dimanche, 13 juillet 2008
Leaders controversés invités aux cérémonies du 14 juillet
L'invitation faite aux dirigeants présents pour le lancement à Paris de l'UPM suscite quelques réactions :
L’honneur fait au fils Assad constitue une belle réhabilitation. Bachar est l’héritier d’un régime qui a trempé dans l’assassinat d’un ambassadeur français, dans l’attentat du Drakkar contre des Casques bleus français, dans plusieurs prises d’otages français, sans parler de l’assassinat de Hariri. On peut comprendre la colère des militaires contraints de saluer le jour de la fête nationale le digne fils de son père.
Il serait naïf de faire des droits de l’homme le critère absolu d’une diplomatie. Au sud de la Méditerranée, peu de pays passent le trébuchet d’Amnesty International et, en lançant cet ambitieux projet, Sarkozy savait qu’il devrait travailler avec pas mal d’autocrates. Le dessein de l’Union pour la Méditerranée signifie l’inclusion de tous les pays riverains de cette mer qui a trop souvent séparé plutôt que réuni les pays du Nord et du Sud. Mais la diplomatie est aussi affaire de symboles. Pourquoi offrir une place à la tribune le 14 juillet, jour qui célèbre l’idée neuve de liberté, à des hommes comme Assad, Moubarak, Ben Ali ou Bouteflika. Pour les peuples de la Méditerranée, cette présence sera perçue comme un soutien affiché de la France à leurs dirigeants dynastiques, corrompus et bien évidemment jamais confrontés à des élections libres. Que l’on ne s’étonne pas de l’impact de la propagande antioccidentale menée par les islamistes dans ces pays du sud de la Méditerranée. Le succès - réel - de la diplomatie française en réunissant ces leaders souvent ennemis n’aurait pas dû faire oublier les idéaux représentés le jour de la fête nationale.
Source :SociétéUn 14-Juillet sous le signe des Nations unies et de la polémique
AP | 13.07.2008 | 19:43Le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, lundi sur les Champs-Elysées à Paris, est placé sous le signe des Nations unies avec leur secrétaire général Ban Ki-moon comme invité d'honneur. Mais ce défilé intervient aussi cette année sur fond de polémique avec la présence dans la tribune officielle du Syrien Bachar el-Assad et dans un climat tendu par les restructurations de la carte militaire.
La cérémonie, sauf conditions météo contraires, doit débuter par le passage, à 10h45, de neuf "Alpha Jet" de la patrouille de France, suivis de 56 appareils de l'Armée de l'air et de l'aéronautique navale, dont six aéronefs membres de l'Union européenne.
Précédé par l'emblème de l'ONU (un planisphère entouré de deux branches d'olivier stylisées) un détachement de soldats français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et de Casques bleus déployés en Méditerranée (Liban, Golan, Chypre) ouvrira ensuite le défilé des troupes à pied. En clôture de la revue militaire, vers midi, sept parachutistes de l'équipe de France militaire sauteront d'un hélicoptère pour atterrir sur la place de la Concorde.
C'est là qu'est installée la tribune officielle, dans laquelle Bachar el-Assad sera présent, comme le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehoud Olmert.
De la quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement présents pour le sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée dimanche, seuls six manqueront à l'appel, dont l'Algérien Abdelaziz Bouteflika, le Tunisien Zine el Abidine Ben Ali et les représentants de la Belgique, du Luxembourg, de la République tchèque et de la Slovaquie. La présence du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan restait incertaine dimanche soir, selon l'Elysée.
20:30 Ecrit par AY dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UPM, France, Droits de l'homme
lundi, 07 juillet 2008
Le PS est très préoccupé par l’aggravation continue de la situation dans le bassin minier de Gafsa
Le Parti socialiste est très préoccupé par l’aggravation continue de la situation dans le bassin minier de Gafsa, qui ne cesse de se dégrader depuis le début de cette année. Il s’agit d’un mouvement social d’une grande ampleur, né d’une protestation contre la corruption et une politique d’emploi injuste. A ce mouvement organisé dans le durée, la seule réponse apportée à ce jour par les autorités a été faite d’arrestations et de répression policière.
Au moment où se débat le contenu de la politique méditerranéenne de la France et de l’Union européenne, le Parti socialiste tient à rappeler que les relations avec la Tunisie voisine et amie ne peuvent se bâtir que sur la base d’une coopération nord-sud équitable et ne doivent en aucun cas négliger les questions fondamentales de la démocratie et de la justice sociale.
Il ne saurait y avoir à cette situation d’autre réponse acceptable que celle de l’apaisement, qui passe par la libération du dirigeant syndical Adnane Hajji et de ses camarades détenus, par l’allègement du dispositif répressif et par l’ouverture de négociations avec les représentants du mouvement.
Le Parti socialiste demande aux autorités françaises et à l’Union européenne d’insister très fermement auprès des autorités tunisiennes pour que prévalent la sagesse et la négociation. Il réaffirme sa solidarité avec toutes celles et ceux, qui luttent en Tunisie pour faire progresser la liberté, la démocratie et la justice sociale, et il appelle tous les socialistes européens à apporter leur soutien à cette cause.
