dimanche, 13 avril 2008
UE-Tunisie : un air irrespirable, oui mais lequel?
La préoccupation environnementale est décidément partagée par les gouvernants de part et d’autre de la Méditerranée. Est-ce pour autant une priorité pour tous? Rien n’est moins sûr au regard des gouvernés.
La Commission européenne vient d’avancer son pion sur l’échiquier de l’Union pour la Méditerranée, chère à Nicolas Sarkozy, récemment contraint par la chancelière allemande, Angela Merkel, d’associer l’ensemble des Vingt-sept à son projet. Sans attendre le lancement, en juillet, à Paris, de l’institution euroméditerranéenne, Bruxelles a repris à son compte une idée du président français : assainir d'ici à 2020 la rive sud de la mer.
Bel et bien inscrits dans les textes régissant les rapports entre les deux rives, la démocratie et le respect des droits de l’homme, quotidiennement foulés au pied dans le Sud, continuent ainsi à êtres relégués à un rang accessoire, au profit d’intentions on ne peut plus louables, quoiqu'hypocrites.
Annoncée le 10 avril, la dépollution maritime envisagée par l’Union européenne rejoint celle que, le même jour ! le président tunisien Ben Ali a programmée pour l’industrie des phosphates de la région de Gafsa. Cette hypocrisie autoritaire tente de faire passer au second plan ce que la population, paupérisée, juge ultra-prioritaire : résorber, non pas la pollution manufacturière, mais celle de l’injustice, qui, là et par tout le pays, avec une corruption galopante, a pris des proportions industrielles.
Wicem Souissi
18:30 Ecrit par Wicem SOUISSI dans Histoire de tuer le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 11 avril 2008
De Tunis 1938 à Redeyef 2008, d’un 9 avril l’autre
Le régime de Zine Ben Ali est confronté à la première fronde d’ampleur de son histoire. Elle pourrait constituer un tournant dans les rapports entre le pouvoir et la société.
Le bassin minier de la région de Gafsa connaît certes, depuis le début de l’année, comme si le mois de janvier —malgré les échecs répétitifs de 1978 et 1984, grève générale et émeutes du pain— était un passage obligé, une vague de protestations contre l’arbitraire : la jeunesse invective l’entreprise publique des phosphates en raison des passe-droits de sa politique de recrutement, qui profiterait uniquement aux nervis des autorités.
Mais la contestation, jusque-là exprimée par des grèves de la faim et des manifestations ponctuelles, presque bon enfant, a pris, suite à des arrestations massives les 5 et 6 avril, un tour autrement revendicatif. Lassés d’un discours gouvernemental ne laissant aucun espoir d’amélioration des conditions de vie d’une population minée par un chômage ignoré du trop vanté, venté et désormais éventé « miracle économique » tunisien, les syndicalistes ont haussé le ton.
Les jeunes qui les appuient sont sur leur propre longueur d’onde, comme en témoignent des slogans à l’accent frondeur, habituel dans ce Sud délaissé, mais qui dépasse cette fois le seul cadre local pour s’en prendre directement au pouvoir central. Les images vidéo tournées lors de rassemblements dans la ville de Redeyef sont à cet égard éclairantes de leurs banderoles: «L’argent du peuple est dans les palais, et sa jeunesse dort sous des tentes».
Un nom est cité en référence des luttes en cours : Farhat Hached. Cela est davantage qu’une reviviscence. Ce serait plutôt une actualisation d’un combat qui avait, il n’y a pas si longtemps, constitué un épisode charnière contre le protectorat français, momentanément conclu par la mise sous les verrous des résistants et à leur tête Habib Bourguiba.
Hommes adultes et jeunes emprisonnés, ce sont des femmes, mères sœurs et épouses, leurs droits en étendard, qui ont, à Redeyef, le 9 avril 2008, repris le flambeau. Elles ont de leur présence symbolique fait plier le pouvoir, qui a élargi les prisonniers, somme toute d’opinion. Chapeau bas.
Wicem Souissi
16:00 Ecrit par Wicem SOUISSI dans Histoire de tuer le temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
mercredi, 09 avril 2008
Le monde à l’envers
C’est presque un fait-divers. Cela se produit tous les ans début avril, sous le soleil printanier de la Tunisie. La commémoration du décès de Habib Bourguiba prend un tour d’une solennité on ne peut plus officielle, toutes pompes dehors. Le sommet de l’Etat prend en charge la célébration d’un deuil qu’on pourrait même croire populaire. N'était qu’endossant une fois de plus les habits du peuple, il ôte à ce dernier toute possibilité de remémoration.
