lundi, 07 juillet 2008

Appel à un meeting de solidarité avec les luttes au Maghreb

Des événements d'une gravité exceptionnelle se multiplient dans les trois pays du Maghreb, portés notamment par les jeunes chômeurs et diplômés chômeurs, les étudiants, les syndicalistes...

En Tunisie, un vaste mouvement de protestation et de révolte anime les populations du bassin minier de Gafsa depuis le début de l'année suite aux résultats d'un concours d'embauche jugé frauduleux. Encerclés et harcelés par la police et l'armée, les habitants se battent pacifiquement, au quotidien, pour l'emploi et le droit à une vie digne.

Multipliant les manifestations, grèves et actions diverses, ils réclament l'ouverture de vraies négociations sur l'emploi et les conditions de vie... Ce mouvement démontre une organisation et une solidarité populaires fortes autour de revendications sociales, économiques et politiques structurées, et va à l'encontre des idées reçues sur l'absence d'opposition et la léthargie de la population. Le pouvoir tunisien y répond depuis juin en emprisonnant et torturant massivement les jeunes, en arrêtant plusieurs dirigeants du mouvement de protestation, en les inculpant de délits graves, en conduisant des interrogatoires musclés.

Au Maroc, les événements de Sidi Ifni illustrent à leur tour le niveau de dégradation de la situation sociale et des conditions de vie qui se manifestent dans tout le Maroc de manière croissante par des mouvements sociaux multiples revendiquant le respect des droits économiques et sociaux. La répression d'État qui leur est opposée témoigne d'une férocité qui tranche avec les promesses démocratiques du nouveau régime.

Après les graves répressions politiques qu'a subies la Kabylie, les villes algériennes connaissent désormais régulièrement des révoltes incontrôlées, expression de nouvelles formes de protestation dans un champ politique fermé sans que l'on discerne, après la flambée de violences d'Oran, jusqu'où ce type de révoltes peut mener.

Face à ces évènements, les régimes des trois pays durcissent leurs positions vis-à-vis des revendications sociales, s'appuyant sur une gestion par la torture et des exactions humiliantes, dans un contexte inquiétant d'inflation des prix des biens et services de base et d'accélération du mouvement de vente au secteur privé des services et infrastructures publics. Les alliances euro-maghrébines pour le contrôle des migrations prennent également une ampleur sans précédent dans les trois pays ainsi qu'en Libye, donnant jour à la prolifération de véritables camps d'internements. A plus long terme, il faut craindre une nouvelle période de grande instabilité dont les principales victimes seront les pauvres et les classes moyennes marginalisées.

Nous devons dans ce contexte nous organiser pour suivre l'évolution de la situation, dénoncer toutes les atteintes aux droits humains et soutenir la contestation pacifique pour le droit au travail et à une vie digne et meilleure. Nous devons faire pression sous toutes les formes appropriées pour aider les peuples du Maghreb en cette période de présidence française de l'UE et de lancement de l'initiative de l'Union pour la Méditerranée le 13 juillet 2008 à Paris, pour laquelle sont invités les chefs d'États maghrébins.

Premiers signataires : Solidaires, FSU, CNT, AMF, ATMF, FTCR, CRLDHT, Cedetim, ATTAC, Syndicat de la Magistrature, ATF, Comité de soutien aux habitants du bassin minier de Gafsa-Paris, Droits Devant ! ! , FMVJ-France, AFASPA, MRAP, association Immigration Développement Démocratie, Stop Précarité, SNAPAP, Euromarches , GRAPR/NAD (Groupe d’actions pour la promotion rurale, Congo RDC), Re-So (dialogue de jeunes Euro-Maghreb), Alternatives Etudiantes, ZEP (Zone d'écologie populaire), CCIPPP, No-Vox, CORELSO, AFAPREDESA-France, ….

Avec le soutien de : Les Verts, PDP, PCOT, OCR, PCF, LCR, ETTAJDID-FRANCE, COORDINATION NATIONALE DES COLLECTIFS UNITAIRES, Les alternatifs, PCOF, La voie Démocratique, Parti de l'avant garde démocratique socialiste Maroc (PADS), ….

16:15 Ecrit par TUNISIA Watch dans Droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Maghreb, protestation

lundi, 30 juin 2008

Le Maghreb dans la stratégie de défense et de sécurité française d'aprés "le livre blanc"

Préfacé par le président français Nicolas Sarkozy, le Livre blanc sur la défense et sécurité nationale vient de sortir.

« - Le rapport propose la vision d’un monde marqué par l’instabilité : « La mondialisation ne crée un monde ni meilleur ni plus dangereux qu’il y a deux décennies. Elle dessine en revanche les contours d’un système international nettement plus instable, moins contrôlé, et donc plus inquiétant… » Ce qui irrigue le livre, c’est la multiplication des dangers, du terrorisme à l’islamisme, de la Russie à la Chine ;

- Selon ce texte, la France appartiendrait au monde occidental ; un monde qui n’est jamais défini, mais qui est menacé et qu’il faut défendre. Le retour de la France dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) est présenté comme le moyen de faire face à ces dangers. » (Présentation faite par le journal Le monde Diplomatique)

L’incertitude stratégique au premier chapitre des préoccupations majeures du document. C’est dans ce cadre que le livre blanc traite du Maghreb. Définit dans « L’ARC DE CRISE, DE L’ATLANTIQUE À L’OCÉAN INDIEN » Le Maghreb fait partie de trois des « Quatre zones critiques » qui constitue cet arc : une zone sahélienne qui va de la Mauritanie à la Somalie, le Maghreb, le Proche-Orient (Golfe compris) et le fief Afghanistan-Pakistan. « Dans cette partie du monde, au voisinage de l’Europe, au cœur d’intérêts stratégiques pour la sécurité mondiale, des évolutions essentielles modifient les données de la sécurité de la France et de l’Europe », constate le Livre blanc.

