30/04/2009

CPJ: Les dix pays qui oppriment le plus les bloggeurs

La Birmanie arrive en tête d'un classement des dix principaux pays au monde réprimant les chroniqueurs en ligne, selon une étude du CPJ. En effet, l'essor des blogs dans beaucoup de nations d'Asie et du Moyen-Orient a conduit à une répression sévère par les gouvernements.

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New York, le 30 avril 2009--La Birmanie, dirigée par une junte militaire qui limite sérieusement l'accès à l'Internet et emprisonne des citoyens pendant des années pour l'affichage de critiques, est le pire pays au monde pour les bloggeurs, selon une étude du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ). Ce rapport intitulé « Les 10 pays qui oppriment le plus les bloggeurs » identifie également un certain nombre de pays du Moyen-Orient et d'Asie, où l'épanouissement de l'usage de l'Internet s'accompagne d'une répression croissante des gouvernements.

« Les bloggeurs sont à l'avant-garde de la révolution de l'Information et leur nombre est en pleine croissance », a déclaré le directeur exécutif du CPJ, Joël Simon. « Cependant, les gouvernements ont très vite appris à tourner la technologie contre les bloggeurs en appliquant la censure et le filtrage de l'Internet, la limitation de l'accès à la Toile et l'extraction de données personnelles. En dernier recours, les autorités jettent tout simplement certains bloggeurs en prison afin d'intimider le reste de la communauté en ligne et les réduire au silence ou les pousser à l'autocensure ».

Sur la base de pratiques comme les détentions, les règlementations et les mesures d'intimidation, les autorités de l'Iran, la Syrie, l'Arabie saoudite, la Tunisie et l'Egypte apparaissent comme les principaux oppresseurs de bloggeurs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La Chine et le Vietnam, où l'essor des blogs est confronté à de vastes mesures de surveillance et de contrôle, sont parmi les nations qui oppriment le plus les bloggeurs. Cuba et le Turkménistan, des pays où l'accès à l'Internet est très limité, complètent le tableau de déshonneur.

« Les gouvernements qui figurent sur la liste tentent de faire reculer la révolution de l'Information et, pour l'instant, ils sont en train de réussir», a ajouté M. Simon. «Les organisations de défense de la liberté d'expression, les gouvernements concernés, la communauté en ligne et les entreprises du secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication doivent s'unir pour défendre les droits des bloggeurs dans le monde », a-t-il martelé.

Le CPJ a publié son rapport afin de marquer la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, et d'attirer l'attention sur la répression des bloggeurs, qui constitue une grande menace à la liberté de la presse dans le monde entier. Le CPJ considère les bloggeurs - des gens qui affichent des analyses et des commentaires basés sur des reportages ou des faits - comme des journalistes. En 2008, le CPJ a découvert  que les bloggeurs et autres chroniqueurs en ligne étaient la catégorie professionnelle la plus emprisonnée parmi les journalistes, dépassant même la presse écrite, pour la première fois.

Pour établir cette liste, le CPJ a étudié les conditions de travail des bloggeurs dans plusieurs pays à travers le monde entier. Son personnel a consulté des experts d'Internet afin d'élaborer huit critères, notamment l'utilisation du filtrage, de la surveillance et de la réglementation par les gouvernements. D'autres critères comprennent l'emprisonnement, et le harcèlement juridique pour décourager les bloggeurs aux opinions dissidentes. Enfin, le rapport a considéré le niveau de pénétration de l'Internet et l'accès au Réseau.

LA LISTE

1. LA BIRMANIE

Dans le sillage de sa forte censure de la presse écrite et des medias audiovisuels, la Birmanie, applique également de grandes restrictions sur les blogs et d'autres activités sur la Toile. La pénétration de l'Internet comme outil d'utilisation privé est très faible: seulement 2% environ, de sorte que la plupart des citoyens accèdent au Réseau dans des cybercafés selon l'Open Net Initiative, un groupe de recherches étudiant le filtrage et les pratiques de surveillance en ligne. Les autorités réglementent  lourdement ces cybercafés, les obligeant par exemple à appliquer des règles de censure. Le gouvernement, qui avait complètement bloqué l'accès à l'Internet pour étouffer un soulèvement populaire en 2007, a la capacité de contrôler les courriers électroniques et d'autres méthodes de communication, et de bloquer l'accès des usagers à certains sites politiques de l'opposition, selon l'Open Net Initiative. Au moins deux bloggeurs sont actuellement en prison.
Illustration: Le bloggeur Maung Thura, plus connu sous le nom de Zarganar, est en train de purger une peine d'emprisonnement de 59 ans pour avoir diffusé des séquences vidéo, après le passage du cyclone Nargis en 2008.

2. L'IRAN

Régulièrement, les autorités jettent en prison ou harcèlent des bloggeurs affichant des billets critiquant les propos des personnalités politiques ou religieuses, la révolution islamique et ses symboles. Le gouvernement exige que tous les bloggeurs déclarent leurs sites au ministère de l'Art et de la Culture. Les responsables du gouvernement affirment avoir bloqué l'accès à des millions de sites Web, selon les médias. Un bureau du procureur, nouvellement créé, est spécialisé dans les questions relatives à l'utilisation de l'Internet et travaille directement avec les services de renseignement. Une législation imminente pourrait rendre la création de blogs promouvant « la corruption, la prostitution et l'apostasie » passible de la peine de mort.
Illustration: Le bloggeur Omidreza Mirsayafi, emprisonné pour avoir insulté les dirigeants religieux du pays, est décédé dans la prison d'Evin en mars dernier dans des circonstances qui n'ont pas été expliquées de façon détaillée.

3. LA SYRIE

Le gouvernement utilise des méthodes de filtrage pour bloquer les sites politiquement sensibles. Les autorités jettent en prison des bloggeurs pour la diffusion de textes et même d'articles de tiers dont les contenus sont considérés comme « faux » ou portant atteinte à « l'unité nationale ». L'autocensure est omniprésente dans ce pays. En 2008, le ministère de la Communication a ordonné aux propriétaires de cybercafés de procéder à l'identification de tous les clients, d'enregistrer leurs noms d'utilisateur et les heures d'utilisation, et de remettre régulièrement les documents aux autorités. Des organisations de défense des droits de l'homme ont indiqué que les autorités harcèlent et emprisonnent les bloggeurs considérés comme étant antigouvernementaux.
Illustration: Waed al-Mhana, un défenseur des sites archéologiques menacés, est jugé pour un article qui a critiqué la démolition d'un marché dans le Vieux Damas.

4. CUBA

Seules les autorités gouvernementales et les personnes ayant des liens avec le parti communiste ont accès à l'Internet. La majorité de la population accède à la Toile dans des hôtels ou des cybercafés contrôlés par le gouvernement au moyen de cartes d'abonnement coûteuses?. Un petit nombre de bloggeurs indépendants, tel que Yoani Sanchez, exposent en détail la vie quotidienne et donnent un point de vue critique sur le régime. Leurs blogs sont basés à l'extérieur du pays mais leur accès est largement bloqué au niveau national. Deux bloggeurs indépendants ont déclaré au CPJ avoir été harcelés par les autorités du pays. Seuls les bloggeurs progouvernementaux peuvent diffuser leurs articles sur des sites à l'intérieur du pays, sites pouvant être aisément consultés.
Illustration: Actuellement, le gouvernement cubain détient 21 auteurs qui étaient à la pointe du journalisme en ligne au début de la décennie. Ces écrivains, qui ont tous été emprisonnés en 2003 à l'exception d'une personne, avaient envoyé leurs articles par téléphone ou par fax à des sites Web étrangers.

5. L'ARABIE SAOUDITE

Environ 400.000 sites sont bloqués à l'intérieur du royaume, notamment ceux qui traitent de questions politiques, sociales ou religieuses. L'autocensure est généralisée. Outre les articles « indécents », l'Arabie saoudite bloque l'accès à « tout ce qui est contraire à l'État ou son système », une norme qui a été interprétée libéralement. En 2008, des guides religieux influents ont demandé des peines sévères, notamment la flagellation et la mort, contre les auteurs en ligne coupables de diffusion d'articles jugés hérétiques.
Illustration: Le bloggeur Fouad Ahmed al-Farhan a été maintenu en détention sans inculpation pendant plusieurs mois en 2007 et en 2008 pour avoir défendu la réforme et la libération des prisonniers politiques.

6. LE VIETNAM

Les bloggeurs ont audacieusement tenté de combler les lacunes laissées par les médias classiques contrôlés par l'état en matière d'informations indépendantes. Cependant, le gouvernement a réagi avec davantage de mesures réglementaires et les autorités ont appelé des entreprises de technologie internationales telles que Yahoo, Google ou Microsoft à fournir des informations sur les bloggeurs qui utilisent leurs plateformes. En septembre dernier, l'éminent bloggeur Nguyen Van Hai, également connu sous le nom de Dieu Cay, a été condamné à 30 mois de prison sur des accusations de fraude fiscale. Les recherches du CPJ démontrent que ces accusations ont été formulées en représailles à son blog.
Illustration: En octobre 2008, le ministère de l'Information et de la Communication du Vietnam a créé une nouvelle agence chargée de contrôler l'Internet.

