dimanche, 20 juillet 2008

Maroc: congrès des islamistes du PJD sur la moralisation de la vie politique

69dcb0bf41b791db38964c4d9d47b7b8.jpgLes islamistes marocains du Parti de la Justice et du Développement (PJD, opposition) ont axé samedi leur 6e congrès sur la moralisation de la vie politique pour redonner aux Marocains la confiance dans le système électoral. Les assises auxquelles assistent jusqu'à dimanche 1.500 congressistes ainsi que des délégués venus notamment d'Algérie, de Turquie, des territoires palestiniens, du Soudan et du Koweit ont pour thème : "Pas de vie politique sans crédibilité".

Une immense banderole érigée dans la salle donne le ton de ces assises qui interviennent dix mois après les élections législatives où le PJD est devenu la seconde formation du pays avec 46 sièges derrière le vieux parti nationaliste Istiqlal qui en avait emporté 52. "Nous avons choisi ce slogan car la crise de la société est profonde en raison du manque de crédibilité causé par l'écart entre les discours et l'action des dirigeants politiques du pays", a déclaré le secrétaire général Saad Eddine Othmani en faisant allusion notamment à la défection du corps électoral lors du scrutin législatif du 7 septembre 2007. Le taux de participation n'a été que de 37% contre 52% en 2002.

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"La question de la crédibilité aura des conséquences dangereuses si des efforts ne sont pas faits pour redonner de la considération à la vie politique, aux partis et aux institutions", a-t-il ajouté. "Nous voulons être parmi les autres partis politiques qui militent pour rendre la confiance aux gens", a déclaré de son côté à l'AFP, Lahcen Daoudi, secrétaire général adjoint du PJD. "Cette confiance doit d'abord être rétablie par la mise en place au sein de chaque partie d'une démocratie interne, dans la transparence" a-t-il dit avant de dénoncer ceux qui qualifient son parti d'"obscurantiste". "La caravane passe. On a tracé notre ligne (...) ce qui nous intéresse c'est la confiance du peuple", a-t-il martelé.

Selon un expert des mouvements islamistes au Maroc, Mohamed Darif, le PJD "table sur la moralisation de la vie politique" pour renforcer son assise politique. En novembre, son mouvement de jeunesse avait déjà mené une "campagne sur ce thème", a observé M. Darif. "L'importance de ce congrès réside dans le fait qu"il se tient entre deux dates: le scrutin législatif du 7 septembre et les communales en 2009. Le PJD veut adresser un message aux responsables pour qu'ils respectent le choix des électeurs", a souligné Mohamed Darif dans une déclaration à l'AFP.

Pour sa part, l'un des chroniqueurs du journal Aujourd'hui le Maroc, Jamal Baraoui estime que le PJD, à travers son congrès, vise à "contrer Fouad Ali El Himma, à intervenir dans la crise de l'Union socialistes des forces populaires -USFP, plus grand parti socialiste au Maroc- et à gérer (à l'avenir) les grandes villes'". Considéré comme un ami du roi, le jeune député Fouad Ali El Himma a créé récemment une association dénommée "Mouvement pour tous les démocrates" (MTD) dont certains membres ne cachent par leur désir de réduire l'influence des islamistes au Maroc. Quant à l'USFP, elle connaît un profond malaise depuis son échec aux élections de septembre 2007.

Le PJD "joue différemment sur les champs politique et religieux", estimé M. Baraoui. "Le PJD fonde son action sur le référentiel islamique, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique pour édifier un Maroc sur des bases solides offrant à l'ensemble de ses fils et ses filles une vie digne et une citoyenneté active", a assuré M. Othmani. Ce dernier est favori pour briguer un autre mandat à la tête du PJD.

Les congressistes du PJD ont été appelés à désigner par voie de bulletins secrets les candidats à la présidence avant le vote final. Il s'agit d'une "première au Maroc", a assuré M. Daoudi. (AFP / 19 juillet 2008)

lundi, 30 juin 2008

Tunisie : Des Plages de plaisance en attendant les plages de la liberté

db2d46feeb6d6dcd6438d85562aa63d8.jpgLe quotidien Algérien «L’Expression», a publié un (long) article sur «Le romantisme perdu de la belle saison ». Le journaliste qui dénonçait tous les inconvenions qui ont fait perdre à l’été son charme en Algérie disait « Tous les ennuis rencontrés sur nos plages n’existent pas là-bas. Et puis, point besoin de visa. L’avion n’est pas indispensable. C’est pourquoi chaque année, 1 million d’Algériens prennent la route de l’Est, parasol en bandoulière pour le planter à Tabarka, Sousse ou Hammamet. ». Jusque là l’article n’a rien d’exceptionnel ce n’est que lorsque l’auteur de l’article, le journaliste Zouhir Mebarki, va au fond de l’expression de sa libérté de penser et de s’exprimer en disant : «Si les Tunisiens ont tout des Algériens avec lesquels ils partagent beaucoup de points communs, qu’ils ressemblent à des Algériens, la différence est qu’ils forment une version «améliorée» de cette partie de nous-mêmes», Que son article interpelle les journalistes tunisiens loin de sentir cette aisance dans leur métier

Le Journaliste tunisien Oualid Chine de webmanger center réplique par ce commentaire à l’article de son collègue Algérien « Reste que les (journalistes) Tunisiens envient aussi les Algériens. Au moins sur un point. Imagineriez-vous un seul instant, la même phrase, aussi flatteuse soit-elle pour notre petit amour-propre national, réécrite en faveur de nos frères maghrébins ? Peut-on imaginer un journaliste tunisien écrivant que les Algériens sont une version améliorée des Tunisiens ? Une liberté de ton, une franchise, que peu de chroniqueurs oseraient se permettre. De quoi nous donner des envies de planter nos parasols tunisiens, sur les plages de nos voisins. Après tout, Albert Camus n’a-t-il pas chanté la beauté de la mer, à Tipaza ? Et leurs journaux (qui ne manquent décidément pas de piquant) pourraient constituer une excellente lecture d’été. »