Voici le contenu du cadre résumant le point de vue sur le Maghreb Dans le document :

 

Le Maghreb : coopération, risques et espoirs

La région du Maghreb présente une importance particulière pour la France (histoire, communautés maghrébines, langue, énergie, coopération économique), ainsi que pour l’ensemble du sud de l’Europe. Elle connaît une situation contrastée, avec des facteurs potentiellement positifs, qu’il faut encourager, et des facteurs plus préoccupants dont il s’agit de limiter le développement. En outre, il faut compter dans cette région avec la présence de nouveaux acteurs étatiques (notamment les États-Unis et la Chine) ou non étatiques (Al-Qaida).

Les facteurs les plus positifs portent notamment sur les points suivants :

  1. – la transition démographique,
  2. – le potentiel économique,
  3. – la coopération entre les deux rives méditerranéennes,
  4. – l’abandon des programmes d’armes non conventionnelles en Libye.

Les facteurs plus préoccupants sont :

  1. – les déséquilibres sociaux (taux de chômage parmi les plus élevés du monde, développement très inégalement réparti),
  2. – les insuffisances des systèmes d’éducation,
  3. – la dégradation environnementale et l’urbanisation non maîtrisée. Ce facteur sera aggravé par l’évolution climatique qui va augmenter la rareté des ressources en eau dans une région déjà proche de la pénurie (5 à 6 fois moins qu’en France),
  4. – l’augmentation de l’émigration clandestine,
  5. – l’exposition des États du Maghreb au transit, voire à l’immigration de migrants d’Afrique subsaharienne en nombre toujours plus élevé (plusieurs millions dans la zone du Maroc à la Libye),
  6. – les blocages politiques qui nourrissent l’extrémisme,
  7. – l’implantation de la mouvance d’Al-Qaida en Afrique du Nord.

Les scénarios fondés sur la poursuite des tendances négatives actuelles conduiraient en 2025 à des situations de tension et d’instabilité préoccupantes pour l’Europe et la France. Une démarche politique globale des Européens est nécessaire. Une action européenne volontariste doit être conduite dans les domaines de l’éducation, de l’ouverture économique – pour assurer le développement, encourager l’intégration régionale et rapprocher les économies maghrébines des économies européennes –, enfin dans le domaine de la coopération en matière d’immigration et de sécurité.

Cela suppose, de la part de la France et de l’Europe, une vision, des moyens et un engagement politique durable.

Les risques de conflits interétatiques de haute intensité semblent limités, mais imposent une vigilance internationale. En revanche, le risque de déstabilisation découlant des facteurs internes (successions politiques, mouvements sociaux, chômage, terrorisme, etc.) est réel. D’ici quinze ans, et au-delà, seul le développement économique, politique et social peut prémunir la région contre de tels risques.

 

14:59 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, Maghreb, Livre blanc

samedi, 21 juin 2008

Hélé Béji : Autopsie des nationalismes post-indépendances

c86c92942036c297b29c9185162d7988.jpgSpécialiste en anthropologie de la décolonisation, notamment la critique des nationalismes post-indépendances, la philosophe tunisienne, Hélé Béji, a été invitée, jeudi 19 juin, par Les Débats d’El Watan à l’hôtel El Djazaïr (Alger) pour parler de son ouvrage lucide et audacieux Nous, décolonisés, édition Arléa 2008.

D’emblée, l’essayiste résume la définition de la décolonisation : « Liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais elle est la plus malheureuse de toutes, car elle n’a pas tenu ses promesses. » Voilà le ton donné pour cet essai rigoureux sur la grande épopée de la décolonisation et ce qu’elle est devenue, un demi-siècle après. L’oratrice part d’un constat : Nous, décolonisés, nous ne sommes pas devenus de vrais humanistes, libres. Pourquoi ? Pour elle, l’énergie plébéienne et l’énergie savante de cette partie du monde ne sont pas parvenues à se doter d’un humanisme politique digne de ce nom. Puis elle précise : « Je ne veux pas dire par-là qu’individuellement, nous ne sommes pas humanistes. » Partout «dans nos contrées, j’ai découvert et rencontré des individualités admirables, originales et créatives ». Or ce qui manque précisément à cet humanisme que chacun de nous porte en soi, c’est sa traduction politique. Le mot est lâché. L’essayiste souligne que la décolonisation est l’explosion d’un humanisme universel qui n’a pas trouvé une traduction politique, un faire politique digne de ce nom. La décolonisation est l’expérience du XXIe siècle la plus orpheline de langage politique. Elle cite l’exemple de la liberté d’expression qui, même quand elle existe, comme ici en Algérie, n’a pas de véritable existence politique si elle ne peut pas déboucher sur un faire politique digne de ce nom. Elle résume son analyse : « Je parle de la traduction politique de notre humanisme, qui reste lettre morte, qui ne parvient pas à une véritable reconnaissance collective. » Nous, décolonisés n’hésite pas à mettre le décolonisé face à ses responsabilités dans le destin du monde.

