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08/08/2008

Un Tunisien de Nantes arrêté dans son pays

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 (Manifestations de soutien à la population de Redeyef à Nantes au printemps dernier)

Ess'ghaier Belkhiri, Nantais originaire de Redeyef, a été arrêté par la police tunisienne à quelques jours de son mariage. Il est accusé de « financer une association de malfaiteurs ».

Il se rendait à Redeyef, une petite ville minière de 30 000 habitants au sud de Tunis, pour préparer son mariage avec Vanessa. La cérémonie devait avoir lieu le 12 août, en présence de ses parents et de ses six frères. Mais, vendredi dernier, quand le bateau a accosté au port de la Goulette, c'est la police tunisienne qui attendait Ess'ghaier Belkhiri en bas de la passerelle. « Tout s'est passé très vite, raconte son frère Naceur, qui vit aujourd'hui dans l'agglomération nantaise. Sans explication, ils l'ont menotté et emmené en prison. »

Trois jours plus tard, ce maçon « sans histoire » de 29 ans, qui réside à Nantes depuis « une dizaine d'années », comparait devant un juge d'instruction. Soupçonné de « financer une association de malfaiteurs », il est incarcéré dans la prison de Gafsa. « L'un de mes frères qui allait chercher Ess'ghaier a également été arrêté », affirme Naceur Belkhiri. Les bribes de nouvelles qui ont filtré depuis lors émanent de Ridha Radaoui, l'un des deux avocats. « Il nous assure qu'ils vont aussi bien que possible, précise Naceur. C'est la santé de notre père qui a 91 ans qui m'inquiète. Comment va-t-il vivre tout cela ? »

 « Chômage » et « corruption »

Face à cet « emprisonnement arbitraire », un comité de soutien s'est constitué en France, sous l'égide de la Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR). « Ess'ghaier Belkhiri soutenait ouvertement la population de Redeyef qui se bat depuis plusieurs mois contre le chômage et la corruption du pouvoir en place, précise Mouhieddine Cherbib, président de la FTCR. À Nantes, il participait aux manifestations pour protester contre la répression policière. Il faut savoir qu'à Redeyef, les prisons sont pleines. Des gens sont en fuite dans les montagnes. »

Et c'est ce soutien sans faille à une région en ébullition qui vaut à Ess'gahier Belkhiri d'être emprisonné aujourd'hui. « Pour le président Ben Ali, il s'agit d'incriminer toute forme de solidarité avec les luttes des populations du bassin minier, y compris à l'étranger », estime Mouhieddine Cherbib.

Sous quel mobile la justice tunisienne allait-elle expliquer cette incarcération ? « Lors de l'arrestation, les policiers ont retrouvé une somme d'argent qu'Ess'ghaier Belkhiri destinait à la population dans le besoin, martèle Mouhieddine Cherbib. Dès lors, c'était un jeu d'enfant pour le juge de l'accuser de financement d'association de malfaiteurs... On veut faire passer la solidarité comme un délit. »

Joël BIGORGNE - Ouest Feance - vendredi 08 août 2008

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