Il est vrai que les journalistes algériens sont en passe de gagner haut la main leur combat pour la liberté de la presse et de l’expression. Aujourd’hui on peut lire sur le journal « El Watan » que La cour d’appel d’Oran a prononcé samedi après-midi l’acquittement en faveur du directeur d’El Watan, Omar Belhouchet, et de la journaliste du même quotidien, Salima Tlemçani, dans l’affaire qui les opposait à l’ex-wali d’Oran, Mostefa Kouadri. Le wali (Giouverneur) d’Oarn avait porté plainte pour diffamation suite à la publication d’une enquête sur le trafic de drogue dans la capitale de l’Ouest, réalisée par la journaliste Salima Tlemçani, ainsi qu’un entretien avec Kada Hezil, ex-DAS de la wilaya d’Oran. maître Khaled Bourayou, avocat d’El Watan à déclaré : « Je considère que depuis ces dernières années, c’est l’une des premières décisions sinon la première décision de justice qui consacre le bien-fondé de la légitimité de la presse dans la dénonciation des fléaux sociaux tels que la drogue et la corruption ». Ce dernier ajoutera que « les magistrats ont fait une perception juste sur le rôle d’El Watan et son professionnalisme dans cette affaire. Il s’agit tout de même d’une enquête sur un sujet d’une très grande importance ». Cela se passe de tout commentaire sur le lien entre liberté de la presse et indépendance de la justice et que l’expérience algérienne ne fait que confirmer.

Du coté Marocain aussi, une avant première vient d’être réalisé dans l’histoire de la presse dans ce pays. Le journal ea1a55dcf6d0b154c951c2c17d99646e.gifMarocain Tel Quel du célèbre journaliste Ahmed Benchamsi vient de publier dans son avant dernier numéro Un « Reportage-photos exclusif Au cœur du polisario » sur la situation dans le camp de réfugiés sahraoui de Tindouf en Algérie. C’est la première fois depuis le début du litige sur le Sahara occidental que des journalistes marocains effectuent un reportage dans les camps du réfugiés Sahraoui en dehors des zones contrôlés par leur pays. Indépendamment du jugement qu’on peut porter sur le résultat du reportage publié par le journal, il est clair que le journal vient de réussir à faire tomer un important tabou sur une question d’importance primordiale pour son pays comme pour tout le Maghreb.

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En Tunisie le journal algérien « El watan » comme le journal Marocain « Tel Quel » sont toujours censurés. C’est par Internet que la liberté d’expression cherche à se frayé son chemin. Les journalistes en lutte sont encore les otages de leur salaire dans un système qui continue à faire la chantage de la faim ou la liberté à tout un pays sans se rendre comte que sa propagande usée ne sert plus qu’a faire  prendre conscience à ceux qui doute encore de son anachronisme et de son discours dépassé. Le premier juillet à été déclaré journée pour la liberté d’expression par les bloggeurs Tunisien depuis l’année dernière, aujourd’hui on doit prendre conscience qu’en Tunisie Chaque journée est une journée de revendication de liberté.

Comme nos plages sont un défit à relever pour leur tourisme, leur journaux sont un défit plus relevant pour nos médias et notre combat pour la liberté d’expression.

Yahyaoui Mokhtar – Tunis 30 Juin 2008

jeudi, 26 juin 2008

Maroc : Les papetiers exigent l’intervention de l’Etat pour faire face à l’invasion du cahier scolaire tunisien

879de9e4b974fcec05ee01291cb9b1ed.jpgLes producteurs marocains de cahiers scolaires demandent au ministère du Commerce extérieur d’activer une mesure de sauvegarde d’urgence, prévue par l’Accord d’Agadir, contre le cahier scolaire tunisien.

A deux mois de la rentrée scolaire, les producteurs marocains de cahiers scolaires  réclament une mesure protectionniste contre les cahiers tunisiens. La Fédération des industries forestières des arts graphiques et de l’emballage (FIFAGE) tire la sonnette d’alarme et parle de «concurrence déloyale» fatale au secteur. «C’est dans le cadre de l’accord de libre-échange entre les deux pays que nous demandons au ministère du Commerce extérieur d’activer une mesure de sauvegarde d’urgence sur le cahier scolaire en provenance de Tunisie», affirme Aziz Qadiri, président de la FIFAGE.

Les opérateurs de ce secteur veulent activer une clause de sauvegarde temporaire prévue dans le cadre de l’accord d’Agadir, conclu en 2004 entre la Jordanie, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc, et entré en vigueur en 2007. «Le cahier scolaire n’est pas le premier secteur qui demande une clause de sauvegarde temporaire. Cette clause a été déjà activée pour la céramique suite à une alerte sur les importations espagnoles. C’est aujourd’hui au ministère du Commerce extérieur d’appliquer cette mesure sur le cahier scolaire tunisien», note M. Qadiri.

En effet, la Tunisie subventionne ses fabricants de cahiers scolaires, les rendant ainsi plus compétitifs à l’export. «La Tunisie fait du dumping. Les Tunisiens importent du papier subventionné par l’Etat, le transforment et exportent au Maroc le surplus de la production et peuvent ainsi vendre au prix coûtant», assure Adnan Kettani, membre de la Fédération des industries forestières des arts graphiques et de l’emballage. À qualité égale, et pour un cahier de 48 pages, le tunisien est à 90 centimes et le marocain à 1,20 dirham. En fait, les importations de cahiers de Tunisie sont passées de 400 tonnes en 2004 à plus de 4.500 tonnes en 2007. Pour cette année, ces importations devraient atteindre 12.000 tonnes.