Hélé Béji indique que les défauts du politique sont inhérents à chacun de nous, ils ne sont pas extérieurs à nous et ils ne nous sont pas totalement étrangers. « Chacun de nous, qu’il soit responsable politique ou pas, a sa part de responsabilité dans ce défaillant vivre-ensemble », dira-t-elle. Dans cette veine, l’oratrice indique qu’« il faut se garder d’opposer la société civile à la société politique. Autrement dit, croire que d’un côté il y a une structure politique qui ne génère que du mauvais, et de l’autre une structure civile qui ne génère que du bon ».

Moralité : « Il faut garder la conscience aiguë que rien de ce qui nous arrive ne nous est complètement étranger. » Conclusion : « Nous sommes responsables de la dépossession politique d’après l’indépendance, c’est-à-dire que si nous avons été dépossédés de notre histoire par le colonialisme, nous n’avons pas pris garde que nous prenions le relais, et que nous devenions nous-mêmes les continuateurs, les auteurs de cette dépossession. » Pourtant, la décolonisation a donné « un corps historique » à ce qui était réservé à une élite du genre humain, aux Européens.

Elle a élargi le principe des Lumières à tous ceux qui en étaient exclus, en lui donnant une incarnation universelle. La décolonisation aura débarrassé le genre humain du fascisme et de toute domination fondée sur l’inégalité des races. Mais, rétorque-t-elle non sans regret, ce programme ne s’est pas déroulé comme prévu, cette promesse n’a pas été tenue. « Nous avons d’abord été victimes de notre orgueil culturel », explique-t-elle. « On n’a pas pris garde aux nouvelles formes de domination qui pouvaient naître du peuple des dominés, de nos propres déterminismes culturels », ajoute la conférencière. Pour elle, la domination n’est pas seulement extérieure, mais elle peut être intérieure. Plus grave encore est cette tentation permanente d’en rejeter la cause à l’extérieur. « Il nous faut toujours des coupables étrangers », dira-t-elle, comme si au fond, nous refusions notre propre liberté, notre indépendance, comme si la décolonisation n’avait pas eu lieu. Ainsi, désir de civilisation sur le modèle européen d’un côté, volonté de conservation de notre être historique de l’autre : c’est presque la quadrature du cercle. « Nous sommes les seuls à détenir les clés de cette métamorphose de valeurs culturelles en valeurs politiques », souligne Hélé Béji. Mais la philosophe indique que nous avons, paradoxalement, un privilège : appartenance à deux rives, deux mondes, déchirement, car, justement, colonisés. Et cette double appartenance, que nous croyons être notre tare, est au contraire notre force.

Qui est Hélé Béji ?

- Hélé Béji est née à Tunis en 1948. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné la littérature à l’Université de Tunis, puis a occupé un poste de fonctionnaire internationale à l’Unesco. Elle a fondé en 1998 le Collège international de Tunis. Cette Tunisienne a mené en particulier des recherches portant sur l’anthropologie de la décolonisation qui lui ont permis d’écrire un essai « Le Désenchantement national », Maspéro 1982, essai sur la décolonisation, « L’Œil du jour », roman, Maurice Nadeau, 1985 et « L’Imposture culturelle », essai, Stock, 1997, « Nous, décolonisés », essai, Arléa 2008. Elle a également collaboré à de nombreux ouvrages collectifs sur le tiers-monde et sur les questions du monde arabe.

Par Mustapha Rachidiou – El Watan - Samedi 21 Juin 2008

mardi, 20 mai 2008

Cinq projets phares pour l'Union pour la Méditerranée

beaa0475abb36853f11a5cbeb2c4836e.jpgSTRASBOURG (Reuters) - Autoroute du Maghreb, dépollution de la Méditerranée, développement de l'énergie solaire ou coopération en matière de protection civile contre les catastrophes: la Commission européenne propose cinq projets phares pour lancer l'Union pour la Méditerranée (UPM).

L'exécutif européen, qui a présenté des propositions censées être approuvées par le sommet fondateur de l'UPM, le 13 juillet prochain à Paris, n'est toutefois pas sur la même longueur d'ondes que la France, à l'origine de l'initiative, sur son pilotage. Les principaux problèmes politiques qui divisaient profondément les Vingt-Sept ont été plus ou moins réglés au prix d'une révision à la baisse des ambitions françaises.

La France voulait initialement limiter le périmètre de l'UPM aux seuls 22 pays strictement riverains de la Méditerranée, plus le Portugal, la Jordanie et la Mauritanie, ce qui avait suscité la colère de l'Allemagne, qui évoquait une division de l'UE.

Le "processus de Barcelone" entamé en 1995 entre l'UE et les pays de la Méditerranée, qui a déjà permis de signer des accords de libre-échange avec des pays comme la Tunisie, aurait été affaibli par ce projet qui prévoyait aussi de siphonner les fonds communautaires - 4,6 milliards d'euros de 2000 à 2006.

L'appellation choisie - "Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée" - illustre à elle seule les contorsions qui ont été nécessaires pour parvenir à un compromis qui maintienne l'acquis tout en donnant une impulsion à un processus dormant.

AUTOROUTE du Maghreb arabe (AMA)

L'accord s'est fait selon cinq axes: accent sur la parité Nord-Sud, valeur ajoutée par rapport à Barcelone, participation de tous, coopération régionale, concentration de l'initiative sur des projets concrets et appel à des fonds privés. Les cinq projets présélectionnés mardi répondent à ce souci de réunir 39 pays où habitent 700 millions d'habitants.