7. LA TUNISIE

Les fournisseurs de services Internet sont tenus de soumettre régulièrement des adresses IP et d'autres informations d'identification au gouvernement. Tout le trafic Internet passe par un réseau central, ce qui permet aux autorités de contrôler et de filtrer le contenu des courriers électroniques. Le gouvernement emploie une gamme de techniques visant à harceler les bloggeurs, notamment la surveillance, la restriction des mouvements des bloggeurs, et le sabotage électronique. Les chroniqueurs en ligne Slim Boukhdhir et Mohamed Abbou ont été emprisonnés pour leur affichages.
Illustration: Dans un discours en mars dernier, le président Zine El Abidine Ben Ali a mis en garde les bloggeurs qui portent l'attention sur les « erreurs et les abus » du gouvernement, disant qu'ils se livraient à des « pratiques qui ne sont pas dignes de la société tunisienne et n'ont rien à voir avec la liberté et la démocratie ».

8. LA CHINE

Avec près de 300 millions d'internautes, la Chine a, plus que tout autre pays au monde, une forte culture numérique. Cependant, les autorités chinoises possèdent le plus vaste programme de censure de l'Internet  au monde. Ce réseau de surveillance est imité par d'autres pays comme le Vietnam. Le gouvernement s'appuie sur des fournisseurs d'accès Internet pour filtrer les recherches, bloquer les sites Web de ses détracteurs, supprimer les contenus désobligeants et surveiller le trafic des courriels. Puisque la presse traditionnelle en Chine est étroitement contrôlée, les nouvelles et commentaires diffusés par les bloggeurs laissent rarement indifférent. Les blogs, par exemple, ont joué un rôle clé dans la diffusion d'informations sur le tremblement de terre au Sichuan en 2008. Mais les bloggeurs qui vont trop loin dans la promotion des opinions impopulaires ou dans la diffusion d'informations sensibles peuvent se retrouver en prison. Les recherches du CPJ ont révélé qu'au moins 24 chroniqueurs en ligne sont actuellement en détention.
Illustration: En 2008, le Bureau national de lutte contre la pornographie et les publications illicites a annoncé qu'il avait retiré plus de 200 millions de billets en ligne jugés « nuisibles» au cours de l'année précédente.

9. LE TURKMÉNISTAN

Le président turkmène, Gurbanguly Berdymukhammedov a promis d'ouvrir son pays jusqu'alors isolé du monde en assurant un accès public à l'Internet. Mais lorsque le premier cybercafé du pays a ouvert en 2007, il était sous surveillance militaire. En plus, les connexions étaient irrégulières, le tarif horaire trop élevé et les autorités contrôlaient ou bloquaient l'accès à certains sites. L'entreprise de télécommunication russe MTS, qui avait pénétré le marché turkmène en 2005, a commencé en juin 2008 à offrir un accès au Web à partir de téléphones mobiles, mais les règlementations du service exigent que les clients évitent les sites critiquant le gouvernement turkmène.
Illustration: Turkmentelecom, le fournisseur public de services Internet, bloque systématiquement l'accès aux sites des dissidents et de l'opposition, tout en contrôlant les comptes e-mail sur Gmail, Yahoo et Hotmail.

10. L'EGYPTE

Les autorités égyptiennes ne bloquent qu'un petit nombre de sites Web, mais elles contrôlent régulièrement l'usage de la Toile. Le trafic de tous les fournisseurs de services Internet passe par l'opérateur Egypt Telecom contrôlé par l'Etat. Les autorités emprisonnent régulièrement des bloggeurs aux opinions dissidentes pour des durées indéterminées. Les organisations locales de défense de la liberté de la presse ont documenté la détention de plus de 100 chroniqueurs en ligne pour l'année 2008 seulement. Bien que la plupart des bloggeurs aient été libérés après de courtes périodes, certains ont été incarcérés pendant des mois et beaucoup ont été maintenus en détention sans ordonnance judiciaire. La plupart des bloggeurs déclarent avoir été maltraités, et certains ont été torturés.
Illustration: Le bloggeur Abdel Karim Suleiman, connu en ligne sous le nom de Karim Amer, purge actuellement une peine d'emprisonnement de quatre ans  sur la base d'accusations d'insulte à l'Islam et au président égyptien, Hosni Moubarak.

METHODOLOGIE

En collaboration avec des experts d'Internet, le CPJ a élaboré les huit critères suivants afin d'évaluer les conditions de travail des bloggeurs dans le monde entier, notamment:
* Un pays emprisonne-t-il des bloggeurs?
* Les bloggeurs font-ils l'objet de harcèlement, de cyber-attaques, de menaces, d'agressions ou d'autres représailles?
* Les bloggeurs pratiquent-ils l'autocensure pour se protéger?
* Le gouvernement limite-t-il la connectivité ou restreint-il l'accès à l'Internet?
* Les bloggeurs sont-ils tenus de se déclarer auprès du gouvernement ou d'un fournisseur de services Internet ou de donner un nom et une adresse vérifiables avant de lancer un blog?  
* Un pays possède-t-il des règlements ou des lois pouvant être utilisés pour censurer les bloggeurs?
* Le gouvernement surveille-t-il les citoyens qui utilisent l'Internet ?
* Le gouvernement utilise-t-il la technologie de filtrage pour bloquer ou censurer l'Internet?

07/12/2008

لجنة حماية الصحفيين : صحفيو الإنترنت السجناء الآن أكثر من الصحفيين السجناء من أي وسيلة إعلام أخرى

rtrs_amer.jpgأصبح عدد صحفيي الإنترنت الذين في السجون في جميع أنحاء العالم اليوم أكثر من الصحفيين الذين يعملون في أي وسيلة أخرى، بما يعد انعكاسا للتأثير المتزايد لصحافة الانترنت والآراء المنشورة إلكترونيا. ففي التقرير السنوي لإحصاء الصحافيين السجناء، الذي أطلقته لجنة حماية الصحفيين اليوم ، وُجِد أن 45 في المئة من جميع العاملين في وسائط الإعلام الذين في السجون في جميع أنحاء العالم ، هم من المدونين، والصحفيين على الإنترنت، ومحرري المواقع الإلكترونية. وتعد هذه هي المرة الأولى التي يشكل فيها صحفيو الإنترنت أكبر فئة مهنية في الإحصاء الذي تجريه لجنة حماية الصحفيين بخصوص الصحفيين في السجون.

وجد الاستطلاع الذي أجرته لجنة حماية الصحفيين في 1 كانون الاول / ديسمبر أن 125 من الصحفيين يقبعون وراء القضبان ، بانخفاض قدره اثنين عن إحصاء عام 2007. (إقرأ البيانات التفصيلية عن كل صحافي سجين). وقد بقيت الصين تحتفظ بالصدارة كأسوأ الدول التي تسجن الصحفيين ، وهو المركز المخزي الذي استمرت تحتله لمدة 10 سنوات متتالية. وقد احتلت كل من كوبا ، وبورما ، وإريتريا ، وأوزبكستان المراكز الخمسة الأولى في مجال سَجن الصحفيين من بين 29 دولة تسجن الصحفيين. وكل واحدة من هذه الدول الخمس الأسوأ قد دأبت على التصدر بين أسوأ الدول التي تسجن الصحفيين.

media_pie_chart.jpgيوجد على الأقل 56 صحفيا على الانترنت يقبعون في السجون في جميع أنحاء العالم، وفقا لإحصاء لجنة حماية الصحفيين، وهو عدد يفوق عدد الصحفيين العاملين في الصحافة المطبوعة لأول مرة. وبات عدد الصحافيين على الانترنت السجناء يتزايد بصورة مطردة منذ سجلت لجنة حماية الصحفيين أول حالة سجن لكاتب على الإنترنت في إحصاء عام 1997. ويمثل صحافيو الصحافة المطبوعة والمحررون والمصورون ثاني أكبر فئة مهنية، بعدد 53 حالة في عام 2008. ويشكل الصحفيون والمصورون بالتلفزيون والإذاعة بقية العدد.

وقال جويل سايمون المدير التنفيذي للجنة حماية الصحفيين "لقد غيرت الصحافة الإلكترونية من طبيعة المشهد الإعلامي ومن طريقة تواصلنا مع بعضنا البعض." وأضاف "بيد أن قوة وتأثير هذا الجيل الجديد من الصحفيين على الانترنت قد استحوذا على اهتمام الحكومات القمعية في مختلف أنحاء العالم، والتي صعدت من وتيرة هجومها المضاد".

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23/09/2008

Tunisie: L'Oppresseur Souriant

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Sur la façade blanchie à la chaux de la prison de Sfax, là même où Slim Boukhdhir a purgé une peine d’un an de prison, un grand portrait du président Zine el-Abidine Ben Ali sourit avec assurance. Officiellement, le journaliste âgé de 37 ans a été mis derrière les barreaux pour avoir insulté un agent de police à un point de contrôle dans Sfax, la deuxième plus grande ville de Tunisie. Mais dans la réalité orwellienne de ce pays ensoleillé d’Afrique du Nord, l’incarcération de Boukhdhir a peu à voir avec le manque de respect envers la police et tout à faire avec le fait d’avoir offensé l’homme qui sourit sur la grande photo.