Au Maroc, le secteur de la production de cahiers scolaires réalise près de 2 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Il y a cinq ans, le secteur comptait une douzaine d’opérateurs. «Aujourd’hui, il n’en reste que six. Le nombre s’est rétréci parce que le marché est fortement agressé par les cahiers tunisiens», souligne Youssef Fassi-Fihri, membre de la FIFAGE et également administrateur directeur général de Papelera de Tetuan.

C’est ainsi que certains opérateurs ont mis la clé sous le paillasson et préféré se convertir en importateurs. «En important et en transformant du papier, en admission temporaire, les Tunisiens réalisent une valeur ajoutée de 10 %, alors que l’accord de libre-échange liant les deux pays concerne des produits avec une valeur ajoutée de 40 %. En plus, les importations tunisiennes ont dépassé les 35 à 40 % de part de marché», explique M. Fassi-Fihri.

Atika Haimoud  - Aujourd’hui le Maroc - Le 25-6-2008

jeudi, 19 juin 2008

Maghreb : Le mal-être des jeunes

Chômage, vie chère, inégalités, clientélisme... Les nouvelles générations expriment leur ras-le-bol face à l'absence d'avenir. Des émeutes - partout réprimées - secouent le Maroc, l'Algérie et la Tunisie.

45e103acc115f7b5ced41f2d2cd036d8.jpgMêmes causes, mêmes effets. A Sidi Ifni, un petit port du Sud marocain, les forces de l'ordre sont intervenues, le 6 juin, pour disperser sans ménagement de jeunes manifestants qui bloquaient depuis une semaine l'accès aux quais à la suite d'un tirage au sort organisé par la municipalité pour l'embauche de trois personnes. Bilan : 44 blessés, selon les autorités.

La veille, à Redeyef, une ville minière proche de Gafsa, dans le centre de la Tunisie, un chômeur de 25 ans a été tué lors de très violents accrochages opposant la police à de jeunes protestataires. Traditionnellement frondeuse, cette région est en ébullition depuis la publication, au début de l'année, des résultats d'un concours d'entrée à la Compagnie des phosphates de Gafsa, le seul employeur (public) du bassin (voir L'Express du 15 mai).

L'Algérie n'est pas en reste. Régulièrement, des jeunes y brûlent des pneus, barrent des routes et s'en prennent aux bâtiments publics pour protester contre la "malvie". Le détonateur est souvent anodin : la défaite d'une équipe de foot, une rixe avec des policiers, la distribution, au compte-gouttes, de logements sociaux... Les émeutes durent quelques heures, ou quelques jours. Ces coups de colère accompagnés d'actes de vandalisme sont, depuis le début du printemps, de plus en plus fréquents. Au point d'être devenus l'unique forme de contestation sociale.

La colère des "diplômés chômeurs"

En avril, la ville de Tiaret, dans le centre du pays, s'est enflammée parce qu'un ministre s'était rendu sur place afin d'assister aux obsèques de jeunes harraga - candidats à l'émigration clandestine - dont les corps avaient été repêchés quelques jours plus tôt.

En mai, des émeutes ont éclaté en plusieurs endroits : à Gdyel, près d'Oran, après un suicide et la noyade d'autres harraga ; à Ouargla, dans le Sud, parce que des jeunes s'étaient sentis insultés par des propos du préfet ; à Chlef, à mi-chemin d'Alger et d'Oran, à cause du retard pris dans un programme de construction de logements. A Oran, enfin, des troubles ont agité la deuxième ville du pays : les violences, qui ont fait 300 blessés, ont été déclenchées par la relégation en deuxième division du club de foot local ! Plusieurs dizaines de manifestants ont été interpellés.

Chômage, vie chère, inégalités, clientélisme, absence d'avenir : les jeunes Maghrébins expriment dans la rue leur mal-être et leur ras-le-bol. Quand ils ne décident pas de « brûler » leurs papiers et les frontières en embarquant pour l'Europe à leurs risques et périls. Ou de s'engager dans un jihad mortifère.

La flambée des prix des denrées alimentaires, que les subventions des Etats ne suffisent plus à contenir, et la dégradation des conditions de vie qui en résulte alimentent la crise sociale. Le Maroc aura sans doute dépensé, en 2008, 40 milliards de dirhams (3,5 milliards d'euros) pour soutenir les prix des carburants, des céréales et du sucre, soit 5 % de son PIB. A long terme, c'est évidemment insoutenable.

En Algérie, la hausse du cours des hydrocarbures, qui a propulsé les réserves de change au-dessus de la barre des 80 milliards d'euros, est un motif supplémentaire d'exaspération. Mais c'est surtout le chômage des jeunes, endémique, qui ronge les trois pays, malgré une croissance soutenue.

En Tunisie, où 60 000 diplômés arrivent chaque année sur le marché du travail, le chômage des moins de 25 ans se situerait aux alentours de 20 %, au lieu de 14 % en moyenne. Plusieurs dispositifs ont pourtant été mis en place qui permettent la prise en charge par l'Etat des premiers mois de salaire, le financement de microentreprises et l'accès à des programmes de formation. Les experts estiment qu'il faudrait une croissance de 8 % pour absorber les nouveaux demandeurs d'emploi.