La création d'une autoroute du Maghreb arabe (AMA) reliant la Mauritanie, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye est déjà bien avancée sur une base nationale, mais il faudra connecter les réseaux et la Commission insiste sur le fait que, sans libéralisation des échanges, elle servira peu.

L'AMA est surtout susceptible d'attirer des capitaux privés grâce à des péages, d'où l'intérêt pour le projet. Les autoroutes de la mer, des trajets balisés et reliés à des infrastructures portuaires modernes, est un véritable projet Nord-Sud, pour assurer la fluidité du commerce.

Le projet de dépollution de la Méditerranée à l'horizon 2020 fait quant à lui l'objet d'un plan depuis 2006, mais l'UPM constitue un stimulant pour accélérer la résolution d'un problème grave, la plupart des eaux usées finissant sans traitement dans la mer. L'idée du plan solaire méditerranéen est de développer une énergie qui serait ensuite importée par l'Union européenne.

Enfin, la coopération dans le domaine de la protection civile est le seul projet qui n'est pas susceptible d'attirer des investissements privés, mais il permettra de mieux lutter contre des fléaux provoqués par le réchauffement climatique. Les autres projets en cours, comme la création d'une zone de libre-échange euro-méditerranéenne d'ici à 2010 ou la promotion de l'éducation, sont bien entendu maintenus pour permettre au Sud de la Méditerranée de tirer profit du marché européen.

BISBILLES INSTITUTIONNELLES

L'autre grande innovation de l'UPM est institutionnelle. La Commission, qui a beaucoup à perdre dans l'exercice, dans la mesure où le pilotage du processus par des sommets tous les deux ans et un secrétariat impliquant le Nord et le Sud, risque de lui échapper, entend marquer son territoire. Ainsi, les Vingt-Sept ont-ils décidé que l'UPM serait pilotée par deux co-présidents, un du Sud et un du Nord.

Pour le Sud de la Méditerranée, la Commission ne conteste par qu'il devra s'agir d'un chef d'Etat en exercice et la France promeut la candidature du président égyptien Hosni Moubarak. Mais du côté européen, elle rappelle qu'à partir de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er janvier 2009, les relations extérieures de l'UE seront assumées par le président du Conseil européen et le président de la Commission. Nicolas Sarkozy présidera donc le premier sommet mais il cèderait la place à ce duo alors qu'il voulait qu'un pays riverain du Nord de la Méditerranée soit co-président.

La localisation du secrétariat qui sera chargé de piloter l'UPM n'est pas précisée - la France pense à Tunis mais Malte et le Maroc sont également candidats - et la Commission veut lui adjoindre un "comité de direction" composé de représentants du Sud et du Nord qui serait, lui, basé à Bruxelles.

Des interrogations subsistent aussi sur la participation des pays du Sud de la Méditerranée au premier sommet. Si l'Egypte, la Jordanie, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, l'Algérie, l'Autorité palestinienne, le Liban, la Turquie, la Libye devraient en être, la participation d'Israël risque de réduire cette liste et la Syrie pourrait être absente.

Il s'agit là d'un avant-goût de ce qui risque de se passer lors des sommets de l'UPM qui se dérouleront tous les deux ans: pourront-ils adopter une déclaration politique commune, comme c'est prévu, si le conflit israélo-palestinien persiste? (Reuters - 20/05/08 Par Yves Clarisse)

lundi, 12 mai 2008

Liberté de la presse au Maghreb : Quelle stratégie pour faire face aux attaques contre la presse

0e60fdbb89e8ec4357f6441f18195c37.jpgLa liberté de la presse continue d’être une chimère dans les pays d’Afrique du Nord. La conférence internationale organisée par le groupe de travail pour la liberté d’expression en Afrique du Nord, (WGFENA), l’association mondiale des journaux (WAN) et l’hebdomadaire marocain Tel Quel, « Quelle stratégie pour faire face aux attaques contre la presse en Afrique du Nord ?» les 2 et 3 mai derniers à Casablanca, en a reconduit le constat.

Un état des lieux appuyé par les témoignages de journalistes et de militants des droits de l’homme en provenance des cinq pays du Maghreb, mais aussi d’Egypte, un pays qui connaît l’émergence de plus en plus influente des bloggers dans le domaine de la diffusion de l’information et de la militance politique. La rencontre, qui s’est fixé pour objectif de définir « une stratégie pour faire face aux attaques contre la presse » dans la région, a surtout permis aux professionnels et militants présents de savoir ce qui se passe réellement chez le voisin.

Entre la ferme résolution des Etats libyen et tunisien de continuer à imposer le bâillon à toute expression libre, qui plus est celle de la presse, et les louvoiements « vicieux » et imprévisibles de leurs homologues marocain et algérien sur la question, l’exemple mauritanien apparaît comme celui qui offre le plus de conditions pour l’épanouissement d’une presse libre.

Celle-ci est déjà une réalité, à en croire Abdallah Hormatallah, jeune patron du quotidien Akhbar el Youm, qui symbolise à lui seul cette nouvelle vague de journalistes pour qui tous les horizons semblent désormais ouverts.

La Mauritanie, en plus d’avoir réalisé avec succès la transition démocratique — après le coup d’Etat qui a mis fin, en 2005, au règne de Ould Tayaa — se présente comme un pays qui possède les arguments objectifs de briguer des classements plus qu’honorables dans la liste des Etats où le journaliste est libre de faire son boulot. L’on s’y apprêterait, entre autres, à ouvrir le champ de l’audiovisuel après les facilités accordées au lancement des publications qui se suffit du seul régime déclaratif (simple dépôt au niveau du ministère public).

