samedi, 26 juillet 2008
Tunisie : Cette république dont personne n’ose plus en parler
Le 25 juillet 1957 l'Assemblée nationale française vote l'indépendance de la Tunisie, c’été le même jour qu’en Tunisie l’assemblée constituante abolit la monarchie en Tunisie et proclame le régime républicain. Depuis,
La république en Tunisie, du temps de Bourguiba comme celui de Ben Ali aujourd’hui n’a pas signifié autre chose pour les tunisiens qu’un qualificatif de propagande que ceux qui sont au pouvoir ont choisi pour se désigner sans que la nature du pouvoir ni le mode de son exercice changent pour autant.
Cette année la « fête » de la république a presque passée sans que personne n’ose parler. Dans les médias comme dans la rue la journée est passée sans que personne ou presque ne sent que c’est autre chose qu’un jour chromé. Après l’annonce hier soir de l’adoption du parlement du nouveau amendement « exceptionnel » de la constitution avec le quel le président Ben Ali fait conforter sa présidence à vie, tout le monde sait que le pouvoir à la tête ailleurs.
2009 est pour la nomenclature et les familles plus qu’une simple échéance à passer, mais, un statut de privilège à sauvegarder. Entre ceux qui se partagent le gâteau et la meute qui se dispute les miettes autours d’eux la vraie république va se décider dans la fin du mois pour les prochains cinq ans. Alors que pour tout le reste, peu sont ceux arrivent à croire encore que la « République de demain » est pour demain..
En fin, tant que les règles du jeu sont truquées.
Yahyaoui Mokhtar – Tunis le 25 juillet 2008
03:07 Ecrit par TUNISIA Watch dans 20 Ans de Dictature en Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, République
Le tribunal administratif annule la mise en assignation à résidence d’Abdallah Zouari
Le tribunal administratif de Tunis a annulé le 23 juillet 2008 l’assignation à résidence du journaliste Abdallah Zouari, à Zarzis dans le sud du pays. Par arrêté du Ministre de l’intérieur N° 16944 du 15 juillet 2002, M. Zouari fut contraint de résider à Hassi Jerbi Zarzis, village situé à plus de 500 km de Tunis, lieu de sa résidence et de sa famille habituelle.
Cette assignation à résidence a été assortie depuis sa mise en application par une surveillance policière appliquée au journaliste dans sa résidence et dans tous ses déplacements dans le cercle restreint qui lui a été réservé. Le jugement du tribunal administratif de Tunis confirmant l’arbitraire de ce traitement n’est intervenu qu’après plus de cinq ans du présentation du recours en annulation, ce qui a semblé un déni de justice caractérisé vu le bien fondé des arguments soulevés.
Au cours de cette attente le journaliste à été condamné à la prison sous pretexte d'avoir enfreint les dispositions d’assignation à résidence pour s’être rendu au souk Ben Guerdene à 20 Km dans le même gouvernorat. Le journaliste à été condamné pour cette affaire le 23 août 2002 par le tribunal cantonal de Zarzis à huit mois de prison qu’il a intégralement passé. L'acharnement contre le journaliste ne s'été pas arrété là, à la fin des cinq ans d'assignation à residence les autorités persiste à refuser de mettre fin à cet exil interieur dont il fait l'objet.
Contacté par Reporters sans frontières, le journaliste s’est dit déçu par la décision des autorités administratives, qui survient six ans après sa demande de levée de l’assignation. Il espère que les autorités tunisiennes vont s’y conformer. Abdallah Zouari de Al-Farj, publication islamiste suspendue, a été condamné le 9 octobre 2003 pour deux affaires différentes et libéré le 10 septembre 2004. Le 6 juin 2002, Abdallah Zouari avait été libéré après avoir purgé une peine de onze ans de prison pour “appartenance à une organisation illégale” et placé depuis en résidence surveillée.
Le journaliste est actuellement toujours à Zarzis en résidence surveillée.
RSF et TW – 25 juillet 2008
Voir sur le sujet :
Un cas typique d’illégalité flagrante : Le cas du journaliste Abdallah Zouari
02:00 Ecrit par TUNISIA Watch dans JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Abdallah Zouari, Assignation à résidence
jeudi, 24 juillet 2008
Le Parlement tunisien adopte un amendement à la Constitution qui désigne de fait les adversaires potentiels de Ben Ali aux élections de 2009
Dominée par une écrasante majorité du parti au pouvoir, la chambre des députés tunisiens a adopté jeudi en deuxième lecture un projet de loi qui introduit des "dispositions exceptionnelles" à la Constitution du pays en vue de l'élection présidentielle de 2009. Sur les 189 députés que compte l'institution parlementaire, cinq représentants de l'opposition ont voté contre le projet.