20:24 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Parti socialiste, situation dans le bassin minier de Gafsa
Abdelaziz Bouteflika à Paris dimanche pour le sommet de l'UPM
Abdelaziz Bouteflika sera présent à Paris le 13 juillet pour le sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM), a annoncé Nicolas Sarkozy, en marge du sommet du G8 à Toyako, au Japon. Le président algérien était le dernier chef d'Etat arabe à n'avoir pas encore donné sa réponse à l'invitation du chef de l'Etat français. Les deux hommes ont un entretien bilatéral de trois quarts d'heure en marge des discussions entre les chefs d'Etat et de gouvernement du G8 et huit dirigeants africains.
Selon la présidence française, Abdelaziz Bouteflika a expliqué qu'il avait attendu pour répondre à l'invitation du président français parce qu'il voulait lui annoncer personnellement sa décision de participer au sommet de l'UPM. "Le président Bouteflika m'a demandé de rendre publique la réponse. Il sera présent à Paris pour le sommet de l'Union pour la Méditerranée", a dit Nicolas Sarkozy après leur entretien. "C'est extrêmement important parce que l'Algérie joue un rôle central. Le président Bouteflika a une expérience, une autorité, qui font que sa présence autour de la table pour le sommet de l'Union pour la Méditerranée est indispensable pour le succès de ce sommet", a-t-il ajouté.
Nicolas Sarkozy a également annoncé à cette occasion que son homologue algérien "viendrait en visite d'Etat en France dans le courant de l'année 2009". L'Algérie avait fait savoir qu'elle attendait des "clarifications" sur le projet d'Union pour la Méditerranée, qu'elle jugeait "flou" et dont elle craignait qu'il ne couvre une "normalisation rampante" avec Israël. Lors d'une visite du Premier ministre français François Fillon à Alger le 22 juin, le chef du gouvernement algérien Abdelaziz Belkhadem avait émis des réserves sur l'UPM.
44 PAYS REPRESENTÉS À PARIS
Le Premier ministre algérien avait déploré que ce projet diffère des intentions initiales de Nicolas Sarkozy. Le président français a notamment dû accepter que l'ensemble des 27 pays membres de l'Union européenne participent à l'UPM et pas seulement les riverains de la Méditerranée, afin d'obtenir le soutien de ses partenaires européens, en particulier des Allemands.
Prié lundi d'expliquer ce qui avait permis de surmonter les réticences algériennes, Abdelaziz Bouteflika a répondu : "Il n'y a pas eu de résistances, il n'y a eu que des pourparlers." Ces "pourparlers" ont porté sur la forme que prendra l'UPM, le déroulement du sommet de Paris et les projets de coopération qui seront retenus, dit-on dans l'entourage de Nicolas Sarkozy.
Les 27 pays de l'UE et les 17 pays du pourtour méditerranéen non européens seront donc tous représentés dimanche, la plupart au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement. La seule incertitude concerne la Turquie, dont on ne sait pas encore qui la représentera. Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi sera absent mais représenté, assure l'Elysée. Le roi Abdallah de Jordanie enverra pour sa part son Premier ministre. En revanche, le roi du Maroc, Mohamed VI, sera bien là.
Le sommet, qui sera coprésidé par Nicolas Sarkozy et par le président égyptien Hosni Moubarak, sera précédé samedi par une réunion au niveau des experts pour régler des points techniques et mettre la dernière main à la déclaration finale. Un des problèmes à régler d'ici le sommet est le siège du secrétariat général de la future union, pour lequel le Maroc, la Tunisie et Malte sont candidats.
Emmanuel Jarry, édité par Pascal Liétout - Reuters - 07/07/08
16:56 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Union pour la Méditerranée (UPM), Abdelaziz Bouteflika
lundi, 30 juin 2008
Le Maghreb dans la stratégie de défense et de sécurité française d'aprés "le livre blanc"
Préfacé par le président français Nicolas Sarkozy, le Livre blanc sur la défense et sécurité nationale vient de sortir.
« - Le rapport propose la vision d’un monde marqué par l’instabilité : « La mondialisation ne crée un monde ni meilleur ni plus dangereux qu’il y a deux décennies. Elle dessine en revanche les contours d’un système international nettement plus instable, moins contrôlé, et donc plus inquiétant… » Ce qui irrigue le livre, c’est la multiplication des dangers, du terrorisme à l’islamisme, de la Russie à la Chine ;
- Selon ce texte, la France appartiendrait au monde occidental ; un monde qui n’est jamais défini, mais qui est menacé et qu’il faut défendre. Le retour de la France dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) est présenté comme le moyen de faire face à ces dangers. » (Présentation faite par le journal Le monde Diplomatique)
L’incertitude stratégique au premier chapitre des préoccupations majeures du document. C’est dans ce cadre que le livre blanc traite du Maghreb. Définit dans « L’ARC DE CRISE, DE L’ATLANTIQUE À L’OCÉAN INDIEN » Le Maghreb fait partie de trois des « Quatre zones critiques » qui constitue cet arc : une zone sahélienne qui va de la Mauritanie à la Somalie, le Maghreb, le Proche-Orient (Golfe compris) et le fief Afghanistan-Pakistan. « Dans cette partie du monde, au voisinage de l’Europe, au cœur d’intérêts stratégiques pour la sécurité mondiale, des évolutions essentielles modifient les données de la sécurité de la France et de l’Europe », constate le Livre blanc.
