jeudi, 24 juillet 2008

Tunisie, terre de paradoxes: Au pays du sourire perdu

Le plus petit pays du Maghreb, la Tunisie, s’est incontestablement forgé un grand destin touristique. Pourtant, il suffit de traverser la rue pour rencontrer une Tunisie qui fait grise mine sous l’éclat d’un soleil qui fait courir des millions de touristes par an. Bassem a 24 ans, est technicien supérieur en informatique depuis le début de l’année.

Il est venu chercher du travail comme serveur dans un fameux palace. Il rentre bredouille, un petit classeur sous le bras. « Ce sont ceux qui ont des diplômes supérieurs qui trouvent du travail. Nous, on doit attendre jusqu’à deux ans pour travailler. Le chômage ? Ils disent qu’il est de 14%. Mais il doit être au moins de 20%. On cache tout en Tunisie. » Il parcourt du regard l’imposant hôtel qui barre la vue sur la mer. « Ils m’ont dit que ma formation ne correspond pas. Ce qui est vrai, mais il y a quelqu’un qui m’avait promis un emploi ici. »

Que cache-t-on donc en Tunisie ? Bassem avec une colère froide parle sans s’assurer de la qualité de son interlocuteur. Il détache son regard du palace blanc et nous lance : « Savez-vous à qui appartient cet hôtel ? C’est la propriété du beau-frère du Président (de la République). Il a d’autres hôtels de luxe et une compagnie aérienne. Il est concessionnaire automobile, il est dans les banques, il a une radio et beaucoup d’autres sociétés. Il y a dix ans, c’était un enseignant qui touchait 250 DA par mois (15 000 DA algériens, ndlr). » L’anti-self made man scandalise le pays profond. « C’est ce qui fait bouillir la population. C’est le seul tort du président », ajoute Bassem.

La fortune de l’entourage immédiat de Ben Ali n’échappe pas aux Tunisiens, le black-out de la presse locale n’y pouvant rien. Le jeune informaticien a-t-il voté en 2004 pour Zine El Abidin Ben Ali qui s’était représenté pour un 4e mandat ? « Oui, répond-il. Et je voterai pour lui en 2009 et en 2014. On votera pour lui tant qu’il respirera. » Impossible de décoder le sourire figé qui accompagne ces mots. Il tente d’argumenter. « Je vis, je suis nourri et je suis tranquille. Pourquoi je ne voterai pas pour lui ? », fait-il remarquer. Il y avait bien d’autres candidats à la présidentielle en 2004, des lièvres qui ont vite détalé dans la nature. « Il y avait d’autres candidats, mais je ne me souviens pas de leurs noms. On les a montrés deux ou trois fois à la télé. »

 « Tout va bien »

Bassem finit par se poser des questions .« Et vous, vous êtes qui ? » « Journaliste algérien en formation », répondons-nous. Il s’exclame : « En formation en Tunisie ? Impossible ! C’est nos journalistes qui doivent venir se former en Algérie. Nos journaux disent tous les jours que tout va bien. D’ailleurs, moi aussi je dis tout va bien pour qu’un jour je trouve du travail. » La « misère » politique locale n’empêche pas le Tunisien de base d’avoir sa propre vision du monde. La situation en Algérie ne laisse pas indifférent. Le récalé à la réception du palace nous explique : « Les pays arabes ont, soit la richesse naturelle, soit la richesse humaine. Il n’y a que l’Irak et l’Algérie qui réunissent les deux atouts. Et regardez dans quel état ils se trouvent. Ce ne sont pas les Algériens qui ont plongé leur pays dans la guerre depuis dix ou quinze ans. Cela vient de l’étranger. Vos généraux sont manipulés par la France. » Ce sont les chaînes satellitaires arabes qui comblent le déficit en information des Tunisiens.

L’on ne voit guère un homme avec un journal sous le bras, ou parcourant les pages sur une terrasse de café. Nous rencontrons finalement un jeune buraliste qui a lu un article de presse relatif à l’Algérie Des femmes algériennes habitant la bande de Ghaza avaient manifesté, le 9 juillet dernier, demandant le droit de rendre visite à leurs familles en Algérie. « J’ai pleuré en lisant l’article sur ces femmes courageuses qui ont interpellé le président Bouteflika pour qu’il leur vienne en aide contre le blocus israélien », nous dit le buraliste. La paix est revenue en Algérie, croit-il savoir. « Votre Président en a fini avec les salafistes, tout comme notre Président. » Il nous conseille, à propos des journaux présentés dans sa boutique : « Achetez Le Quotidien, si vous voulez des informations du monde, ou Le Temps, pour les informations culturelles. »

Pour la chronique tunisienne, il faut aller dans la rue. Ammar a 48 ans, il est économe dans un établissement. Ce père de famille de 4 enfants a des fins de mois difficiles. « Vous n’êtes que de passage, vous ne pouvez pas remarquer que la vie est chère, ici », explique-t-il. Il est payé 400 dinars tunisiens par mois (25 000 DA). Le litre de lait vaut 1 DT (le même prix qu’une canette de bière), une visite médicale revient à 25 DT, soit deux journées de travail, et le loyer peut absorber jusqu’aux trois quarts d’un salaire moyen. La forte demande des touristes explique en partie la pression sur le marché de l’immobilier. 2,3 millions de personnes vivent à Tunis, sur une population totale de 10 millions d’habitants. Que pense Ammar de la réputation de « pays du sourire » en vogue dans les milieux touristiques ? Il est le dernier à connaître cette formule. « Il faut voir ce qu’il y a derrière le sourire.

