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13/10/2008
Consultation nationale sur l’emploi : Le constat de fracture dont souffre la Tunisie
Un véritable constat de bilan dont le système en place ne peut échapper à la responsabilisé. C’est ce qui ressort de la lecture du rapport présenté par le Comité National d’Organisation à la dernière réunion de la Consultation nationale sur l’emploi le 7 octobre 2008. Intitulé «Compétitivité et Croissance: Le défi de l’emploi aux multiples dimensions».
C’est le constat d’une double fracture consécutive à une politique de gestion à deux vitesses de tout un pays. Un pays ou on n’a pas intérêt à être jeune, et moins encore être fille, ni à vivre dans l’arrière pays. Une fracture entre le littoral et la dorsale, qui coupe le pays de nord au sud en deux parties contrastantes ou les chances varient du pair au double suivant qu’on soit à l’est ou à l’ouest du pays. Et une fracture sociale au désavantage des jeunes et des femmes en particulier dans des proportions plus graves encore.
Il n’est certes pas question de corruption, ni de favoritisme, ni de recel d’influence et d’exploitation de pouvoirs non plus, Mais à force de détails d’arguments et d’exemples à l’appuis, le non dit apparaît de façon plus criante que ce qu’on a voulu mettre à l’avant.
Le constat, tel que décrit, ne relève plus de palabres, de débats et de consultations, il requiert une solution politique au plus haut degré qui ne se contente plus de simples corrections et régulations de mécanisme de mauvais fonctionnements. Il requiert une nouvelle orientation et la remise en question de tout un système qui à besoin de révision.
Voici in extenso un résumé du document :
Compétitivité et Croissance: Le défi de l’emploi aux multiples dimensions
La Tunisie connaît sur la durée de la décennie en cours un défi sans précédent en matière de demande d’emploi mais aussi une opportunité sans précédent en matière de développement économique et de création d’emploi.
Le défi vient du fait que, compte tenu de la démographie, si la situation actuelle venait à se poursuivre (une économie qui ne crée pas suffisamment d’emploi et un système d’éducation et de formation qui produit des profils faiblement employables), le chômage parmi les diplômés du supérieur pourrait atteindre 26 % en 2016 du fait que le nombre annuel de ces diplômés va dépasser 70 mille à partir de 2009 alors que le XIème plan prévoit 83 mille créations annuelles d’emploi et qu’aux diplômés de l’enseignement supérieur, il y a lieu d’ajouter 40 mille diplômés de la formation professionnelle et au moins 30 mille demandeurs d’emploi sans qualification.
Bien que la Tunisie ait fait des progrès remarquables dans tous les domaines, les résultats en matière d’emploi restent en dessous de ce qui est escompté, ce qui accentue le contraste entre ceux qui arrivent à trouver un emploi et ceux qui n’y arrivent pas… L’exclusion sociale révélée par le chômage de longue durée ou la précarité de l’emploi risquent même de s’amplifier si ses causes profondes ne sont pas identifiées avec précision et traitées de manière pertinente.
La situation de chômage est vécue actuellement et durablement par un demi million de tunisiens, sans compter ceux et surtout celles qui, ne voyant pas de perspectives professionnelles, se sont retirées de la vie active. Parmi eux, au moins une centaine de milliers, dont de plus en plus de diplômés de l’enseignement supérieur, sont à la recherche d’emploi depuis des années et approchent de la quarantaine sans avoir connu véritablement un statut d’employé. Le célibat prolongé est devenu aussi une caractéristique de la jeunesse. Presque la totalité des hommes (95%) et près de 80% des femmes se marient au-delà de 30 ans. La situation de sous emploi de la jeunesse y est probablement pour quelque chose.
Trois facteurs se conjuguent pour rendre la perception du chômage encore plus aigüe :
- le chômage concerne essentiellement les jeunes et surtout les diplômés de l’enseignement supérieur. La difficulté d’insertion augmente avec le niveau éducatif et s’inscrit en sens inverse des attentes des familles et de la société.
- le chômage affecte différemment les régions avec des disparités qui atteignent parfois 15 points de différences entre certaines d’entre elles en termes de taux de chômage de la population adulte(de 6% à 21% en 2007).
- le chômage touche davantage les femmes que les hommes avec un écart de plus de 5 points en termes de taux.
Que l’on décrive le paysage national en matière d’emploi par le taux de chômage général, par celui des adultes ou celui des jeunes, on arrive à peu près à la même conclusion: l’existence d’un premier ensemble de gouvernorats situés grosso-modo à l’est du pays où le taux de chômage varie entre 6 et 10 % (en vert foncé sur la carte) et un second ensemble, situé grosso modo à l’ouest du pays, où ce taux est pratiquement le double (de 16 à 21%, en rouge sur la carte).
Pourquoi l’économie tunisienne ne crée pas suffisamment d’emploi ? Pourquoi ne crée-t-elle pas plus d’emploi qualifié ? Le schéma de développement adopté était-il en mesure de générer une croissance riche en emplois qualifiés ?