Family2_fr-cpj.jpgBoukhdhir, ancien reporter au service arts et culture dans la presse progouvernementale, a fait ce que peu de journalistes tunisiens osent faire : critiquer Ben Ali et les membres de sa famille, qui domine la vie politique et économique de ce pays méditerranéen de 10 millions d’habitants. Les articles de Boukhdhir, publiés en tant que journaliste indépendant sur Internet ou dans des publications étrangères, accusent Ben Ali de pratiques népotiques, comme le fait d’acheminer des fonds de l’Etat vers une école privée dirigée par une de ses nièces. Rapidement, Boukhdhir a attiré l’attention des autorités. Licencié, sous la pression du gouvernement, de son travail au journal Akhbar al-Jumhuriyya, il s’est d’abord vu refuser un passeport puis a été agressé une fois par la police secrète dans le centre-ville de Tunis, peu de temps après avoir publié sur Internet un article critiquant les pratiques commerciales du beau-frère de Ben Ali. Sans se laisser intimider, Boukhdhir a continué d’écrire.

Du coup, en novembre 2007, le gouvernement de Ben Ali a décidé de lui envoyer un message plus clair. Alors que le journaliste se rendait de Sfax à Tunis après avoir été informé qu’il pouvait enfin récupérer son passeport, la police a fait arrêter son taxi en dehors de la ville et lui a demandé de sortir de la voiture. Les agents de police l’ont alors accusé de les avoir insultés – ce que le reporter nie vigoureusement – et l’ont emmené à un poste de police où ils l’ont frappé à plusieurs reprises au visage et l’ont accusé d’être un agent des Américains, selon son témoignage au CPJ.

Le gouvernement a affirmé que l’arrestation de Boukhdhir n’avait aucun lien avec le journalisme. Une semaine plus tard, à l’issue d’une parodie de procès, Boukhdhir a été reconnu coupable d’« insulte à agent public » et de refus de délivrance de papiers d’identité à agent de police. Un témoin a dit à la famille de Boukhdhir que la police avait falsifié ses déclarations en vue d’incriminer le journaliste. De son côté, le juge a interdit que les témoins du parquet soient contre-interrogés. La peine d’un an de prison prononcée contre le reporter était non seulement la plus lourde autorisée par la loi mais, selon les avocats de la défense, elle est sans précédent pour une telle infraction.

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A l’issue d’une intense campagne internationale menée par des journalistes et des organisations de liberté de la presse, dont le CPJ, les autorités tunisiennes ont relâché Boukhdhir en juillet, faisant valoir son bon comportement. Mais son emprisonnement témoigne des mesures sévères et sophistiquées prises par le gouvernement tunisien pour museler les médias dissidents tout en se protégeant des critiques internationales. « Ils l’ont envoyé en prison pour le terroriser », déclare Mohammed Abbou, avocat des droits de l’homme qui a été lui-même emprisonné en 2005 pour des articles postés sur Internet et critiquant Ben Ali.

Connue à travers le monde pour ses superbes plages et destinations touristiques, la Tunisie fonctionne tranquillement, à l’intérieur, comme un Etat policier. La presse écrite ne critique pas le président et est largement paralysée par l’autocensure. Les quelques voix critiques qui publient sur Internet, dans des publications étrangères ou dans des hebdomadaires d’opposition à faible diffusion, sont régulièrement harcelées et marginalisées par les autorités.

Le code de la presse tunisien prévoit une panoplie de restrictions à la couverture journalistique, dont l’interdiction catégorique d’offenser le Président, de perturber l’ordre public et de publier ce que le gouvernement estime être de « fausses informations ». Une enquête du CPJ permet d’observer que, si ces lois ont été utilisées depuis des années pour poursuivre les journalistes, les autorités préfèrent désormais avoir recours à des tactiques plus subtiles pour surveiller ceux-ci de près. Par exemple, elles contrôlent le dépôt de publication des médias écrits et l’autorisation de diffuser pour les médias audiovisuels, refusant leur permission aux organes critiques. Elles contrôlent aussi la distribution des subventions et de la publicité publiques, usant ainsi de l’arme économique. Les journaux au franc parler peuvent être confisqués par la police. L’accès aux sites d’information électroniques au ton critique, à ceux appartenant à des organisations internationales de défense des droits de l’homme, ou encore au site très populaire de clips vidéos YouTube, est bloqué par le gouvernement.

Les journalistes indépendants, dont certains sont en même temps des militants des droits de l’homme, ont aussi fait l’objet d’harcèlement. Leurs lignes téléphoniques sont coupées, ils reçoivent des menaces anonymes, sont placés sous surveillance policière, se voient refuser le droit de voyager à l’extérieur du pays, quand leurs mouvements à l’intérieur même du territoire ne sont pas restreints. Ceux qui franchissent les limites de la critique jugée acceptable par les autorités sont la cible de mesures plus sévères comme l’emprisonnement ou des agressions violentes. Un cas notoire fut celui, en 2005, de Christophe Boltanski, du quotidien français Libération, aspergé au gaz lacrymogène, battu et poignardé par quatre hommes non identifiés dans un quartier diplomatique hautement surveillé de Tunis. L’agression avait eu lieu quelques jours avant le sommet organisé par l’Onu sur l’Internet et juste après que Boltanski eut écrit un article décrivant les persécutions à l’encontre des militants des droits de l’homme. Dans des circonstances très similaires, le journaliste tunisien Riad Ben Fadhel avait été blessé, en 2000, par des coups de feu tirés depuis une voiture devant sa maison à Carthage, dans un endroit situé à quelques kilomètres du palais présidentiel, une des zones les plus sûres du pays. Quelques jours avant, il avait signé un article dans Le Monde priant Ben Ali de se retirer du pouvoir à la fin de son mandat.

Depuis 2002, la Tunisie et le Maroc ont emprisonné plus de journalistes qu’aucun autre pays du monde arabe. Pour éviter la critique internationale, les autorités tunisiennes ont eu recours à des accusations non liées à l’activité journalistique. De telles charges ne touchent d’ailleurs pas que les journalistes : en février, les autorités ont mis en prison le comédien Hedi Ould Baballah pour des accusations de drogue largement considérées comme forgées de toutes pièces après qu’il a imité Ben Ali dans un sketch satirique peu flatteur. « Il existe de nombreuses pressions invisibles et indirectes », explique, sous condition d’anonymat, un professeur de journalisme tunisien expérimenté. « Il n’y a pas d’ordonnance officielle pour fermer les journaux ou emprisonner les journalistes. Mais on peut se poser la question : où est la presse indépendante ? » observe-t-il.

Skyline-cpj_fr.jpgSur le plan international, le gouvernement a recours à une stratégie agressive de relations publiques. Selon les témoignages de journalistes recueillis par le CPJ, le régime fournit aux journalistes de la région des voyages tout frais payés pour couvrir des événements officiels tels que la commémoration annuelle du coup d’état de novembre 1987, qui a porté Ben Ali au pouvoir. Le Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’homme (ANHRI), basé au Caire, a rapporté que des journaux égyptiens étaient payés pour produire des articles félicitant Ben Ali pour ses « réformes démocratiques » et ses « qualités de dirigeant ».

Les autorités contrent énergiquement la critique dans les forums internationaux en y introduisant des trouble-fêtes. En septembre 2007, un groupe d’entre eux a cherché à monopoliser la discussion lors d’une rencontre à l’université Johns Hopkins où était présent la journaliste et militante des droits de l’homme Sihem Bensedrine. Lorsque des critiques sont publiées dans la presse internationale, les porte-parole du gouvernement réagissent promptement. « Depuis l’accession au pouvoir du président Ben Ali en 1987, la Tunisie a mis en place un processus de réformes progressif mais irréversible visant à ancrer la démocratie, renforcer l’état de droit et promouvoir et protéger les droits de l’homme », écrit ainsi Taoufik Chebbi, chargé de la presse à l’ambassade de Tunisie à Washington, dans une lettre adressée au St. Paul Pioneer Press à la suite d’un rapport du CPJ sur les violations de la liberté de la presse. Chebbi ajoute que, grâce à ses réformes, le paysage politique a « changé de façon spectaculaire ».

De tels changements ne comprennent cependant manifestement pas un dialogue direct avec ceux qui critiquent le bilan du gouvernement. Du Premier ministre Mohamed Ghannouchi au ministre de l’Intérieur Rafik Belhaj Kacem, de hauts responsables n’ont donné aucune suite aux nombreuses demandes de rendez-vous faites par le CPJ pour discuter en Tunisie, entre juin et juillet, des violations de la liberté de la presse.
Perçu comme un rempart contre l’activisme islamiste en Afrique du Nord, Ben Ali jouit de liens forts avec les Etats-Unis et l’Europe. Le département d’Etat américain et le président George W. Bush ont parfois réprimandé le gouvernement pour son bilan en matière de droits de l’homme. Mais la Tunisie demeure un partenaire de confiance des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme. La croissance économique du pays, son appui au droit des femmes et sa stabilité politique impressionnent ses soutiens américains. Beaucoup de ces derniers sont des membres du Congrès, notamment ceux siégeant dans le Groupe sur la Tunisie, récemment constitué et chargé de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays. Le gouvernement tunisien accueille régulièrement des délégations du Congrès dans la capitale ensoleillée de Tunis. Alors que les membres du Congrès poussent au resserrement des liens entre les Etats-Unis et la Tunisie, ils observent un silence typique sur le triste bilan tunisien en matière de droits de l’homme et de liberté de la presse, tout en permettant à la presse contrôlée par l’Etat d’exploiter à sa guise ces visites à des fins de propagande.