Les touristes qui fréquentent les hôtels ne se rendent pas compte des difficultés que nous vivons. » Va-t-il voter l’année prochaine, quand un cinquième mandat pourra être brigué par l’actuel Président ? « Je n’ai jamais voté et je ne voterai pas », répond-il. Il n’a pas d’opinion concernant l’utilité d’une élection dans une société moderne, d’aspiration démocratique. Il n’avait jamais fait le lien entre l’acte de voter et un possible changement politique. « Le peuple tunisien a atteint un degré de maturité suffisant pour assumer la gestion de ses propres affaires. Certains ont pensé que je pourrais prendre en charge ses destinées (…) J’ai un tel respect pour le peuple tunisien que je ne lui souhaite pas de maître. » C’était Habib Bourguiba qui s’exprimait ainsi le 25 juillet 1957, devant l’assemblée constituante.

50 ans plus tard, les Tunisiens auront connu deux chefs qui n’ont rien contre la présidence à vie. Sur l’avenue Habib Bourguiba, les Champs Elysées de Tunis, ce sont les portraits de Ben Ali qui trônent. Les slogans sont incantatoires : « El ouafa li rajoul el ouafa (la fidélité pour l’homme de la fidélité) », « Mes ambitions au service de la Tunisie ». Aucune représentation du « père de la Tunisie moderne ». Le plus haut monument de l’avenue orne la place du 7 Novembre, correspondant au jour où Ben Ali déposait Bourguiba, en 1987. La place est bien gardée par des policiers en armes. Aucun banc aux alentours, de peur d’un regroupement assis. Il faut circuler ou se constituer client des cafés à terrasse, dans le pur style parisien.

 « Un seul parti »

Le 7 novembre est la fête nationale, baptisée « Ettahaouel el moubarik (le changement béni) ». C’est le seul mot qui fait s’esclaffer les Tunisiens. « Moubarik ? ça se dit pour le Prophète, pas pour un homme ordinaire », remarque-t-on. En matière d’inspiration religieuse, l’on a vu mieux, ou pire. Saddam Hussein avait proclamé « El youm el adhim », en accédant au pouvoir en juillet 1979. Ce n’était pas d’ordre prophétique, mais divin. L’on est loin du dialecticien Boumediène et son « redressement révolutionnaire » de juin 1965. Le mot « ettahaouel » revient dans n’importe quelle discussion en Tunisie.

Fouad, 22 ans, est apprenti pâtissier et nous explique pourquoi il a désespéré de continuer ses études : « Ma cousine a 24 ans, elle a le bac + 4 et elle est animatrice dans une maison de jeunes. Ce qu’elle fait ? Elle s’occupe par exemple des chorales d’enfants pour la fête de Ettahaouel. » Fouad ne décolère pas. Son centre de formation professionnelle (public) ne l’a pas placé en stage pour cet été, ce qui lui aurait permis de gagner un peu d’argent. « Il faut être d’une famille aisée pour qu’on t’envoie en stage dans un hôtel. Je suis en train de chercher une place moi-même. C’est pourtant compris dans ma formation. Mais je ne peux pas faire de réclamation, mes amis m’ont dit que je peux être privé de certificat à la fin de la formation. »

Fouad est habité par la peur. Il habite à 10 km de la frontières algérienne, mais il n’a jamais passé la ligne. « Avec le cachet algérien sur mon passeport, je peux avoir des problèmes si je demandais un visa pour l’Europe », avoue-t-il. Mais il aime les Algériens. « Ce sont eux qui me prenaient en stop quand je partais au collège, qui était loin de 17 km de chez mois », dit-il. De son village, il voyait « les lumières de Tébessa ». Il s’est installé chez des proches dans la banlieue de Tunis pour pouvoir suivre sa formation. « J’ai moi aussi un calepin », fait-il, en tirant un petit bloc-notes de sa poche .

 « Ce sont des recettes de pâtisserie. » Que signifie pour lui la démocratie ? « C’est quand les droits de chacun sont respectés. Personne ne viendra par exemple toucher à ta voiture », dit-il. Il y a combien de partis politiques en Tunisie ? Il réfléchit deux secondes : « Un seul, celui qui gouverne, il me semble », répond-il sans conviction. Fouad ne parle pas du Président, mais de son propre père, parti en France depuis avril dernier. Le père a averti son fils par sms : « Je prends l’avion demain matin à 9 h. Je te souhaite le courage et une bonne santé. » L’exil du père s’ajoute à celui du fils. Ce dernier n’a pas compris pourquoi il lui a souhaité du courage. « Il est installé au sud de la France, je le rejoindrai peut-être un jour », espère Fouad.

Les festivals et le foot

Dans ce pays qui paraît être en fête, où les festivals jalonnent les jours d’été, le climat général est compassé. L’exubérance est bannie. Pas un mot dans les bus. Dans les taxis, seul mot d’ordre : le football du début jusqu’à la fin de la conversation. Le sport fait d’ailleurs l’ouverture des quotidiens d’informations générales un jour sur deux. L’on marque un arrêt, un long silence, en apprenant la nationalité algérienne de son interlocuteur. Un respect muet, mêlé de tristesse. « Ces Algériens… Ils souffrent, mais aucune liberté ne leur est étrangère », devait-on se dire.

Le foisonnement des activités culturelles n’arrive pas à semer la joie dans les cités. « C’est pas pour nous. Pour aller au festival, il faut payer 25 DT. La fête, c’est pour les riches. Il y a quinze jours, Elyssa a chanté pour 500 DT la place, c’est deux fois mon salaire », nous dit un jeune de 30 ans, ouvrier dans le bâtiment. Son baladeur diffuse du raï algérien, assourdi dans l’écouteur. « Ma distraction, c’est aller à la plage. Je regarde aussi mbc action pour les films et Ennas Tv, pour la religion. Jamais la télévision tunisienne », lance-t-il. « Je ne fais rien d’autre. Tout est cher. Comment je vois l’avenir ? Il faut un changement de pouvoir », dit-il, en passant un doigt sur l’autre, pour signifier un changement radical. Soudain, son visage se crispe. Une alerte interne s’est déclenchée.