Le rituel est d’ailleurs immuable : comble du renversement des rôles, l’Homme du Changement en personne décerne un satisfecit de Leader au Combattant Suprême. Pour services rendus à la cause de l’indépendance, à la nation en général, aux femmes en particulier, et l’on en passe.
C’est une énième répétition de l’enterrement du prédécesseur de Zine Ben Ali. Comme s’il fallait au pouvoir le renouveler chaque année. Selon un ordonnancement coutumier, une très haute protection préside au cérémonial. La famille du défunt est pratiquement mise hors-jeu. Les représentants du tout-puissant parti unique de fait, le remplaçant du PSD, le RCD, sont aux premières loges. La population est reléguée au poulailler, toutefois sans tomates ni œufs pourris : c’est déloyal.
Et dire que le Vieux, que même les islamistes tiennent pour un saint homme en comparaison de la répression subie sous son successeur, avait tenu treize longues années d’estrapade en résidence surveillée, sans doute à force de volonté d’assister à la chute de son tombeur.
Il est décédé, à l'âge connu de 96 ans, un 6 avril 2000. Cela pouvait tout aussi bien être le 1er, ce qui aurait été jouer un tour à ses geôliers. Mais une inversion, et hop ! cela pouvait également se produire le 9 du mois, pour marquer la journée des martyrs de la résistance à l’Ere Nouvelle.
Wicem Souissi
13:45 Ecrit par Wicem SOUISSI dans Histoire de tuer le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 07 avril 2008
Ben Ali a annoncé à Damas sa candidature à la présidentielle de 2009, mais son annonce était passée inaperçue à Tunis
On pouvait ne pas y croire. Mais le journal gouvernemental « La Presse » est à cet égard catégorique. Annoncés à Damas, les projets pharaoniques de Zine Ben Ali pour 2009 sont d’un tel engagement personnel, d’une telle envergure et nécessitant une telle durée d’exécution que, selon l'expérience des années précédentes, seul lui-même peut mener à bien leur mise en œuvre.
Le sommet des chefs d’Etat de la Ligue arabe tenu fin mars dans la capitale syrienne vient de reconnaître en M. Ben Ali son champion des droits de l’homme. Le président tunisien est ainsi investi par ses pairs de la mission civilisatrice de prodiguer, de 2009 à 2014, ses enseignements sur le respect de ces valeurs universelles dans l’ensemble des pays arabes.
Sans préjuger aucunement de la valeur de l’enseignant en cette matière, la précision de la période, très exactement quinquennale, traduit littéralement une volonté de reconduction, même si le terme fixé à 2014 laisse planer un infime doute sur la suite : le prochain mandat présidentiel pourrait-il être le dernier ?
C’est sans compter avec le second projet que M. Ben Ali a exposé à ses homologues, qui ont salué l’initiative. Il s’agit ni plus ni moins « d’organiser une conférence sur le dialogue entre la civilisation arabe et la civilisation chinoise, conférence qui se tiendra à Tunis en 2009 (ndlr : admirez encore une fois la précision du calendrier) dans le cadre du renforcement et de l’impulsion des relations entre le monde arabe et la République Populaire de Chine. »
La confirmation de « l’intérêt majeur accordé par le Chef de l’Etat au dialogue des civilisations, des religions et des cultures » renforce la nécessité impérieuse de le voir conduire en personne les débats sur cette question qui nécessite, en réalité, des décennies, voire des siècles de sa magistrature pour être ne serait-ce qu’abordée.
On peut comprendre qu'avec des préoccupations aussi prenantes, d'ailleurs au service permanent d'autrui, Zine Ben Ali puisse estimer que se rendre aux urnes est, somme toute, une perte de temps. Mais sans doute fera-t-il l'effort d'y aller, histoire de permettre aux Tunisiens de lui prouver leur reconnaissance éperdue.
Wicem Souissi – 07 04 2008
01:05 Ecrit par TUNISIA Watch dans Histoire de tuer le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Zine Ben Ali, Sommet des chefs d’Etat de la Ligue arabe