Euphorie mauritanienne

Notre confrère ne nie pas cependant l’existence de craintes quant à l’usage qui peut être fait de cette liberté nouvelle dans une société marquée par le poids déterminant de la tribu dans la gestion des affaires publiques. Il reste que l’euphorie mauritanienne a de quoi inspirer beaucoup d’envie aux autres confrères d’Afrique du Nord.

Les Tunisiens en premier sans doute.

Sihem Bensedrine, coordinatrice du WGFENA, nous a parlé des obstacles insoupçonnables dressés par le régime tunisien devant toute velléité d’expression libre. Obstacles et surtout répression qui, en sus des emprisonnements, va jusqu’à la filature permanente de tous ceux qui osent évoquer la gestion des « maîtres du pays ».

Des sites et adresses électroniques seraient par ailleurs parasités par les « services » passés maîtres dans le domaine. Lotfi Hajji, ancien président du Syndicat tunisien des journalistes et actuellement correspondant de la chaîne El Jazeera à Tunis, parle, lui, de « répression d’usure ».

En sus de la pénalisation du délit de presse, des moyens beaucoup moins assumés sont utilisés pour noyer et vouer au discrédit toute voix discordante. Le nécessaire est fait par Ben Ali et ses soutiens, selon Hajji, pour laisser proliférer une presse « privée » dont la tâche préférée est de « dénigrer » l’opposition au moment où la porte de l’agrément reste fermée aux projets porteurs d’ambition d’indépendance vis-à-vis des gouvernants.

Naziha Rejiba, présidente de l’Observatoire pour la liberté de la presse, de l’édition et de la création (OLPEC), regrette, quant à elle, la « tiédeur » des réactions des organisations internationales et l’amenuisement des circuits de solidarité pour des militants et des journalistes qui semblent avoir épuisé les ressorts de mobilisation intérieure.

Mises l’une face à l’autre, les expériences marocaine et algérienne, sans doute les plus épaisses au Maghreb, présentent en le domaine nombreuses similitudes et points de comparaison.

En premier lieu, cette attitude ambivalente des pouvoirs publics dans les deux pays et qui semblent, dans l’un comme dans l’autre, épouser les conjonctures. Ahmed Redha Ben Chemsi, directeur du magazine Tel Quel, rappelle que de grands espoirs sont nés à l’issue de l’accession de Mohammed VI au trône. « Des horizons s’étaient dégagés, on devait tester de nouvelles frontières à la liberté. »

Une lutte citoyenne

C’est dire l’inédit d’une situation où le journaliste voyait tomber, entre autres, le tabou sur la Sahara occidental. Juste près d’une année d’ouverture avant que les saisies de journaux ne reprennent ainsi que les poursuites contres les journalistes, expose notre confrère. Un retour en arrière qui n’empêche cependant pas un dynamisme au niveau structurel puisque les journalistes marocains, leur syndicat, puis la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) sont en pleines discussions avec leur gouvernement portant sur de nouveaux projets de loi régissant la profession.

Une corporation qui semble avoir de solides assises organisationnelles en somme, mais qui continue à souffrir d’un déficit d’ancrage dans la société. Tous tirages confondus, les rotatives marocaines ne sortent que quelque 350 000 exemplaires. Autre symptôme, sur près de 107 procès intentés aux journaux en 2007, « 4 à 5 seulement » sont le fait des administrations publiques, selon Noureddine Meftah, secrétaire général de la FMEJ.

Les autres émanant de citoyens qui découvrent l’utilité de poursuites pour diffamation engagées aux fins de faire payer des dommages et intérêts aux entreprises de presse. Un phénomène non connu en Algérie, ou pas encore, puisque, comme le défendra Chawki Amari, chroniqueur à El Watan, invité à la conférence, « la bataille de l’opinion a été gagnée par les journalistes algériens ».

C’est ce que défendra également Mohamed Benchicou en pensant que même si le journaliste venait à céder sur son « droit d’écrire » devant les pressions et les tentations, le citoyen, lui, n’acceptera point d’être privé de son droit d’être informé.

La rencontre de Casablanca a été sanctionnée par un communiqué qui condamne toutes les poursuites engagées contre les journalistes dans les pays représentés. L’engagement a été, par ailleurs, retenu d’explorer d’autres mécanismes de lutte commune d’autant que la solidarité internationale ne semble plus s’exprimer avec la même conviction qu’il y a quelques années.

Source : Le Matin d’Algérie – 09 Mai 2008

Voir les rapports 2008 sur la liberté de la prese au Maroc et en Tunisie:

حرية الصحافة والإعلام في المغرب : التقرير السنوي03 مايو2008

التقرير السنوي حول حرية الصحافة في تونس - 3 ماي 2008 -

mardi, 04 mars 2008

Des Milliers de harraga Algériens internés en Libye et en Tunisie d’après la LAADH

Selon la Ligue de la défense des droits de l’homme (LADDH), des milliers de jeunes harraga ont été interceptés au large et conduits tout droit vers des centres d’internement en Libye ou vers des prisons tunisiennes.

a611124be6e8a350b429b78103f95a05.jpgC’est une révélation fracassante qu’a faite hier Kamel Daoud, membre du bureau exécutif de la Ligue de la défense des droits de l’homme (LADDH). « Des milliers » de harraga algériens échouent dans des prisons et des centres d’internement en Libye et en Tunisie.