Il regarde sous l’abribus s’il n’y a pas de jambes qui traînent. Il se lève, il en fait le tour et revient. « Savez-vous que c’est un palais présidentiel qu’il y a derrière ? », dit-il, simplement. Il réajuste ses lunettes, visse l’écouteur et s’en va. Le lendemain, 1000 km plus loin, nous nous retrouvons dans un bus bondé de monde. Des discussions crèvent les tympans. Le chauffeur manque d’écraser une petite voiture contre la glissière de sécurité et reçoit une volée de bois vert par la vitre ouverte. Au loin, il est écrit sur un mur : « Pour un changement radical : votez MDS ». Nous sommes à Alger.

Djaffar Tamani – El Watan -23 juillet 2008

11:14 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Ben Ali

mardi, 22 juillet 2008

Rachid Sfar : avant-dernier Premier ministre de Bourguiba

82138fb2843176c2c9338c26167288a0.jpg

Le journal Jeune Afrique a consacré dans son numéro du 13 juillet 2008 une page biographique à Rachid Sfar, avant-dernier Premier ministre de Bourguiba (08.07.1986 - 02.10.1987). Le journal revient sur les circonstances dans lesquelles a été désigné comme sur celle de son éviction :

« Le président Bourguiba, dont il sera l’avant-dernier Premier ministre (avant Ben Ali), l’a désigné en urgence - il était alors ministre de l’Économie - pour résoudre la crise financière que traversait le pays, dont les réserves en devises étaient épuisées. « J’ai été placé devant le fait accompli ! » se rappelle-t-il, le président l’ayant nommé sans lui demander son avis.

Rachid Sfar quitte ses fonctions aussi soudainement qu’il en a hérité. Il est resté en effet célèbre pour avoir essuyé un accès de rage mémorable de Bourguiba à la fin du Conseil des ministres du 1er octobre 1987. Celui-ci l’interroge au sujet d’un participant, Abdelmalek Laarif, nommé deux jours plus tôt directeur du Parti socialiste destourien (PSD, au pouvoir). « Qui est cet homme ? » Réponse du Premier ministre : « Le directeur du parti : vous l’avez nommé avant-hier et l’avez vu hier. » Le président entre dans une colère noire : « Qui t’a dit de le nommer ? Qui t’autorise à prendre des initiatives ? Tu te crois le patron ? Tu me crois déjà mort ? » Puis il déverse un flot d’insultes sur son chef de gouvernement en présence de tous les ministres, dont Zine el-Abidine Ben Ali, alors à l’Intérieur. »

Le lendemain le premier ministre est révoqué pour être remplacer par Zine el-Abidine Ben Ali ministre de l’Intérieur. Ce dernier révoqua le président Bourguiba à son tour à peine un moi après sa nomination, c’est lui aujourd’hui le président à vie.

21:35 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Rachid Sfar

L’affaire Tarak Dhiab : Entre protocole, black-out médiatique et Internet

La nouvelle du limogeage de Tarak Dhiab, seulement quelques semaines après sa désignation, de son poste de vice-président de l’Espérance de Tunis, chargé de la section du Football, a fait l’effet d’une bombe parmi les supporters espérantistes, en particulier, et dans l’opinion publique sportive, en général.

4e12632a1648622937acf598bd8863ff.jpg

Seul Tunisien à s’être vu décerner le Ballon d’or africain, l’homme jouit, en effet, d’un grand prestige et de beaucoup de respect aussi bien chez les Tunisiens qu’à l’étranger, spécialement dans les pays du Golfe où il a fait une partie de sa carrière en tant que joueur et où il est actuellement fortement estimé pour ses talents d’analyste en matière de football international sur la chaîne qatarie d’Al Jazira.

Il est aussi connu pour sa droiture et son franc-parler. Ce qui lui a valu, déjà en tant que joueur, d’être interdit d’équipe nationale, au milieu des années quatre-vingt, pour avoir refusé, en bon capitaine, de faire endosser toute la responsabilité de l’échec aux jeux méditerranéens aux seuls joueurs, ses camarades.

Pour toutes ces raisons, sa désignation – qui, pour beaucoup, n’a que trop tardé – à la tête de la section de football de son club de coeur, fut accueillie avec une grande joie de la part des supporters et fut suivie avec un grand intérêt par les médias.

Elle ne fut pas, pour autant, appréciée par tout le monde. Certains lui ont reproché, en effet, d’avoir invité, dans ses premières interviews, en des termes à peine voilés, certains dirigeants de l’Espérance à l’aider ou bien à se retirer. D’autres n’ont nullement apprécié qu’il ait imputé, sur le plateau d’une émission sportive très populaire, les échecs de l’équipe nationale non seulement à la fédération de Football, mais aussi à l’autorité de tutelle.

Ces deux « écarts de langage » peu politiquement corrects furent à l’origine des lourdes pressions – dont notre journal s’est fait l’écho – qui s’exercèrent sur Hamdi Meddeb, le président de l’Espérance, pour qu’il se sépare de son adjoint, seulement quarante-huit heures après sa désignation. Mais celui-ci, soutenu par les supporters, résista. Ce n’était, toutefois, que partie remise. Car, deux mois après et, plus précisément, après la finale de la coupe de Tunisie, Hamdi Meddeb finit par céder aux pressions, plus lourdes, dont il fit l’objet. Et il lâcha Tarak Dhiab. Que s’est-il passé au juste ? Le communiqué fort laconique du Bureau Directeur de l’Espérance nous apprend tout juste que « quelqu’un ne fait plus partie de quelque chose », sans nous éclairer ni sur le comment – cette personne a-t-elle été limogée ? A-t-elle démissionné ? A-t-elle été forcée à se démettre ? – ni, surtout, sur le pourquoi – que lui reproche-t-on exactement ?

