mercredi, 24 septembre 2008
Tunisie : Audition au Parlement Européen sur la politique de voisinage
La Tunisie et l’Union Européenne (UE) ont établi conjointement en juillet 2005 un Plan d’Action (PA) qui couvre une période allant jusqu'à 2010. Il a été élaboré dans le cadre de la politique européenne de voisinage (PEV) qui a fixé des « objectifs ambitieux fondés sur l’attachement, réciproquement reconnu, à des valeurs communes comprenant la démocratie, l’Etat de droit, la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme, les principes de l’économie de marché, le libre-échange, le développement durable ainsi que la réduction de la pauvreté et le renforcement des réformes politiques, économiques, sociales et institutionnelles».
Ayant pour objectif d’approfondir les relations entre la Tunisie et l’UE dans tous ces volets politiques, sociales culturelles et scientifiques ainsi qu’en matière de sécurité et d’environnement, le plan d’action a établi un large éventail de priorités dans tous les domaines correspondant aux champs d’application de l’Accord d’association, entré en vigueur en 1998, parmi lesquelles une attention particulière devrait être accordée, notamment, à :
- - la poursuite de la consolidation des réformes garantissant la démocratie et l’Etat de droit
- - le renforcement du dialogue politique et de la coopération notamment en matière de démocratie et de droits de l’homme, de politique étrangère et de sécurité, et de coopération dans e domaine de la lutte contre le terrorisme en tenant compte du respect des droits de l’homme;
- - la coopération en matière d’emploi et de politique sociale et le rapprochement progressif de la législation tunisienne des normes de l’UE
Après de longues négociations, un sous comité sur «droits de l’homme et démocratie» a été mis en place : il s’est réuni pour la première fois en novembre 2007. La seconde réunion de ce sous comité est prévu le 17 octobre 2008 et sera suivi par la réunion du Conseil d’association UE- Tunisie le 11 novembre 2008.
Par ailleurs, la Tunisie a participé à la conférence de Paris qui a lancé l’Union pour la Méditerranée. Mais les droits de l’homme ne font pas partie des projets prévus par cette nouvelle Union ni d’ailleurs l’implication de la société civile.
Madame La présidente, mesdames et messieurs :
Nous allons nous intéresser, dans la présente intervention, en particulier aux actions en matière de DH inscrites dans le chapitre «Dialogue politique et réforme (point 2.1) » avec ses trois volets : La démocratie et Etat de droit ; Le Respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; Les droits sociaux fondamentaux et les normes fondamentales du travail. Ce dernier point prend une dimension particulière à la lumière des récents événements douloureux qui se sont déroulés dans le bassin minier du sud est tunisien
De manière générale, on constate peu de progrès durant les 3 dernières années dans le respect des droits de l’homme et les objectifs du PA sont loin d’être atteints. La situation s’est même détériorée dans certains domaines (telle que la liberté d’expression, la liberté association, la liberté d’information).On peut par ailleurs noter un certain progrès dans le domaine de la lutte contre la violence contre les femmes et celui de l’action en faveur de l’égalité de traitement entre l’homme et la femme.
De l’avis même de la Commission Européenne, (voir le rapport de suivi Tunisie, relatif à la mise en œuvre de la politique européenne de voisinage en 2007), un avis pourtant formulé en termes diplomatiques «l’essentiel reste à faire pour attendre les objectifs fixés, notamment, en matière des libertés d’association et d’expression et de réforme et de modernisation de la Justice ». Cette évaluation, plus complète, constitue une avancée par rapport à celle faite en 2006. Notant en particulier l’évocation de la question de la corruption de manière plus explicite. C’est la raison pour laquelle nous encourageons la Commission à établir des rapports plus complets afin qu’ils deviennent de véritables outils d’évaluation.
Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales :
Faute de temps nous n’allons pas aborder toutes les violations dont sont victimes les acteurs de la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie telles que les restrictions à la liberté de réunion, les entraves à la liberté de mouvement, les représailles fiscales, les agressions physiques, les intimidations et les humiliations…
La liberté d’association et d’expression connaît des « entraves considérables » de l’avis même de la Commission. Il en est de même dans le domaine des médias et de l’information ». Nous allons insister en particulier sur les éléments suivants :
- - Dans la période allant de sept 2007 à sept 2008 aucune mesure législative ou réglementaire n’est venue améliorer la situation de la liberté d’association en Tunisie. Les statistiques officielles font état de 9205 associations en 2008 (chiffre arrêté en avril 2008 par l’IFIDA, le Centre- gouvernemental- d’information, de formation, d’études et de documentation sur les associations). Seules une dizaine sont réellement autonomes.
- - Aucune association indépendante n’a été autorisée à exister légalement depuis… 1989. Des associations telles que le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), Liberté et Equité, Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) bien qu’ayant accompli les formalités pour l’obtention du récépissé n’ont pu bénéficier de leur droit à être reconnues. Lors de l’examen du cinquième rapport périodique de la Tunisie devant le Comité des droits de l’homme ( en mars 2008), celui-ci s’est montré préoccupé par les « informations selon lesquelles un nombre très imité d’associations indépendantes a été officiellement enregistré par les autorités et , qu’en pratique, plusieurs associations de défense des droits de l’homme dont les objectifs et les activités ne sont pas contraires au Pacte rencontrent des obstacles dans l’obtention d’un tel enregistrement »
- - Les ONG indépendantes reconnues comme la LTDH (Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme) , l’ATFD( association tunisienne des femmes démocrates) et l’AFTURD (association des femmes tunisiennes pour la recherche sur le développement ) connaissent des restrictions sévères de leurs activités. Les plus récentes concernent le filtrage des sites web et le contrôle de la messagerie électronique.
- - Les trois associations susmentionnées ont été contraintes de lancer un appel commun le 13 septembre 2008 alertant l’opinion nationale et internationale : « Nous sommes sérieusement handicapés dans notre travail depuis des mois. Nos mails sont devenus inaccessibles et quand ils le deviennent ils sont invisibles, illisibles et avalés. Malgré les différentes vérifications et réclamations auprès des différents services de l’Internet et des Telecom, les blocages des mails de nos associations et des mails personnels perdurent : il ne s’agit ni de problèmes techniques ni de problèmes de connexion mais bel et bien d’un contrôle de la société civile tunisienne autonome. Nous déplorons cette forme pernicieuse de censure qui bloque nos activités au quotidien. Nous faisons appel à tous nos partenaires pour prendre en considération cette situation de verrouillage et être compréhensifs des retards répétitifs de nos feed-back ».
- - Par ailleurs, les autorités ont bloqué depuis plusieurs mois les sites de partage (You tube et Dalymotion..). Le réseau social Facebook où des acteurs politiques et associatifs ont crée leurs pages est lui aussi objet de surveillance et parfois de blocage.
- - La chaîne privée de télévision satellitaire «El Hiwar» (le dialogue) qui émet une heure par jour a été l’objet de campagne d’intimidation : ses correspondants ont subi 10 agressions au moins en un an et la confiscation illégale de 13 caméras. Son correspondant dans la région du bassin minier de Gafsa, Fahem Boukadous est en ce moment recherché par les autorités. Son directeur, Taher Belhassine est l’objet d’une surveillance policière constante et a du quitter provisoirement la Tunisie.