Cet amendement qualifié « d’exceptionnel » s’inscrit dans une tradition instaurée par le président Ben Ali de puis son reversement de son prédécesseur et qui consiste à recourir avant chaque élection présidentielle à un amendement de la constitution pour adapter la consultation électorale selon les circonstances de façon à garantir sa reconduction d’office en la vidant de tout aspect compétitif. Voir sur ce sujet notre article « Processus de 50 ans de restrictions du droit de candidature à la présidence de la république en Tunisie »
Inquiétude du parlement européen sur le véritable objectif de cet amendement
Dans une lettre datée du 10 juillet 2008 adressé par Hans-Gert Pöttering président du parlement européen à son homologue Tunisien Fouad Mébazzaâ président de la chambre des député, ce dernier écrit:
« La Tunisie se prépare actuellement aux importantes échéances électorales à venir, à savoir les élections présidentielles de 2009. Une élection présidentielle est toujours un rand moment politique pour une nation tout entière. Porteuse d’espoir, elle permet aux différents candidats de confronter démocratiquement des projets de société distincts. L’union européenne sera bien évidemment très attentive au déroulement de cette campagne au sein de ce pays partenaire essentiel qui est la Tunisie. Je crois savoir que la chambre des députés examine actuellement, sous votre auguste présidence, un projet de loi constitutionnelle visant à adapter au mieux les institutions tunisiennes aux échéances à venir, je formule ici le vœu que cette loi favorisera très nettement un processus électoral ouvert et transparent, dans e plein respect du droit électoral et de la démocratie pluraliste. »
Pasqualina Napolitano et Biéatrice Batri ont sévèrement dénoncés la volonté d’exclusion qui se dessine pour ces élections exigeant un amendement ouvert et démocratique permettant à toutes les parties politiques dans le pays de présenter leurs candidats à ces élections
Si elles permettent à la plupart des dirigeants des huit partis de l'opposition de se porter candidats au prochain scrutin, ces dispositions excluent automatiquement le chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP), Néjib Chebbi. Seul candidat annoncé à ce jour, cet avocat de 61 ans qui avait cédé en 2006 la tête de son parti à Maya Jribi considère cette réforme comme "une manoeuvre politique visant à l'écarter". Elles limitent aussi la compétition dans le cercle de l’opposition officielle tolérée par la dictature Tunisienne, une opposition en état de délitement avancés et qui ne dispose d’aucune assise réelle au sein de l’opposition
Au pouvoir depuis 1987 après avoir destitué le "père de l'indépendance" tunisienne, Habib Bourguiba, pour "sénilité", l'actuel chef d'Etat Zine El Abidine Ben Ali devrait annoncer sa candidature pour la cinquième fois à l'élection de 2009 lors du congrès du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir) prévu du 30 juillet au 2 août prochain, pour briguer un cinquième mandat de cinq ans. (TW,AP et agences, Jeudi 24.07.2008)
22:35 Ecrit par TUNISIA Watch dans 20 Ans de Dictature en Tunisie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, élection présidentielle de 2009, amendement de la Constitution
Appel d'offres international pour la réalisation du port en eau profonde à Enfidha d'ici la fin du mois!
10 sociétés européennes et golfiques en course
Selon une source bien informée, l'Appel d'offres international pour la réalisation du port en eau profonde à Enfidha sera lancé d'ici la fin du mois de juillet 2008. Une liste de dix sociétés européennes et du Golfe, parmi les plus connues dans le domaine du transport maritime, ont manifesté leur intérêt pour ce projet.
Selon notre source, l'appel d'offres a été, au début, programmé pour le 25 juin 2008, puis pour le 30 du même mois. Ce retard est dû notamment à quelques problèmes dans la finalisation du cahier des charges. En effet, le bureau d'études hollandais « Royal Has-Koning » chargé, avec un partenaire tunisien qui est le bureau International Development Consultants (IDC), de l'étude de faisabilité technique du projet, a manifesté quelques réserves sur les modifications opérées par le ministère du transport (suite aux suggestions des différents ministères et établissements intervenants dans ce projet) sur la première version présentée par le Bureau d'études.
Le Cahier des charges
L'étude de faisabilité du projet a porté notamment sur l'étude de marché, l'analyse multicritère, ainsi que le choix d'un site en eau profonde, l'étude de réalisation du port de ce site et la définition de la forme de concession, le Business Plan ou plan d'affaires, le dossier de l'appel d'offres, ainsi que les actions de marketing, sans oublier le dépouillement des soumissions et des offres.
Il s'agit, entre autres, d'introduire une nouvelle clause. Elle concerne «l'intégration d'une zone d'activité logistique» qui est de nature à améliorer la rentabilité du projet et donner au projet une valeur ajoutée.
Quant aux premières caractéristiques techniques définies par le cahier des charges, il y a notamment la longueur des quais, le nombre des grues et des portiques, la profondeur de l'eau, les méthodes d'exploitation, la superficie des terre-pleins et le nombre des conteneurs.
Pour ne citer qu'un exemple, le port va avoir pour la première étape 800 m de quais, pour atteindre 1,5 km dans la 2ème étape et une zone d'activités logistiques, avec une réserve foncière de 3.000 hectares .
Le contrat inclus dans le cahier des charges, fixe également la responsabilité, les droits et les obligations des deux parties (l'Etat tunisien et la société qui remportera l'appel d'offres).