Les médias en général et la presse écrite en particulier – à l’exception notable d’Echaâb et de Tunis-hebdo – n’ayant pas pipé mot sur cette affaire, il a fallu, comme d’habitude, aux sportifs, aller regarder les chaînes étrangères et Internet pour en savoir un peu plus sur cette affaire. Et c’est là qu’on apprend que la raison du limogeage de Tarak Dhiab serait une entorse au protocole qu’il a commise, le jour de la finale de la coupe, lors de la remise du trophée à l’Espérance en oubliant de serrer la main du ministre des sports et de l’enfance, M. Abdallah Kaabi – la scène ayant été diffusée plusieurs fois, notamment par Aljazira et la télévision saoudienne.

C’est en allant sur Internet, toutefois, et notamment sur les forums de supporters espérantistes, que le citoyen à la recherche de l’information est saisi par le contraste frappant entre le mutisme gêné des médias, d’un côté, et le dynamisme et la liberté de ton des internautes, de l’autre. En effet, le silence assourdissant des médias, d’habitude friands de ce genre d’affaires et de leurs détails croustillants, mais appliquant sans doute sagement les consignes, les met en porte-à-faux non seulement par rapport à l’information disponible sur les forums mais, surtout, par rapport aux débats libres et francs qu’ils abritent.

Ces débats ont, certes, porté sur la question du protocole : « Tarak est-il oui ou non dans l’erreur ? Si oui, cette erreur appelle-t-elle ce type de sanction ? ». Mais ils se sont surtout attaqués à des questions de fond comme celle de l’autonomie des associations sportives (le politique a-t-il le droit de s’ingérer dans les affaires des clubs en nommant un tel ou en limogeant tel autre ?) ou celle du mépris manifesté par les dirigeants du club à l’égard de leur public en le tenant dans l’ignorance totale des causes d’une si lourde – et si impopulaire – décision.

A lire les forums de supporters tels que e-speranza.net, par exemple, on a l’impression que c’est, paradoxalement, sur le virtuel que nous pouvons retrouver le pays réel, tandis que les médias classiques nous présentent un pays imaginaire, en dehors des problèmes et des conflits de l’histoire qui se fait tous les jours.

Entre-temps, et aux dernières nouvelles, le président du club et son ex vice-président seraient en butte à des tracasseries policières et fiscales comme pour mieux leur rappeler que la marge d’autonomie des associations sportives par rapport au politique est très étroite, voire inexistante.

I. K – Attariq Al Jadid - samedi 19 juillet 2008

14:15 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Tarak Dhiab, Abdallah Kaabi

dimanche, 20 juillet 2008

Obama à Mandela: "Merci d'avoir montré qu'on peut refaire le monde"

9b6648738f0ed02b15518347f54c16ba.jpg

Le candidat démocrate à l'élection présidentielle américaine, Barack Obama, a remercié Nelson Mandela, dans un message pour ses 90 ans, pour avoir démontré "qu'on n'a pas à accepter le monde tel qu'il est, qu'on peut le refaire comme il devrait être".

Un message vidéo de M. Obama a été diffusé samedi au Musée Mandela du village de Qunu, dans le sud-est de l'Afrique du Sud, où l'ancien président sud-africain célébrait samedi son anniversaire avec un banquet de politiciens et amis, après l'avoir fêté en famille vendredi, jour de ses 90 ans.

Dans son message, M. Obama rappelle qu'il a visité il y a quelques années la cellule de Mandela au bagne de Robben Island et que c'est l'apartheid sud-africain qui a participé de son engagement politique aux Etats-Unis.

Il dit son admiration pour "le courage, la vision, la conviction" du vieux héros anti-apartheid, un homme "qui nous a montré tout ce qu'on peut réaliser quand on a le courage d'être le meilleur de nous-mêmes".

"La réelle façon de vous honorer, Nelson Mandela, est d'agir chaque jour de nos vies pour remplir notre rôle envers nos frères humains et nous montrer dignes de l'exemple que vous continuez d'être", conclut M. Obama.

Le message du candidat démocrate s'inscrivait dans une exposition inaugurée au Musée de Qunu et dédiée aux vies de Mandela et de Rosa Parks, célèbre militante noire américaine pour les droits civiques décédée en 2005, et dont Mandela était devenu proche après sa libération en 1990. (AFP - 19.07.2008)

01:05 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Barack Obama, Nelson Mandela

samedi, 19 juillet 2008

التحدي

"التحدي" هو الشعار الذي اعتمده "حزب الرئيس زين العابدين بن علي" لمؤتمره القادم الذي بدأت الإستعدادت له بالإجتماع الأخير للجنته المركزية و سيل الهذيان الذي بدأت تطفح به مختلف وسائل الإعلام الوطنية من خطاب مركز من المغالطات وخارج على السياق و منفصل عن كل الحقائق الدامغة و المشاغل الحية التي يعرفها و ينتظر حلولها كل التونسيون. 

f861de735f2143236314b1cdc5753452.jpg

و"التحدي" الذي يرفعه اليوم "حزب الله ينصر من صبح"، عدى ما تحمله العبارة من استفزاز، ليس سوى تحدي لإحياء هذا الخطاب العائد إلينا من عقود سحيقة من تراث السياسات السلطانية بكل ما تحمله في ذاكرتنا من تأليه للطغاة المتجبرين و توسل لتشريع الظلم و تملق و انحطاط أمام الغاصبين. و لعل الكلمات هنا على قسوتها لا تفي بالمعاني اللازمة للتعبير عن شعور الازدراء الذي تضيق به صدور الأغلبية الساحقة من التونسيين.