Le dernier exemple en date est la visite, en juillet, de la députée américaine Betty McCollum, une Démocrate du Minnesota, qui a fait l’éloge de la Tunisie comme « une voix de modération et de sagesse dans le monde », déclaration abondamment reprise par la presse progouvernementale. Journalistes et analystes tunisiens expliquent que ce type de soutien politique représente l’aide étrangère la plus prisée par le régime. Dans un article publié sur le site Internet de The Hill, McCollum a déclaré qu’elle s’était entretenue en privé avec des organisations de droits de l’homme mais que son voyage était centré sur « la coopération en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme ».

Les liens de la Tunisie avec la France, son principal partenaire commercial, sont encore plus profondément ancrés. A l’instar de son prédécesseur Jacques Chirac, le président français Nicolas Sarkozy entretient des relations chaleureuses avec Ben Ali. Lors d’une visite à Tunis, en avril, il a déclaré : "Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons."  Bien que l’Union européenne critique occasionnellement la Tunisie sur la question des droits de l’homme, ses intérêts politiques et économiques prennent le dessus sur les inquiétudes quant à ces violations par le gouvernement.

rtrs-ben-ali-sarkozy_fr.jpg"Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons", a déclaré Nicolas Sarkozy à Tunis

Aujourd’hui, beaucoup de journalistes tunisiens qualifiés se plaignent de l’état navrant de leur profession. Ils soulignent l’écart entre leur pays et ses voisins algérien et marocain, où une presse critique a pris racine malgré une dure répression gouvernementale. Plusieurs cas étudiés par le CPJ montrent que des journalistes tunisiens en vue ont quitté le pays pour trouver du travail dans des médias internationaux.

« En Algérie, ils avaient l’habitude d’assassiner les journalistes, mais en Tunisie ils ont tué la profession », dit Taoufik Ben Brik, un journaliste indépendant âgé de 48 ans, en référence à la campagne d’assassinats menée par des groupes armés en Algérie dans les années 90. Critique sévère de Ben Ali, Ben Brik écrit désormais pour des organes d’information internationaux.

C’est uniquement au cours des quatre dernières années que Slim Boukhdhir, un ancien habitué de la presse progouvernementale, a commencé à jeter un regard critique sur le gouvernement de Ben Ali. Au moment de son incarcération, il écrivait plusieurs fois par semaine pour des sites Internet officiellement interdits, comme le populaire Tunisnews, et de temps à autre pour l’hebdomadaire d’opposition Al-Mawkif ainsi que le quotidien Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. « Slim symbolise leur crainte », dit Neziha Rejiba, journaliste indépendante de longue date. « De journaliste ordinaire, il est devenu indépendant. Ce qui lui est arrivé est une façon [pour le gouvernement] de donner une leçon aux autres. »

Ben Ali a affiné sa stratégie de « containment » depuis plus deux décennies. La République de Tunisie n’a connu que deux présidents depuis son indépendance acquise aux dépens de la France, en 1956. Habib Bourguiba, héro nationaliste et « président à vie », a dirigé pendant 31 ans la modernisation et le développement du pays. Sous sa gestion autocratique, la Tunisie n’a guère été une démocratie libérale. Mais il a permis une petite dose d’expression politique dans l’opposition et les journaux indépendants. Alors que sa présidence devenait plus chaotique dans ses dernières années au pouvoir, cette marge de manœuvre du débat critique s'est rétrécie et les fermetures de journaux et la censure ont augmenté.

Lorsque Ben Ali, alors Premier ministre, a déposé le président Bourguiba, les Tunisiens ont eu un moment d’optimisme avec la libération des prisonniers politiques et la promesse d’élections. « De 1987 à 1989, la Tunisie a connu une sorte de printemps [politique] », raconte Rachid Kechana, rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’opposition tunisien Al-Mawkif. « Des élections étaient prévues et les gens pensaient faire l’expérience du pluralisme. Mais ce fut la déception. Après cela, l’Etat est devenu plus autoritaire et la presse en a été la première victime. »

Ben Ali a d’abord réprimé l’opposition islamiste, puis toute personne n’étant pas d’accord avec son régime. Journaux indépendants au ton critique ou journaux d’opposition – comme Le Maghreb, Al Badil et l’hebdomadaire islamiste Al-Fajr – ont été purement et simplement fermés ou contraints de le faire sous la pression du gouvernement. Le directeur du journal Al-Rai, par exemple, a été poussé à fermer cet hebdomadaire indépendant après que Rejiba a, dans une rubrique, questionné les qualités politiques de Ben Ali et émis des doutes sur ses intentions démocratiques.

Le gouvernement de Ben Ali a largement réussi à vider de sa sève le journalisme national. La presse écrite généraliste est dominée par des publications progouvernementales fournissant une couverture servile du président, le louant comme l’architecte du changement et un héraut de la liberté. En 2007, un rapport du département d’Etat américain a conclu que même les médias théoriquement privés prenaient des ordres auprès de hauts membres du gouvernement et que « tous les médias sont soumis à une importante pression gouvernementale sur certains sujets ». Les « unes » des journaux montrent tous les jours la photo d’un Ben Ali bienveillant, parfois en train de rencontrer un dignitaire étranger, parfois en simple portrait. Les pages intérieures sont remplies de nouvelles sportives et de société. La critique, occasionnelle, est de nature générale et évite de mentionner une autorité par son nom ou de dire que c’est la faute de la politique gouvernementale. En juin, alors que les Tunisiens de la ville méridionale de Redeyef manifestaient contre le chômage, le népotisme et l’augmentation du coût de la vie, les quotidiens faisaient leur une sur les étudiants en train de passer leur baccalauréat.

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Le ministère de l’Intérieur enregistre tous les médias écrits, refusant son autorisation à des titres perçus comme indépendants. Au cours de cette décennie, le gouvernement a mis en place l’Agence nationale des fréquences, chargée de délivrer les autorisations de diffusion aux opérateurs privés. Mais ses critères d’approbation n’ont jamais été rendus publics et le CPJ a constaté que plusieurs candidats indépendants n’ont pas même reçu de réponse de l’agence. Cette agence a autorisé une station de télévision et trois radios. Toutes sont la propriété de milieux d’affaires proches du régime. De surcroît, les autorisations interdisent à ces stations de diffuser toute information politique, à l’exception des dépêches de l’agence de presse gouvernementale.

« Les journalistes sont toujours en train de se demander si les autorités vont accepter ce qu’ils écrivent. Ils ne parlent jamais de ce que les lecteurs veulent. Parfois, une critique apparaît dans la presse quotidienne mais elle n’est pas dirigée vers les principaux décideurs », dit un journaliste chevronné travaillant dans la presse progouvernementale et s’exprimant sous condition d’anonymat, par crainte de représailles.

Cette crainte est bien fondée. Par le biais de l’Agence tunisienne de la communication extérieure (ATCE), le gouvernement répartit les budgets publicité des agences gouvernementales et des compagnies publiques et punit les publications critiques en pratiquant la rétention de publicité, selon les témoignages de journalistes recueillis par le CPJ. Selon les mêmes sources, les annonceurs privés ont l’habitude de suivre le gouvernement quand celui-ci retire sa publicité à un organe. L’ATCE opère de façon opaque. Elle ne divulgue pas les directives suivies pour l’attribution des encarts publicitaires. Oussama Romdhani, directeur général de l’ATCE, n’a pas répondu aux demandes répétées du CPJ.

Malgré ce vieux passif d’entraves à la presse, Ben Ali fait fréquemment de faux appels à la fin de l’autocensure. « Nous avons toujours considéré la liberté d’expression comme un droit de l’homme fondamental », affirme-t-il en mai dans une dépêche de Reuters. « Nous réitérons notre appel à redoubler d’efforts (…) pour diversifier et enrichir les espaces de dialogue dans les différents médias afin de garantir une information nationale enrichie et audacieuse, (…) loin de toutes les formes d’autocensure et de censure externe. »

Raouf Cheikhrouhou, directeur de la société de presse Dar al-Sabah et l’un des rares hauts responsables de l’information progouvernementaux à avoir accepté de recevoir le CPJ, défend ses publications et assure de leur indépendance. Interrogé sur les raisons pour lesquelles ses journaux, dont l’influent quotidien Al-Sabah, qui diffuse à 40 000 exemplaires, ne s’intéressent pas à la corruption au sein de l’Etat et ne critiquent pas des responsables de haut rang, il dit que c’est à cause de la loi. « Ici, en Tunisie, il y a une loi sur la presse et vous ne pouvez pas sortir de la loi », dit-il. « Selon la loi, nous ne pouvons pas offenser le président. La Tunisie n’est pas l’Europe. C’est un pays arabe et musulman. (…) Nous avançons pas à pas et je crois que la presse va dans la bonne direction. »

Lorsque les journaux progouvernementaux se mettent à pratiquer un journalisme agressif, cela consiste souvent à salir les journalistes et militants indépendants. Des journaux comme Echourouk, le plus important quotidien en matière de distribution, et les hebdomadaires Assarih et Al-Hadath, publient régulièrement des attaques personnelles contre des journalistes, les qualifiant de « traîtres » et « d’agents de l’étranger ». Les responsables de la rédaction de ces journaux n’ont pas répondu aux demandes d’entretien du CPJ.

