Ben Ali
Le Maghreb a-t-il tourné le dos à l’Afrique
Le Maghreb a-t-il tourné le dos à l’Afrique en s'engageant dans l'Union pour la Méditerranée ? Quelques jours après le lancement en grande pompe de l'UPM, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, est revenu vigoureusement à la charge en s'inquiétant ouvertement de ses conséquences.
C'est bien de séparation du continent de son nord qu'il s'agit, selon M. Wade, et sa finalité lui est évidente. Elle a, dit-il, des « visées qui crèvent les yeux, le pétrole et le gaz de l’Algérie, le pétrole libyen ». Les autres participants ne sont là que pour servir de faire-valoir. Ce discours était celui du colonel Mouammar Kadhafi qui a totalement boudé le sommet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM).
Il est, qu'on le veuille ou non, celui d'une Afrique qui ne veut pas, pour de multiples raisons, perdre son nord. C'est un débat qui aurait dû être engagé avant le lancement de l’Union Pour la Méditerranée (UPM), mais il n'a pas perdu de sa pertinence. « C'est le cadre de construction de notre avenir même qui sera remodelé », a estimé le chef de l'Etat sénégalais, qui a fait diffuser sa déclaration par l'agence de presse sénégalaise APS.
Certains pourraient objecter que le Maghreb est déjà profondément marqué par un tropisme européen et que ses échanges avec l'Afrique subsaharienne restent marginaux en dépit des efforts, remarqués de cette dernière décennie, des Marocains et des Libyens. Mais justement, un tropisme n'est pas forcément un choix, ni une qualité. C'est, le plus souvent, une habitude et un défaut de vision qui mériteraient d’être ajustés.
La crainte d'une séparation de l'Afrique du Nord du reste du continent n'est pas, du point de vue stratégique, une lubie ou une exagération. Les « réalistes » au Maghreb auraient tendance à voir une chance dans l'arrimage de la région à la locomotive européenne. Mais sont-ils sûrs que la « place » qui est assignée à l'Afrique du Nord aura un effet vertueux sur l’économie ? Sont-ils sûrs qu'elle ne sert pas de mur avancé de l'Europe contre une Afrique subsaharienne jugée menaçante par son immigration ?
D'un autre côté -et sans nécessairement faire appel à la fibre africaine et à l'exigence de solidarité continentale-, les pays du Maghreb n'auraient-ils pas à gagner à regarder de plus près au sud ? Les entreprises maghrébines qui peinent à pénétrer dans un marché européen clos n'ont-ils pas des opportunités à saisir chez leurs voisins du sud ?
En réalité, ce Maghreb, qui reste dans les limbes, n'arrive pas à se faire, doit effectivement se définir: est-il africain ou a-t-il vocation à servir de garde- frontières au nord? Il n'est pas illégitime que les pays du continent noir souhaitent que leur nord leur serve de lien avec un monde arabe qui croule sous les pétrodollars. Les cris d'alarme d'Abdoulaye Wade méritent d'être entendus. Il y a un débat africain à mener sur cette UPM aux contours toujours flous et aux arrière-pensées qui inquiètent nos voisins du sud. Ouvrons-le !
L'Afrique est bien notre continent et notre vrai horizon.
K. SELIM - Quotidien d’Oran (Algérie) - Publié le 17/07/2008
10:12 Publié dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Union pour la Méditerranée, Afrique