و ما نراه اليوم من هذا الحزب، سواء في خطابه أو في طرق عمله وشعاراته، ليس جديدا و لا غريبا بل منسجم تماما مع تاريخه و سابق مواقفه. و بقدر ما يذكرنا مؤتمره الحالي بنفس الخطاب الذي كان يرفعه في أواخر عهد رئيسه السابق و مؤسسه ليصحوا ذات يوم على بيان يعلمهم أن معبودهم وزعيمهم و مجاهدهم الأكبر الذي يحكمهم إلى حد ذلك اليوم لم يكن سوى مختل المدارك العقلية بشهادة أطبائه و أقرب أعوانه. ورغم أن هذه المفارقة في حد ذاتها تكفي للوقوف على حقيقة حزب فرط في مصير بلاده لمختل عقليا رئيسا مدى الحياة فإنها لا يمكن أن تنسينا ما حصل منه سواء في ذلك العهد أو خلال العقدين الأخيرين من عهد خليفته، فقد كان دائما وكرا للطمع و الخسة و المناورات الدنيئة ضد كل الشرفاء و النزهاء و الوطنيين. و لم تصدر منه يوما كلمة حق في نصرة مضطهد أو للتنديد بمظلمة منذ قيام حكمه. و كان مع القمع دوما أينما كان و أي كان المستهدف بمحرقته و لو كانوا من بين أعضائه و في صفوف حزبه. و عندما انتفض الشباب وقفوا موقف العداء من أبنائهم فسيجوا الجامعات و ركزوا مراكز الشرطة في مختلف الكليات و بثوا أعوانهم من المخبرين و الجواسيس بين الطلبة و في مختلف إدارات المعاهد و الكليات كما هم بصدد مطاردته اليوم تحت مختلف اللافتات وفي كل الفضاءات. و هم يعرفون كما يعرف اليوم كل التونسيون كيف كان تعاملهم و ما هي مواقفهم ولا تزال من العمال و النقابيين و الضعفاء و المحرومين و المهمشين و ما حل و يحل بالديموقراطيين من عسف و جور و اضطهاد عندما حاولوا التصدي لهم و من من اليسار أو القوميين أو الإسلاميين أو الوطنين الأحرار على اختلاف مللهم ونحلهم لم يكن هدفا في يوم من الأيام لآلة قمعهم ولم يتعرض للمحاكمات و المطاردة و التجويع بسبب معارضته لهم؟

لذلك عندما أتحدث بهذا الكلام فأنا لا أتحدث عن تجربة ذاتية و لا عن مشكلة خاصة قائمة بيني و بينهم بل عن المشكلة القائمة بينهم و بين مجتمعهم و عن مشكلتهم مع تاريخهم من وحي الشعار الذي يرفعونه لمؤتمرهم و عن مشكلتهم مع واقعهم كما يدل عليها خطابهم. فمن هم التجمعيون حقيقة اليوم في يقين ووجدان كل التونسيين عدى كونهم بطانة السلطة مهما تغير الحاكمين و عملاء المتسلطين مهما بلغ مدى ظلمهم و دوسهم للدستور و القوانين و الإنتهازيين المتمعشين من إقصاء غيرهم عن مختلف حقوقهم المشروعة في وطنهم. فإن كانوا لا يستحون كيف لنا أن نستحي من مواجهتهم بحقيقتهم..

و يكفينا اليوم شاهدا على "ديمقراطيتهم" احتقارهم لكل من كان معارضا لهم فردا كان أو تنظيما مهما بلغت درجة ضآلته. لذلك تجدهم لا ينضرون بنضرة الإختلاف و لكن بنضرة العداء لكل من خرج عن خط الإذعان و المنافقة لهم حتى أنهم لا يدركون وهم ينفخون في صور بعض الرموز البائسة لتعدديتهم ممن نصبوهم على أحزاب بطشوا بمناضليها و سجنوا قيادتها الفعلية أن مهزلتهم الغبية لم تعد تنطلي على أحد سواهم. لذلك نجدهم من خلال سعيهم المحموم لابتزاز شواهد الولاء و التأييد لحكمهم لا يكشفون سوى حقيقة اغتصابهم للسلطة و طبيعة استبدادهم بالحكم إلى درجة العجز عن تصور طريقة أخرى لممارسته لا تكون قائمة على احتكارهم المطلق و تفردهم دون حسيب أو رقيب. و هذا ما يجعلنا نلمس ما نراه اليوم في خطابهم من أقوال لا مضامين لها تصدم العقل من فرط تخلفها و تبعث على النفور لتعارضها مع حقيقة ممارساتهم.

و هكذا تتضح حقيقة "التحدي" الذي يرفعه اليوم "حزب الرئيس زين العابدين بن علي" من خلال مؤتمره. و هذا التحدي ليس قائما على منطق سياسي من خلال جدلية اجتماعية و اقتصادية و إنما أساسا على حد أخلاقي بين نظرة تملك بالبلاد و تحكم في الرعية تسخر الخطاب لإحكام الجهل و التخلف و التسليم لمنطق القوة بالتجويع و السلب و الإقصاء و التشجيع على الخضوع بالتوسل و الإستجداء و التطميع كما يحصل هذه الأيام مع القصرين و قفصة و بين نظرة كفاحية تضع الحرية في أسمى مراتب تجلي الذات الإنسانية قولا و ممارسة و تعبر من خلالها على رؤيا تستجمع كل الأحلام و الأهداف و الطموحات التي يمكن أن تخالج أي فرد من أفراد مجتمعها خارج أي رؤية سياسية مرتهنة لممارسة السلطة باعتبار السلطة ليست سوى أداة يجب تسخيرها لخدمة كل هذه الأحلام و الأهداف و الطموحات.