- - La LTDH se trouve actuellement dans une situation particulièrement grave : la plus ancienne des ONG africaine de défense des droits de l’homme est totalement paralysée : à l’exception du siège qui reste accessible uniquement aux membres du comité directeur sous le contrôle permanent de la police, tous les locaux des sections de la Ligue ont été fermés et sont sous surveillance policière permanente. Rappelons par ailleurs que les autorités tunisiennes ont bloqué (depuis 2006) les fonds accordés par la Commission européenne dans le cadre de l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’homme
- - De 2005 à 2007 plus de 1300 personnes ont été poursuivies dans le cadre de la loi du 10 décembre 2003 contre le terrorisme. Tous les témoignages des ONG tunisiennes comme ceux des ONG internationales font état de la pratique systématique de la torture, des violations des droits à la défense, de la protection des tortionnaires par l’institution judiciaire. (confère les deux rapports d’Amnesty international d’une part et celui du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme (CRLDHT) et de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) d’autre part)
2- la réforme de la justice :
C’est d’ailleurs, en matière de réforme de la justice que le bilan du PA est pour le moyen très faible. Les objectifs (énumérés ci-dessous) sont certes positifs, mais soit ils sont limités à des aspects techniques et donc pas de nature à entraîner ni à appuyer une réforme de fond de la justice tunisienne, soit (dernier objectif) trop généraux. Il n’y a par ailleurs pas de calendrier, ni d’objectifs spécifiques précis, ni réellement d’obligation contraignante :
- a. Le renforcement de l’efficacité des procédures judiciaires et le droit à la défense;
- b. La consolidation des initiatives existantes dans le domaine de la réforme pénale;
- c. L’amélioration des conditions de détention et de vie carcérale, notamment celles relatives au placement des mineurs, et le soutien aux droits des détenus ; la formation du personnel pénitentiaire ; le développement des mesures alternatives à l’emprisonnement ; la formation et réinsertion dans la société
- d. La poursuite et le soutien à la réforme du système judiciaire notamment en matière d’accès à la justice et au droit et de la modernisation du système judiciaire.
Le Plan d’Action n’inclut aucun objectif traitant d’une manière directe et suffisante la question clé de l’indépendance de la justice. Celle-ci nécessiterait une réforme constitutionnelle ainsi qu’une réforme profonde des conditions de son fonctionnement (réforme de la composition et du rôle du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ; réforme des conditions de sélection, formation et nomination des magistrats ; garanties des juges ; réforme de la gestion de la carrière des magistrats et respect des garanties, etc.)
Concernant les projets sur le terrain, la coopération UE-Tunisie en matière de réforme judiciaire n’a rien donné de tangible à ce jour. C’est vrai pour le programme MEDA de 22 millions € où les projets envisagés ont été systématiquement vidés de toute composante de nature à contribuer au renforcement de l’indépendance de la justice (12 millions sont destinés à la seule informatisation des tribunaux ; seuls 4 millions € sont consacrés à des activités de formation des juges et des personnels des tribunaux, pour lesquelles les autorités tunisiennes ont manifesté leurs réticences à ce qu’elles incluent la question des normes internationales des DH).
C’est encore plus vrai pour les projets IEDDH (initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’homme) où l’on constate un blocage total : le dernier projet incluant la société civile et portant sur l’indépendance de la justice ou la réforme judiciaire remonte à 2003 avec le projet de la LTDH. Il y a en fait une exclusion presque totale de la société civile de la question de la réforme judiciaire.
Certains faits illustrent l’emprise de plus en plus grande du pouvoir politique sur la justice et l’absence de progrès dans ce domaine :
- La question de la liberté d’association des magistrats tunisiens qui continue à être bafouée : la crise autour de l’Association des magistrats tunisiens en 2005 et le fait que 3 ans après, les membres des instances légitimes de l’AMT sont toujours l’objet de lourdes sanctions professionnelles (mutations forcées). A souligner aussi l’interdiction qui leur a été faite de sortir du pays en juin 2007 pour le séminaire du REMDH à Paris - et les magistrats tunisiens ne sont pas libres d’adhérer à l’association de leur choix pour défendre leurs intérêts professionnels.
- La réforme unilatérale et arbitraire de la formation des jeunes avocats avec la création en 2007 de l’Institut supérieur de la profession d’avocat (ISPA) – une nouvelle institution placée sous la coupe directe du Ministère de la Justice et dont le barreau tunisien est totalement exclu.
Donc tentative de main mise sur les avocats après s’être assuré le contrôle des magistrats.
3- le mouvement des populations du Bassin minier
Ce qui se passe aujourd’hui dans les tribunaux de Gafsa (sud est de Tunisie) illustre l’instrumentalisation de la justice par les autorités tunisiennes.
Nul n’imaginait que la surenchère sécuritaire allait aboutir à cette situation : plus de 150 personnes sont l’objet de 23 instructions avec des chefs d’inculpation qui pourraient entraîner plusieurs années d’emprisonnement, la perte d’emploi et de revenus pour les familles
Personne parmi celles et ceux que la situation du Bassin Minier préoccupait ne s’attendait à une telle violence en réaction à des revendications sociales légitimes contre le chômage, la misère, la pollution, le déséquilibre entre les régions…
Des familles contraintes de supporter les affres des voyages hebdomadaires entre les gouvernorats du sud pour visiter leurs parents prisonniers : professeurs, instituteurs, fonctionnaires, étudiants et élèves qui ont passé leurs vacances à l’ombre de sinistres prisons et qui se retrouvent menacés d’expulsion qui de son emploi, qui de ses études.
Des chômeurs qui, naguère, rêvaient d’un emploi, juste d’un emploi pour une vie moins misérable et qui se retrouvent entre quatre murs.
Des procès expéditifs, toutes les semaines, où défilent les manifestants des villes du Bassin Minier ; des jugements iniques prononcés en violation totale des conditions élémentaires de justice.
Des réunions de solidarité avec les populations du Bassin Minier décidées par des partis reconnus et pourtant frappées d’interdiction tandis que les locaux sont encerclés par les forces de « l’ordre ».
Des militant-e-s de la société civile assignée-e-s devant les tribunaux et condamnés, telle Zakhia Dhifaoui, (membre de la section de Kairouan de la LTDH, membre de l’ALTT et du forum démocratique pour le travail et la liberté), condamnée en appel, à 4 mois et 15 jours d’emprisonnement pour avoir manifesté sa solidarité avec les familles des détenus; tandis que d’autres sont assignée-e-s à demeurer, jours et nuits, assiégé-e-s par les forces de police provoquant divers embarras, voire la terreur chez la famille et les proches…
Des Tunisiens résidants à l’étranger poursuivis devant la justice en Tunisie pour avoir manifesté leur solidarité, en France notamment, avec les populations du bassin minier en Tunisie. C’est le cas de Ess’ghaier Belkhiri , 29 ans , originaire de Redeyef et résidant à Nantes ( France)- C’est le cas aussi de Mohieddinne Chercbib, président de la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives
Pourtant
· Les autorités ont admis l’existence d’un développement outrageusement inégal entre les régions, pointant ainsi l’incurie des responsables régionaux et légitimant les mouvements pacifiques déclenchés par les résultats du concours de la société des phosphates de Gafsa
· Les autorités ont procédé à l’arrestation de militants syndicalistes puis à leur inculpation de délits graves alors que ceux-ci n’ont cessé durant les mois du mouvement protestataire, de réitérer leur volonté de dialogue et d’intervenir pour calmer les esprits, éviter la violence et tenter d’apaiser les tensions .