Voici le contenu du cadre résumant le point de vue sur le Maghreb Dans le document :
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Le Maghreb : coopération, risques et espoirs La région du Maghreb présente une importance particulière pour la France (histoire, communautés maghrébines, langue, énergie, coopération économique), ainsi que pour l’ensemble du sud de l’Europe. Elle connaît une situation contrastée, avec des facteurs potentiellement positifs, qu’il faut encourager, et des facteurs plus préoccupants dont il s’agit de limiter le développement. En outre, il faut compter dans cette région avec la présence de nouveaux acteurs étatiques (notamment les États-Unis et la Chine) ou non étatiques (Al-Qaida). Les facteurs les plus positifs portent notamment sur les points suivants :
Les facteurs plus préoccupants sont :
Les scénarios fondés sur la poursuite des tendances négatives actuelles conduiraient en 2025 à des situations de tension et d’instabilité préoccupantes pour l’Europe et la France. Une démarche politique globale des Européens est nécessaire. Une action européenne volontariste doit être conduite dans les domaines de l’éducation, de l’ouverture économique – pour assurer le développement, encourager l’intégration régionale et rapprocher les économies maghrébines des économies européennes –, enfin dans le domaine de la coopération en matière d’immigration et de sécurité. Cela suppose, de la part de la France et de l’Europe, une vision, des moyens et un engagement politique durable. Les risques de conflits interétatiques de haute intensité semblent limités, mais imposent une vigilance internationale. En revanche, le risque de déstabilisation découlant des facteurs internes (successions politiques, mouvements sociaux, chômage, terrorisme, etc.) est réel. D’ici quinze ans, et au-delà, seul le développement économique, politique et social peut prémunir la région contre de tels risques.
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14:59 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Maghreb, Livre blanc
mercredi, 25 juin 2008
Dans le bras de fer qui l’a opposé à la France - Le Président Laurent Gbagbo en sort gagnant
Après la visite de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères à Abidjan, un journal burkinabé estime que c’est une victoire pour le Président Gbagbo. “Une page est tournée dans les relations entre la Côte d`Ivoire et la France". Foi du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Koutchner, qui vient d`achever une visite de deux jours sur les bords de la lagune Ebrié.
L`heure est à présent au réchauffement des relations entre les deux pays, qui s`étaient littéralement dégradées avec la crise ivoirienne. A ce propos d`ailleurs, le président ivoirien ne s`était pas embarrassé de langage diplomatique pour dire qu`il dort mieux depuis que Chirac n`est plus à l`Elysée. Si, entre Paris et Abidjan, on se remet à se faire les mamours, c`est qu`il y a bien une leçon à tirer de cette nouvelle phase : il faut se garder d`intervenir entre les deux conjoints français et ivoirien. Malgré des scènes de ménage occasionnelles sur fond d`invectives, de douleurs, d`humiliations et de ressentiments de part et d`autre, ils sont si liés par le mariage d`intérêt que les projets de divorce ne vont jamais bien loin. Même s`il est vrai que la réconciliation entre les deux époux a été favorisée par l`arrivée d`une nouvelle équipe à l`Elysée qui s`emploie à réparer les "torts" causés par l`ancien locataire de l`Elysée. Reste à savoir qui a fait le premier pas pour négocier la réconciliation. "Une fois la date de l’élection [présidentielle] fixée et donc connue de tous", il était de bon ton que Bernard Koutchner allât à Abidjan pour un réchauffement effectif des relations. Un bel argument s`il en est, pour aller vers la Côte d`Ivoire, et espérer, dans le même temps, son pardon. Et pour en rajouter à l`argument, Paris affirme que Laurent Gbagbo a promis de "faire tout ce qui lui est humainement possible pour que la date du 30 novembre soit tenue". La France, pour sa part, a été tellement frappée par le cours heureux des événements qu`elle est disposée à accompagner la Côte d`Ivoire dans la préparation du scrutin de novembre prochain. Elle devrait apporter sa contribution à hauteur de 2 millions d`euros.
Reste que si la bonne "atmosphère politique" qui prévaut actuellement à Abidjan, pour reprendre les termes du french doctor, se raffermissait, la Côte d`Ivoire n`en serait pas la seule bénéficiaire. On sait combien la France et ses citoyens comptent d`intérêts multiformes dans ce pays qui demeure dans la sous-région ouest-africaine, l`Eldorado des milieux d`affaires français. A la faveur des tristes événements de novembre 2004, les opérateurs économiques français avaient dû regagner, la mort dans l`âme, leur pays d`origine. Puis, une fois que les choses semblaient revenues à la normale, ils se sont empressés de retourner dans leur "seconde patrie", toute chose qui n`est pas sans renseigner sur les nombreux intérêts qu`ils tenaient à sauvegarder en Côte d`Ivoire. Et que dire de ces Français qui, malgré tous les risques, avaient tenu à ne pas rentrer pour des raisons autres que celles affectives qu`ils nourrissaient à l`égard de ce pays ? Après donc les opérateurs économiques français, c`est au tour des politiques de l`Hexagone de montrer combien la branche des relations entre la Côte d`Ivoire et la France peut se tordre sans jamais se casser.