Il s'agit, en particulier de l'objet du projet : la réalisation d'un port en eau profonde, dans le cadre d'une concession de construction et d'exploitation, d'une durée de 50 ans non renouvelable, et dont le coût est estimé à près de 1400 millions d'euros.
En contre partie, la Tunisie recevra une redevance annuelle fixe par mètre carré, et une autre redevance variable selon le trafic du port mais doit tout d'abord fournir les terrains et l'infrastructure de base, ainsi que quelques équipements en relation avec l'infrastructure.
Les travaux d'aménagement, début 2009
Les travaux d'aménagement, qui devront démarrer à la fin de cette année ou au début de 2009, comportent la création d'un pôle portuaire de la deuxième génération, comportant un port en eau profonde près de la ville d'Enfidha, et une zone d'activités logistiques s'étendant sur 3000 hectares devant offrir des services de transport maritime des marchandises de qualité et au moindre coût, tout en tenant compte des critères de sécurité et de préservation de l'environnement.
La capacité d'accueil annuelle du terminal de conteneurs, s'élève à environ 5 millions de conteneurs, alors que la capacité de la station multidisciplinaire est de l'ordre de 4,5 millions de tonnes.
Ce projet constituera une excellente plate-forme pour le trafic international avec l'activité du transbordement et la desserte du marché tunisien. Pour l'activité internationale, l'étude donne une capacité de 1,2 million EVP (équivalent vingt pieds) en 2008 et sera portée en 2020 à 3,9 millions EVP.
Il contribuera à combler un déficit de capacité portuaire, dès 2009 en Méditerranée centrale, du fait de sa position dans un carrefour de transports maritime (entre les bassins occidental et oriental de la Méditerranée ), aérien (avec le futur aéroport d'Enfidha), routier (avec l'axe autoroutier Bizerte-Sfax), et ferroviaire Tunis-Gabès.
A signaler que ce projet grandiose aurait du être réalisé depuis les années 70, d'ailleurs une étude économique a été élaborée dans le temps, par des économistes et des experts tunisiens, et a été présentée aux autorités tunisiennes de l'époque, mais n'a eu aucune suite.
S.E.M – Le Temps - jeudi 24 juillet 2008
22:30 Ecrit par TUNISIA Watch dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Port en eau profonde à Enfidha
Tunisie, terre de paradoxes: Au pays du sourire perdu
Le plus petit pays du Maghreb, la Tunisie, s’est incontestablement forgé un grand destin touristique. Pourtant, il suffit de traverser la rue pour rencontrer une Tunisie qui fait grise mine sous l’éclat d’un soleil qui fait courir des millions de touristes par an. Bassem a 24 ans, est technicien supérieur en informatique depuis le début de l’année.
Il est venu chercher du travail comme serveur dans un fameux palace. Il rentre bredouille, un petit classeur sous le bras. « Ce sont ceux qui ont des diplômes supérieurs qui trouvent du travail. Nous, on doit attendre jusqu’à deux ans pour travailler. Le chômage ? Ils disent qu’il est de 14%. Mais il doit être au moins de 20%. On cache tout en Tunisie. » Il parcourt du regard l’imposant hôtel qui barre la vue sur la mer. « Ils m’ont dit que ma formation ne correspond pas. Ce qui est vrai, mais il y a quelqu’un qui m’avait promis un emploi ici. »
Que cache-t-on donc en Tunisie ? Bassem avec une colère froide parle sans s’assurer de la qualité de son interlocuteur. Il détache son regard du palace blanc et nous lance : « Savez-vous à qui appartient cet hôtel ? C’est la propriété du beau-frère du Président (de la République). Il a d’autres hôtels de luxe et une compagnie aérienne. Il est concessionnaire automobile, il est dans les banques, il a une radio et beaucoup d’autres sociétés. Il y a dix ans, c’était un enseignant qui touchait 250 DA par mois (15 000 DA algériens, ndlr). » L’anti-self made man scandalise le pays profond. « C’est ce qui fait bouillir la population. C’est le seul tort du président », ajoute Bassem.
La fortune de l’entourage immédiat de Ben Ali n’échappe pas aux Tunisiens, le black-out de la presse locale n’y pouvant rien. Le jeune informaticien a-t-il voté en 2004 pour Zine El Abidin Ben Ali qui s’était représenté pour un 4e mandat ? « Oui, répond-il. Et je voterai pour lui en 2009 et en 2014. On votera pour lui tant qu’il respirera. » Impossible de décoder le sourire figé qui accompagne ces mots. Il tente d’argumenter. « Je vis, je suis nourri et je suis tranquille. Pourquoi je ne voterai pas pour lui ? », fait-il remarquer. Il y avait bien d’autres candidats à la présidentielle en 2004, des lièvres qui ont vite détalé dans la nature. « Il y avait d’autres candidats, mais je ne me souviens pas de leurs noms. On les a montrés deux ou trois fois à la télé. »
« Tout va bien »
Bassem finit par se poser des questions .« Et vous, vous êtes qui ? » « Journaliste algérien en formation », répondons-nous. Il s’exclame : « En formation en Tunisie ? Impossible ! C’est nos journalistes qui doivent venir se former en Algérie. Nos journaux disent tous les jours que tout va bien. D’ailleurs, moi aussi je dis tout va bien pour qu’un jour je trouve du travail. » La « misère » politique locale n’empêche pas le Tunisien de base d’avoir sa propre vision du monde. La situation en Algérie ne laisse pas indifférent. Le récalé à la réception du palace nous explique : « Les pays arabes ont, soit la richesse naturelle, soit la richesse humaine. Il n’y a que l’Irak et l’Algérie qui réunissent les deux atouts. Et regardez dans quel état ils se trouvent. Ce ne sont pas les Algériens qui ont plongé leur pays dans la guerre depuis dix ou quinze ans. Cela vient de l’étranger. Vos généraux sont manipulés par la France. » Ce sont les chaînes satellitaires arabes qui comblent le déficit en information des Tunisiens.