A l’autre extrémité de l’échiquier d’une presse progouvernementale généreusement financée, on trouve de tout petits journaux d’opposition et des publications électroniques faisant face à d’énormes obstacles. Toutes publications confondues, leur diffusion représente environ 30 000 exemplaires par semaine (Echourouk, quotidien progouvernemental, aurait à lui seul une diffusion de 80 000 ex.). Ces journaux sont plus chers et marquent tous des limites à leur couverture politique.

Kiosk-Tunisia-cpj_fr.jpgDans la réalité, seuls deux journaux d’opposition – les hebdomadaires Al-Mawkif, qui appartient au Parti démocratique progressiste, et Mouatinoun, lié au Forum démocratique pour le travail et les libertés – appliquent ce qui peut être qualifié de politique éditoriale agressive constante. Les autres dépendent des subventions de l’Etat pour un montant d’environ 90 000 dinars tunisiens par an (75 000 dollars US), reçoivent de lucratifs encarts publicitaires des agences de l’Etat et des compagnies publiques et sont, en conséquence, politiquement dociles.

Rachid Kechana, le rédacteur en chef affable de Al-Mawkif, a mené une incessante bataille pour publier son hebdomadaire depuis sa reparution dans les kiosques, en 2001, après une suspension de sept ans. Avec l’aide de cinq employés, Kechana remplit les pages de son journal d’articles introuvables dans le reste de la presse : rapports d’organisations de droits de l’homme critiquant le bilan du gouvernement, articles sur des contrats fonciers douteux par des membres du gouvernement, ou sur l’augmentation du prix de l’alimentation. Il fait tout cela avec très peu de moyens. Contrairement aux autres journaux d’opposition, Al-Mawkif ne reçoit pas de subvention de l’Etat (selon la loi, les partis doivent disposer de représentants actifs au parlement et le sien n’en a pas) et est largement boycotté par les annonceurs. Son journal survit par conséquent grâce aux ventes en kiosque et Kechana, qui travaille aussi comme correspondant à Tunis du quotidien Al-Hayat basé à Londres, ne peut pas toucher de salaire.

Pourtant, son journal est passé de 4 à 12 pages, son tirage a décuplé pour atteindre 10 000 exemplaires et il s’est enhardi dans son travail d’information. Son influence grandissante a entraîné une plus grande pression du gouvernement, ce qui a posé de nouvelles difficultés. Dépendant de ses ventes en kiosque, Al-Mawkif peut être paralysé financièrement chaque fois que le gouvernement le décide. « Chaque semaine, nous devons calculer le risque. Quand nous choisissons un titre, nous devons penser à quel point il va contrarier le gouvernement », raconte Kechana.

En mars, la réponse à cette question est venue après que le journal a publié une série d’articles coriaces sur les violations des droits de l’homme, sur un contrat douteux impliquant un homme d’affaires proche de Ben Ali, et sur la téméraire candidature à l’élection présidentielle de l'ancien chef du Parti démocratique progressiste, Nejib Chebbi. Peu après, des exemplaires du journal ont commencé à disparaître des kiosques. Pendant quatre semaines entre mars et avril, les vendeurs ont dit que la police secrète a ramassé les exemplaires par paquets, selon Kechana. Al-Mawkif a aussi découvert de nombreux exemplaires non distribués dans les bureaux de son distributeur, Sotupresse. Les comptes du journal montrent une chute drastique de ses ventes, jusqu’à seulement 744 exemplaires en une semaine. Saleh Nouri, directeur général de Sotupresse, nie l’allégation contre lui, affirmant que sa société opère « librement ». Les autorités tunisiennes n’ont pas souhaité rencontrer le CPJ à ce sujet.

En même temps que les exemplaires du journal étaient retirés de la circulation, Al-Mawkif a été la cible d’une demande de dommages et intérêts d’un montant de 500 000 dinars (415 000 dollars US), déposée par cinq distributeurs d’huile de cuisine. Ces sociétés prétendent que le journal a publié de fausses nouvelles dans un commentaire appelant à ce qu’une enquête soit menée sur les informations selon lesquelles de l’huile de cuisine contaminée était illégalement exportée vers l’Algérie. La plainte a été déposée alors qu’aucune de ces cinq sociétés n’avait été nommée dans l’article et que le commentaire était basé sur le reportage publié dans le quotidien algérien Al-Khabar. Hassan al-Thabeet, avocat représentant ces entreprises, affirme avoir été contacté séparément par celles-ci et qu’elles n’ont pas agi de concert. Il a refusé de faire tout autre commentaire.

Mouatinoun, hebdomadaire critique fondé en 2007 comme la voix du Forum démocratique pour le travail et les libertés, fait face à des obstacles économiques et politiques comparables. Mustafa Ben Jaafar, chef bienveillant de ce parti et aussi directeur du journal, publie Mouatinoun grâce à des employés bénévoles installés dans un appartement de quatre pièces au centre-ville de Tunis. Il vend environ 1000 exemplaires par numéro. Il dit qu’il ne peut obtenir aucune publicité des compagnies publiques et que les vendeurs cachent son journal dans leurs kiosques. Des membres de la sécurité en civil surveillent le bâtiment où se trouve la rédaction. « Ils sont là 24 h/24 », dit Ben Jaafar. « Il s’agit d’une forme d’intimidation à l’encontre de citoyens lambda. »

Aux yeux de ce gouvernement soucieux de son image, il est préférable de marginaliser ces journaux que de les faire fermer. « Le gouvernement a besoin de Al-Mawkif pour montrer au monde qu’il possède des médias ouverts alors qu’en réalité cette ouverture est strictement limitée », dit Lofti Hajji, le correspondant d’Al-Jazeera à Tunis.

Dans une rue qui donne sur la rue Al-Hurriya, on peut repérer le siège de Kalima à la présence d’agents de lasécurité assis 24 h/24 sur des chaises en plastique en face de l’immeuble. Mais police secrète mise à part, Kalima n’est pas un organe d’information comme les autres. Fondé en 2000 par la journaliste/militante Sihem Bensedrine, Kalima publie en arabe et en français des critiques cinglantes de Ben Ali et de sa famille, ainsi que des articles sur la torture et les violations des droits de l’homme. Son bureau, exigu et mal éclairé, sert aussi de siège au Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), une organisation locale de droits de l’homme, ainsi qu’à l’Observatoire de la liberté de presse, de publication et de création (OLPEC).

Cette année, pour la cinquième fois en neuf ans, Bensedrine a demandé la permission de produire une version imprimée de Kalima. Mais les responsables au ministère de l’Intérieur n’ont pas accepté sa requête. Kalima continue d’être diffusé à quelques centaines d’exemplaires polycopiés non autorisés, mais il est essentiellement diffusé sur Internet et par courrier électronique. L’accès de son site Internet est bloqué en Tunisie mais est très lu à l’étranger.

Kalima fait partie d’un nombre croissant de samizdats électroniques qui surgissent hors de portée des censeurs. Son approche agressive de l’information et du commentaire politique en a fait la cible d’un harcèlement intense prenant la forme de menaces, d’intimidation, d’agressions violentes, et d’emprisonnement. Bensedrine et la rédactrice en chef Neziha Rejiba disent que leurs bureaux sont régulièrement cambriolés et qu’elles arrivent le matin pour trouver les ordinateurs allumés et les fichiers imprimés. « Ils veulent nous montrer que nous ne travaillons pas dans un environnement sûr », dit Bensedrine. Tout comme les autres journalistes indépendants, leurs boites de courrier électronique sont noyautées par des programmes malveillants. Un jour, tous les e-mails en attente pour Bensedrine ont disparu après qu’elle a ouvert l’un d’entre eux.

Bensedrine a été emprisonnée pendant six semaines en 2001 après avoir parlé de corruption et de violations des droits de l’homme dans un entretien avec une chaîne de télévision par satellite. Elle a été la cible de nombreuses agressions, comme celle, en 2004, où de présumés agents de la police secrète l’ont frappée au visage et à la poitrine. Dans les journaux progouvernementaux comme Ashourouq, Assarih, et Al-Hadath, elle a été la cible d’attaques personnelles virulentes, étant traitée de prostituée, de « créature du diable » et de « vipère haineuse ». L’un de ceux ayant conduit des attaques, Abdelhamid Riahi de Ashourouq, a plus tard été décoré par le Président pour accomplissements dans le domaine de la culture.