Quoi de plus normal en cela quand la France tient à marquer son territoire suite à l`intrusion de concurrents sérieux dans son pré carré. Si la Côte d`Ivoire demeure, comme le remarque Bernard Kouchner, un pays potentiellement riche de ses "énergies et de ses citoyens", la France peut-elle longtemps laisser s`échapper sa "poule aux oeufs d`or"? Dans le bras de fer qui l`a opposé à la France, Laurent Gbagbo en sort finalement gagnant. Non seulement la France marque son retour en Côte d`Ivoire, mais aussi Gbagbo est toujours au pouvoir et les élections se présentent pour lui, sous de bons auspices avec la quasi-assurance que les Forces impartiales (ONUCI et Forces Licorne) seront là pour sécuriser le scrutin présidentiel. Bien plus, Gbagbo se sera présenté aux yeux de son peuple en héros national, en montrant à la face de la France une intransigeance politique lucide, en se présentant sous les traits d`un président qui ne se laisse pas conter. Au total, Laurent Gbagbo peut savourer sa victoire, tout en se réjouissant du retour de l`Hexagone dans son pays, sur fond de changement de ton favorable à la préservation des intérêts mutuellement avantageux entre Paris et Abidjan…
12:34 Ecrit par AFRICA Watch dans Afrique Sub-saharienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : africa watch, france, côte d'ivoire, laurent gbagbo
dimanche, 22 juin 2008
Alger entretient le suspense sur l'Union pour la Méditerranée
Abdelaziz Bouteflika entretient le suspense quant à la participation de l'Algérie au lancement de l'Union pour la Méditerranée, le 13 juillet à Paris, malgré les plaidoyers répétés de François Fillon. Au dernier jour de sa visite officielle en Algérie, le Premier ministre français s'est entretenu avec le président algérien durant 02h20, en présence notamment de son homologue Abdelaziz Belkhadem.
Alors qu'un journaliste interrogeait François Fillon, à l'issue de l'entretien, sur la venue d'Abdelaziz Bouteflika au sommet de l'UPM, le dirigeant algérien a répondu lui-même, laconique: "Chaque chose en son temps". "Nous avons évoqué ensemble tous les sujets, les sujets de coopération bilatérale, les sujets de coopération multilatérale comme l'Union pour la Méditerranée", a déclaré le chef du gouvernement français. "Il y a un climat de très grande franchise entre la France et l'Algérie, il y a un climat de confiance qui s'est instauré", a-t-il souligné.
L'Algérie réserve sa réponse sur sa participation au sommet du 13 juillet, réclamant des "clarifications" sur un projet "flou" dont elle craint qu'il ne couvre une "normalisation rampante" avec Israël, où Nicolas Sarkozy est attendu dimanche. François Fillon n'a eu de cesse durant sa visite de convaincre les autorités algériennes de l'utilité de l'UPM pour désamorcer les tensions au Proche-Orient. "Il n'y a aucune chance de résoudre les problèmes de la Méditerranée si on ne se parle pas", a-t-il déclaré samedi devant des étudiants algériens.
Le "pari" de l'UPM est "impressionnant". "Il est donc audacieux, il est donc difficile. Mais quand je regarde l'intégration européenne, je me dis que c'est le propre des paris qui réussissent que d'être audacieux et d'être difficiles", a-t-il dit. Même si le plaidoyer a été appuyé, l'objectif de la visite de François Fillon n'était pas de "décrocher la timbale", souligne-t-on dans la délégation française, où l'on prend en compte les incertitudes liés à la santé d'Abdelaziz Bouteflika.
"C'EST TOUT LE MONDE OU PERSONNE"
"Le climat, c'est celui d'une participation de l'Algérie", précise-t-on dans l'entourage du Premier ministre. Les Algériens s'irriteraient de la place dévolue au Maroc et à la Tunisie dans la future organisation méditerranéenne. L'Égypte a été choisie pour la vice-présidence, le Maroc serait pressenti pour le secrétariat et la Tunisie a été évoquée pour abriter le siège de l'UPM. "Il n'y a pas de position de blocage par rapport à l'implantation du secrétariat général", indique-t-on de source diplomatique française.
Le numéro un libyen Mouammar Khadafi, qui dénonce l'UPM comme un "affront" aux pays de la rive Sud, serait le seul dirigeant arabe décidé à boycotter le sommet du 13 juillet. La venue du président syrien Bachar al Assad, et son invitation consécutive aux festivités du 14-Juillet, suscite la polémique en France. L'absence de l'ancien président Jacques Chirac, dont le vif antagonisme avec les dirigeants syriens est notoire, aux cérémonies de la fête nationale est imputée à la présence de Bachar al Assad.