Dans une conférence de presse animée hier, ce militant des droits de l’homme a rendu compte à la presse nationale et à l’opinion publique des résultats d’une enquête qu’il a menée sur toute la côte est du pays, notamment à Annaba. Il en ressort, d’après lui, que des milliers de jeunes harraga ont été interceptés au large et furent conduits tout droit vers des centres d’internement en Libye ou vers des prisons tunisiennes pour les plus « chanceux ».

L’orateur, qui annonce la mise sur pied d’un comité national des disparus, de la mer cette fois, attire l’attention des autorités sur la « gravité » de la situation, mais aussi sur le profond désarroi de ces « centaines » de familles qui n’ont plus de nouvelles de leurs enfants. « Ça chauffe vraiment à Annaba ! », affirme Kamel Daoud qui révèle que beaucoup de familles veulent aller directement voir les autorités tunisiennes et libyennes pour demander des nouvelles de leurs enfants « officiellement portés disparus ».

L’inquiétude de ces familles est d’autant plus grande que 64 ressortissants marocains — harraga également — auraient été « enterrés sous X dans une fosse commune ». Kamel Daoud pointe du doigt les autorités libyennes surtout coupables de faire « le sale boulot » au profit de l’Union européenne. Le dispositif de lutte contre l’immigration clandestine mis au point par l’Union européenne met à la disposition de la Libye tous les moyens matériels et logistiques (frégates, hélicoptères…) pour « pêcher » les harraga au large.

Une fois interceptés avant d’atteindre les côtes italiennes ou espagnoles, les harraga sont conduits directement vers des centres d’internement également financés par l’Union européennes au pays de Kadhafi. Puis, c’est le silence jusqu’à ce que mort s’ensuive… Voilà résumé le travail des Libyens chargés par l’UE de « cueillir » des jeunes Algériens en mer avant de les jeter dans des centres de rétention dont ils n’en sortiront probablement plus jamais…

L’arme fatale de l’UE pour Kadhafi

Il est vrai que le pays de Mouammar Al Kadhafi est redevenu, comme par enchantement, fréquentable aux yeux des dirigeants européens qui lui offrent même des centrales nucléaire… Et ce travail de piraterie est fait plus humainement, plutôt moins dramatiquement par les gardes-côtes tunisiens, d’après l’enquête de la LADDH. Ces derniers immobilisent les harraga au large et leur extorquent 100 euros chacun puis leur donnent le choix de continuer l’aventure vers la Sardaigne ou alors les raccompagner en Tunisie. Mais malheur à ceux qui font le choix de rejoindre le pays de Ben Ali. Il sont directement conduits vers… les prisons. Pour ces derniers, c’est le rêve qui vire au cauchemar.

Leurs familles, elles, subissent un drame de ne pas savoir où sont-ils, explique Kamel Daoud, soutenant que quasiment toutes les wilayas de l’Est disposent d’un quota de harraga. « De Annaba jusqu’à El Kala, presque toutes les familles sont touchées par le phénomène », affirme-t-il se basant sur une enquête sur le terrain effectuée par le comité des disparus.

Les dirigeants de la LADDH, à leur tête son président, maître Mustapha Bouchachi et maître Ali Yahia Abdenour, se sont relayés pour dénoncer le « silence » des autorités face à ce phénomène. « Ce sont des citoyens algériens, l’Etat se doit de les protéger », s’écrie maître Ali Yahia. Et à Kamel Daoud d’asséner : « On doit avoir honte du phénomène de harraga pour un pays qui amasse des pétrodollars ! »

Hassan Moali El Watan - 4 mars 2008

dimanche, 02 mars 2008

L’Australie s’excuse auprès des Aborigènes : Quand les pouvoirs arabes du Maghreb le font ?

2171ac8da1975e57aca2d407f886d310.jpgLe nouveau gouvernement travailliste australien de M. Kevin Rudd vient d’adresser au nom du pays des excuses au Aborigènes. Un pas vers la reconnaissance  de la population originaire du pays. Le capitaine Cook, en 1788, déclare l’immense île qu’il aborde terra nullius, terre vierge d’habitant. Contrairement à l’Amérique du Nord, les colons européens n’ont passé aucun traité avec les autochtones. La constitution australienne affirme par la section 127 que les Aborigènes ne constitue pas la population du pays.

Pour s'excuser officiellement auprès de la communauté méprisée du peuple autochtone australien, le Parlement australien a ouvert mardi le 12 Fevrier 2008 sa session par une cérémonie traditionnelle autochtone.

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Une vieille femme de la tribu de Ngambri tribe, propriétaire coutumier du terrain sur lequel est construit le bâtiment du Parlement, a mené cette cérémonie de «bienvenue au pays» au cours de laquelle «un bâton message», présent traditionnel, a été remis au premier ministre travailliste, Kevin Rudd.

Quand est ce que les gouvernements arabes qui ont pris le pouvoir sur l'Afrique du Nord feront le même geste par leur propre grés?  Car lorsqu’ils seront obligés de le faire, il serait certainement trop tard !

Les parlements de Rabat, Alger, Tunis, Tripoli, Bamako et de Nouakchott seraient certainement construis sur des terres de certains Imazighen, n’est ce pas ?

L’histoire nous répondra un jour.