L’on ne voit guère un homme avec un journal sous le bras, ou parcourant les pages sur une terrasse de café. Nous rencontrons finalement un jeune buraliste qui a lu un article de presse relatif à l’Algérie Des femmes algériennes habitant la bande de Ghaza avaient manifesté, le 9 juillet dernier, demandant le droit de rendre visite à leurs familles en Algérie. « J’ai pleuré en lisant l’article sur ces femmes courageuses qui ont interpellé le président Bouteflika pour qu’il leur vienne en aide contre le blocus israélien », nous dit le buraliste. La paix est revenue en Algérie, croit-il savoir. « Votre Président en a fini avec les salafistes, tout comme notre Président. » Il nous conseille, à propos des journaux présentés dans sa boutique : « Achetez Le Quotidien, si vous voulez des informations du monde, ou Le Temps, pour les informations culturelles. »
Pour la chronique tunisienne, il faut aller dans la rue. Ammar a 48 ans, il est économe dans un établissement. Ce père de famille de 4 enfants a des fins de mois difficiles. « Vous n’êtes que de passage, vous ne pouvez pas remarquer que la vie est chère, ici », explique-t-il. Il est payé 400 dinars tunisiens par mois (25 000 DA). Le litre de lait vaut 1 DT (le même prix qu’une canette de bière), une visite médicale revient à 25 DT, soit deux journées de travail, et le loyer peut absorber jusqu’aux trois quarts d’un salaire moyen. La forte demande des touristes explique en partie la pression sur le marché de l’immobilier. 2,3 millions de personnes vivent à Tunis, sur une population totale de 10 millions d’habitants. Que pense Ammar de la réputation de « pays du sourire » en vogue dans les milieux touristiques ? Il est le dernier à connaître cette formule. « Il faut voir ce qu’il y a derrière le sourire.
Les touristes qui fréquentent les hôtels ne se rendent pas compte des difficultés que nous vivons. » Va-t-il voter l’année prochaine, quand un cinquième mandat pourra être brigué par l’actuel Président ? « Je n’ai jamais voté et je ne voterai pas », répond-il. Il n’a pas d’opinion concernant l’utilité d’une élection dans une société moderne, d’aspiration démocratique. Il n’avait jamais fait le lien entre l’acte de voter et un possible changement politique. « Le peuple tunisien a atteint un degré de maturité suffisant pour assumer la gestion de ses propres affaires. Certains ont pensé que je pourrais prendre en charge ses destinées (…) J’ai un tel respect pour le peuple tunisien que je ne lui souhaite pas de maître. » C’était Habib Bourguiba qui s’exprimait ainsi le 25 juillet 1957, devant l’assemblée constituante.
50 ans plus tard, les Tunisiens auront connu deux chefs qui n’ont rien contre la présidence à vie. Sur l’avenue Habib Bourguiba, les Champs Elysées de Tunis, ce sont les portraits de Ben Ali qui trônent. Les slogans sont incantatoires : « El ouafa li rajoul el ouafa (la fidélité pour l’homme de la fidélité) », « Mes ambitions au service de la Tunisie ». Aucune représentation du « père de la Tunisie moderne ». Le plus haut monument de l’avenue orne la place du 7 Novembre, correspondant au jour où Ben Ali déposait Bourguiba, en 1987. La place est bien gardée par des policiers en armes. Aucun banc aux alentours, de peur d’un regroupement assis. Il faut circuler ou se constituer client des cafés à terrasse, dans le pur style parisien.
« Un seul parti »
Le 7 novembre est la fête nationale, baptisée « Ettahaouel el moubarik (le changement béni) ». C’est le seul mot qui fait s’esclaffer les Tunisiens. « Moubarik ? ça se dit pour le Prophète, pas pour un homme ordinaire », remarque-t-on. En matière d’inspiration religieuse, l’on a vu mieux, ou pire. Saddam Hussein avait proclamé « El youm el adhim », en accédant au pouvoir en juillet 1979. Ce n’était pas d’ordre prophétique, mais divin. L’on est loin du dialecticien Boumediène et son « redressement révolutionnaire » de juin 1965. Le mot « ettahaouel » revient dans n’importe quelle discussion en Tunisie.