En outre, une bonne partie des 150 filières proposées par l'université tunisienne ne sont pas adaptées au marché du travail. Le constat est le même au Maroc, où seules quelques formations sélectives préparent aux métiers dont le secteur privé a besoin. Le pays, en plein développement, manque d'ingénieurs et d'informaticiens. Mais, selon les chiffres du Haut-Commissariat au plan, 4 demandeurs d'emploi sur 10 ont moins de 25 ans et le taux de chômage à la sortie de l'enseignement supérieur s'établit à 20,8 %.

En ville, 20 % des ménages mettent l'emploi en tête de leurs préoccupations. Depuis dix ans, chaque jour ou presque, des dizaines de "diplômés chômeurs" expriment leur colère, à l'appel de l'une ou l'autre de leurs associations, devant le Parlement de Rabat.

L'Algérie est riche... mais pas les Algériens

La violence des incidents de Sidi Ifni a été dénoncée avec vigueur par les associations de défense des droits de l'homme, ainsi que par une grande partie de la presse du royaume. Personne, au Maroc, n'a oublié les "émeutes de la faim" qui avaient fait une soixantaine de morts à Casablanca en 1981... "Les gens ont peur de l'avenir, commente Ahmed Lahlimi, haut-commissaire au plan et figure de l'Union socialiste des forces populaires, principal parti de la gauche marocaine et membre de la coalition gouvernementale. Or les Marocains, après avoir longtemps vécu dans une société bloquée, ont pris l'habitude de manifester. Les forces de l'ordre ne savent pas toujours faire face.

Il arrive qu'il y ait des bavures. Je n'en suis pas moins convaincu que c'est en laissant les gens s'exprimer, même dans la rue, que l'on évitera une explosion sociale." L'emploi est au coeur des politiques publiques et de l'Initiative nationale pour le développement humain, un programme de lutte contre la pauvreté lancé il y a trois ans. La croissance reste cependant largement tributaire des aléas climatiques, même si la situation s'est sensiblement améliorée ces dernières années. "Je n'ai pas de baguette magique", avait prévenu Mohammed VI en 1999, peu après son accession au trône.

L'Algérie, elle, est riche. Mais les Algériens, eux, continuent à tirer le diable par la queue, à s'entasser dans des appartements exigus, à vivre de petits boulots. Le taux de chômage des jeunes atteint 25 % (13 % en moyenne), le pays manque de 1,5 million de logements. Il y a aussi la hogra, un mot propre à l'Algérie, presque intraduisible, qui exprime le sentiment qu'ont les citoyens d'être méprisés par un Etat autiste face à leurs revendications. Pétrole, gaz, plaines fertiles, plages ensoleillées à deux heures de l'Europe... Les Algériens n'ignorent rien de cet énorme potentiel. Et ils enragent de vivre aussi mal alors que leur pays était celui de tous les possibles.

L’EXPRESS - Par Dominique Lagarde avec Baya Gacemi (à Alger) - le 19/06/2008

mercredi, 18 juin 2008

Le non-Maghreb marginalise l’Afrique du Nord

Par Francis Ghilès*

Depuis le 11 septembre 2001, des voix influentes en Occident tentent de convaincre qu’il existe une malédiction économique islamique. La réussite de la Turquie et de la Malaisie, tout comme les projets ambitieux de certains pays du Golfe, démontrent amplement que modernité et croissance, créativité et distribution équitable des richesses peuvent parfaitement se conjuguer au présent en terre d’Islam – il ne s’agit pas de dogme mais de géopolitique.

· Ouvrir les frontières

Force est pourtant de reconnaître les défis considérables auxquels font face de nombreux pays musulmans. Le désarroi, le désenchantement et la fragilité des jeunes, leur confrontation au chômage, et surtout le sentiment qu’ils ont d’être exclus d’une mondialisation qui se fait sans eux (et, à les entendre, contre eux!), les rend sensibles aux sirènes des extrémistes. N’est-il pas temps que ceux qui ont eu l’avantage d’une éducation supérieure et l’occasion de connaître le monde, prennent la relève? Si les frontières étaient ouvertes, les peuples pourraient peut-être prendre en charge leur destinée. Or les frontières restent closes, les hommes fuient, surtout les plus pauvres (quand certains de ceux qui sont éduqués à l’étranger ne rentrent pas), et les capitaux s’exportent par dizaines de milliards de dollars. Ainsi, les bourgeoisies et les jeunes construisent leur avenir ailleurs.

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Ouvrir les frontières des pays d’Afrique du Nord, encourager la libre circulation des personnes, des idées, des investissements et de l’énergie, encouragerait les hommes et les femmes - et notamment les entrepreneurs - à relever le défi de la mondialisation. Quand on confronte les intérêts économiques des pays maghrébins en analysant les secteurs de l’énergie, du transport aérien, du système bancaire et de l’industrie agroalimentaire, on conclut très vite que les intérêts sont complémentaires et beaucoup plus importants qu’il n’y paraît à première vue.

Les défis auxquels fait face l’Afrique du Nord, offrent une formidable occasion pour moderniser des systèmes de production et de gouvernance souvent obsolètes et construire un monde nouveau, basé sur des produits et des manières de travailler au diapason du XXIe siècle qui offriront à des chômeurs l’opportunité de découvrir des idées et des mondes qu’ils ignorent. L’entreprise privée, l’éducation et une justice équitable sont au cœur de cette révolution, mais, sans une ambition politique forte, rien ne se fera.