"C'est tout le monde ou personne", plaide un diplomate français. "C'est l'honneur du président de la République d'avoir eu le courage d'inviter tous les dirigeants", a affirmé samedi François Fillon lors d'un discours devant la communauté française. "Nous prenons des risques, mais c'est justement parce que nous prenons des risques que nous avons une chance d'obtenir des résultats", a-t-il dit.
Si François Fillon repart sans l'assurance de la visite d'Abdelaziz Bouteflika, le rapprochement militaire et nucléaire opéré sous son égide devrait remplir la timbale française. Les autorités algériennes comptent acquérir quatre frégates multimissions Fremm, assemblées par le groupe de défense naval DCNS, dont deux seraient construites en Algérie, a-t-on confirmé dans l'entourage du Premier ministre.
Des négociations sont également engagées avec le spécialiste de l'électronique de défense Thales, qui contrôle à 25% la DCNS. Eurocopter serait sur les rangs pour la vente d'hélicoptères, mais elle est notamment confrontée à la concurrence des Super-Lynx d'Agusta Westland, société contrôlée par l'italien Finmeccanica.
Sophie Louet - Reuter - Dimanche juin 22, 2008
17:40 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Algerie, France, Union pour la Méditerranée
Enquête sur le décès d'un Tunisien en centre de rétention
Une enquête a été ouverte après le décès d'un Tunisien sans papiers, samedi, au centre de rétention de Vincennes (Val-de-Marne), apprend-on de source policière. Il a succombé à une crise cardiaque et n'a pas subi de violences, dit-on de même source. Les associations de défense des étrangers estiment, de leur côté, que ce décès est imputable à la politique du gouvernement et aux conditions de séjour dans les centres de rétention.
"Cette mort de trop est à mettre au funeste crédit de cette obsessionnelle politique cruelle, brutale et inhumaine qui criminalise l'immigration", dit le Mrap (Mouvement contre la racisme et pour l'amitié entre les peuples) dans un communiqué. Il estime que le décès doit constituer une alerte sur les conditions de séjours dans les centres de rétention - où sont enfermés les étrangers sans papiers en instance d'expulsion - qualifiés "d'horreurs de la République".
Un collectif d'étrangers sans papiers a appelé à manifester devant le centre de rétention de Vincennes, dimanche après-midi. Les centres de rétention seraient actuellement surpeuplés et la tension y serait de plus en plus vive, selon les organisations de défense des étrangers. Des objectifs chiffrés annuels d'expulsions ont été fixés à l'initiative du président Nicolas Sarkozy.
Le gouvernement n'a pas atteint en 2007 l'objectif de 25.000 expulsions d'étrangers sans-papiers qu'il s'était fixé. Le Premier ministre François Fillon a indiqué que l'objectif pour 2008 était de 26.000 expulsions. Un projet de directive européenne adopté le 18 juin par le Parlement européen fixe à 18 mois la durée maximale de la rétention, très au-dessus du maximum légal français actuel, qui est de 32 jours. Le ministre de l'Immigration français Brice Hortefeux a toutefois annoncé qu'il n'entendait pas changer ce chiffre légal français.
Thierry Lévêque - Reuters - Dimanche 22 juin 2008
Centre de Rétention de Vincennes: le MRAP, l'UTIT , la FTCR appellent à un rassemblement
Après la mort d'un Tunisien de 40 ans au Centre de Rétention de Vincennes samedi 21 juin, le MRAP exprime son émotion face aux informations extrêmement graves qui lui parviennent sur l'incendie qui embrase le CRV et aurait fait plusieurs blessés.
Solidaire de l'expression de la révolte des Sans papiers ainsi que de tous ceux qui estiment que les Centres de Rétention représentent une honte pour la République, le MRAP, la FTCR et l'UTIT appellent à un rassemblement devant le Centre de Rétention de Vincennes mardi 24 juin à 18h.
Ils appellent l'ensemble des organisations qui refusent la politique de criminalisation de l'immigration ainsi que l'immonde obsession du chiffre du Ministre de l'Intérieur - dont les événements de Vincennes sont une des conséquences - à se joindre à ce rassemblement.
Source : FTCR - COMMUNIQUE – Paris le 22 juin 2008
17:40 Ecrit par TUNISIA Watch dans JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, France, Tunisien sans papiers
vendredi, 13 juin 2008
La France, son despote et leur justice
Beaucoup d’encre a coulé sur la visite d’Etat effectuée le 28 avril dernier en Tunisie par Sarkozy qui a suscité bien des interrogations. Cependant l’énigme de la mise en examen du neveu de Leila Ben Ali par la justice tunisienne pour «complicité de vol en bande organisée»*, à la demande de la justice française, quelques jours seulement après cette visite, est restée entière ;
Depuis, une grande question taraude les Tunisiens: notre « justice » serait-elle devenue une « vraie Justice » ? Va-t-elle désormais établir son pouvoir sur tous les citoyens sans discrimination ? Est-ce –que l’heure est arrivée où tous ceux qui ont violé la loi en toute impunité, vont rendre des comptes ?