En 2007, Omar Mestiri, militant des droits de l’homme et directeur général de Kalima, a été la cible d’une plainte fallacieuse pour diffamation, déposée par Mohammed Baccar, un avocat étroitement lié aux autorités gouvernementales. L’affaire repose sur un article publié en septembre 2006 dans lequel Mestiri critique la décision du barreau tunisien de revenir sur la radiation de Baccar. Le parquet n’a pas contesté la véracité de cette information mais a exigé que Mestiri dévoile ses sources. Finalement, Baccar a retiré sa plainte. Mais le lendemain même, des pyromanes non identifiés ont mis le feu au bureau d’Ayachi Hammami, l’avocat des droits de l’homme chargé de la défense de Mestiri.

Certains types de sujets sont hors de portée, même pour les journalistes tunisiens les plus entreprenants. En janvier et dans les mois suivants, des manifestations violentes contre le chômage, le népotisme et l’augmentation des prix alimentaires ont secoué la ville minière de Redeyef, au Sud du pays. Mais il n’y a eu virtuellement aucune couverture de ces événements. Journalistes et militants disent que les forces gouvernementales ont bouclé la ville et interdit aux non résidents et aux journalistes d’y pénétrer. En juin, les autorités ont détenu pendant deux jours le reporter et militant Hadi al-Ridaoui après qu’il a pris des photos et interviewé dans l’hôpital de la ville voisine de Gafsa des manifestants blessés.

« On peut écrire tout ce qu’on veut sur le sport. Mais sur des questions importantes pour la société, comme les manifestations à Redeyef, la presse ne peut rien faire, à part imprimer ce que veut le gouvernement », dit Hajji, le correspondant d’Al-Jazeera.

La situation dans laquelle se trouve Hajji illustre les sérieuses limites que le gouvernement est prêt à imposer à la presse internationale. L’ATCE contrôle les correspondants étrangers en requérant d’eux qu’ils obtiennent une accréditation gouvernementale et qu’ils aient la permission explicite de couvrir tout événement officiel. Depuis 2004, les autorités ont refusé d’accréditer Hajji, dans le cadre d’une vieille querelle entre le gouvernement tunisien et Al-Jazeera à propos de la couverture des dissidents dans le pays. Hajji n’a pas de bureau et n’est pas autorisé à couvrir l’actualité, bien qu’il continue à envoyer des reportages pour le site Internet d’Al-Jazeera et d’autres articles par e-mail. Selon lui, la police arrive si souvent au lieu de ses rendez-vous et entretiens qu’il est évident qu’elle surveille ses conversations téléphoniques. En mai, alors qu’il se rendait à l’audience concernant la plainte contre Kechana à propos de l’huile de cuisine, la police l’a retardé à un péage jusqu’à ce que l’audience ait été achevée.

Si beaucoup de journalistes indépendants travaillent encore, d’autres perdent espoir. Alors que Ben Ali se prépare pour un cinquième mandat en 2009, les reporters se préparent à de nouvelles mesures de répression visant à s’assurer de la réélection sans heurt du Président pour cinq années supplémentaires. « Il n’y a pas de place pour un projet de presse indépendant aujourd’hui », constate le professeur de journalisme tunisien. Pour du travail de propagande, oui, dit-il. Pour des projets commerciaux, assurément. Et nul doute qu’il y aura toujours beaucoup d’argent de l’Etat pour donner bon teint à l’image internationale de la Tunisie.

Mais le cas de Hajji – comme ceux de Boukhdhir, Bensedrine, Kechana, et d’autres – illustre la détermination du gouvernement à contrôler l’information et à réprimer la libre expression. Tant que la situation ne changera pas, tant que les alliés internationaux de la Tunisie n’élèveront pas la voix pour que cela change, les chances que prennent corps les libertés politiques en Tunisie seront gravement limitées.

Joel Campagna était le responsable du programme du Moyen-Orient et de l' Afrique du Nord du CPJ.

CPJ- SFAX, Tunisie - 23 septembre 2008

08/07/2008

Une association pour la liberté de la presse en visite en Tunisie

Le Comité pour la Protection des Journalistes s'est récemment rendu en Tunisie. Cette association de défense des libertés de la presse envisage de publier un rapport détaillé sur ses conclusions.

En réponse aux inquiétudes croissantes sur le déclin de la liberté de la presse en Tunisie, une délégation du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) a récemment effectué une visite d'une semaine dans le pays pour y juger de l'état de la situation.

Dans une déclaration à Magharebia, Joel Campana, coordinateur du programme au sein du CPJ, a déclaré que le but de cette visite était de mieux connaître les conditions réelles de la presse et des libertés en Tunisie. "Nous étions inquiets sur les rumeurs d'atteintes à la liberté de la presse en Tunisie. Nous avions déjà publié des rapports détaillés sur un certain nombre de violations à l'encontre de certains journaux ou journalistes d'opposition qui avaient osé critiquer les performances du gouvernement", a-t-il expliqué.

M. Campana était accompagné par Cheryl Gould, du comité exécutif du CPJ à New York. Tous deux ont rencontré des membres de la presse tunisienne, ainsi que des responsables de différentes autres institutions.

Cette visite a permis au CPJ "de se faire une idée précise de l'état de la liberté de la presse ; ce qui a une nouvelle fois confirmé nos préoccupations", a déclaré M. Campana aux journalistes lors d'une conférence de presse organisée le 1er juillet.

"Nous espérions également rencontrer des responsables du gouvernement tunisien ou des rédacteurs de journaux nationaux... [mais] ils ont déclaré qu'ils ne disposaient pas de suffisamment de temps", a-t-il ajouté.

M. Campana a indiqué que certains journaux comme Al Mawkif souffrent de nombreuses restrictions, "y compris dans la distribution et la publicité. Dans certains cas, des individus sont utilisés dans ces tentatives, par le dépôt de plaintes contre tel ou tel journal, l'accusant de charges qui lui font perdre sa crédibilité."

En Tunisie, tous les partis d'opposition publient leurs propres journaux. Certains choisissent une ligne éditoriale plutôt favorable au gouvernement, d'autres une approche plus critique et provocatrice.

La délégation du CPJ a rencontré Neji Bghouri, secrétaire général du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT), au dernier jour de sa visite.

"Le SNJT est un nouveau-né dans lequel nous fondons nos espoirs, en particulier dans la mesure où les élections qui ont permis de choisir ses dirigeants ont été démocratiques et transparentes, ce qui laisse penser qu'il pourra défendre les droits des journalistes", a expliqué M. Campana à l'issue de cette rencontre.

Et de poursuivre : "Je partage les préoccupation [de Bghouri] concernant les pressions exercées contre le SNJT, comme la tentative de mettre en place des syndicats parallèles ou de faire appel aux autorités d'assurance sociale pour réclamer au SNJT le remboursement d'anciennes dettes."

Le 19 juin, M. Bghouri avait fait part de ce qu'il considérait comme une tentative contre le SNJT par la création de syndicats parallèles dans certaines institutions des médias privées et publiques. Il avait accusé le gouvernement de conspirer contre son syndicat avec l'aide de l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT), ce que les deux parties avaient réfuté.

Le Ministère de la Communication avait répondu dans un communiqué publié le 20 juin, affirmant que le gouvernement observait une neutralité parfaite et le principe du dialogue avec toutes les parties, y compris le SNJT. "Les autorités de toutes les institutions publiques des médias, y compris la radio et la télévision tunisiennes, n'interviennent pas en matière de droits des journalistes à pratiquer leur travail syndical en vertu des lois de ce pays."

Selon M. Campana, le CPJ continuera de surveiller la situation en Tunisie et publiera un rapport sur les résultats de sa mission actuelle. Il a déclaré qu'il est inacceptable que les médias tunisiens restent en bas de l'échelle internationale, alors que le pays regorge de journalistes compétents et parfaitement formés.

Par Jamel Arfaoui - Magharebia – 08/07/08

11/01/2008

Arab Bloggers Under Pressure as Bush Visits the Middle East

Much of the Arab blogosphere is abuzz this week. Not about President Bush's current Mideasttour which began in Israelon Wednesday, but about a thirty-two year old IT executive-turned-blogger currently in prison in Saudi Arabia.

Few Americans may have heard of Fouad al-Farhan, the young Saudi who runs a popular website alfarhan.org, but in Arab cyberspace bloggers from Tunisiato Saudi Arabiahave rallied to his defense calling for his release, and in the process have captured international media attention. Last week, State Department spokesman Sean McCormickadded the U.S government's voice to these calls by expressing concern over the case. But whether President Bush, whose trip is being cast as an attempt to highlight the US's "work in the region to combat terrorism and extremism, promote freedom, and seek peace and prosperity," forces the issue in his meeting on Monday with King Abdullah in Riyadhis another question.

Al-Farhan, one of Saudi Arabia's first bloggers and one of the few to use his real name, was detained by Saudi security agents on December 10 at his office in Jeddah and has been held ever since without charge. The only public statement from the Saudi government came last week from an Interior Ministry spokesman who said al-Farhan was being questioned "about violating non-security regulations."