Les politiques sécuritaires ne constituent nullement des solutions adéquates pour répondre à des problèmes de développement, de justice sociale voire les problèmes politiques.
Les mouvements du Bassin Minier qui ont eu un caractère pacifique et responsable relèvent en fait de l’urgence sociale dans une région frappée de plein fouet par le chômage et la misère.
Les animateurs de ce mouvement comme l’ensemble des acteurs de la société civile n’ont cessé de dénoncer la répression disproportionnée, d’appeler les autorités à libérer les détenu-e-s, à ouvrir une enquête sérieuse sur le déroulement des évènements et à établir les véritables responsabilités dans les dérives et à lancer un dialogue avec les acteurs de la vie nationale autour de l’avenir du Bassin Minier ; un dialogue responsable et transparent.
La rentrée scolaire, comme le mois de Ramadan, ont été marqués par la solitude des familles des détenu-e-s qui ne possèdent pas de quoi couvrir les dépenses occasionnées par les déplacements entre Redeyef et les prisons de Gafsa, Kasserine et Sidi Bouzid pour visiter leurs enfants. Que dire alors des frais de la rentrée scolaire, du Ramadan et de l’Aïd ?
La solidarité doit désormais se traduire par un soutien matériel et moral des détenus et de leurs familles. Cette solidarité concerne aussi les députés européens.
S’agissant des recommandations, je souligne que le REMDH a publié des rapports notamment sur la question de l’indépendance de la justice et sur la liberté d’association. Mais, il est important d’insister auprès de vous, parlementaires européens, sur l’importance de faire pression sur la Commission et les Etats membres pour que les priorités en matière de droits de l’Homme soient mises à l’ordre du jour du dialogue et de la coopération avec la Tunisie selon une stratégie de mise en œuvre concrète avec un calendrier et des critères précis et transparents d’évaluation notamment en vue du futur rapport de suivi de la Commission en 2009. De même il est crucial d’impliquer la société civile tunisienne de manière systématique et régulière dans la mise en œuvre et l’évaluation des objectifs.
Je vous remercie
- Intervention de Kamel Jendoubi, président du Réseau Euro méditerranéen des droits de l’homme le 18 septembre 2008 sur la politique européenne de voisinage devant la Sous-commission des droits de l’homme au Parlement Européen.
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mardi, 23 septembre 2008
Lettre à un repenti
« Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse » ALFRED DE VIGNY
On a tellement écris sur le retour de CHOKRI HAMROUNI en Tunisie (Tunisnews 19.09.08), pour les uns et surtout pour certains de ses anciens amis et nos toujours amis résidants en Tunisie, il s’agit, tout simplement d’une reddition, et comme chacun sait et c’est humain, chaque reddition a son prix, qui peut imaginer, le voyou de Carthage et ses chiens de garde, faire excès de compassion et d’humilité ?
Chokri à l’époque de son départ a défendu son point de vue et son choix qui sont somme toute respectables, il n’a de compte à rendre à personne, et je suppose que sa démarche fut réfléchie et libre. Ce qui commence à devenir gênant, lourd et pénible dans cette histoire, son histoire avec un tout petit « h » qui est un non événement, tellement qu’avec ce genre de bisbilles à deux balles, certains s’amusent et amusent la galerie à la fixer sur le dérisoire et le futile, mais des fois même dans ces dérives on peut trouver matière, en fait le cas HAMROUNI est banal, ce qui ne l’est pas, c’est cette frénésie des ego dans l’usurpation des conditions, jusqu’à plonger la majorité silencieuse des tunisiens dans la lassitude.
A bien réfléchir, beaucoup d’autres que HAMROUNI, et d’un autre calibre, rentrent ou vivent en Tunisie, sans peur ni reproches, comme M.MARZOUKI, M.YAHYAOUI, MAATAR, HAROUNI, ZOUARI ect.. et nous évitent leurs états d’âme, ils assument totalement leurs conditions, et n’attendent rien de personne, ils sont dans la fidélité, la solidarité, les principes et l’éthique, c’est en cela qu’ils seront toujours supérieurs à la dictature, et aux second couteaux de l’opposition, ces justes exercent leurs libertés, ou plutôt courageusement essaient malgré tout de les imposer et de les exercer, sur tous les sujets , ils écrivent, s’expriment ect… malgré la répression et le harcèlement permanent, dont eux et les leurs sont les victimes expiratoires, donc et à partir de là, chaque tunisien qui s’engage et assume sa condition, le fait en conscience et librement, avec toutes les conséquences que cela suppose.
Aucun tunisien, pas plus HAMROUNI que quiconque n’est dans l’obligation de lutter et de militer; mais si on le fait, on évite dans son droit légitime de renoncement de cracher dans la soupe, et de salir les autres, ni de se mettre mine de rien, avec subtilité et puérilité, dans une autojustification pompeuse et mensongère, comme si cela pouvait apporter quelque chose au débat de fond ; de justifier ses échecs, en se mettant au service, même d’une façon light, avec roublardise, de ce qu’hier encore on diabolisait à juste titre, c'est-à-dire la dictature, c’est petit et c’est humiliant, c’est payer trop cher l’embrouille, et en plus cela produit l’effet contraire de l’effet recherché, tant d’amateurisme fait pitié, CHOKRI ne mérite pas autant de bassesses, et les démocrates tunisiens non plus.
Oui tous ceux qui sont dans le système, qu’ils soient ministres, fonctionnaires ou militants au RCD, le parti unique, quoiqu’en pense HAMROUNI, doivent assumer devant l’histoire les crimes de la dictature. BEN ALI n’est que la muse de cette dictature tunisienne, tout le reste et les fondements qui la maintiennent en place, d’une façon dramatique, sont ces légions de janissaires qui brodent ses limites, sans eux BEN ALI, les TRABELSI et CIE, ne pèsent pas lourd, Chokri le sait, pourquoi ce retournement ?
Oui ces JANISSAIRES ne sont pas des tunisiens comme les autres, la majorité des tunisiens sous le harnais, ce sont le bras armée d’une dictature qui avilisse le peuple tunisien, qu’ils soient alimentaires, opportunistes, arrivistes, kobbzistes ou débiles mentaux, cela ne change rien au problème, ce n’est pas une excuse, ils ont été dans une stratégie de mort et de destructions, tout est relatif dans cette vie terrestre, mais chacun doit assumer ses errements.