Cela arrivera bien un jour, mais aucun indice ne permet d’affirmer que c’est le cas aujourd’hui ; et le régime de Ben Ali a encore de beaux jours devant lui. L’institution judiciaire, assujettie au rôle de serviteur des intérêts privés du clan au pouvoir, continue pour l’instant de couvrir d’un voile de légalité l’abus de pouvoir.
Comment alors expliquer que la justice ait pu exercer son mandat sur un membre aussi puissant et visible du clan, qui s’est particulièrement illustré par de nombreux faits d’armes dans le domaine des abus de droit et des violences ; combien sont-ils ceux qui ont fait les frais de sa vengeance personnelle et ont été jetés en prison pour lui avoir résisté ?
Quelques semaines plus tôt, à l’occasion de la campagne de condoléances présentées à la famille Trabelsi pour le décès de la mère de Leila, les biens nouvellement acquis par ce jeune âgé de 34 ans et qui ne possédait rien le jour de l’accès au pouvoir de sa tante, il y a 20 ans, sont remontés à la surface ; on y apprend qu’il est à la tête d’une holding, la « Med Business Holding », qui contrôle pas moins de 10 sociétés dans la promotion immobilière, la distribution des matériaux de construction, jusqu’au secteur agricole, où il vient d’acquérir dans des conditions controversées une propriété à Mornag de 100 hectares pour une bouchée de pain ( 200 mille dinars, soit 108 000 euros ).
Cette campagne d’allégeance qui a couvert des pages entières des quotidiens tunisiens une semaine durant, a été une mine d’information et une source d’inquiétude pour les Tunisiens;
Outre son caractère outrageusement servile et humiliant pour les citoyens, elle a permis de révéler l’ampleur de l’asservissement des institutions de l’Etat, des organisations nationales et des entreprises publiques; comme elle a donné une visibilité à l’étendue des domaines économiques contrôlés par le clan : services, construction, banques, agriculture, agroalimentaire, transport, hôtellerie (dont le plus influent est le groupe Karthago qui comprend entre autres Karthago Airlines, Koral Blue Airlines, Karthago Private Jet, Karthago Hotels, Karthago Travel Services et qui vient de prendre le contrôle de Nouvelair)...etc. Cette insolente démonstration de force fut stoppée après quelques jours, à l’initiative d’amicales recommandations sur le danger de potentielles réactions néfastes et aussi par crainte du mauvais œil ; et l’œil des Tunisiens était, il faut reconnaître, plutôt malveillant face à cette démonstration.
Nul besoin d’être prophète pour deviner qu’on ne peut pas détenir un tel pouvoir, jouir d’un tel appui au sommet de l’Etat et être comptable de ses actes devant la justice.
Un mandat international avait été lancé en janvier 2008 contre Imed et Moez Trabelsi (son frère) par le parquet d’Ajaccio pour leur implication dans le vol d’un bateau (http://www.kalimatunisie.com/article.php?id=71 ) appartenant à un puissant banquier proche de l’Elysée ; L’affaire aurait été probablement classée n’eut été la qualité de la personne lésée par ce vol ; Il semblerait que Ben Ali ait cédé à une demande de Sarkozy de voir la justice tunisienne « donner suite » à la commission rogatoire lancée par la justice française.
Ce que l’on a pu constater, en tous cas, c’est qu’à peine l’avion présidentiel français avait-il décollé de Tunis Carthage que deux magistrats français (Risson et Thorel) arrivaient à Tunis pour interroger les personnes impliquées dans ce vol, et essentiellement Imed et Moez Trabelsi;
Tout semble indiquer que la coopération du parquet tunisien faisait partie du deal conclu à Tunis : appui inconditionnel à Ben Ali contre collaboration judiciaire et sécuritaire !
On n’insistera jamais assez sur le fait que cette visite d’Etat du président de la France constituait un appui salvateur d’un poids significatif et sans précédent, au régime de Ben Ali, depuis son accession au pouvoir ; Sarkozy n’a pas été avare en compliments, déclarant, contre toute évidence, lors du dîner offert par son homologue tunisien : "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer."; il précisera, néanmoins aux journalistes en off « « bien sûr qu’il n’y a pas de démocratie en Tunisie. Mais on n’y a pas les mêmes critères qu’en France ». Pas plus qu’il n’a ménagé son engagement politique et économique aux côtés d’un régime qui s’essoufflait et qui ne savait comment faire face à une crise économique et sociale qui pointait son nez à la faveur d’un contexte mondial récessif ; Les derniers événements de Gafsa et de Feriana en sont un révélateur et forment la partie émergée de l’iceberg.
Bien sûr, la controversée « Union pour la Méditerranée », la lutte contre l’immigration illégale et le terrorisme étaient au coeur de cet échange de bons procédés, mais l’affaire de yacht volé faisait, sans nul doute, partie du package ;
Ainsi Ben Ali s’est-il trouvé dans la fâcheuse position de mettre un membre du clan en posture de rendre des comptes ; raison d’Etat oblige ! Quitte à lui dresser les filets qui freineront sa chute ; et les filet étaient bien là : Imed Trabelsi est jugé par la justice de son oncle par alliance, bien moins regardante que la justice française ; et qui saura donner un aspect purement formel à cette poursuite.