Fouad, 22 ans, est apprenti pâtissier et nous explique pourquoi il a désespéré de continuer ses études : « Ma cousine a 24 ans, elle a le bac + 4 et elle est animatrice dans une maison de jeunes. Ce qu’elle fait ? Elle s’occupe par exemple des chorales d’enfants pour la fête de Ettahaouel. » Fouad ne décolère pas. Son centre de formation professionnelle (public) ne l’a pas placé en stage pour cet été, ce qui lui aurait permis de gagner un peu d’argent. « Il faut être d’une famille aisée pour qu’on t’envoie en stage dans un hôtel. Je suis en train de chercher une place moi-même. C’est pourtant compris dans ma formation. Mais je ne peux pas faire de réclamation, mes amis m’ont dit que je peux être privé de certificat à la fin de la formation. »
Fouad est habité par la peur. Il habite à 10 km de la frontières algérienne, mais il n’a jamais passé la ligne. « Avec le cachet algérien sur mon passeport, je peux avoir des problèmes si je demandais un visa pour l’Europe », avoue-t-il. Mais il aime les Algériens. « Ce sont eux qui me prenaient en stop quand je partais au collège, qui était loin de 17 km de chez mois », dit-il. De son village, il voyait « les lumières de Tébessa ». Il s’est installé chez des proches dans la banlieue de Tunis pour pouvoir suivre sa formation. « J’ai moi aussi un calepin », fait-il, en tirant un petit bloc-notes de sa poche .
« Ce sont des recettes de pâtisserie. » Que signifie pour lui la démocratie ? « C’est quand les droits de chacun sont respectés. Personne ne viendra par exemple toucher à ta voiture », dit-il. Il y a combien de partis politiques en Tunisie ? Il réfléchit deux secondes : « Un seul, celui qui gouverne, il me semble », répond-il sans conviction. Fouad ne parle pas du Président, mais de son propre père, parti en France depuis avril dernier. Le père a averti son fils par sms : « Je prends l’avion demain matin à 9 h. Je te souhaite le courage et une bonne santé. » L’exil du père s’ajoute à celui du fils. Ce dernier n’a pas compris pourquoi il lui a souhaité du courage. « Il est installé au sud de la France, je le rejoindrai peut-être un jour », espère Fouad.
Les festivals et le foot
Dans ce pays qui paraît être en fête, où les festivals jalonnent les jours d’été, le climat général est compassé. L’exubérance est bannie. Pas un mot dans les bus. Dans les taxis, seul mot d’ordre : le football du début jusqu’à la fin de la conversation. Le sport fait d’ailleurs l’ouverture des quotidiens d’informations générales un jour sur deux. L’on marque un arrêt, un long silence, en apprenant la nationalité algérienne de son interlocuteur. Un respect muet, mêlé de tristesse. « Ces Algériens… Ils souffrent, mais aucune liberté ne leur est étrangère », devait-on se dire.
Le foisonnement des activités culturelles n’arrive pas à semer la joie dans les cités. « C’est pas pour nous. Pour aller au festival, il faut payer 25 DT. La fête, c’est pour les riches. Il y a quinze jours, Elyssa a chanté pour 500 DT la place, c’est deux fois mon salaire », nous dit un jeune de 30 ans, ouvrier dans le bâtiment. Son baladeur diffuse du raï algérien, assourdi dans l’écouteur. « Ma distraction, c’est aller à la plage. Je regarde aussi mbc action pour les films et Ennas Tv, pour la religion. Jamais la télévision tunisienne », lance-t-il. « Je ne fais rien d’autre. Tout est cher. Comment je vois l’avenir ? Il faut un changement de pouvoir », dit-il, en passant un doigt sur l’autre, pour signifier un changement radical. Soudain, son visage se crispe. Une alerte interne s’est déclenchée.
Il regarde sous l’abribus s’il n’y a pas de jambes qui traînent. Il se lève, il en fait le tour et revient. « Savez-vous que c’est un palais présidentiel qu’il y a derrière ? », dit-il, simplement. Il réajuste ses lunettes, visse l’écouteur et s’en va. Le lendemain, 1000 km plus loin, nous nous retrouvons dans un bus bondé de monde. Des discussions crèvent les tympans. Le chauffeur manque d’écraser une petite voiture contre la glissière de sécurité et reçoit une volée de bois vert par la vitre ouverte. Au loin, il est écrit sur un mur : « Pour un changement radical : votez MDS ». Nous sommes à Alger.
Djaffar Tamani – El Watan -23 juillet 2008
11:14 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Ben Ali
mercredi, 23 juillet 2008
Tunisie : Poulina consacre 235 MDT à Gafsa
Le groupe Poulina, qui enregistre aujourd’hui même son entrée sur la cote de la bourse de Tunis, prévoit de nouveaux investissements d’un montant de 235 MDT pour six nouvelles unités, industrielles et agricoles. Investissements solidaires, dans la mesure où leur premier objectif est de créer 1150 emplois dans les régions intérieures de la Tunisie, ils sont exclusivement consacrés à la région de Gafsa.