In an e-mail to friends prior to his arrest, al-Farhan explained that he had received a phone call from the Saudi Interior Ministry instructing him to prepare himself "to be picked up in the coming two weeks" for questioning by a high-ranking official. He also stated in the e-mail that he believed he was being summoned "because I wrote about the political prisoners here in Saudi Arabia and they think I'm running an online campaign promoting their issue."

Al-Farhan's posts are a mix of mild social and political commentary. In one of his last posts before his detention, he listed an entry titled "Ten Saudi personalities I don't like and hope I never to meet." They included influential Saudi religious, media, and business figures, among them billionaire prince Alwaleed Bin Talal.

Al-Farhan's detention is the latest indication of how Arab bloggers, who have taken to the Internet to circumvent rigid state media controls, are increasingly being targeted by governments fearful of their rising profile and influence. Saudi Arabia's media is among the most restricted in the region, a country where newspaper editors are appointed by the government, and publications devoid of controversial political content, especially concerning the Royal family. Despite heavy Internet censorship, a small but growing number of blogs have emerged as forums for debate and discussion not found in the discredited local media. And governments have taken notice.

In addition to al-Farhan, online Saudi writer Rabah al-Quwai'was held for 13 days last year in retaliation for his writings about religious extremism. The trend is region-wide. Since CPJ documented its first case of an Arab Internet journalist to be imprisoned for his work -- the jailing of Tunisian blogger Zouhair Yahyaouiin 2002 -- at least five others have been sent to prison for long periods while several more have been detained, threatened, harassed, or even abducted. The attacks have taken place in countries such as Egypt, Tunisia, Yemen, and even Iraq. At least one other blogger is currently in prison: Abdel Karim Suleiman, an Egyptian writer who was jailed for four years on charges of insulting President Hosni Mubarak and Islam in his online writings.

Despite the risks of speaking out, Arab bloggers remain outspoken about the jailings of Farhan and Suleiman. President Bush can do the same by forcefully urging their release in his expected meetings with Saudi Arabia's King Abdullah and Egypt's Mubarak early next week. In a letter CPJ sent to Bush today, we appealed to him to do the right thing and work for the freedom of al-Farhan and Suleiman. Such a stand would prove to the world that the Bush administration's floundering democracy promotion policy is more than just rhetoric.

Joel Campagna – The Huffington Post - January 11, 2008

Joel Campagna is the Middle Eastand North AfricaSenior Program Coordinator for the Committee to Protect Journalists.

CPJ urges Bush to press for release of bloggers

02/01/2008

Tunisia: Government denies passport to CPJ representative

  New York, January 2, 2008—The Committee to Protect Journalists today condemned the Tunisian government’s denial of a passport to Kamel Labidi, a freelance Tunisian journalist and CPJ’s Middle East representative.

تونس: الحكومة تمتنع عن إصدار جواز سفر لممثل عن لجنة حماية الصحفيين

نيويورك، 2 كانون الثاني (يناير) 2008—شجبت لجنة حماية الصحفيين اليوم قرار الحكومة التونسية بالامتناع عن إصدار جواز سفر للسيد كمال العبيدي، وهو صحفي مستقل وممثل لجنة حماية الصحفيين في الشرق الأوسط

في 17 تموز (يوليو)، قدم كمال العبيدي الذي يحمل الجنسية التونسية طلبا للسفارة التونسية في واشنطن للحصول على جواز سفر جديد بعد أن ضاع جوازه القديم. وأخبره ممثل في السفارة إن الجواز سيصدر خلال بضعة  أيام. ومع ذلك، فبعد مرور ما يزيد عن خمسة أشهر، وبعد اتصالات متكررة مع السفارة من قبل كمال العبيدي ولجنة حماية الصحفيين، لم يصدر جواز السفر حتى الآن.

وقد ادعى موظفون في السفارة إن جواز السفر بانتظار موافقة وزارة الداخلية التونسية. ولم يستجب السفير التونسي في واشنطن، السيد محمد نجيب حشانة، لعدة اتصالات هاتفية ورسالة مكتوبة للمطالبة بالحصول على معلومات أرسلتها لجنة حماية الصحفيين بخصوص تقاعس السفارة عن إصدار جواز سفر جديد للسيد العبيدي.

وقال المدير التنفيذي للجنة حماية الصحفيين، السيد جويل سايمون، "إن حرمان زميلنا من حقه بالسفر هو تصرف سقيم ينم عن الضغينة ويمثل دليلا إضافيا على ازدراء الحكومة التونسية الصارخ باستقلال الصحافة وحرية التعبير. نحن نطالب الحكومة التونسية بإصدار جواز سفر للسيد كمال العبيدي فورا، ولغيره ممن حرموا من الحصول على جواز سفر".

تعمد السلطات التونسية بصفة متكررة للامتناع عن إصدار جوازات سفر للصحفيين الناقدين ونشطاء حقوق الإنسان، وذلك انتقاما من آرائهم الجريئة. وقد رفضت الحكومة التونسية إصدار جواز سفر للصحفي المستقل سليم بوخذير، المعروف بانتقاداته للرئيس زين العابدين بن علي وأفراد عائلته. وفي وقت مبكر من الشهر السابق، أودع الصحفي بوخذير في السجن حيث سيقضي هناك عاما كاملا على خلفية اتهامات مختلقة زعمت إنه وجه إهانات لفظية لموظف عمومي واعتدى على الأخلاق الحميدة.

وكانت الحكومة التونسية قد احتجزت جواز سفر السيد كمال العبيدي لمدة ستة أشهر في عام 1996 دون إبداء أسباب، ومع ذلك كان السبب الواضح هو تغطيته الصحفية لانتهاكات حقوق الإنسان في تونس.

وبينما كان السيد العبيدي يؤدي مهمة للجنة حماية الصحفيين في القاهرة في عام 2006، تعرض لمضايقات من خلال اتصالات هاتفية قام بها رجل وصفه صحفيون مصريون ونشطاء في مجال حقوق الإنسان إنه عميل تونسي بملابس مدنية يعمل من السفارة التونسية في القاهرة.

الصحف التونسية هي ضمن الصحف التي تتعرض لأشد القيود في المنطقة. ومنذ تقلد الرئيس زين العابدين بن علي مقاليد السلطة قبل عشرين عاما، قام فعليا باجتثاث الصحافة المستقلة من البلاد. وتخلو معظم الصحف التونسية من أية انتقادات للحكومة وتقدم تغطية صحفية تمتدح الرئيس بن علي امتداحا مفرطا. وتنشط الحكومة في مضايقة الصحفيين المستقلين القليلين الذين يسعون للكتابة بطريقة ناقدة عن الحكومة—وتنشر معظم تلك الكتابات على شبكة الإنترنت أو في الصحافة الأجنبية. فالرقابة والترصّد والمضايقات والاعتداءات العنيفة على الناقدين هي من الأمور الشائعة.

 

On July 17, Labidi, a Tunisian national, applied for a new passport at the Tunisian Embassy in Washington after losing his old one. A representative at the embassy informed him that the passport would be replaced in a matter of days. However, more than five months later and after repeated calls to the embassy from Labidi and CPJ, his passport has yet to be replaced.

 Embassy staff has claimed that his passport is awaiting approval from the Tunisian Interior Ministry. Tunisia ’s Ambassador to Washington, Mohamed Najib Hachana, has not returned repeated phone calls or responded to a written request for information from CPJ about the embassy’s failure to provide Labidi with a new passport.

 “Denying our colleague his right to travel is petty and vindictive and is further evidence of the Tunisian government’s utter contempt for independent journalism and free expression,” said CPJ Executive Director Joel Simon . “We call on the Tunisian government to provide Kamel Labidi with his passport at once and to do the same for others similarly denied.”

 Tunisian authorities frequently deny passports to critical journalists and human rights activists in retaliation for their outspoken views. The government has refused to give a passport to independent journalist Slim Boukhdir, a freelancer known for his criticism of President Zine El Abidine Ben Ali and members of the first family. Earlier this month Boukhdir was sent to jail for a year on trumped-up charges of allegedly verbally assaulting a public employee and violating public decency.

 Labidi’s passport was previously confiscated by the government for six months in 1996 without any explanation, although the apparent reason was his reporting about human rights violations in Tunisia .

 While on assignment for CPJ in Cairo in 2006, Labidi received harassing phone calls from a man Egyptian journalists and human rights activists identified as a plainclothes Tunisian agent working out of the Tunisian Embassy in Cairo.

  Tunisia’s press is among the most restricted in the Arab world. Since coming to power 20 years ago, President Zine al-Abidine Ben Ali has virtually eradicated independent journalism from the country. Most newspapers are devoid of any criticism of the government and offer hagiographic coverage of Ben Ali. The government actively harasses the few independent journalists who attempt to write critically of the government—mostly online or for foreign newspapers. Censorship, surveillance, harassment, and violent attacks on critics are common.

Committee to Protect Journalists

330 Seventh Avenue, New York , NY 10001 USA

 CPJ is a New York–based, independent, nonprofit organization that works to safeguard press freedom worldwide. For more information, visit www.cpj.org.