La conjonction de ces quatre facteurs (région, genre, génération, niveau d’éducation) ne va pas sans affecter le moral de la nation, et questionne les fondements mêmes du modèle social tunisien et ses choix fondamentaux: l’éducation pour tous comme principale voie de promotion sociale, l’émancipation de la femme et la liaison permanente entre la dimension économique du développement et sa dimension sociale.
La dimension sociale du développement a aussi de la peine à s’affirmer quand elle est déclinée au niveau régional. La croissance et le revenu par tête d’habitant sont des indicateurs macro-économiques calculés au niveau national, l’emploi est quant à lui perçu par l’individu au niveau local et existentiel. La contradiction peut devenir dangereuse quand les écarts augmentent entre l’image macro-économique désincarnée, élaborée dans des bureaux à Tunis, et la réalité vécue au quotidien dans diverses régions.
En Tunisie, le chômage est un chômage d’insertion et non un chômage de licenciement. Près de 80% des chômeurs recensés en 2004 sont âgés de moins de 35 ans et le taux de chômage de cette catégorie ne cesse d’augmenter malgré la baisse du taux de chômage général.
Le XIème plan s’est fixé pour objectif la réalisation d’un taux de croissance moyen de 6.1% au cours de la période 2007-2011. Ce niveau de croissance permettra probablement la création de 412 mille nouveaux postes d’emplois, avec une moyenne annuelle de 82.4 mille postes, et réduira le taux de chômage général de 14.3 % en 2006 à 13.4% en 2011 et celui des diplômés universitaires de 16.0% en 2006 à 15.6% en 2011 (6).
Ainsi, le schéma de développement adopté par le XIème plan ne sera pas en mesure de générer suffisamment d’emplois pour réduire de manière significative le taux de chômage, notamment celui des diplômés de l’enseignement supérieur, et sans une approche volontariste et innovante, le taux de chômage sera encore à deux chiffres en 2016.
Sur un plan plus général, les objectifs du XIème plan risquent d’être contrariés par une série de facteurs notamment en raison de l’amplitude des trois chocs que subit notre pays comme beaucoup d’autres: choc énergétique, choc de la flambée des matières premières et des produits alimentaires, chocs des dérives d’un marché financier mondial mal régulé.
Après ce constat le rapport se penche en détail sur les causes de la crise de l’emploi, abordant séparément les différents facteurs suivant le schéma suivant et dont la consultation directement est riche de renseignement pour ceux qui veulent approfondir la question.
1ère Cause : La croissance des entreprises existantes est insuffisante- L’application non rigoureuse des règles de la concurrence n’incite pas au développement des entreprises
- Les moyens de financement ne sont pas adaptés aux besoins de fonctionnement des entreprises.
- Des opportunités d’export de produits et de services notamment sur l’Afrique qui ne sont pas saisies
- Les marchés publics ne jouent pas pleinement leur rôle d’outils de développement économique et de promotion des exportations.
- Identification insuffisante des opportunités du marché intérieur.
- L’investissement demeure handicapé par le manque de diversification de notre commerce extérieur.
- Le secteur bancaire ne favorise pas suffisamment l’investissement privé national.
- La culture entrepreneuriale est insuffisante.
- L’image de la Tunisie, en tant que pays de destination des IDE, est en deçà des potentialités du pays.
- Les coûts élevés du transport international et des services de télécommunication, associés à leur non performance, constituent des obstacles à l’attraction des IDE.
- L’entreprise tunisienne n’est pas positionnée dans la stratégie de promotion des IDE.
- Le mode de calcul des charges sociales est défavorable à l’emploi
- Les systèmes d’incitation et de taxation ont positionné l’entreprise tunisienne dans des activités à faible valeur ajoutée, ne l’encouragent pas à changer de positionnement et favorisent l’emploi non qualifié.
- La tradition des conflits de travail constitue un obstacle au changement du positionnement vers plus de valeur ajoutée, plus d’emploi et mieux d’emploi.
- Le climat des affaires révélé par les indicateurs de la Banque Mondiale (doing business 2009), n’est pas très favorable à l’activité des entreprises.
- Le coût élevé des prestations rendues aux entreprises par les monopoles publics est un handicap à l’activité économique
- La non qualité des services administratifs rendus aux entreprises est un handicap à l’activité économique.
- L’Etat et le développement, un rôle en mal de clarification et de consensus.
Pour télécharger le rapport complet (PDF) : African Manager
04:28 Ecrit par TUNISIA Watch dans 20 Ans de Dictature en Tunisie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, chomage, exclusion, consultation nationale sur l’emploi




Commentaires
Ce Blog est très intéressant.
Il souffre néanmoins d'un petit problème quand à l'impression: celle-ci est tronquée à la première page
Ecrit par : raymond vivier | 13/10/2008
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