Il s’agit, en premier lieu, d’une unité de production de fer pour une valeur de 40 MDT, devant générer 470 emplois. Il s’agit ensuite d’une unité de fabrication de DCP (dérivé du phosphate), matière première pour la fabrication d’aliments de bétail. Coût attendu de l’investissement, 30 MDT pour créer 120 emplois nouveaux dans la région. Une nouvelle unité de béton cellulaire, produit économe en énergie pour le bâtiment (15 MDT et 125 emplois), 1000 hectares de plantation en olives de table (6 MDT pour 120 emplois stables) et la participation à hauteur de 49 % dans un projet de cimenterie avec un opérateur espagnol qui a déjà eu autorisation et dont l’investissement global est de 250 MDT à lui seul.
African manager - 24-07-2008
Poulina Group Holding : Quarante ans après sa fondation, la petite société avicole Poulina est devenue le premier groupe privé en Tunisie. Son chiffre d'affaires a été multiplié par 55 entre 1968 et 2007, passant à 600 millions d'euros. Le Poulina Group Holding (PGH), qui coiffe 70 filiales, a été créé en avril avec un capital initial de 150 millions de dinars, dont 70 % à 80 % sont contrôlés par les actionnaires fondateurs. La mise sur le marché permettra d'augmenter le capital de 11 % avec l'émission de 16 millions d'actions au prix nominal de 1 dinar (0,54 euro). Le prix de lancement est de 5,95 dinars (3,20 euros). 61 % de ces actions nouvelles seront réservés à des institutionnels étrangers, 6 % à des cadres de Poulina et 33 % au public.
22:20 Ecrit par TUNISIA Watch dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Poulina, Gafsa
A voice for moderation, perhaps. But oppressive and intolerant nonetheless
By Joel Campagna*
U.S. Rep. Betty McCollum's recent visit to the North African nation of Tunisiahardly made headlines in Minnesota. But in Tunisiathe state-run media hailed her visit as a success for U.S.-Tunisian relations, citing the congresswomen's praise for Tunisiaas a "voice of moderation and wisdom in the world."
Tunisia, a close friend of the United States, also happens to be a police state intolerant of free speech and a free press. Tunisiais the Arab world's leading jailer of journalists, and it actively targets the few courageous individuals who attempt to speak critically of the government with imprisonment, police surveillance and violent attacks.
Disappointingly, McCollum did not raise any of that during her trip. "The premise of her visit was security," said the congresswoman's chief of staff, Bill Harper, explaining that Tunisia, while cooperating with the United States in the war on terror, opposed the Bush administration's intervention in Iraq. It was in that context that McCollum called the Tunisian leadership moderate and wise, he added.
The nation's president, Zine El Abidine Ben Ali, is a dictator who has been in power for 21 years. His government has long welcomed U.S.congressional delegations to the sunny capital of Tunis, where they have met with high-level officials pushing for closer U.S.-Tunisian ties. Unfortunately, McCollum is not the first U.S.official to remain publicly silent about Tunisia's terrible human rights and press freedom record, or the first to allow the Tunisian state-controlled press to exploit her visit for propaganda.
Just before McCollum's visit I witnessed Tunisia's repression firsthand while leading a 10-day fact-finding mission to Tunisfor the Committee to Protect Journalists. There, I met Delinda Boukhdir, the young wife of Slim Boukhdir, an Internet journalist at the time serving a one-year jail term on trumped-up charges of insulting a public employee.
The real reason Boukhdir was in jail was his harsh criticism of Ben Ali and his family. Boukhdir published online articles — such criticisms are unpublishable in the country's Soviet-style print press — accusing them of corrupt financial practices.
Until his welcome early release on Monday — the result of an intensive international campaign waged by journalists and press freedom groups — Boukhdir had endured difficult prison conditions that included a cramped cell with no running water and occasionally threatening cellmates. He had contracted scabies due to unsanitary prison conditions.
Through overt surveillance, Tunisia's omnipresent secret police frequently intimidated Delinda Boukhdir and her family. When I unsuccessfully attempted to visit Slim Boukhdir in prison, I saw how a dozen plainclothes police menacingly tracked Delinda and me through the streets of Sfax, Tunisia's second-largest city, on foot and in cars in a clear show of force.
Being subjected to such crude harassment is the norm for the country's small group of outspoken independent journalists, who are forced to write mostly online or for very small-circulation opposition papers. These critics have been placed under surveillance, assaulted by plainclothes police, had their phone and Internet lines cut, and been prevented from leaving the country.
Tunisiahas enamored its supporters in the United States with its strong economic growth, its support for women's rights and its overall political stability. But these notable gains have come at the same time the nation has withheld basic rights such as free expression.
Some have argued that Tunisiais among the best-suited Arab nations to make a transition to democracy. Tunisiaboasts the region's largest middle class; unlike many of its neighbors, it has no history of political or sectarian violence. To help Tunisiaembark on a process of democratic reforms, we need to support the brave Tunisians risking their own livelihoods in pursuit of basic freedoms.