Amazigh World – 29 02 2008

jeudi, 31 janvier 2008

Maroc : la monarchie, la démocratie et les libertés individuelles

« Dieu a placé le roi sur le trône pour sauvegarder la monarchie. Pour cette sauvegarde, le rite malékite prévoit qu’il ne faut pas hésiter à faire périr un tiers de la population aux idées néfastes pour préserver les deux tiers de la population saine. » (1)

Hassan II

Lorsque Hassan II décède en juillet 1999, après un règne de trente-huit ans, son fils aîné Mohammed VI, alors prince héritier, lui succède sur le trône alaouite. La fin de la guerre froide, la chute de l’URSS, le changement de monarque et la mondialisation ont indéniablement contribué à modifier la situation politique, économique et sociale du pays.

L’économie marocaine s’est largement ouverte aux opérateurs étrangers. L’accord d’association conclu avec l’Union européenne prévoit la création d’une zone euro-méditerranéenne de libre-échange à l’horizon 2010. En 2004, le Maroc et les Ētats-Unis ont ratifié un traité de libre-échange. Malgré les menaces d’attentats terroristes (2), le royaume du Maroc continue d’attirer les investisseurs étrangers et de nombreuses firmes transnationales délocalisent leur activité au Maroc, en raison notamment des faibles coûts de production. Le produit intérieur brut réel par habitant ne cesse d’augmenter depuis 2000, mettant un terme à la stagnation économique des années 1990. (3) Le secteur du tourisme est en croissance permanente. Plus de sept millions de touristes ont visité le Maroc en 2007. (4)

Le Maroc jouit d’une bonne image à l’étranger. Le pays joue de ses atouts : le soleil, la proximité avec l’Europe, l’orientalisme, le désert, sa gastronomie et son hospitalité légendaire. Depuis son accession au trône, le roi Mohammed VI a endossé le rôle du jeune monarque, moderne et vivant avec son temps. Fait nouveau, les portraits de la princesse Lalla Salma, l’épouse du roi, figurent dans les magazines. Elle accompagne le souverain dans certains de ses déplacements officiels et a pris une place nouvelle dans le protocole. Jusqu’à présent, l’épouse officielle du roi n’apparaissait pas en public. Mohammed VI est ainsi considéré comme un roi réformateur. D’ailleurs la moudawana, le code personnel qui régit les droits des femmes dans la société marocaine, a été modifiée sur décision royale.

Néanmoins l’interdiction de l’hebdomadaire Nichane et les multiples condamnations prononcées pour « atteinte à l’islam, à l’institution monarchique, à l’intégrité territoriale ou à l’ordre public » nous confirment qu’au royaume du Maroc de nombreuses libertés fondamentales ne sont toujours pas reconnues et respectées. La justice marocaine, un an après l’affaire des caricatures du prophète Mohammed, a condamné le magazine Nichane pour la publication, dans son édition du 9 décembre 2006, d’un dossier intitulé « Comment les Marocains rient de la religion, du sexe et de la politique ». Les blagues recensées par le journal mettent en scène le prophète, des islamistes, le roi Hassan II ou encore des Marocains confrontés au problème de la sexualité, les grands tabous de la société. En condamnant le magazine Nichane, les autorités du pays rappellent aux journalistes et à l’ensemble des Marocains qu’il existe toujours une ligne rouge qu’ils ne peuvent absolument pas franchir sans s’attirer les foudres de la justice. Au Maroc de Mohammed VI, il est toujours interdit d’aborder des thèmes touchant au roi et à la famille royale, à la souveraineté nationale - notamment le Sahara occidental - et portant atteinte à l’islam.

En 2008, le Maroc demeure une monarchie absolue fondée sur une légitimité religieuse et des traditions séculaires, mais également sur des textes législatifs qui concentrent les pouvoirs entre les mains du roi. Monarque absolu, Mohammed VI continue de s’appuyer sur une administration et des forces de sécurité aux méthodes autoritaires.

Au Maroc, le concept de la séparation des pouvoirs n’existe pas. Le roi est le chef de l’exécutif. Selon l’article 24 de la constitution, « le roi nomme le Premier ministre » et « promulgue la loi » (article 26). Le roi est également « le chef suprême des Forces armées royales » (FAR, armée marocaine) et « nomme aux emplois civils et militaires » (article 30). « Le roi accrédite les ambassadeurs auprès des puissances étrangères et des organismes internationaux. Les ambassadeurs ou les représentants des organismes internationaux sont accrédités auprès de lui. Il signe et ratifie les traités. » (article 31).

Le roi dispose également de fortes prérogatives dans le domaine législatif. Il préside le Conseil des ministres (article 25). Il « préside l’ouverture de la première session [du Parlement] qui commence le deuxième vendredi d’octobre. » (article 40). Selon l’article 28 de la loi fondamentale, « le roi peut adresser des messages à la nation et au Parlement. Les messages sont lus devant l’une et l’autre Chambre et ne peuvent y faire l’objet d’aucun débat ». Le roi peut donc proposer des textes législatifs et s’ériger en source de loi.

Le roi contrôle aussi le pouvoir judiciaire. Les jugements sont rendus et exécutés en son nom (article 83) et il préside le Conseil supérieur de la magistrature chargé de nommer les magistrats (article 86).