Ce diagnostic est sévère car il se voudrait au service d’une grande ambition, celle de construire le Grand Maghreb de bas en haut, de donner aux entreprises, grandes ou petites, privées ou publiques, le rôle central qui leur revient. Tant que le Maroc ne sera pas en mesure d’acheter du gaz et de l’ammoniaque algériens, comment voulez-vous que ses grandes entreprises puissent se battre sur les marchés d’exportation avec des chances de réussir? Et tant que l’Algérie importe des biens et services de Chine plutôt que du Maroc, comment voulez-vous créer des emplois? L’eau est un défi régional, tout comme l’énergie renouvelable. Si vous ne réduisez pas vos coûts de production, pourquoi voulez-vous que les investissements étrangers affluent? Peut-on prévoir le jour où l’Algérie, dont les réserves de change se chiffrent aujourd’hui à 160 milliards de dollars, investira ses capitaux grâce a un fonds souverain au Maghreb plutôt que d’accumuler des milliards de dollars, vite dévalués, dans des banques occidentales? Est-ce rêver que penser que le Maroc n’aura plus peur que l’Algérie lui coupe un jour le gaz si elle lui en achetait, scénario au demeurant fort improbable?

Nulle part, ne flotte un drapeau du Maghreb. C’est aux jeunes générations de relever ce défi que leurs aînés semblent refuser.

Pourquoi l’avenir est-il illisible?

Les pays d’Afrique du Nord se ressemblent plus qu’il n’y paraît: les systèmes bancaires servent essentiellement les nomenclatures, rarement les jeunes entrepreneurs qui ne disposent pas de réseau. Les capitaux s’expatrient, peu ou prou, partout. Pourquoi les élites politiques de cette région se voilent-elles la face? L’absence de dirigeants ayant une vision stratégique explique pourquoi l’avenir de cette région reste flou, sinon illisible.

Les élites politiques ont fait de la prudence et du manque d’imagination leur règle de conduite, et de la fuite des capitaux leur medium. Voici un demi-siècle, le 28 avril 1958, dans un appel lancé de Tanger, les dirigeants politiques nord-africains dont Mehdi Ben Barka (Maroc), Omar Boussouf (Algérie) et Taïeb M’hiri (Tunisie) exprimèrent la «volonté massive des peuples du Maghreb Arabe d’unir leur destin» et proclamèrent le droit du peuple algérien a l’indépendance. Vous ne trouverez aujourd’hui que de très pâles copies de ces géants tant les partis politiques qui, en 1958, représentaient les forces vives de la région, ont été émasculés.

Le verre au quart plein

Le lancement de l’Union pour la Méditerranée doit, dit-on, aider à relancer le Processus de Barcelone, au-delà de la politique de proximité proposée par l’Union européenne.

Celle-ci reste tout à fait d’actualité, mais il faut d’abord voir le verre comme un quart plein et pas aux trois quarts vide. Ensuite, se poser deux questions: L’Europe ne devrait-elle pas oser une politique beaucoup plus ambitieuse vis-à-vis du Maghreb sur deux ou trois questions, dont celle de l’énergie qui est sans doute la plus importante? Est-ce trop demander aux élites politiques du Maghreb de reconnaître que les politiques nationales détruisent de la valeur à toutes les étapes de la chaîne économique et sont dénuées de rentabilité? Le Processus de Barcelone reste un outil utile mais insuffisant. Peut-être qu’une plus grande concertation des politiques extérieures de la France, de l’Italie et de l’Espagne (mais aussi de l’Allemagne et du Royaume-Uni) dans la région maghrébine, en tirant les leçons positives de l’expérience conjointe au sud du Liban, viendrait renforcer un nouvel élan...

Il faudrait encourager davantage les pays d’Afrique du Nord, qui s’avèrent incapables de constituer des partenariats à part entière, d’accélérer le pas.

*Francis Ghilès est Senior Fellow de l’Institut européen de la Méditerranée à Barcelone. Correspondant chargé de l’Afrique du Nord au Financial Times, consultant international, il collabore régulièrement au BBC World Service

Source : Journal « L’ECONOMISTE » du Maroc

20:16 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Afrique du Nord, Tunisie, Algérie, Maroc

dimanche, 15 juin 2008

COMMENT LA BERBÉRIE EST DEVENUE LE MAGHREB ARABE

Gabriel CAMPS

Résumé. Comment expliquer que les anciennes provinces romaines d’Afrique, en grande partie christianisées et constituant la région la plus prospère de l’Occident latin, soient devenues en quelques siècles le Maghreb arabe. L’islamisation et l’arabisation ne furent pas contemporaines. La conquête arabe, au VIIe siècle, fut le résultat d’une suite d’opérations militaires sans véritables tentatives de peuplement. La plus grande partie des populations berbères se convertit assez rapidement à l’Islam mais les dernières communautés chrétiennes ne disparurent qu’au XIIe siècle. L’arabisation par la langue et les coutumes fut plus tardive ; elle affecta massivement, en premier lieu, les Berbères du groupe zénète, pour la plupart nomades, qui s’assimilèrent aux tribus arabes bédouines (Béni Hilal, Béni Soleïme, …) à qui, en 1050, le Maghreb avait été « donné » par le calife fatimide du Caire. Alors que l’Islam a triomphé totalement depuis longtemps, l’arabisation est loin d’être achevée.

*           *           *

Les pays de l’Afrique du Nord sont aujourd’hui des États musulmans qui reven­diquent, à juste titre, leur double appartenance à la communauté musulmane et au monde arabe. Or ces États, après bien des vicissitudes, ont pris la lointaine succes­sion d’une Afrique qui, à la fin de l’Antiquité, appartenait aussi sûrement au monde chrétien et à la communauté latine. Ce changement culturel, qui peut passer pour radical, ne s’est cependant accompagné d’aucune modification ethnique importante : Ce sont bien les mêmes hommes, ces Berbères dont beaucoup se croyaient romains et dont la plupart se sentent aujourd’hui arabes.