و هذه الرؤيا لا تحتاج إلى خطاب جميل منمق بالمعاني السامية و الوعود الخاوية بينما يعجز عن المواجهة المباشرة القائمة على طرح المشاكل الحقيقية و الإنتظارات الفعلية لأنه خطاب قائم على مغالطة شعبه لا يسعى لتأليف مجتمعه و جمعه للمشاركة في رفع مختلف التحديات التي تواجهه بل إلى إقصائه و تجميده و كتم صوته لمصلحة أقلية تنتهب مقدرات وطنه و تستخف بمصيره. و هو علاوة على ذلك نظام يستمد موقعه بين قادة الأمم من تحقر شعبه و شرعيته من دوره في إضطهاده وفرض وصايته عنه لحماية الغير مما يهوله لهم من الأفكار التي تسكنه. و إذا كان الرئيس بن على في غياب بديل حقيقي عن إفلاس سياسة نظامه يسعى إلى النفخ في هالة حزبه من خلال تقديم أرقام واهية لعدد منخرطيه أغلبهم من المتكسبين و الإنتهازيين و المنافقين حفاضا على مواقعهم ممن لم يعد يخفى على أحد حقيقة عددهم في كل شعبة من شعبه فإنه يبقى مع ذلك عاجزا عن التعبير عن حقيقة ما يطمح إليه منخرطيه أنفسهم حتى أصبح انخراطهم لا يعبر سوى عن بؤس الأوضاع التي حكمت على الأغلبة الساحقة من بينهم على اليأس من قيمهم و التظاهر بالولاء في مواجهة شظف العيش الذي قادهم إليه حكمه. و هؤلاء سيصفقون لمن بعده كما كانوا يصفقون لمن قبله فطوبى لكم الحضيض الذي ترفعون بهم تحديكم. لكم صفكم و لنا صف كل التونسيات و التونسيين و هيهات للظلم أن يدوم...

المختار اليحياوي – 19 جويلية 2008

18:35 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, congrés du RCD, Dictature

vendredi, 18 juillet 2008

Tunisie: le parti du président Ben Ali l'appelle à briguer un cinquième mandat

8215ba706ee9089cd482212307aad6f6.jpgLe comité central du parti au pouvoir en Tunisie, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) a appelé vendredi l'actuel chef d'Etat Zine El Abidine Ben Ali à se porter candidat à l'élection présidentielle prévue en 2009 pour briguer un cinquième mandat de cinq ans.

Dans sa motion générale adoptée au terme d'une session de quatre jours, le comité central exhorte M. Ben Ali, qui est également président du parti, à "répondre à l'appel du devoir et de la patrie" pour "continuer de conduire le Tunisie sur la voie du progrès et de la prospérité et garantir au pays invulnérabilité et développement".

L'annonce de cette candidature devrait intervenir fin juillet -début août prochain lors du congrès du RCD, l'instance suprême du puissant RCD qui, selon ses dirigeants compte quelque 2,5 millions d'adhérents sur une population de 10 millions d'habitants.

M. Ben Ali, 72 ans, est au pouvoir depuis novembre 1987 après avoir "constitutionnellement" destitué le père de l'indépendance tunisienne, Habib Bourguiba, alors âgé de 84 ans, pour "sénilité". (AP - 18.07.2008)

Tunis hors course : Duel franco-espagnol pour la localisation du siège de l’Union pour la Méditerranée

Barcelone ou Marseille, Marseille ou Barcelone, tel sera le choix que devront prendre les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UPM).

Le gouvernement espagnol de José Luis Zapatero ne cesse de clamer haut et fort que la ville de Barcelone est la meilleure candidate pour y accueillir le siège de l’Union pour la Méditerranée, et qu’elle est supérieure à la candidature française, présentée par la ville de Marseille. En visite à Tunis il y a une semaine, le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos, avait également fait part de son souhait de voir Barcelone, où avait été lancé en 1995 le premier partenariat euro-méditerranéen, dit "processus de Barcelone", abriter le siège de la nouvelle institution lancée lors du sommet de Paris dimanche dernier. Lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion, le secrétaire d’Etat espagnol pour l’Union européenne, Diego Lopez Garrido, a insisté sur le fait que "Barcelone a été le berceau du processus euroméditerranéen qui a débuté en 1995."

Tunis hors course pour abriter le siège de l’UPM

Du côté de la cité phocéenne, on veut crédibiliser la candidature française sur le fait que la ville héberge déjà de nombreuses institutions internationales liées aux questions méditerranéennes, et qu’elle a déjà par conséquent une grande expérience en la matière. Quoi qu’il en soit, Marseille sera pour Barcelone, un rival bien plus dangereux que deux autres villes candidates, qui sont déjà jugées hors course, à savoir La Valette (Malte) ou Tunis (Tunisie). Quant au verdit final, il sera donné le 4 novembre, à Marseille précisément. P.G.

La ville de Marseille est candidate pour accueillir le siège du secrétariat général de l'Union pour la Méditerranée (UPM), a annoncé vendredi l'ambassadeur de France en Tunisie, Serge Degallaix, lors d'une conférence de presse à Tunis. Jusque-là, seules Tunis, Rabat au Maroc et La Valette à Malte étaient candidates.

Marseille doit accueillir, les 3 et 4 novembre prochains, la première réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'UPM, qui doit trancher la question du siège de l'UPM, selon l'ambassadeur.

"L'objectif de cette réunion est de fixer les règles fonctionnelles pour la gestion des mécanismes mis en place lors du sommet de Paris, de manière à ce que le dispositif de l'UPM devienne opérationnel le 1er janvier 2009", a-t-il précisé. Le secrétariat sera établi selon le principe de parité entre les pays du Nord et ceux du Sud de la Méditerranée et sera doté d'un comité permanent conjoint, une structure d'accompagnement des décisions et projets qui faisait défaut au processus de Barcelone, a ajouté Serge Degallaix.