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samedi, 26 janvier 2008

Le Maghreb des colonies : les lycées français du soleil

2e552d90b41e18dc68d6a4c42024aec9.jpgUn petit jeu, d’abord : quel est le point commun entre Claudia Cardinale, Bertrand Delanoë, Philippe Seguin ou Alexandre Arcady ? La réponse, elle est de l’autre côté de la Méditerranée, dans le souvenir de ces "lycées français du soleil" comme les appelle Effy Tsélikas dans son livre coécrit avec Lina Hayoun aux éditions Autrement. Tunisie, Algérie, Maroc : combien sont-ils à y avoir user leurs fonds de culotte sur ces bancs baignés de soleil ? Combien ont posé sur la photo de classe sur fond de mer turquoise, de palmiers, et de bougainvilliers ? Un Français sur trois aurait des attaches en Afrique du Nord.

Effy, élève au lycée Carnot de Tunis dans les années 70, est allée à la rencontre d’autres anciens. Comme Claudia Cardinale, qui n’oublie jamais que c’est à Tunis qu’est née sa carrière à Hollywood. " Elle est chopée, c’est le cas de le dire, vraiment à la sortie du lycée, par un metteur en scène qui passe par là avec Omar Sharif. Il voit cette jeune adolescente et tout de suite, ils vont voir la directrice du lycée, ils demandent à la prendre comme jeune actrice et le pére refuse, parce que c’est un vrai père sicilien. Et finalement, quand même, elle arrivera à ses fins. "

Ces lycées du Maghreb, c’est un siècle et demi de notre histoire, l’avant et l’après de la colonisation. " Avant, ils avaient des noms d’orientalistes, ou souvent de généraux, de grands conquérants de cette Afrique du Nord. A l’indépendance, ils ont pris des noms plus consensuels comme Marie Curie, Victor Hugo ou Pasteur. " Ils sont devenus chefs d’Etat, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, réalisateur, acteur à succès, et ont gardé entre eux ce lien ténu, invisible, avec en partage ces madeleines épicées des goûters des cours ensoleillées. " Des kokas, par exemple, c’étaient des chaussons avec du poivron et de l’harissa, du piment. On jouait avec le noyaux d’abricots à une espèce de jeu d’osselets. Et c’est vrai que c’est que là-bas qu’on trouvait ces jeux-là, et dès qu’on rencontre quelqu’un et qu’on parle de ces madeleines, ça fait tilt ! " Effy le regrette, ces lycées français, devenus payants dans les années 80, ne sont plus aujourd’hui réservés qu’à l’élite, aux notables du pays. On est bien loin des idées populaires des débuts.

  • Les lycées français du soleil,  Creusets cosmopolites du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie - Effy Tselikas et Lina Hayoun - éditions Autrement  - 270 pages - 19 €

France info - Emmanuel Langlois

21:49 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Lycés Francais, Maghreb

lundi, 21 janvier 2008

Constitution : le temps des incertitudes

 Sur la trace de la Tunisie, nous assistons en Algérie à un débat qui nous rappelle à la perfection une situation que nous-mêmes avons vécu en Tunisie en 2000/2002. Il s’agit de la révision de la constitution pour donner au président en exercice la possibilité de briguer un nouveau mandat. C’est un genre nouveau de coups d’état qui se répand dans notre région. Un coup d’état qui n’a besoin ni de police ni d’armée, c’est l’administration qui prend le relais dans une machiavélique opération complexe et étalé dans le temps qui aboutit irrévocablement à transformer un régime sans le changer. Au non de la paix, de la stabilité de la lutte contre le terrorisme on fait amplifier les menaces de dangers réels ou fictifs pour aboutir à la monopolisation de tous les pouvoir en une seule main, d’un individu ou d’un groupe bien déterminée. Au dépend des institutions, la question nationale, la chose publique est séquestrée par un seul clan et privatisée pour leur uniques dessins. Le résultat de ces complots contre les constitutions, on reste toujours dans le besoin de justifier un nouveau mandat à un président que plus aucun humain ne peut plus se mesurer à lui jusqu'à sa fin.

Le Cas Algérien :

Nous assistons aujourd’hui, à 15 mois des présidentielles — délai déraisonnable qui fait du Président Bouteflika plus un lièvre qu’un candidat potentiel — à une agitation politique qui aura atteint pour l’instant, l’effet recherché : occuper tout le monde avec cette question subsidiaire pour ne pas avoir à rendre compte au peuple algérien des véritables problèmes de la société et des défis de son époque.

Alors la question que peut légitimement se poser tout Algérien est celle de savoir que fait le pays aujourd’hui. Une partie de la réponse est que toute l’énergie politico-juridique du pays a été mise au service de la révision de la seule Loi qui n’avait pas besoin d’être amendée pour aboutir à peu près à ceci : 3 projets institutionnels qui proposent un troisième mandant de 5 ans, un 4e projet prône une formule aménagée de deux mandats de 7 ans avec une disposition transitoire qui ferait que le mandat actuel se prolongerait jusqu’à 2011, un 5e texte sous forme de mouture du FLN propose un 3e mandat avec un vice-président issu de la majorité qui ferait fonction de coordonnateur de l’action gouvernementale et succéderait au Président en cas de vacance du pouvoir et enfin, quelques travaux d’autorités juridiques nationales et internationales reconnues.

L’opportunité ou pas de réviser la loi fondamentale suppose que la vie institutionnelle d’une nation est vraiment réglée par la Constitution. Révise-t-on une constitution autrement que pour consolider les libertés individuelles et collectives ? Puisque les tenants du pouvoir du moment en ont décidé ainsi, peut-il en être autrement ? A cette question, on peut répondre par l’affirmative en regardant notre propre parcours historique et en nous inspirant de ce qui se fait de mieux ailleurs.

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17:15 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Maghreb, Algérie, Constitution

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