Comment expliquer cette transformation, qui apparaît d’autant plus profonde qu’il subsiste, dans certains de ces États mais dans des proportions très différentes, des groupes qui, tout en étant parfaitement musulmans, ne se considèrent nullement arabes et revendiquent aujourd’hui leur culture berbère [1] ?

Il importe, en premier lieu, de distinguer l’Islam de l’arabisme. Certes, ces deux concepts, l’un religieux, l’autre ethno-sociologique, sont très voisins l’un de l’autre puisque l’Islam est né chez les Arabes et qu’il fut, au début, propagé par eux. Il existe cependant au Proche-Orient des populations arabes ou arabisées qui sont demeurées chrétiennes, et on dénombre des dizaines de millions de musulmans qui ne sont ni arabes ni même arabisés (Noirs africains, Turcs, Iraniens, Afghans, Pakis­tanais, Indonésiens…). Tous les Berbères auraient pu, comme les Perses et les Turcs, être islamisés en restant eux-mêmes, en conservant leur langue, leur organisation sociale, leur culture. Apparemment, cela leur aurait même été plus facile puisqu’ils étaient plus nombreux que certaines populations qui ont conservé leur identité au sein de la communauté musulmane et qu’ils étaient plus éloignés du foyer initial de l’Islam.

Comment expliquer, aussi, que les provinces romaines d’Afrique, qui avaient été évangélisées au même rythme que les autres provinces de l’Empire romain et qui possédaient des églises vigoureuses, aient été entièrement islamisées alors qu’aux portes de l’Arabie ont subsisté des populations chrétiennes : Coptes des pays du Nil, Maronites du Liban, Nestoriens et Jacobites de Syrie et d’Iraq ?

Pour répondre à ces questions, l’historien doit remonter bien au-delà de l’évé­nement que fut la conquête arabe du VIIe siècle. Cette conquête, si elle permit l’islamisation, ne fut pas, cependant, la cause déterminante de l’arabisation. Celle-ci, qui lui fut postérieure de plusieurs siècles et qui n’est pas encore achevée, a des raisons beaucoup plus profondes ; en fait, dès la fin de l’Empire romain, nous assistons à un scénario qui en est comme l’image prophétique.

La fin d’un monde

Rome avait dominé l’Afrique, mais les provinces qu’elle y avait établies : Africa (divisée en Byzacène et Zeugitane), Numidie d’où avait été retranchée la Tripolitaine, les Maurétanies Sitifienne, Césarienne et Tingitane, avaient été romanisées à des degrés divers. En fait, il y eut deux Afrique romaines : À l’est, la province d’Afrique et son prolongement militaire, la Numidie, étaient très peuplés, prospères et large­ment urbanisés ; à l’ouest, les Maurétanies étaient des provinces de second ordre, limitées aux seules terres cultivables du Tell, alors qu’en Numidie et surtout en Tripolitaine, Rome est présente jusqu’en plein désert. Après le 1er siècle, toutes les grandes révoltes berbères qui secouèrent l’Afrique romaine eurent pour siège les Maurétanies.

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15:40 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Algerie, Maroc

mardi, 10 juin 2008

La malvie ronge le Maghreb

Afrique du Nord L’inquiétude des autorités croît

Le Maghreb va-t-il flamber ? Hantise des régimes locaux et de leurs soutiens européens, cette perspective n’a plus rien d’une hypothèse d’école. Les derniers événements, en Tunisie et au Maroc, en attestent, alors que les émeutes locales ponctuelles font partie depuis des années du paysage algérien.

En Tunisie, des informations sur les troubles sociaux dans le bassin minier de Gafsa (350 km au sud-ouest de Tunis) circulaient depuis le 5 janvier dernier. Vendredi, il y a eu mort d’homme. Un manifestant de 25 ans, réduit à l’identité d’« élément perturbateur » pour le régime, a en effet été abattu à Redeyef, 30.000 habitants, dans le même secteur riche en phosphates, lors d’affrontements avec les forces de l’ordre qui ont aussi fait, officiellement, 8 blessés (28 de sources syndicales).

L’armée a été déployée samedi dans la ville, imposant le retour au calme. Pillages et saccages avaient accompagné les incidents.

Les autorités tunisiennes ont contredit ceux qui leur reprochaient un recours exclusif à l’option sécuritaire bien dans le style d’un régime connu pour sa poigne de fer. Mais « nous ne tolérerons aucun recours à la violence », a précisé le ministre de la Justice et des Droits de l’homme Bechir Tekkari.

Toujours bien informé depuis Paris, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie signale plus de trente arrestations et de nombreuses condamnations, stigmatisant « une escalade violente » et saluant « ce formidable combat pour la dignité (...) de ceux qui ne demandent qu’à vivre dignement et librement ».

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Au Maroc, où l’actualité sociale est souvent émaillée par les manifestations pathétiques de « diplômés-chômeurs » à Rabat ou à Casablanca, c’est une petite ville du sud qui fait parler d’elle. Depuis le 30 mai, le port de Sidi Ifni, une cité de 20.000 habitants à 200 km au sud d’Agadir, était bloqué par des manifestants qui protestaient notamment contre le chômage et l’absence d’investissement public. Samedi, les forces de l’ordre déployées de manière massive - des milliers d’hommes - sont intervenues de manière énergique. Bilan : 44 blessés, selon les autorités.

Mais des témoignages impossibles à confirmer font état de deux viols et de plusieurs morts. La télévision qatarie par satellite Al-Jazira a relayé cette information, déclenchant l’ire du régime, qui évoque « une désinformation dans toute sa grossièreté ». Les exactions semblent moins contestables : de nombreux domiciles ont été le théâtre de violences policières. Même une partie de la presse proche du gouvernement a osé mettre « les brutalités policières » en cause : ainsi El Bayane, organe du PPS (ex-communiste), signale des « exactions » et des « bavures policières ». Le Soir (indépendant) annonce « des maisons saccagées » et « des centaines de blessés ».