Tout en réaffirmant la position officielle de la France, qui souhaite que le siège de l'UPM revienne à un pays de la rive sud de la Méditerranée, M. Degallaix a fait valoir que "ceci n'empêche pas le maire de Marseille de poser la candidature de sa ville, qui a une vocation méditerranéenne". "Jean-Claude Gaudin est libre de faire acte de candidature et n'a pas besoin de demander l'autorisation du gouvernement pour cela", a-t-il noté. (AP et Fenêtre sur l'Europe le Vendredi 18 Juillet 2008 )

Le président Ben Ali annonce un plan en faveur de la région de Gafsa

Le président tunisien, Zine El-Abidine Ben Ali, a annoncé, mercredi 16 juillet, une série de mesures en faveur de la région minière de Gafsa, (400 km au sud-ouest de Tunis). C'est la première fois que le chef de l'Etat tunisien évoque publiquement les troubles graves qui secouent de façon presque ininterrompue, depuis janvier, cette province déshéritée de l'intérieur. Gafsa est un bastion ouvrier surveillé de tout temps par le pouvoir, car c'est là qu'ont démarré tous les grands mouvements sociaux de Tunisie. Le chômage y atteint aujourd'hui le double de la moyenne nationale et avoisine les 30 %.

577f012ce079a8a3369ce0cab35796f5.jpg

Dans un discours, M. Ben Ali a dénoncé "les irrégularités commises par les responsables de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG)" lors d'un concours d'embauche "ayant suscité la désillusion et la déception des jeunes concernés". Le chef de l'Etat faisait allusion aux manifestations qui ont suivi l'affichage, le 5 janvier, des résultats de ce concours suspecté d'avoir bénéficié aux notables locaux ou aux proches du parti au pouvoir. Plus de 1000 candidats avaient brigué les quelques 80 postes proposés. Cette offre d'embauche était exceptionnelle, la CPG, seul employeur de la région, ne recrutant plus depuis des années en raison de la mécanisation des mines.

Les mesures annoncées mercredi par M. Ben Ali portent sur la création d'emplois, l'amélioration des conditions de vie et le développement économique de la région. Il s'agit de projets agricoles et d'infrastructures (routes, raccordement au gaz naturel, eau potable, complexes industriels), d'un programme de formation des jeunes, ou encore la mise au point d'un circuit touristique de découverte des sites berbères du secteur.

Ce plan d'action permettra-t-il de ramener le calme à Gafsa, dont la population est mobilisée depuis maintenant six mois ? L'économiste Ali Bédoui, membre du Comité national de soutien aux habitants du bassin minier de Gafsa, est sceptique. "On tente de calmer les esprits, mais on traite le problème comme s'il était conjoncturel, sans tenir compte des réalités et des spécificités de la région", déplore-t-il. Pour lui, il est illusoire de croire que les entreprises privées "vont sauter sur l'occasion et s'installer à Gafsa" alors que la tendance générale est d'affluer sur le littoral. De même, Ali Bedoui trouve "un peu choquant" de miser sur le tourisme ou l'artisanat dans ce secteur minier peu attractif. Par ailleurs, la vraie misère dans le gouvernorat de Gafsa, souligne-t-il, affecte "non pas tant le bassin minier que les zones rurales situées plus à l'est, véritablement sinistrées", pour lesquelles rien n'a été annoncé.

Enfin, tous les manifestants qui ont été arrêtés vont rester en prison, en attendant leur procès. De lourdes charges pèsent contre eux, en particulier contre Hajji Adnane, leur porte-parole charismatique.

Florence Beaugé - LE MONDE - 18.07.08

15:05 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Ben Ali, Gafsa

jeudi, 17 juillet 2008

L'UPM entre l'euphorie d'effet d'annonce et le désenchantement de projets sans fonds

« Où est le problème ? »

Ce 13 juillet 2008, au bout de 180 minutes de discussions dévolues à une quarantaine de chefs d'États et de gouvernements, l'Union pour la Méditerranée (UPM) que « nous avions rêvée » est devenue une réalité. En démiurge, habitué aux prescriptions incantatoires, le président Nicolas Sarkozy a déployé ses effets spéciaux dans un grand show médiatique et un tour de force diplomatique. Mais l'euphorie inaugurale a peu à peu glissé vers le désenchantement de projets concrets sans fonds, dans le cadre d'une union a maxima quant au rêve et a minima quant au réel.

À défaut d'un espace élaboré de gouvernance, voilà tout de même un formidable lieu de débats et de remue-méninges pour notre classe politique qui ne palpite plus pour rien.

C'est dans l'exaltation d'un discours inaugural que le président Sarkozy a écrit les premiers mots « d'une histoire commune » et d'un destin partagé que « nous réussirons ou échouerons ensemble ».

Comment au premier abord ne pas s'en émouvoir ou refuser de s'y associer ? Sur la rive sud, 272 millions d'habitants, près de 400 millions d'ici 2030, entendent s'arrimer et être tirés vers le haut par un continent certes vieilli mais encore prospère, et surtout si riche de valeurs d'humanisme et de démocratie.

Voici le côté jardin de ce théâtre d'ombres, d'effets spéciaux et de faux semblants, de coulisses obscures sous des apparences sémillantes, scène virtuelle où quelques mesquines tyrannies et quelques démocraties dominatrices projettent leurs silhouettes grandies, magnifiées dans l'esquisse d'un merveilleux et décuplé quadrille. Au creux de la conférence de presse qui s'ensuivit, pointait déjà le mensonge. Car à une question perfide sur l'éclipse du président Assad qui quitta la salle au moment où le premier ministre israélien discourait, Nicolas Sarkozy s'évertue à nier cette sortie symbolique, dissimulation française que le président Moubarek s'empresse de corriger tout en banalisant l'incident : « Où est le problème ? » questionnera-t-il à la cantonade.