Dans une Tunisie libre et future, cela sera à une justice libre, indépendante, de faire la part des choses, et aux gens comme HAMROUNI et tout autre tunisien d’avoir le choix d’être des témoins à charge ou à décharge, pas besoin de justifications ou d’usurpations dans un système régit par le droit, tout est affaire de vérité historique, les témoins et les archives servent à cela, c’est le propre de la démocratie, c’est notre vision de démocrates, nous ne nous abaisserons pas à utiliser les mêmes méthodes que la dictature, des méthodes archaïques et barbares, qui semblent ne PLUS déranger HAMROUNI qui fait étalage, sans vergogne, sans aucune pudeur, de ses sublimes amitiés occidentales, nous, nous serons toujours dans la responsabilité, la justice et le droit, et tout le reste est affaire de faits accomplis et de rapports de force.
Je me demande par quelle opération du saint esprit, HAMROUNI compte servir son pays qu’il dit aimer tant, en faisant l’impasse sur tout ce qui l’enlaidit tant. Si pendant toutes ses années d’exil, il a pu acquérir la moindre expérience, des savoirs et des savoir-faire, comme il le dit si bien, devant le népotisme et la gabegie qui ruine la Tunisie, il devrait ou bien affirmer son engagement contre la dictature, se taire et se terrer dans l’attentisme, ou bien ouvertement se mettre au service de la dictature, il n’y’a d’autres choix dans l’état actuel des choses en Tunisie, et plus que tout, n’importe lequel de ces trois choix est inscrit dans l’honnêteté, c’est cela l’éthique. Un drôle de mot, mais malheureusement, nous en sommes en manque dans notre culture politique, quelque part, c’est pour cela que le système BEN ALI perdure et risque de perdurer bien après sa mort.
« Se rendre utile autrement, servir et non se servir de mon pays toujours avec la même dignité et le même sens du devoir », je reprends la même phrase que CHOKRI, car elle est pleine de bon sens, prise dans un autre contexte, mais dans la situation actuel de notre pays, c’est de la pure démagogie, aujourd’hui on ne peut SERVIR la Tunisie, sans SE SERVIR, qu’en combattant radicalement la dictature de BEN ALI, toute compromission, ou même écoute des prétentions de cette dernière, ce n’est pas servir notre patrie, mais bel et bien servir la Tunisie de l’ère nouvelle de BEN ALI, et donc par voie de conséquence se servir, si c’est cela le sens du devoir de HAMROUNI, je regrette, moi j’appellerais cela le sens du compromis, et du parjure; c’est le droit de CHOKRI de procéder ainsi, ce n’est pas son droit par contre de pêcher par opportunisme et d’enfiler par effraction l’habit du moine et de la pureté.
D’après ses dires, HAMROUNI a côtoyé d’immenses personnalités, ce qui est le plus malheureux dans la litanie de son étalage, c’est son idolâtrie de leurs actes les plus aboutis, sans aune conscience, ces exemples n’ont jamais été dans le renoncement. CHOKRI HAMROUNI est très loin du cheminement d’un SARFATY ou d’un NEGRI, il n’a absolument rien compris à leur démarche et à leur projection dans l’avenir, le leur, et celui de leur cause, je lui conseille de réviser, et revisiter leurs fondamentaux et leurs lieux communs, s’il a la moindre conscience politique ou lucidité, il comprendra facilement, que lui et ses semblables, sont la parfaite contradiction philosophique et humaine de ces grands hommes.
Quand au folklore familial de l’amour de notre terre, de l’équipe national de football et bla bla bla, les gens du RCD aussi sont dans cette même considération, dans leur délire chauviniste, tous les tunisiens contre la dictature ont cette vibration aussi, d’un côté comme de l’autre cela ne donne aucune preuve de bonne foi, quand à une vision moderniste de la Tunisie, car il s’agit pour nous de morale et de libertés, pas d’affect conditionné, de chants patriotiques détournés par des voyous pour servir leurs intérêts privés, et qui semblent trouver grâce aux yeux de HAMROUNI.
Nous sommes aussi pour beaucoup d’entre nous nés ici, en France, mais notre vision de la TUNISIE, est à mille lieues de celle de ben Ali, sa TUNISIE handicapée à tous les niveaux par l’arbitraire et la barbarie. Et ce qui est plus choquant encore dans la pensée de HAMROUNI, c’est l’emploi des mêmes procédés que les propagandistes et les repentis de la dictature honnie de BEN ALI, plus fins que BESSIS, MEZRI, mais aussi répugnants, du genre, ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, ceux qui s’activent contre la réalité dictatoriale, sont des opportunistes, des frustrés, voire des irresponsables qui salissent l’image de la TUNISIE… heureusement que le ridicule ne tue pas, CHOKRI HAMROUNI, pire que d’aveuglement, il est atteint de la cécité du cœur, maladie de blaireaux, incurable ; franchement que reste-t-il à salir de l’image de cette TUNISIE défigurée par la dictature depuis l’indépendance ? Elle et ceux des pauvres hères qui se soumettent à elle, salissent la TUNISIE jusqu’au dégoût.
Par : Sonia Derbali - Le blog elkhadra - Dimanche 21 septembre 2008
23:00 Publié dans Droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, opposition, dictature
Tunisie: L'Oppresseur Souriant

Sur la façade blanchie à la chaux de la prison de Sfax, là même où Slim Boukhdhir a purgé une peine d’un an de prison, un grand portrait du président Zine el-Abidine Ben Ali sourit avec assurance. Officiellement, le journaliste âgé de 37 ans a été mis derrière les barreaux pour avoir insulté un agent de police à un point de contrôle dans Sfax, la deuxième plus grande ville de Tunisie. Mais dans la réalité orwellienne de ce pays ensoleillé d’Afrique du Nord, l’incarcération de Boukhdhir a peu à voir avec le manque de respect envers la police et tout à faire avec le fait d’avoir offensé l’homme qui sourit sur la grande photo.
Boukhdhir, ancien reporter au service arts et culture dans la presse progouvernementale, a fait ce que peu de journalistes tunisiens osent faire : critiquer Ben Ali et les membres de sa famille, qui domine la vie politique et économique de ce pays méditerranéen de 10 millions d’habitants. Les articles de Boukhdhir, publiés en tant que journaliste indépendant sur Internet ou dans des publications étrangères, accusent Ben Ali de pratiques népotiques, comme le fait d’acheminer des fonds de l’Etat vers une école privée dirigée par une de ses nièces. Rapidement, Boukhdhir a attiré l’attention des autorités. Licencié, sous la pression du gouvernement, de son travail au journal Akhbar al-Jumhuriyya, il s’est d’abord vu refuser un passeport puis a été agressé une fois par la police secrète dans le centre-ville de Tunis, peu de temps après avoir publié sur Internet un article critiquant les pratiques commerciales du beau-frère de Ben Ali. Sans se laisser intimider, Boukhdhir a continué d’écrire.
Du coup, en novembre 2007, le gouvernement de Ben Ali a décidé de lui envoyer un message plus clair. Alors que le journaliste se rendait de Sfax à Tunis après avoir été informé qu’il pouvait enfin récupérer son passeport, la police a fait arrêter son taxi en dehors de la ville et lui a demandé de sortir de la voiture. Les agents de police l’ont alors accusé de les avoir insultés – ce que le reporter nie vigoureusement – et l’ont emmené à un poste de police où ils l’ont frappé à plusieurs reprises au visage et l’ont accusé d’être un agent des Américains, selon son témoignage au CPJ.