14:20 Ecrit par Mokhtar YAHYAOUI dans Droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Kamel Labidi, CPJ

03/07/2007

CPJ:Un Maroc de façade

UN RAPPORT SPÉCIAL DU COMITÉ POUR LA PROTECTION DES JOURNALISTES:


Mis à jour le 03.06.07


CASABLANCA, Maroc

A

hmed Reda Benchemsi, âgé de 33 ans et éditeur de l’hebdomadaire indépendant marocain TelQuel, a senti que quelqu’un cherchait à lui faire passer un message. En l’espace de quelques mois, deux juges lui ont ordonné de payer des dommages et intérêts extraordinairement élevés dans deux poursuites pour diffamation par ailleurs fort banales.

Cela a commencé en août 2005, lorsqu’un tribunal a reconnu Benchemsi coupable de diffamation envers une parlementaire progouvernementale, Hlima Assali, qui s’était plainte d’un bref article faisant allusion à son expérience présumée comme danseuse populaire, ou chiekha. Au procès, Benchemsi et son avocat n’ont jamais présenté de défense car ils n’étaient pas là. Le juge avait avancé l’audience de 15 minutes par rapport à l’heure fixée et, en l’absence de représentant de la défense, avait aussitôt prononcé le verdict : deux mois de prison avec sursis contre Benchemsi et un autre confrère, ainsi que des dommages et intérêts de 1 million de dirhams (120 000 $). Deux mois plus tard, un autre tribunal a condamné Benchemsi pour diffamation, cette fois-ci à l’encontre de la dirigeante d’une association d’aide à l’enfance qui avait poursuivi TelQuel et trois autres journaux marocains pour avoir rapporté par erreur qu’elle faisait l’objet d’une enquête pour détournement de fonds. TelQuel, qui avait déjà publié un correctif et présenté ses excuses, a été condamné à payer 900 000 dirhams (108 000 $), c’est-à-dire plusieurs fois le montant des amendes prononcées contre les trois autres publications.

A l’époque, ces dommages et intérêts étaient parmi les plus élevés jamais accordés dans une affaire de diffamation au Maroc : plus de neuf fois les amendes habituellement prononcées dans ce type d’affaires, selon les avocats et les journalistes marocains.

Perplexe, Benchemsi raconte avoir appris plusieurs mois plus tard d’une source au palais royal ce qui avait déclenché l’offensive judiciaire. « On m’a dit que le point de départ de tout cela était un éditorial que j’avais écrit [deux mois plus tôt] à propos du roi, disant qu’il ne disposait pas de grandes qualités en communication et qu’il devrait s’y exercer », explique Benchemsi dans un entretien avec le Comité de protection des journalistes (CPJ) dans les bureaux de TelQuel, au centre-ville de Casablanca. « Apparemment, cela avait été pris comme une insulte directe. »

Heureusement pour TelQuel, les deux plaignants ont finalement retiré leur demande en dommages et intérêts à la suite d’une négociation avec le magazine. Mais l’affaire TelQuel a marqué la première salve d’une série d’attaques judiciaires visant une presse indépendante marocaine qui se faisait de plus en plus entendre. Depuis 2005, au moins cinq journalistes ont été frappés par des amendes disproportionnées, cinq ont reçu des peines de prison avec sursis, et un a reçu l’interdiction pure et simple d’exercer la profession. Les publications ayant écrit sur la monarchie sur un ton critique ont été dans le collimateur, et les condamnations ont été les plus sévères contre des reporters et des directeurs de rédaction considérés comme hors du contrôle du Palais.

Ces récentes sanctions sont intervenues sur toile de fond de tendances à long terme inquiétantes. Au cours des cinq dernières années, trois journalistes marocains ont été mis en prison pour des périodes prolongées en raison de ce qu’ils avaient publié, faisant du Maroc le premier pays du monde arabe avec la Tunisie en matière d’emprisonnement de journalistes. Ces faits ont poussé le CPJ à désigner le Maroc, en mai, comme l’un des pires récidivistes au monde en matière d’atteinte à la liberté de la presse.

Le sort de Benchemsi, illustre bien les pressions imprévisibles et de plus en plus sophistiquées que les autorités marocaines ont exercées sur les journalistes afin d’empêcher une critique indésirable tout en minimisant les réactions internationales. Contrairement à la répression brutale à laquelle ont recours certains de ses voisins, les autorités marocaines ont usé, pour réprimer la presse, de poursuites judiciaires via des tiers et d’un système judiciaire politisé. En plus des procès, elles ont intensifié les pressions telles que le boycott publicitaire, l’usage des médias d’Etat pour attaquer les voix critiques et l’orchestration de « manifestations » contre des journaux connus pour leur franc-parler.

Ce printemps, des responsables du gouvernement ont commencé à parler d’amendements au Code de la presse et de l’ édition, appelant à la création d’un conseil national de la presse ayant le pouvoir de priver de publicité et d’interdire des journalistes pour des prétendues violations des règles déontologiques. Le projet de révision ne touche pas aux actuelles interdictions formulées en termes vagues sur le manque de respect à la monarchie, à l’islam, et sur la diffamation envers les institutions de l’Etat comme l’armée et l’appareil judiciaire. S’il limite le nombre d’infractions pouvant conduire un journaliste en prison, le projet de loi augmente cependant les amendes maximales pour des violations présumées de la loi.

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10:40 Ecrit par TUNISIA watch dans Liberté d'expression, Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : maroc, cpj, rapport

09/02/2007

Interpellation du directeur de la chaîne de télévision Al-Hiwar

medium_hiwar.JPGLe directeur d’une chaîne de télévision satellitaire d’opposition AL HIWAR, vient d’être interpellé par la police le 07/02/2007 et gardé en détention jusqu’au lendemain. La chiane Al Hiwar (dialogue) une une télevision associative fondée en 2002 par Mr Tahar Ben Hassine. Proche du mouvement démocratique Tunisien elle émet pendant quatre heures par semaine en deux émissions à partir de l’Italie. Ses programmes sont préparés en Tunisie et à Paris

medium_tbh.JPGM. Tahar Ben Hassine,  qui est aussi animateur du site "Perspectives tunisiennes" a été arrêté le mercredi  07/02/2007 à 19h puis conduit au District de Police de  Bouchoucha dans la proche banlieue de la capitale Tunis, après avoir subi un alcootest en attendant d'être déféré demain pour "entrave au code de la route" et "conduite en état d'ébriété".

« L’arrestation a eu lieu à la sortie du domicile du journaliste et écrivain Taoufik Ben Brik. Une  patrouille des agents de la police  l’attendait pour le contrôler et le verbaliser pour conduite en état d’ivresse.  Or, notre ami Taoufik Ben Brik témoigne que son hôte ne pourrait être ivre après avoir bu un seul verre de vin ! » Disait l’alerte lancé par ses amis.

“Rien ne justifie la détention de ce journaliste. Les autorités tunisiennes utilisent régulièrement des motifs fallacieux pour s’en prendre aux journalistes les plus critiques et nous avons de nombreuses raisons de nous inquiéter quant aux motivations réelles de cette arrestation“, a déclaré l’organisation Reporters sans frontières qui a diffusé un communiqué demandant sa libération.

De son coté le CPJ a dénoncé dette arrestation comme un acte d’harcèlement. « C'est de l’harcèlement, pur et simple, » a dit directeur exécutif de CPJ Joel Simon. « Il est choquant  que les autorités  sont prêt à ne s’arrêter devant rien pour intimider leurs opposants. » d’après la CPJ « Les autorités tunisiennes recourent fréquemment de fausses accusations dégradantes contre les journalistes et les activistes dissidents dans un effort de les faire taire. CPJ a recencé au moins quatre cas d'abus contre des journalistes au cours de la dernière année. Aucours du mois d’août, Taoufik Al-Ayachi cameraman à Tunisi d'Al-Hiwar Tv et le journaliste Boukhdir du quotidien d'Al-Chourouk ont été battus par la police à Tunis quand ils sont allés interviewer l'épouse du de l’opposant Mohamed Abbou à sa maison. Le cméra du photographe Al-Ayachi a été confisqué. »

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie CRLDH considére dans son comminiqué que « L'arrestation de Tahar Ben Hassine est une nouvelle atteinte à la liberté d’expression en Tunisie et une grave violation du droit à l’intégrité et à la sécurité. M. Tahar Ben Hassine paye son attachement à une presse autonome et indépendante. Ces méthodes qui relèvent du  banditisme sont en réalité la marque déposée du  régime  de Ben Ali qui, durant ses vingt années de pouvoir, a tout fait pour discréditer ses opposants en les faisant passer pour des délinquants et des criminels de droit commun. »

M. Tahar Ben Hassine à été relâché après avoir été déféré devant le procureur de la république du Tribunal de Tunis le lendemain en début d’après-midi. Son taux d’alcoolémie ne permet pas de retenir contre lui les délits dont il été accusa. “Un agent de la police politique m’a rendu visite dans la soirée et a ordonné qu’un test sanguin soit effectué malgré le résultat négatif des deux premiers tests. Mon arrestation est un avertissement lancé à la chaîne qui dérange de plus en plus les autorités”, a déclaré le journaliste à RSF

Synthèse Tunisia Watch le 09 02 2007