L’absence de Leila des cérémonies d’accueil de l’illustre hôte, officiellement excusée pour le deuil de sa mère, (en réalité elle se trouvait à Dubai) prends une tout autre éclairage ; celui de son opposition à la démarche de la justice française contre son neveu, en soi iconoclaste et dégradante;
Gageons qu’on trouvera un bouc émissaire qui s’auto chargera du délit et innocentera l’impudent neveu ; ainsi tout le monde sortira gagnant dans cette affaire, illustration de ce que Sarkozy aime à nommer « contrat gagnant-gagnant » ; Justice aura été rendue au banquier privilégié et le neveu sortira blanc comme neige de cette affaire qui lui aura appris que, même dans le monde de la mafia, il y a des règles à respecter et des précautions à prendre.
Le vrai perdant dans cette affaire, ce sont les Tunisiens qui se sont sentis, eux, doublement humiliés ;
- Par la France et son président qui a envoyé un message à peine voilé de racisme politique, dont la substance serait « les Tunisiens doivent se satisfaire de leur « despote éclairé », parce qu’il est un bon serviteur des intérêts français et européens et ils doivent enterrer leurs aspiration à la liberté et mettre une croix sur un quelconque soutien à une éventuelle démocratisation de leur régime ».
- Par Ben Ali, qui leur a encore une fois dénié tout droit à l’information, entourant cette affaire d’une opacité totale – seule l’AFP a rendu compte, laconiquement, de l’arrivée des 2 magistrats français- et démontré un haut degré de soumission à l’ancienne puissance coloniale, pourvu qu’elle l’aide à maintenir son pouvoir absolu sur ses « sujets ».
Rappelons à ce propos, que plusieurs citoyens avaient fait une requête en Mai 2007, invoquant l’article 26 du code de procédure pénale - qui prévoit que des particuliers saisissent le procureur de la république de délits dont ils ont connaissance - demandant au parquet tunisien d’ouvrir une information judiciaire sur cette affaire qui éclabousse l’image de la Tunisie, ce qui ordinairement préoccupe la propaganda ; mais le greffe a refusé de l’enrôler.
La France, qui préside le mois prochain l’Union européenne, devrait réfléchir à deux fois à cette version française de la politique néo-conservatrice, promue par l’administration Bush et qui a démontré sa contre productivité, outre le fait qu’elle commence à passer de mode. Le mépris et l’humiliation, loin de prévenir le terrorisme, alimentent la haine et la violence. Et c’est la stabilité et la sécurité, tant recherchées, qui sont mises en danger et fragilisées.
Sihem Bensedrine – Kalima Tunisie - 11 juin 2008
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* Un mandat de dépôt a bien été émis contre Imed Trabelsi le 19 mai 2008, suite à son interrogatoire au Palais de justice à Tunis, mené par le doyen des juges d’instruction et en présence des 2 juges français, mais il n’a pas été exécuté et Imed Trabelsi n’a pas été conduit en prison, comme nous l’avions rapporté dans Kalima.
12:48 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, France, Justice, Corruption
dimanche, 08 juin 2008
El Materi, intermédiaire dans la vente d'Airbus
La mise en examen, le mois dernier en France, de Tahar El Materi, oncle de Sakher El Materi, gendre préféré du président Ben Ali, par le juge d'instruction Patrick Ramaël, pourrait gêner le bon déroulement du business franco-tunisien. Cette situation judiciaire empêche toute personne de signer de nouveaux contrats commerciaux avec les grandes entreprises. Or, selon nos informations, Tahar El Materi devrait servir d'intermédiaire dans la transaction Airbus/Tunisair d'un milliard Euro. Tahar El Materi préside les Laboratoires Adwya en Tunisie.
Source : MAGHREB CONFIDENTIEL
14:35 Ecrit par Mokhtar YAHYAOUI dans JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, France, Tahar El Materi, vente d'Airbus
mardi, 03 juin 2008
Le peuple des clandestins
par Smaïn Laacher
Ils sont aujourd'hui des millions de personnes à errer de par le monde à la recherche d'une vie meilleure. Dépourvus d'identité officielle, ces émigrés clandestins dérangent le droit, la législation nationale, les conventions internationales, la nation et les autres immigrés depuis longtemps installés dans leur pays d'adoption.
Partir de chez soi ne va jamais sans la conviction d'un retour au foyer. Se pose alors une question essentielle et encore très peu explorée : comment demeurer, à ses yeux et aux yeux des autres, une personne quand l'univers de l'étranger est régi par des normes d'exception et l'absence de droits ?
Ces parias, en nous prêtant leurs yeux et leurs mots, nous font aussi découvrir ce qui peut les fasciner dans nos pays.
Qu’est-ce que l’immigration ?