Mais c’est peut-être en Algérie que la situation devient la plus inquiétante. Comme l’écrit notre confrère Le Soir d’Algérie, « il ne se passe plus un mois sans qu’une émeute n’éclate. La colère monte dans plusieurs régions. Les manifestations violentes deviennent l’ultime recours pour exprimer colère et frustration. Face à des autorités locales qui font la sourde oreille, les populations ne trouvent plus d’autres moyens que de tout saccager pour attirer l’attention sur leur vécu ».

Pourtant, l’Algérie bénéficie d’une rente imposante liée à la poussée inflationniste des prix pétroliers. Mais rien n’y fait, écrit Le Quotidien d’Oran, ville de l’Ouest où des violentes émeutes viennent d’avoir lieu : « Le revers de la médaille est terrifiant. De nombreuses familles ne sont pas logées, les jeunes ne trouvent pas d’emploi, les ménages peinent à acheter leur lait, leur viande et même leur pain  »...

La « malvie » frappe les Maghrébins de plein fouet. Dans une région où les façades démocratiques ne trompent plus personne comme en atteste le désintérêt massif pour les consultations électorales, les citoyens tentent d’abord d’échapper aux griffes de la pauvreté. Mais, entre corruption, inégalités sociales, clientélisme, vie chère et chômage, les voies du salut paraissent hors de portée. Alors la tentation du recours à la violence, à l’émeute, peut se faire forte. Même dans des pays dominés par des régimes policiers aux méthodes radicales. Les signaux, en tout cas, sont au rouge.

BAUDOUIN LOOS - Le Soir (Bruxelles), mardi 10 juin 2008

23:17 Ecrit par TUNISIA Watch dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Maroc, Contestation, Chomage

lundi, 09 juin 2008

Troubles sociaux meurtriers au Maroc et en Tunisie

De violentes émeutes ont éclaté ces derniers jours à Sidi Ifni et Gafsa, localités situées respectivement au Maroc et en Tunisie. C'est le chômage, couplé à l'absence de perspectives, qui a conduit, les 6 et 7 juin, des chômeurs à descendre dans les rues de ces deux petites villes, perdues à des centaines de kilomètres au sud de Rabat et de Tunis.

A Sidi Ifni (20 000 habitants), port de pêche d'une région berbère contestataire, limitrophe du Sahara occidental, une violente altercation a opposé, samedi, les forces de l'ordre à des jeunes manifestants. Ceux-ci bloquaient le port pour contester un tirage au sort organisé un peu plus tôt par la municipalité pour l'embauche de trois personnes.

Le bilan de l'échauffourée qui a suivi est incertain. Les associations locales, notamment Aït Baamarane et le Centre marocain des droits humains (CMDH), avancent le chiffre d'au moins deux morts et de nombreux blessés. Information confirmée par la chaîne de télévision Al-Jazira, qui fait état de deux à huit morts.

Les autorités marocaines, quant à elles, parlent de 44 blessés et démentent énergiquement qu'il y ait eu des morts. Elles accusent Al-Jazira de "légèreté dans la collecte de l'information". Reste que l'accès à l'hôpital de Sidi Ifni est bloqué par les forces de l'ordre, ce qui alimente les rumeurs.

Dans le sud tunisien, pendant ce temps, la région de Gafsa (120 000 habitants) s'enflammait à nouveau. Vendredi, un jeune de 25 ans a été tué par balles à Redeyef (l'un des quatre bassins miniers de Gafsa), lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. Déjà, en mai, un jeune manifestant était mort électrocuté alors qu'il tentait de couper des câbles électriques. A l'annonce de ce nouveau décès, la colère a été telle que l'armée a été appelée en renfort et s'est déployée, samedi, à la place de la police.

Voilà cinq mois que les quatre bassins miniers de Gafsa, ville déshéritée de l'intérieur où le taux de chômage dépasse les 30 %, sont secoués par des émeutes. Le seul employeur de la région, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CMG), n'embauche plus depuis des années, en raison de la mécanisation des mines. Le nombre des employés est passé de 14 000 dans les années 1980 à 5 000. Le 7 janvier, 81 postes ont toutefois été proposés. Plus de 1 000 candidats se sont présentés. Dès que la liste des "gagnants" a été affichée, la révolte a éclaté. Selon Hajji Adnane, porte-parole du mouvement de Redeyef, "les embauches étaient affaire de corruption et de népotisme".

Les mineurs de Redeyef se plaignent d'être otages d'un potentat local qui est à la fois patron, délégué syndical et député du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir. Ils accusent également la police de se livrer régulièrement à des provocations et à des pillages. Les femmes sont aux premières loges de ce combat contre le pouvoir. Fait exceptionnel : elles étaient nombreuses, samedi, à assister à l'enterrement du jeune tué la veille par la police.

Florence Beaugé - LE MONDE - 09.06.2008

La rue gronde au Maghreb

Des émeutes pour le pain ou les libertés : Comme s’ils se sont passé le mot, les jeunes du Maghreb investissent la rue pour éructer leur colère d’être des éternels laissés-pour-compte.

Alors que le vent des émeutes vient juste de se calmer dans plusieurs régions d’Algérie, des échauffourées ont brusquement éclaté au Maroc et en Tunisie. Des pays, où l’émeute était jusque-là quasi-insoupçonnable du fait que les régimes étouffent toute velléité de protesta, se voient ainsi débordés par une poussée d’adrénaline d’une jeunesse livrée à elle-même.