Le gouvernement a affirmé que l’arrestation de Boukhdhir n’avait aucun lien avec le journalisme. Une semaine plus tard, à l’issue d’une parodie de procès, Boukhdhir a été reconnu coupable d’« insulte à agent public » et de refus de délivrance de papiers d’identité à agent de police. Un témoin a dit à la famille de Boukhdhir que la police avait falsifié ses déclarations en vue d’incriminer le journaliste. De son côté, le juge a interdit que les témoins du parquet soient contre-interrogés. La peine d’un an de prison prononcée contre le reporter était non seulement la plus lourde autorisée par la loi mais, selon les avocats de la défense, elle est sans précédent pour une telle infraction.
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A l’issue d’une intense campagne internationale menée par des journalistes et des organisations de liberté de la presse, dont le CPJ, les autorités tunisiennes ont relâché Boukhdhir en juillet, faisant valoir son bon comportement. Mais son emprisonnement témoigne des mesures sévères et sophistiquées prises par le gouvernement tunisien pour museler les médias dissidents tout en se protégeant des critiques internationales. « Ils l’ont envoyé en prison pour le terroriser », déclare Mohammed Abbou, avocat des droits de l’homme qui a été lui-même emprisonné en 2005 pour des articles postés sur Internet et critiquant Ben Ali.
Connue à travers le monde pour ses superbes plages et destinations touristiques, la Tunisie fonctionne tranquillement, à l’intérieur, comme un Etat policier. La presse écrite ne critique pas le président et est largement paralysée par l’autocensure. Les quelques voix critiques qui publient sur Internet, dans des publications étrangères ou dans des hebdomadaires d’opposition à faible diffusion, sont régulièrement harcelées et marginalisées par les autorités.
Le code de la presse tunisien prévoit une panoplie de restrictions à la couverture journalistique, dont l’interdiction catégorique d’offenser le Président, de perturber l’ordre public et de publier ce que le gouvernement estime être de « fausses informations ». Une enquête du CPJ permet d’observer que, si ces lois ont été utilisées depuis des années pour poursuivre les journalistes, les autorités préfèrent désormais avoir recours à des tactiques plus subtiles pour surveiller ceux-ci de près. Par exemple, elles contrôlent le dépôt de publication des médias écrits et l’autorisation de diffuser pour les médias audiovisuels, refusant leur permission aux organes critiques. Elles contrôlent aussi la distribution des subventions et de la publicité publiques, usant ainsi de l’arme économique. Les journaux au franc parler peuvent être confisqués par la police. L’accès aux sites d’information électroniques au ton critique, à ceux appartenant à des organisations internationales de défense des droits de l’homme, ou encore au site très populaire de clips vidéos YouTube, est bloqué par le gouvernement.
Les journalistes indépendants, dont certains sont en même temps des militants des droits de l’homme, ont aussi fait l’objet d’harcèlement. Leurs lignes téléphoniques sont coupées, ils reçoivent des menaces anonymes, sont placés sous surveillance policière, se voient refuser le droit de voyager à l’extérieur du pays, quand leurs mouvements à l’intérieur même du territoire ne sont pas restreints. Ceux qui franchissent les limites de la critique jugée acceptable par les autorités sont la cible de mesures plus sévères comme l’emprisonnement ou des agressions violentes. Un cas notoire fut celui, en 2005, de Christophe Boltanski, du quotidien français Libération, aspergé au gaz lacrymogène, battu et poignardé par quatre hommes non identifiés dans un quartier diplomatique hautement surveillé de Tunis. L’agression avait eu lieu quelques jours avant le sommet organisé par l’Onu sur l’Internet et juste après que Boltanski eut écrit un article décrivant les persécutions à l’encontre des militants des droits de l’homme. Dans des circonstances très similaires, le journaliste tunisien Riad Ben Fadhel avait été blessé, en 2000, par des coups de feu tirés depuis une voiture devant sa maison à Carthage, dans un endroit situé à quelques kilomètres du palais présidentiel, une des zones les plus sûres du pays. Quelques jours avant, il avait signé un article dans Le Monde priant Ben Ali de se retirer du pouvoir à la fin de son mandat.
Depuis 2002, la Tunisie et le Maroc ont emprisonné plus de journalistes qu’aucun autre pays du monde arabe. Pour éviter la critique internationale, les autorités tunisiennes ont eu recours à des accusations non liées à l’activité journalistique. De telles charges ne touchent d’ailleurs pas que les journalistes : en février, les autorités ont mis en prison le comédien Hedi Ould Baballah pour des accusations de drogue largement considérées comme forgées de toutes pièces après qu’il a imité Ben Ali dans un sketch satirique peu flatteur. « Il existe de nombreuses pressions invisibles et indirectes », explique, sous condition d’anonymat, un professeur de journalisme tunisien expérimenté. « Il n’y a pas d’ordonnance officielle pour fermer les journaux ou emprisonner les journalistes. Mais on peut se poser la question : où est la presse indépendante ? » observe-t-il.
Sur le plan international, le gouvernement a recours à une stratégie agressive de relations publiques. Selon les témoignages de journalistes recueillis par le CPJ, le régime fournit aux journalistes de la région des voyages tout frais payés pour couvrir des événements officiels tels que la commémoration annuelle du coup d’état de novembre 1987, qui a porté Ben Ali au pouvoir. Le Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’homme (ANHRI), basé au Caire, a rapporté que des journaux égyptiens étaient payés pour produire des articles félicitant Ben Ali pour ses « réformes démocratiques » et ses « qualités de dirigeant ».
Les autorités contrent énergiquement la critique dans les forums internationaux en y introduisant des trouble-fêtes. En septembre 2007, un groupe d’entre eux a cherché à monopoliser la discussion lors d’une rencontre à l’université Johns Hopkins où était présent la journaliste et militante des droits de l’homme Sihem Bensedrine. Lorsque des critiques sont publiées dans la presse internationale, les porte-parole du gouvernement réagissent promptement. « Depuis l’accession au pouvoir du président Ben Ali en 1987, la Tunisie a mis en place un processus de réformes progressif mais irréversible visant à ancrer la démocratie, renforcer l’état de droit et promouvoir et protéger les droits de l’homme », écrit ainsi Taoufik Chebbi, chargé de la presse à l’ambassade de Tunisie à Washington, dans une lettre adressée au St. Paul Pioneer Press à la suite d’un rapport du CPJ sur les violations de la liberté de la presse. Chebbi ajoute que, grâce à ses réformes, le paysage politique a « changé de façon spectaculaire ».
De tels changements ne comprennent cependant manifestement pas un dialogue direct avec ceux qui critiquent le bilan du gouvernement. Du Premier ministre Mohamed Ghannouchi au ministre de l’Intérieur Rafik Belhaj Kacem, de hauts responsables n’ont donné aucune suite aux nombreuses demandes de rendez-vous faites par le CPJ pour discuter en Tunisie, entre juin et juillet, des violations de la liberté de la presse.