Où sont-ils donc tous les problèmes de ce lancement ? D'abord à l'évidence, dans le caractère uniquement symbolique de certaines postures, et dans la virtualité d'effets d'annonces : on ne retiendra que l'ouverture réciproque d'ambassade à Damas et Beyrouth. Mais au-delà, quelles réelles semences portent-elles les promesses des fruits de la paix, même si le grand élu de cette grand messe, le président Bachar El Assad, annonce une paix magique dans un délai de 6 mois à 2 ans ?

Magique semble devoir être aussi la réalisation de projets concrets dont nul ne contestera l'opportunité voire l'urgence : la dépollution de la mer la plus sale, la plus toxique au monde, le plan solaire au grand astre méditerranéen, l'extension du programme Erasmus à une université euromediterranéenne nous en semblent les phares les plus étincelants. Mais qui paiera ? À défaut de la Libye absente et de l'Algérie dont le président Bouteflika menace déjà qu'« elle ne sera pas la vache à lait », l'émir du Qatar - qui versa, semble-t-il, déjà la rançon des infirmières bulgares - était là, en ami bienveillant de Nicolas Sarkozy qui semble pour sa part prévenir sans états d'âme l'OPA des fonds souverains du Golfe sur le patrimoine industrialo-financier de l'Europe.

Celle-ci ne propose que 3 milliards d'euros pour l'étape 2008-2013 dans l'opération méditerranéenne, à condition que de la Méditerranée à Riga - la capitale lettone préparant ses camions de bois à destination du Maghreb - les 27 pays européens encadrent les pays de la rive sud. Le processus de Barcelone prolongé en Union méditerranéenne continue de conduire le coaching d'une mise à niveau de ce marché méridional qu'il tente de faire évoluer vers une gouvernance démocratique. La Turquie est rejetée au niveau de ce voisinage inférieur et peut désespérer de s'intégrer à l'Union européenne. La Mauritanie atlantique et le Qatar, ainsi que la Ligue arabe, se retrouvent aussi associés à cette bien curieuse géopolitique.

Que d'embûches à dépasser, que de scepticisme à transcender, que de malédictions à conjurer ! « Il n'y a pas de fatalité », dit M. Sarkozy, qui psalmodie à l'égal de Moubarek que tout est affaire de confiance.

Celle des Tunisiens est échaudée : il faudra attendre novembre pour savoir si le Secrétariat général de l'UPM et son siège sont dévolus à la Tunisie. Quant au président Ben Ali, il n'a pas attendu, pour sa part, les festivités du 14 juillet pour rentrer chez lui gérer les affaires du pays. Il nous faudra donc former des voeux pour ne pas être déçus, mais au-delà de l'incantation, ou du tour de force diplomatique, ou du show médiatique, voilà un cadre et un forum de débats : nous y discuterons en partenaires de commerce équitable, de développement solidaire et de paix dans cette grande bleue où nous espérons que le projet d'écologie durable visera le respect de la faune et flore marines autant que de l'humaine diversité.

Nadia Omrane - Alternatives citoyennes – 17 07 2008

Ben Ali annonce des mesures en faveur de la région frondeuse de Gafsa

Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a annoncé mercredi un train de mesures en faveur de la région minière de Gafsa (350 km au sud-ouest de Tunis), évoquant pour la première fois les manifestations qui s'y sont déroulées récemment sur fond de chômage.

Dans un discours prononcé lors d'une réunion sur la situation à Gafsa, chef-lieu du bassin minier, il a mis en cause "des irrégularités commises par les responsables de la Compagnie des phosphates de Gafsa" (CPG) dans un concours d'embauche "ayant suscité la désillusion et la déception des jeunes concernés", a-t-il dit. M. Ben Ali se référait ainsi au mécontentement déclenché le 5 janvier par l'annonce des résultats d'un concours de recrutement à la CPG qui aurait été falsifié au profit de notables membres ou proches du parti au pouvoir.

L'agitation a tourné à l'affrontement entre forces de police et manifestants ayant nécessité un déploiement de l'armée à Redeyef, principale ville minière de la région, où plusieurs personnes ont été blessées et un jeune manifestant tué par balles le 6 juin. Le président tunisien a souligné son "refus de toute exploitation de ces évènements ou d'autres pour porter atteinte à la sécurité publique et nuire aux biens de l'Etat et des particuliers", a-t-il averti dans son discours.

Au lendemain des affrontements, il avait fait limoger le directeur général de la CPG et les meneurs du mouvement de la protestation sociale du bassin minier ont été incarcérés et inculpés, dont le porte-parole, Hichem Hajji, un syndicaliste dissident.

La CPG est le principal employeur dans la région riche en phosphates mais où le chômage dépasse largement le taux national officiel de 14% et frappe particulièrement les diplômés de l'université. Les mesures annoncées mercredi visent à créer des emplois, améliorer les conditions de vie et le développement économique de la région moyennant des fonds supplémentaires publics et privés.

Il s'agit de projets agricoles (arboriculture, pâturage, lutte contre l'avancée des sables) et d'infrastructures (routes, raccordement au gaz naturel, eau potable, complexes industriels, équipements culturels et sportifs) pour les différentes localités minières de la région.

Sont notamment au programme une cimenterie et une fabrique de triacide de phosphate, un programme de formation pour les jeunes et un circuit touristique intégrant les sites berbères de la région enclavée dans le sud-ouest proche de la frontière algérienne. (AFP, 16-7-2008)

22:11 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gafsa, Bassin Minier, Ben Ali

Toutes les notes