C’est pourquoi les étincelles en provenance de nos voisins de l’Est et de l’Ouest sont à prendre au sérieux tant elles dénotent d’un malaise social et d’un désenchantement populaire que les autorités des deux pays ne peuvent cacher dans le brouillard des bombes lacrymogènes qui enveloppe depuis samedi les villes de Sidi Ifni (Maroc) et de Redeyef (Tunisie). Que les affrontements entre les forces de l’ordre et des jeunes chômeurs dans ces deux villes du Maroc et de la Tunisie surviennent au même moment sont un signe qui ne trompe pas quant à la similitude des souffrances des jeunes de ces pays avec l’Algérie.

A Sidi Ifni, un port de pêche du Maroc situé à 900 km au sud-ouest de Rabat, la violence était telle samedi dernier que les organismes des droits de l’homme parlent de 8 morts et de plus de 44 blessés. Bien que les autorités de sa majesté refusent de reconnaître qu’il y a eu mort d’homme, cela ne diminue pas pour autant le niveau de violence de ces émeutes des chômeurs. Tout a commencé le 30 mai dernier quand une centaine de jeunes déçus de n’avoir pas été tirés au sort pour le recrutement, a bloqué la porte d’accès au port de Sidi Ifni dont la pêche est la principale ressource économique. La réaction aussi violente qu’intempestive des forces de l’ordre a tôt fait de déclencher un véritable corps-à-corps avec les jeunes désœuvrés de Sidi Ifni. Il n’en fallait pas plus pour que les échauffourées se répandent et se transforment en émeutes à l’algérienne. Bilan officiel : 44 blessés dont 27 parmi les forces de l’ordre, alors que d’autres sources évoquent près d’une dizaine de morts. Mais au-delà de la bataille des chiffres, il faut surtout méditer sur les raisons de la colère. Les jeunes de Sidi Ifni réclament en effet « une répartition équitable des richesses de la ville, le statut de préfecture de la cité, le réaménagement du port et la construction d’un nouvelle rocade côtière », rapporte l’AFP citant un élu local.

L’UMA de… la révolte

En clair, les jeunes de cette localité revendiquent le travail pour subvenir à leurs besoins. Et, coïncidence frappante, les jeunes de Redeyef, une ville riche en phosphate située à Gafsa, à 350 km au sud-ouest de Tunis, se sont révoltés le même jour contre les autorités à cause du « chômage, du renchérissement du coût de la vie, de la corruption et du clientélisme ». Là aussi, les jeunes désœuvrés ont réagi violemment à une manipulation des résultats d’un concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur de la région, au profit de certains notables. On déplore au moins un mort et plusieurs blessés. A Redeyef comme à Sidi Ifni, le chômage et autres revendications d’ordre social sont à l’origine de la révolte. Et pour éviter l’effet boule de neige, l’armée tunisienne s’est vite déployée dans la ville pour « empêcher toute menace à l’ordre public ». Mais le mur de la peur est tout de même tombé. La Tunisie, qui est réputée être une grande caserne, fait désormais face à une « armée » de chômeurs (le taux officiel est de 14%) qui ne recule devant rien pour se faire entendre. Qu’ils soient Algériens, Marocains ou Tunisiens, les jeunes révoltés n’ont désormais qu’un seul exutoire : la rue. Moralité, les maux de la jeunesse au Maghreb n’ont pas de nationalité. A défaut d’une union maghrébine qui aurait pu booster les économies des trois pays, on assiste plutôt à la « naissance » d’un rassemblement maghrébin de la colère. C’est le terrible boomerang de la jeunesse de la région aux régimes des trois pays.

Par Hassan Moali - El Watan -  09.06.2008

samedi, 07 juin 2008

Maroc: 44 blessés lors d'une intervention policière dans le sud

78839377e93427b848a256d41481ed70.jpgLe calme est revenu samedi soir à Sidi Ifni (sud-ouest marocain) après des affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants qui ont fait 44 blessés dont 27 parmi les forces de l'ordre, a-t-on appris de sources concordantes.

Une violente échauffourée avait opposé samedi les forces de l'ordre et de jeunes chômeurs qui bloquaient l'entrée du port de Sidi Ifni (sud-ouest marocain). "Le calme est revenu mais la police a renforcé ses positions", dans la ville, a déclaré un enseignant joint au téléphone par l'AFP.

"Les gens sont rentrés chez eux", a-t-il dit en confirmant des témoignages recueillis sur place selon lesquels "l'électricité n'a pas été coupée". "La situation est calme et nous espérons surmonter la pression psychologique pour trouver des solutions aux revendications (des protestataires) dans un climat serein" a pour sa part déclaré à l'AFP le député socialiste, Abdul Rahman Belfkih.

Un autre élu local du parti de l'Istiqlal (nationaliste), Lacan Achoura, a affirmé que le "calme est revenu dans la ville où la police a renforcé ses effectifs". "Quarante quatre personnes ont été légèrement blessées" lors de la violente échauffourée, a déclaré Mohamed Chafaud le médecin en chef de l'hôpital local de Sidi Infini, joint au téléphone par l'AFP. Il a en revanche démenti qu'il y ait eu des morts.

Selon le Centre marocain des droits humains (CMDH), le bilan serait plus lourd. "Il y aurait entre un et cinq morts", a déclaré à Rabat lors d'un point de presse, Brahim Sbaalil, président de la section locale du CMDH de Sidi Ifni. Le porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, a démenti de son côté qu'il y ait eu le moindre décès. "Il n'y a pas eu un seul mort", a-t-il dit à l'AFP. (AFP - samedi 7 juin 2008)

23:57 Ecrit par Mokhtar YAHYAOUI dans Maghreb | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Maroc, manifestants, Sidi Ifni

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