J’ai donc été invité ce soir à vous parler de mon dernier livre intitulé « Le peuple des clandestins » que j’ai publié en avril 2007 chez Calmann-Lévy. Pour dire les choses un peu comme Michel Foucault, terminer un livre c’est commencer à l’oublier ; et surtout un livre offre un excellent prétexte pour parler d’autres choses. Le rapport à ce qu’on l’on a écrit change au fil du temps. Mais rassurez vous je vais vous parler de l’immigration et cela ne sera pas sans rapport avec mon dernier livre.
Qu’est-ce que l’immigration ? Chaque jour, des personnes compétentes et d’autres moins, disent des choses sur l’immigration. S’il est si facile de parler de l’immigration, c’est que tout le monde est soit national soit étranger. Tout le monde a en effet une expérience pratique et juridique de ce que c’est qu’un étranger ou de ce que c’est d’être un étranger. Mais à l’inverse, tout le monde ne pourrait pas parler du Conseil d’État du Conseil constitutionnel ou du mode de fonctionnement institutionnel du Conseil européen et de ses relations avec le Parlement européen, par exemple. L’immigration et les thèmes qui lui sont liés offre cette particularité que tout le monde peut s’en emparer pour dire quelque chose qui n’est pas obligatoirement entaché d’illégitimité.
La première question que l’on doit se poser lorsque l’on parle de l’immigration c’est : « est-ce que parler de l’immigration c’est parler des immigrés ? » Et quand on parle des immigrés, parle t-on de l’immigration ?
En fait, ces deux mots renvoient à des univers différents qui ne sont pas dotés du même régime d’historicité.
L’immigration c’est d’abord un rapport historique de domination entre sociétés. Parler d’immigration c’est d’abord parler de processus historique, de système de relations entre des organisations sociales différentes, de choses qui se sont nouées au fil de l’histoire entre des sociétés.
Les immigrés, la condition d’immigré c’est d’abord une condition ontologique. C’est une manière d’être dans le monde, plus précisément une manière dans le monde des autres.
S’il y a bien un sujet où tous les mots posent problème, c’est bien celui de l’immigration. D’où l’importance d’être au clair sur la définition et l’objet de l’étude. Pas seulement par souci scientifique mais tout simplement pour éviter de dire n’importe quoi sous prétexte que le propos porte sur l’immigration.
Dans ce domaine, plus que dans beaucoup d’autres, les mots produisent des effets de réel considérables. Ne gagne t-on ou ne perd t-on pas les élections dès que l’on aborde ce sujet ? Dès que ces populations sont au centre de controverses publiques, c’est-à-dire politiques ?
En réalité, lorsque l’on parle de l’immigration et de l’immigré, on parle de l’étranger.
L’étranger c’est d’abord l’État qui le désigne. Pas n’importe quel État : l’État national. Un étranger pour l’État et ses institutions c’est celui qui se définit par sa condition d’expulsabilité même si celui-ci n’est jamais expulsé. Tout le monde le sait. L’étranger c’est aussi celui qui n’était pas là depuis le début ; c’est celui qui n’a pas toujours compté et qui n’a pas toujours été compté dans la communauté nationale. Ici aussi, tout le monde sait et connaît celui qui n’était pas là depuis le début. Une des revendications de celui qui n’était pas là depuis le début c’est de demander à ceux qui étaient là depuis le début de faire partie de la communauté, de compter enfin pour quelque chose, d’être compté dans la totalité.
La mémoire n’est qu’une autre manière euphémisée de faire de la politique.
Une illustration concrète de ce que je suis en train de dire: tous les topos sur la mémoire depuis quelques temps (début des années 80) en France disent : « oui, nous n’étions pas là depuis le début, c’est vrai vous nous avez pas compté avec vous, oui, c’est vrai nous n’avons pas de passé en commun mais ce n’est pas parce que nous n’avons pas de passé en commun que nous ne pouvons pas avoir d’avenir en commun ». La mémoire n’est qu’une manière euphémisée de faire de la politique. Lorsque on regarde de près les travaux sur la mémoire, en particulier toutes les activités liées à ce thème financées par les institutions publiques, on s’aperçoit sans difficulté que la mémoire est principalement envisagée en tant qu’objet culturel (cinéma, littérature, théâtre, musique …), et qu’est ce que disent les producteurs de mémoire, et bien ils disent ceci : il faut dorénavant intégrer les immigrés et leurs enfants dans la communauté nationale pour que nous puissions bâtir ensemble un avenir commun. Et ils ajoutent : vous ne pouvez plus nous oublier car nous sommes inscrits dans l’histoire et le peuple de France, nous sommes constitutifs de l’histoire du peuplement de la nation française. L’histoire du peuplement de la France c’est l’histoire de ceux qui n’étaient pas là depuis le début et que l’on a inclus et qui se sont inclus au fil du temps.
Certains parviennent à se naturaliser socialement c’est à dire à disparaître comme un problème national dans l’espace national, tandis que d’autres posent des problèmes à l’ordre national. Ce n’est pas un hasard si ce sont ceux qui, à tort ou à raison, posent un problème à l’ordre national qui rappellent, non par la politique mais par la mémoire, par la culture et par l’histoire, qu’ils font partie de la communauté.
19:17 Ecrit par TUNISIA Watch dans Droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Immigration Clandestine, Droit d'asile, ACAT