Perçu comme un rempart contre l’activisme islamiste en Afrique du Nord, Ben Ali jouit de liens forts avec les Etats-Unis et l’Europe. Le département d’Etat américain et le président George W. Bush ont parfois réprimandé le gouvernement pour son bilan en matière de droits de l’homme. Mais la Tunisie demeure un partenaire de confiance des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme. La croissance économique du pays, son appui au droit des femmes et sa stabilité politique impressionnent ses soutiens américains. Beaucoup de ces derniers sont des membres du Congrès, notamment ceux siégeant dans le Groupe sur la Tunisie, récemment constitué et chargé de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays. Le gouvernement tunisien accueille régulièrement des délégations du Congrès dans la capitale ensoleillée de Tunis. Alors que les membres du Congrès poussent au resserrement des liens entre les Etats-Unis et la Tunisie, ils observent un silence typique sur le triste bilan tunisien en matière de droits de l’homme et de liberté de la presse, tout en permettant à la presse contrôlée par l’Etat d’exploiter à sa guise ces visites à des fins de propagande.
Le dernier exemple en date est la visite, en juillet, de la députée américaine Betty McCollum, une Démocrate du Minnesota, qui a fait l’éloge de la Tunisie comme « une voix de modération et de sagesse dans le monde », déclaration abondamment reprise par la presse progouvernementale. Journalistes et analystes tunisiens expliquent que ce type de soutien politique représente l’aide étrangère la plus prisée par le régime. Dans un article publié sur le site Internet de The Hill, McCollum a déclaré qu’elle s’était entretenue en privé avec des organisations de droits de l’homme mais que son voyage était centré sur « la coopération en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme ».
Les liens de la Tunisie avec la France, son principal partenaire commercial, sont encore plus profondément ancrés. A l’instar de son prédécesseur Jacques Chirac, le président français Nicolas Sarkozy entretient des relations chaleureuses avec Ben Ali. Lors d’une visite à Tunis, en avril, il a déclaré : "Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons." Bien que l’Union européenne critique occasionnellement la Tunisie sur la question des droits de l’homme, ses intérêts politiques et économiques prennent le dessus sur les inquiétudes quant à ces violations par le gouvernement.
"Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons", a déclaré Nicolas Sarkozy à Tunis
Aujourd’hui, beaucoup de journalistes tunisiens qualifiés se plaignent de l’état navrant de leur profession. Ils soulignent l’écart entre leur pays et ses voisins algérien et marocain, où une presse critique a pris racine malgré une dure répression gouvernementale. Plusieurs cas étudiés par le CPJ montrent que des journalistes tunisiens en vue ont quitté le pays pour trouver du travail dans des médias internationaux.
« En Algérie, ils avaient l’habitude d’assassiner les journalistes, mais en Tunisie ils ont tué la profession », dit Taoufik Ben Brik, un journaliste indépendant âgé de 48 ans, en référence à la campagne d’assassinats menée par des groupes armés en Algérie dans les années 90. Critique sévère de Ben Ali, Ben Brik écrit désormais pour des organes d’information internationaux.
C’est uniquement au cours des quatre dernières années que Slim Boukhdhir, un ancien habitué de la presse progouvernementale, a commencé à jeter un regard critique sur le gouvernement de Ben Ali. Au moment de son incarcération, il écrivait plusieurs fois par semaine pour des sites Internet officiellement interdits, comme le populaire Tunisnews, et de temps à autre pour l’hebdomadaire d’opposition Al-Mawkif ainsi que le quotidien Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. « Slim symbolise leur crainte », dit Neziha Rejiba, journaliste indépendante de longue date. « De journaliste ordinaire, il est devenu indépendant. Ce qui lui est arrivé est une façon [pour le gouvernement] de donner une leçon aux autres. »
Ben Ali a affiné sa stratégie de « containment » depuis plus deux décennies. La République de Tunisie n’a connu que deux présidents depuis son indépendance acquise aux dépens de la France, en 1956. Habib Bourguiba, héro nationaliste et « président à vie », a dirigé pendant 31 ans la modernisation et le développement du pays. Sous sa gestion autocratique, la Tunisie n’a guère été une démocratie libérale. Mais il a permis une petite dose d’expression politique dans l’opposition et les journaux indépendants. Alors que sa présidence devenait plus chaotique dans ses dernières années au pouvoir, cette marge de manœuvre du débat critique s'est rétrécie et les fermetures de journaux et la censure ont augmenté.
Lorsque Ben Ali, alors Premier ministre, a déposé le président Bourguiba, les Tunisiens ont eu un moment d’optimisme avec la libération des prisonniers politiques et la promesse d’élections. « De 1987 à 1989, la Tunisie a connu une sorte de printemps [politique] », raconte Rachid Kechana, rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’opposition tunisien Al-Mawkif. « Des élections étaient prévues et les gens pensaient faire l’expérience du pluralisme. Mais ce fut la déception. Après cela, l’Etat est devenu plus autoritaire et la presse en a été la première victime. »
Ben Ali a d’abord réprimé l’opposition islamiste, puis toute personne n’étant pas d’accord avec son régime. Journaux indépendants au ton critique ou journaux d’opposition – comme Le Maghreb, Al Badil et l’hebdomadaire islamiste Al-Fajr – ont été purement et simplement fermés ou contraints de le faire sous la pression du gouvernement. Le directeur du journal Al-Rai, par exemple, a été poussé à fermer cet hebdomadaire indépendant après que Rejiba a, dans une rubrique, questionné les qualités politiques de Ben Ali et émis des doutes sur ses intentions démocratiques.
Le gouvernement de Ben Ali a largement réussi à vider de sa sève le journalisme national. La presse écrite généraliste est dominée par des publications progouvernementales fournissant une couverture servile du président, le louant comme l’architecte du changement et un héraut de la liberté. En 2007, un rapport du département d’Etat américain a conclu que même les médias théoriquement privés prenaient des ordres auprès de hauts membres du gouvernement et que « tous les médias sont soumis à une importante pression gouvernementale sur certains sujets ». Les « unes » des journaux montrent tous les jours la photo d’un Ben Ali bienveillant, parfois en train de rencontrer un dignitaire étranger, parfois en simple portrait. Les pages intérieures sont remplies de nouvelles sportives et de société. La critique, occasionnelle, est de nature générale et évite de mentionner une autorité par son nom ou de dire que c’est la faute de la politique gouvernementale. En juin, alors que les Tunisiens de la ville méridionale de Redeyef manifestaient contre le chômage, le népotisme et l’augmentation du coût de la vie, les quotidiens faisaient leur une sur les étudiants en train de passer leur baccalauréat.

« Les journalistes sont toujours en train de se demander si les autorités vont accepter ce qu’ils écrivent. Ils ne parlent jamais de ce que les lecteurs veulent. Parfois, une critique apparaît dans la presse quotidienne mais elle n’est pas dirigée vers les principaux décideurs », dit un journaliste chevronné travaillant dans la presse progouvernementale et s’exprimant sous condition d’anonymat, par crainte de représailles.
Cette crainte est bien fondée. Par le biais de l’Agence tunisienne de la communication extérieure (ATCE), le gouvernement répartit les budgets publicité des agences gouvernementales et des compagnies publiques et punit les publications critiques en pratiquant la rétention de publicité, selon les témoignages de journalistes recueillis par le CPJ. Selon les mêmes sources, les annonceurs privés ont l’habitude de suivre le gouvernement quand celui-ci retire sa publicité à un organe. L’ATCE opère de façon opaque. Elle ne divulgue pas les directives suivies pour l’attribution des encarts publicitaires. Oussama Romdhani, directeur général de l’ATCE, n’a pas répondu aux demandes répétées du CPJ.