McCollum and her colleagues on the Tunisia Caucus could use it as a forum not only to strengthen bilateral relations, but to also speak out in support of democratic reforms. The caucus should start by expressing concern for the troubling state of media freedoms in Tunisiaand the government's insidious harassment and censorship of independent journalists. Such a stand would also help set the record straight on where McCollum really stands on Tunisia— and not let the Tunisian state media do it for her.
Joel Campagna - Twincities - 07/22/2008
*Joel Campagna is senior program coordinator for the Middle East and North Africa at the Committee to Protect Journalists (CPJ). CPJ is a New York-based, independent, nonprofit organization that works to safeguard press freedom worldwide. For more information, visit www.cpj.org.
13:57 Ecrit par TUNISIA Watch dans Droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Dictature, Repression
mardi, 22 juillet 2008
Tunisie: confirmation des huit ans de prison d'un Tunisien extradé d'Italie
TUNIS - Le tribunal de première instance de Tunis a confirmé mardi la condamnation à huit ans de prison ferme prononcée par défaut contre un ressortissant tunisien, Essid Sami Ben Khémaïs, récemment expulsé d'Italie pour ses liens présumés avec des milieux terroristes, selon son avocat.
Selon Me Samir Ben Amor, Sami Ben Khémaïs, alias Saber, 40 ans, à l'époque établi à Varèse, était accusé d'avoir aidé une personne à se rendre en Afghanistan en 1998. Lors de son interrogatoire, le prévenu a nié connaître l'individu en question, a précisé l'avocat qui dénonce un procès "inique".
Me Ben Amor a critiqué le refus du tribunal de reporter le procès pour lui permettre de présenter une copie du jugement italien condamnant son client à six ans et demi d'emprisonnement pour le même motif. Il considère par ailleurs "illégal" que l'inculpé ait été jugé en vertu de la loi anti-terroriste datant de 2003 alors que les faits qui lui sont reprochés remontent à 2001.
Livré à la Tunisie le 3 juin par les autorités italiennes, Sami Ben Khémaïs doit comparaître de nouveau devant le même tribunal le 25 septembre prochain dans une deuxième affaire où il a écopé de sept ans de prison ferme par défaut.
Il est également impliqué dans cinq autres dossiers relevant du tribunal militaire de Tunis. Cette instance l'avait condamné par contumace à 100 ans de prison au total pour des délits liés à son "appartenance à une organisation terroriste opérant à l'étranger", en l'occurrence Al-Qaïda. Ayant fait opposition à ces verdicts, il sera rejugé en octobre. ( Associated Press, mardi 22 juillet 2008)
22:23 Ecrit par TUNISIA Watch dans JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Terrorisme, Sami Ben Khémaïs
Rachid Sfar : avant-dernier Premier ministre de Bourguiba
Le journal Jeune Afrique a consacré dans son numéro du 13 juillet 2008 une page biographique à Rachid Sfar, avant-dernier Premier ministre de Bourguiba (08.07.1986 - 02.10.1987). Le journal revient sur les circonstances dans lesquelles a été désigné comme sur celle de son éviction :
« Le président Bourguiba, dont il sera l’avant-dernier Premier ministre (avant Ben Ali), l’a désigné en urgence - il était alors ministre de l’Économie - pour résoudre la crise financière que traversait le pays, dont les réserves en devises étaient épuisées. « J’ai été placé devant le fait accompli ! » se rappelle-t-il, le président l’ayant nommé sans lui demander son avis.
Rachid Sfar quitte ses fonctions aussi soudainement qu’il en a hérité. Il est resté en effet célèbre pour avoir essuyé un accès de rage mémorable de Bourguiba à la fin du Conseil des ministres du 1er octobre 1987. Celui-ci l’interroge au sujet d’un participant, Abdelmalek Laarif, nommé deux jours plus tôt directeur du Parti socialiste destourien (PSD, au pouvoir). « Qui est cet homme ? » Réponse du Premier ministre : « Le directeur du parti : vous l’avez nommé avant-hier et l’avez vu hier. » Le président entre dans une colère noire : « Qui t’a dit de le nommer ? Qui t’autorise à prendre des initiatives ? Tu te crois le patron ? Tu me crois déjà mort ? » Puis il déverse un flot d’insultes sur son chef de gouvernement en présence de tous les ministres, dont Zine el-Abidine Ben Ali, alors à l’Intérieur. »
Le lendemain le premier ministre est révoqué pour être remplacer par Zine el-Abidine Ben Ali ministre de l’Intérieur. Ce dernier révoqua le président Bourguiba à son tour à peine un moi après sa nomination, c’est lui aujourd’hui le président à vie.
21:35 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Rachid Sfar
L’affaire Tarak Dhiab : Entre protocole, black-out médiatique et Internet
La nouvelle du limogeage de Tarak Dhiab, seulement quelques semaines après sa désignation, de son poste de vice-président de l’Espérance de Tunis, chargé de la section du Football, a fait l’effet d’une bombe parmi les supporters espérantistes, en particulier, et dans l’opinion publique sportive, en général.