Malgré ce vieux passif d’entraves à la presse, Ben Ali fait fréquemment de faux appels à la fin de l’autocensure. « Nous avons toujours considéré la liberté d’expression comme un droit de l’homme fondamental », affirme-t-il en mai dans une dépêche de Reuters. « Nous réitérons notre appel à redoubler d’efforts (…) pour diversifier et enrichir les espaces de dialogue dans les différents médias afin de garantir une information nationale enrichie et audacieuse, (…) loin de toutes les formes d’autocensure et de censure externe. »
Raouf Cheikhrouhou, directeur de la société de presse Dar al-Sabah et l’un des rares hauts responsables de l’information progouvernementaux à avoir accepté de recevoir le CPJ, défend ses publications et assure de leur indépendance. Interrogé sur les raisons pour lesquelles ses journaux, dont l’influent quotidien Al-Sabah, qui diffuse à 40 000 exemplaires, ne s’intéressent pas à la corruption au sein de l’Etat et ne critiquent pas des responsables de haut rang, il dit que c’est à cause de la loi. « Ici, en Tunisie, il y a une loi sur la presse et vous ne pouvez pas sortir de la loi », dit-il. « Selon la loi, nous ne pouvons pas offenser le président. La Tunisie n’est pas l’Europe. C’est un pays arabe et musulman. (…) Nous avançons pas à pas et je crois que la presse va dans la bonne direction. »
Lorsque les journaux progouvernementaux se mettent à pratiquer un journalisme agressif, cela consiste souvent à salir les journalistes et militants indépendants. Des journaux comme Echourouk, le plus important quotidien en matière de distribution, et les hebdomadaires Assarih et Al-Hadath, publient régulièrement des attaques personnelles contre des journalistes, les qualifiant de « traîtres » et « d’agents de l’étranger ». Les responsables de la rédaction de ces journaux n’ont pas répondu aux demandes d’entretien du CPJ.
A l’autre extrémité de l’échiquier d’une presse progouvernementale généreusement financée, on trouve de tout petits journaux d’opposition et des publications électroniques faisant face à d’énormes obstacles. Toutes publications confondues, leur diffusion représente environ 30 000 exemplaires par semaine (Echourouk, quotidien progouvernemental, aurait à lui seul une diffusion de 80 000 ex.). Ces journaux sont plus chers et marquent tous des limites à leur couverture politique.
Dans la réalité, seuls deux journaux d’opposition – les hebdomadaires Al-Mawkif, qui appartient au Parti démocratique progressiste, et Mouatinoun, lié au Forum démocratique pour le travail et les libertés – appliquent ce qui peut être qualifié de politique éditoriale agressive constante. Les autres dépendent des subventions de l’Etat pour un montant d’environ 90 000 dinars tunisiens par an (75 000 dollars US), reçoivent de lucratifs encarts publicitaires des agences de l’Etat et des compagnies publiques et sont, en conséquence, politiquement dociles.
Rachid Kechana, le rédacteur en chef affable de Al-Mawkif, a mené une incessante bataille pour publier son hebdomadaire depuis sa reparution dans les kiosques, en 2001, après une suspension de sept ans. Avec l’aide de cinq employés, Kechana remplit les pages de son journal d’articles introuvables dans le reste de la presse : rapports d’organisations de droits de l’homme critiquant le bilan du gouvernement, articles sur des contrats fonciers douteux par des membres du gouvernement, ou sur l’augmentation du prix de l’alimentation. Il fait tout cela avec très peu de moyens. Contrairement aux autres journaux d’opposition, Al-Mawkif ne reçoit pas de subvention de l’Etat (selon la loi, les partis doivent disposer de représentants actifs au parlement et le sien n’en a pas) et est largement boycotté par les annonceurs. Son journal survit par conséquent grâce aux ventes en kiosque et Kechana, qui travaille aussi comme correspondant à Tunis du quotidien Al-Hayat basé à Londres, ne peut pas toucher de salaire.
Pourtant, son journal est passé de 4 à 12 pages, son tirage a décuplé pour atteindre 10 000 exemplaires et il s’est enhardi dans son travail d’information. Son influence grandissante a entraîné une plus grande pression du gouvernement, ce qui a posé de nouvelles difficultés. Dépendant de ses ventes en kiosque, Al-Mawkif peut être paralysé financièrement chaque fois que le gouvernement le décide. « Chaque semaine, nous devons calculer le risque. Quand nous choisissons un titre, nous devons penser à quel point il va contrarier le gouvernement », raconte Kechana.
En mars, la réponse à cette question est venue après que le journal a publié une série d’articles coriaces sur les violations des droits de l’homme, sur un contrat douteux impliquant un homme d’affaires proche de Ben Ali, et sur la téméraire candidature à l’élection présidentielle de l'ancien chef du Parti démocratique progressiste, Nejib Chebbi. Peu après, des exemplaires du journal ont commencé à disparaître des kiosques. Pendant quatre semaines entre mars et avril, les vendeurs ont dit que la police secrète a ramassé les exemplaires par paquets, selon Kechana. Al-Mawkif a aussi découvert de nombreux exemplaires non distribués dans les bureaux de son distributeur, Sotupresse. Les comptes du journal montrent une chute drastique de ses ventes, jusqu’à seulement 744 exemplaires en une semaine. Saleh Nouri, directeur général de Sotupresse, nie l’allégation contre lui, affirmant que sa société opère « librement ». Les autorités tunisiennes n’ont pas souhaité rencontrer le CPJ à ce sujet.
En même temps que les exemplaires du journal étaient retirés de la circulation, Al-Mawkif a été la cible d’une demande de dommages et intérêts d’un montant de 500 000 dinars (415 000 dollars US), déposée par cinq distributeurs d’huile de cuisine. Ces sociétés prétendent que le journal a publié de fausses nouvelles dans un commentaire appelant à ce qu’une enquête soit menée sur les informations selon lesquelles de l’huile de cuisine contaminée était illégalement exportée vers l’Algérie. La plainte a été déposée alors qu’aucune de ces cinq sociétés n’avait été nommée dans l’article et que le commentaire était basé sur le reportage publié dans le quotidien algérien Al-Khabar. Hassan al-Thabeet, avocat représentant ces entreprises, affirme avoir été contacté séparément par celles-ci et qu’elles n’ont pas agi de concert. Il a refusé de faire tout autre commentaire.
Mouatinoun, hebdomadaire critique fondé en 2007 comme la voix du Forum démocratique pour le travail et les libertés, fait face à des obstacles économiques et politiques comparables. Mustafa Ben Jaafar, chef bienveillant de ce parti et aussi directeur du journal, publie Mouatinoun grâce à des employés bénévoles installés dans un appartement de quatre pièces au centre-ville de Tunis. Il vend environ 1000 exemplaires par numéro. Il dit qu’il ne peut obtenir aucune publicité des compagnies publiques et que les vendeurs cachent son journal dans leurs kiosques. Des membres de la sécurité en civil surveillent le bâtiment où se trouve la rédaction. « Ils sont là 24 h/24 », dit Ben Jaafar. « Il s’agit d’une forme d’intimidation à l’encontre de citoyens lambda. »
Aux yeux de ce gouvernement soucieux de son image, il est préférable de marginaliser ces journaux que de les faire fermer. « Le gouvernement a besoin de Al-Mawkif pour montrer au monde qu’il possède des médias ouverts alors qu’en réalité cette ouverture est strictement limitée », dit Lofti Hajji, le correspondant d’Al-Jazeera à Tunis.
Dans une rue qui donne sur la rue Al-Hurriya, on peut repérer le siège de Kalima à la présence d’agents de lasécurité assis 24 h/24 sur des chaises en plastique en face de l’immeuble. Mais police secrète mise à part, Kalima n’est pas un organe d’information comme les autres. Fondé en 2000 par la journaliste/militante Sihem Bensedrine, Kalima publie en arabe et en français des critiques cinglantes de Ben Ali et de sa famille, ainsi que des articles sur la torture et les violations des droits de l’homme. Son bureau, exigu et mal éclairé, sert aussi de siège au Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), une organisation locale de droits de l’homme, ainsi qu’à l’Observatoire de la liberté de presse, de publication et de création (OLPEC).
Cette année, pour la cinquième fois en neuf ans, Bensedrine a demandé la permission de produire une version imprimée de Kalima. Mais les responsables au ministère de l’Intérieur n’ont pas accepté sa requête. Kalima continue d’être diffusé à quelques centaines d’exemplaires polycopiés non autorisés, mais il est essentiellement diffusé sur Internet et par courrier électronique. L’accès de son site Internet est bloqué en Tunisie mais est très lu à l’étranger.
Kalima fait partie d’un nombre croissant de samizdats électroniques qui surgissent hors de portée des censeurs. Son approche agressive de l’information et du commentaire politique en a fait la cible d’un harcèlement intense prenant la forme de menaces, d’intimidation, d’agressions violentes, et d’emprisonnement. Bensedrine et la rédactrice en chef Neziha Rejiba disent que leurs bureaux sont régulièrement cambriolés et qu’elles arrivent le matin pour trouver les ordinateurs allumés et les fichiers imprimés. « Ils veulent nous montrer que nous ne travaillons pas dans un environnement sûr », dit Bensedrine. Tout comme les autres journalistes indépendants, leurs boites de courrier électronique sont noyautées par des programmes malveillants. Un jour, tous les e-mails en attente pour Bensedrine ont disparu après qu’elle a ouvert l’un d’entre eux.
Bensedrine a été emprisonnée pendant six semaines en 2001 après avoir parlé de corruption et de violations des droits de l’homme dans un entretien avec une chaîne de télévision par satellite. Elle a été la cible de nombreuses agressions, comme celle, en 2004, où de présumés agents de la police secrète l’ont frappée au visage et à la poitrine. Dans les journaux progouvernementaux comme Ashourouq, Assarih, et Al-Hadath, elle a été la cible d’attaques personnelles virulentes, étant traitée de prostituée, de « créature du diable » et de « vipère haineuse ». L’un de ceux ayant conduit des attaques, Abdelhamid Riahi de Ashourouq, a plus tard été décoré par le Président pour accomplissements dans le domaine de la culture.
En 2007, Omar Mestiri, militant des droits de l’homme et directeur général de Kalima, a été la cible d’une plainte fallacieuse pour diffamation, déposée par Mohammed Baccar, un avocat étroitement lié aux autorités gouvernementales. L’affaire repose sur un article publié en septembre 2006 dans lequel Mestiri critique la décision du barreau tunisien de revenir sur la radiation de Baccar. Le parquet n’a pas contesté la véracité de cette information mais a exigé que Mestiri dévoile ses sources. Finalement, Baccar a retiré sa plainte. Mais le lendemain même, des pyromanes non identifiés ont mis le feu au bureau d’Ayachi Hammami, l’avocat des droits de l’homme chargé de la défense de Mestiri.
Certains types de sujets sont hors de portée, même pour les journalistes tunisiens les plus entreprenants. En janvier et dans les mois suivants, des manifestations violentes contre le chômage, le népotisme et l’augmentation des prix alimentaires ont secoué la ville minière de Redeyef, au Sud du pays. Mais il n’y a eu virtuellement aucune couverture de ces événements. Journalistes et militants disent que les forces gouvernementales ont bouclé la ville et interdit aux non résidents et aux journalistes d’y pénétrer. En juin, les autorités ont détenu pendant deux jours le reporter et militant Hadi al-Ridaoui après qu’il a pris des photos et interviewé dans l’hôpital de la ville voisine de Gafsa des manifestants blessés.
« On peut écrire tout ce qu’on veut sur le sport. Mais sur des questions importantes pour la société, comme les manifestations à Redeyef, la presse ne peut rien faire, à part imprimer ce que veut le gouvernement », dit Hajji, le correspondant d’Al-Jazeera.
La situation dans laquelle se trouve Hajji illustre les sérieuses limites que le gouvernement est prêt à imposer à la presse internationale. L’ATCE contrôle les correspondants étrangers en requérant d’eux qu’ils obtiennent une accréditation gouvernementale et qu’ils aient la permission explicite de couvrir tout événement officiel. Depuis 2004, les autorités ont refusé d’accréditer Hajji, dans le cadre d’une vieille querelle entre le gouvernement tunisien et Al-Jazeera à propos de la couverture des dissidents dans le pays. Hajji n’a pas de bureau et n’est pas autorisé à couvrir l’actualité, bien qu’il continue à envoyer des reportages pour le site Internet d’Al-Jazeera et d’autres articles par e-mail. Selon lui, la police arrive si souvent au lieu de ses rendez-vous et entretiens qu’il est évident qu’elle surveille ses conversations téléphoniques. En mai, alors qu’il se rendait à l’audience concernant la plainte contre Kechana à propos de l’huile de cuisine, la police l’a retardé à un péage jusqu’à ce que l’audience ait été achevée.
Si beaucoup de journalistes indépendants travaillent encore, d’autres perdent espoir. Alors que Ben Ali se prépare pour un cinquième mandat en 2009, les reporters se préparent à de nouvelles mesures de répression visant à s’assurer de la réélection sans heurt du Président pour cinq années supplémentaires. « Il n’y a pas de place pour un projet de presse indépendant aujourd’hui », constate le professeur de journalisme tunisien. Pour du travail de propagande, oui, dit-il. Pour des projets commerciaux, assurément. Et nul doute qu’il y aura toujours beaucoup d’argent de l’Etat pour donner bon teint à l’image internationale de la Tunisie.
Mais le cas de Hajji – comme ceux de Boukhdhir, Bensedrine, Kechana, et d’autres – illustre la détermination du gouvernement à contrôler l’information et à réprimer la libre expression. Tant que la situation ne changera pas, tant que les alliés internationaux de la Tunisie n’élèveront pas la voix pour que cela change, les chances que prennent corps les libertés politiques en Tunisie seront gravement limitées.
Joel Campagna était le responsable du programme du Moyen-Orient et de l' Afrique du Nord du CPJ.
CPJ- SFAX, Tunisie - 23 septembre 2008
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