Seul Tunisien à s’être vu décerner le Ballon d’or africain, l’homme jouit, en effet, d’un grand prestige et de beaucoup de respect aussi bien chez les Tunisiens qu’à l’étranger, spécialement dans les pays du Golfe où il a fait une partie de sa carrière en tant que joueur et où il est actuellement fortement estimé pour ses talents d’analyste en matière de football international sur la chaîne qatarie d’Al Jazira.
Il est aussi connu pour sa droiture et son franc-parler. Ce qui lui a valu, déjà en tant que joueur, d’être interdit d’équipe nationale, au milieu des années quatre-vingt, pour avoir refusé, en bon capitaine, de faire endosser toute la responsabilité de l’échec aux jeux méditerranéens aux seuls joueurs, ses camarades.
Pour toutes ces raisons, sa désignation – qui, pour beaucoup, n’a que trop tardé – à la tête de la section de football de son club de coeur, fut accueillie avec une grande joie de la part des supporters et fut suivie avec un grand intérêt par les médias.
Elle ne fut pas, pour autant, appréciée par tout le monde. Certains lui ont reproché, en effet, d’avoir invité, dans ses premières interviews, en des termes à peine voilés, certains dirigeants de l’Espérance à l’aider ou bien à se retirer. D’autres n’ont nullement apprécié qu’il ait imputé, sur le plateau d’une émission sportive très populaire, les échecs de l’équipe nationale non seulement à la fédération de Football, mais aussi à l’autorité de tutelle.
Ces deux « écarts de langage » peu politiquement corrects furent à l’origine des lourdes pressions – dont notre journal s’est fait l’écho – qui s’exercèrent sur Hamdi Meddeb, le président de l’Espérance, pour qu’il se sépare de son adjoint, seulement quarante-huit heures après sa désignation. Mais celui-ci, soutenu par les supporters, résista. Ce n’était, toutefois, que partie remise. Car, deux mois après et, plus précisément, après la finale de la coupe de Tunisie, Hamdi Meddeb finit par céder aux pressions, plus lourdes, dont il fit l’objet. Et il lâcha Tarak Dhiab. Que s’est-il passé au juste ? Le communiqué fort laconique du Bureau Directeur de l’Espérance nous apprend tout juste que « quelqu’un ne fait plus partie de quelque chose », sans nous éclairer ni sur le comment – cette personne a-t-elle été limogée ? A-t-elle démissionné ? A-t-elle été forcée à se démettre ? – ni, surtout, sur le pourquoi – que lui reproche-t-on exactement ?
Les médias en général et la presse écrite en particulier – à l’exception notable d’Echaâb et de Tunis-hebdo – n’ayant pas pipé mot sur cette affaire, il a fallu, comme d’habitude, aux sportifs, aller regarder les chaînes étrangères et Internet pour en savoir un peu plus sur cette affaire. Et c’est là qu’on apprend que la raison du limogeage de Tarak Dhiab serait une entorse au protocole qu’il a commise, le jour de la finale de la coupe, lors de la remise du trophée à l’Espérance en oubliant de serrer la main du ministre des sports et de l’enfance, M. Abdallah Kaabi – la scène ayant été diffusée plusieurs fois, notamment par Aljazira et la télévision saoudienne.
C’est en allant sur Internet, toutefois, et notamment sur les forums de supporters espérantistes, que le citoyen à la recherche de l’information est saisi par le contraste frappant entre le mutisme gêné des médias, d’un côté, et le dynamisme et la liberté de ton des internautes, de l’autre. En effet, le silence assourdissant des médias, d’habitude friands de ce genre d’affaires et de leurs détails croustillants, mais appliquant sans doute sagement les consignes, les met en porte-à-faux non seulement par rapport à l’information disponible sur les forums mais, surtout, par rapport aux débats libres et francs qu’ils abritent.
Ces débats ont, certes, porté sur la question du protocole : « Tarak est-il oui ou non dans l’erreur ? Si oui, cette erreur appelle-t-elle ce type de sanction ? ». Mais ils se sont surtout attaqués à des questions de fond comme celle de l’autonomie des associations sportives (le politique a-t-il le droit de s’ingérer dans les affaires des clubs en nommant un tel ou en limogeant tel autre ?) ou celle du mépris manifesté par les dirigeants du club à l’égard de leur public en le tenant dans l’ignorance totale des causes d’une si lourde – et si impopulaire – décision.
A lire les forums de supporters tels que e-speranza.net, par exemple, on a l’impression que c’est, paradoxalement, sur le virtuel que nous pouvons retrouver le pays réel, tandis que les médias classiques nous présentent un pays imaginaire, en dehors des problèmes et des conflits de l’histoire qui se fait tous les jours.
Entre-temps, et aux dernières nouvelles, le président du club et son ex vice-président seraient en butte à des tracasseries policières et fiscales comme pour mieux leur rappeler que la marge d’autonomie des associations sportives par rapport au politique est très étroite, voire inexistante.
I. K – Attariq Al Jadid - samedi 19 juillet 2008
14:15 Ecrit par TUNISIA Watch dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Tarak Dhiab, Abdallah Kaabi







